Insécurité urbaine : Etat des lieux et stratégies de lutte

jeudi 4 août 2011 à 04h04min

Avec l’urbanisation, l’insécurité est devenue le lot quotidien des citadins. Les villes africaines qui ont subi une urbanisation mal maîtrisée apparaissent comme de hauts lieux de la délinquance et du risque. Du 29 juin au 2 juillet dernier, un atelier de validation s’est penché sur des études portant sur l’insécurité urbaine. Celles-ci ont procédé à l’état des lieux dans la commune urbaine de Ouagadougou pour ensuite déboucher sur des stratégies et des actions de lutte contre un fléau qui gangrène la société et entrave son élan vers un développement durable.

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La vulnérabilité des femmes en milieu urbain, c’est le thème de la première étude dont l’objectif consistait à produire un diagnostic sur la situation de la criminalité et de l’insécurité à visage féminin dans la ville de Ouagadougou. Pour faire l’état des lieux, la méthodologie a consisté à définir un échantillon de 2000 personnes à interviewer. Celles-ci ont été réparties de la manière suivante : 52,8% de femmes et 47,2% d’hommes. Sur l’ensemble des interviewés, il y a une majorité de jeunes (77,4%). Dans leur écrasante majorité (80%), les enquêtés disent posséder un téléphone portable mais seulement 23,2% d’entre eux connaissent les numéros verts de la police dont près de 70% d’hommes et 30% de femmes. Ils appartiennent majoritairement (54,5%) au secteur informel et se déplacent à moto.

Les femmes plus exposées à l’insécurité

Définissant eux-mêmes la vulnérabilité comme la probabilité de subir les conséquences d’événements imprévus ou la sensibilité aux chocs extérieurs, les enquêtés ont affirmé à presque 80% que les femmes sont plus exposées que les hommes aux attaques. Les violences faites aux femmes dans les lieux publics sont à 49% constitués de vols et à 47,5% de harcèlement. Les moyens de défense des femmes vis-à-vis de ces infractions sont à 19% de l’autodéfense, à 13,2% le recours à la foule. Elles portent plainte à 38,4%. Pour ce qui concerne les moyens de réduire la vulnérabilité, la communication intrafamiliale vient en tête avec 51,4%, la mise en œuvre de leurs droits pour 34,5%, la consolidation de la législation pour 12%.

Les violences conjugales sont un aspect de la vulnérabilité des femmes. Elles sont généralement faites d’injures à plus de 50%, de sévices corporelles à près de 30%. Les causes révélées sont : l’incompréhension dans le couple à 45,4%, l’insuffisance de dialogue à 28,2%, la dépravation des mœurs à 13,8%. Quand aux infractions les plus fréquemment constatées selon le sexe, ce sont : le cambriolage du domicile : masculin : 48,75%, féminin : 51%. L’escroquerie : 50,28% masculin, 49,72% féminin. Les vols de véhicule ou d’ engin : 54,53% masculin, 45,37% féminin.

Les infractions sont commises dans la nuit et surtout aux alentours de minuit. Il n’en demeure pas moins que des cas d’agressions même sexuelles existent dans la journée. Des femmes affirment avoir été abusées entre 12 et 18h. Les violences conjugales sont plus nombreuses entre 18h et 24h. De plus en plus de vols notamment d’engins se font en pleine journée. En termes de vulnérabilité, de risque et de protection sociale, la nuit n’a plus le monopole de la commission des actes répréhensibles. Les infractions les plus notables se commettent à domicile (cambriolages), les cas d’escroquerie dans les quartiers et les vols à l’arraché ou à la tire hors des quartiers et généralement au marché. Il ressort que la maison est le lieu le plus exposé en dépit de l’érection de clôtures généralement perçues comme des moyens efficaces de protection.

On constate que les violences envers les femmes sont moins l’objet de plaintes ou d’enregistrement que les autres types de violence en partie peut-être parce que les catégories utilisées pour enregistrer les plaintes ne sont pas bien adaptées. En tout cas, l’accès à l’espace public est problématique pour les femmes ; elles doivent faire attention quand elles sortent en particulier la nuit.

En ce qui concerne la victimation

L’enquête de victimation a consisté à interroger les enquêtés sur les infractions dont ils ont été victimes. L’enquête fait ressortir un état de victimation selon les zones et les quartiers. En ce qui concerne les zones, on obtient le tableau suivant en matière de cambriolage : quartiers centraux : 21,74%, Péri central : 23,91%, Péri urbain : 30,48, Périphérique : 34,19%. La courbe de la victimation est donc plus élevée à la périphérie de la ville. Elle décroit progressivement à mesure que l’on se rapproche des quartiers centraux. Ces résultats battent en brèche les idées reçues qui font croire que les quartiers centraux présentent plus de risques.

En ce qui concerne les arrondissements, Boulmiougou (32,49%) se présente comme l’arrondissement le plus dangereux devant Nongr-Maassom (31,48%), Bogodogo (31,38%), Baskuy (25,56%). Sigh Noghin selon l’enquête est l’arrondissement le plus sûr avec 22,14%) de taux de victimation dans le domaine du cambriolage.
En matière d’escroquerie, Bogodogo ravit la palme avec 16,93% et Nongr-Maasom ferme la marche avec 5,55%.

En ce qui concerne le sentiment d’insécurité, il est plus fort la nuit à domicile (47,5%) que le jour. 81% de Ouagalais estiment que la délinquance est en constante augmentation contre 24,5% qui estiment qu’elle est en baisse.. Et selon l’enquête, parmi les infractions dont ont le plus peur les Ouagalais, il y a l’attaque à main armée (55,9%), le cambriolage (23%).

Environ 86% des enquêtés pensent que la présence de postes de police et de gendarmerie à proximité contribue à rassurer et à réduire le sentiment d’insécurité. Plus de 66% sont dubitatifs sur la pertinence d’actions de renforcement social (sensibilisation, alphabétisation). 61% estiment même que les actions publiques jusque là initiées sont infructueuses.

Perception des interventions de la police ou de la gendarmerie

Pour les interviewés, les forces de l’ordre sont inefficaces pour les raisons suivantes :
Nombre insuffisant (29%) ; impunité des délinquants (19,4%) ; peu de moyens matériels (18%) ; Agents corrompus (17,2%) etc.

Concernant la justice

41% ont une confiance totale en la justice, 41% partiellement pour ce qui est de la connaissance des faits liés à la sécurité, 18% en doutent. Ces derniers stigmatisent à 59% la corruption des magistrats, à 21% l’impunité des délinquants. Cette perception de la justice surprend quelque peu au regard du sentiment affirmé d’une certaine opinion publique généralement constituée de leaders d’opinion.
D’une manière générale, plus de 50% des interviewés sont contre la liberté provisoire et la libération conditionnelle estimant qu’elles favorisent l’insécurité.

Police municipale

40,6% estiment que les interventions de la police municipale sont très bonnes, 44% l’apprécient moyennement, soit une statistique cumulative de 85%.
Les services de gardiennage : efficaces pour plus de 52%, peu efficace pour 40,7% en raison de leur incompétence (30%), manque de moyens (21%), insuffisance de formation (17%).

Stratégie de prévention de l’insécurité et de la délinquance

L’étude a permis d’identifier des groupes et zones à risques (enfants des rues, femmes divorcées vivant seules, femmes dans les espaces publics, femmes marchant seules dans la rue, zones de promiscuité etc…).

Ces groupes bénéficient de très peu d’actions préventives ou correctrices. L’étude propose une stratégie et un plan d’action pour la prévention de la violence et de l’insécurité urbaine. Les recommandations faites vont dans le sens de : revoir la politique de viabilisation de la commune en l’accompagnant d’équipements et d’infrastructures, renforcer les capacités des services de sécurité (moyens financiers, humains, logistique, matériels), promouvoir des emplois pour les jeunes, durcir les lois sur les peines pour les cas de récidive de crimes et de délits, créer un cadre d’échanges entre les populations et les services de sécurité, mettre en place un système d’information sur la criminalité.

Des actions sociales envers les groupes à risques sont également proposées à travers l’éducation et la sensibilisation, le renforcement des infrastructures de quartiers et de structures d’accueil.

Il faut néanmoins souligner que l’insécurité routière est la mère des insécurités. Au cours de la décennie 2000-2009, la mortalité routière dans la ville de Ouagadougou a connu un accroissement de 16%. Dans cette même période, la route a tué 1001 personnes soit en moyenne 100 personnes par an et fait au total 26 268 blessés dont 2121 blessés graves (Cf. Etude diagnostique d’élaboration d’un plan d’action en matière de sécurité routière de Ahmad Nassourou Cissé, rapport provisoire mars 2011.) Ce diagnostic alarmant a donné lieu à l’élaboration d’un plan d’action communal de sécurité routière 2012-2016 visant à réduire de manière significative les accidents de la circulation et leurs conséquences.

On y prévoit notamment des actions visant la promotion de la sécurité routière, l’amélioration de la sécurité du réseau viaire* et de la sécurité des véhicules ainsi que l’amélioration de la gestion de la sécurité routière. Enfin, un manuel de sensibilisation et d’information sur la prévention de l’insécurité et la criminalité à Ouagadougou a été présenté au cours du séminaire. Toutes ces études conduites par des consultants nationaux seront bientôt disponibles. Il faut souhaiter que les décideurs s’en imprègnent et prennent surtout les décisions nécessaires.
Il s’agit du réseau constitué des lieux de passage ouverts au public.

Par Germain B. Nama

L’Evénement

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