Burkina Faso : Des procès problématiques, une Justice à rude épreuve

mardi 26 juillet 2011 à 03h19min

Après cent deux jours de crise ouverte, le Burkina Faso devrait vivre des procès à issue problématique pour le pays. Les dossiers, militaires et civils, en cours, sont au nombre de trois. Il y a d’abord le procès des policiers poursuivis pour avoir fait subir des sévices corporels à Justin Zongo. Cette affaire est d’ailleurs l’élément déclencheur de la crise qui a envoyé les élèves et les étudiants dans les rues sur toute l’étendue du territoire. Le nombre de morts et de blessés est assez impressionnant. C’en est de même pour le bilan matériel. Les autorités avaient promis un jugement en juin 2011 mais le dossier semble suivre toujours un cours. Toutes les dimensions de cette affaire ont besoin d’être renseignées et la vérité être dite.

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A la suite du dossier Justin Zongo avec les élèves, les militaires ont surgi avec la condamnation de cinq des leurs. Le 22 mars 2011, le Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou délibérait en effet sur un procès qui oppose un particulier à cinq militaires. Ces derniers étaient poursuivis pour outrage public à la pudeur et vol, complicité d’outrage publique, entre autres. Le verdict n’a pas plu aux militaires qui sont sortis dans la nuit du 22 au 23 mars avec à la clé des tirs, des pillages, de vols,…Leur procès a été renvoyé en octobre prochain.

Le dernier dossier pendant est sans surprise le jugement des soldats mutins. Ils seraient, pour l’instant, au nombre de 217 en attendant les résultats des enquêtes en cours. Ces militaires en procès, ça pourrait être des moments de déballage et de grande tension comme en 2005 avec Ouali et ses compagnons.

Au regard de la sensibilité de chacun de ces dossiers, des attentes que les uns et les autres sont en droit d’espérer, des conséquences éventuelles sur la stabilité du pays, on peut dire qu’il y a des promesses et des craintes en l’air. Les élèves attendent de la justice pour leurs camarades ; les policiers attendent de la justice pour leurs collègues ; Boulou Wendehinsa attend de la justice ; les cinq militaires et leurs compagnons attendent de la justice ; la population attend enfin de la justice sur cette question des mutins. Tout le monde attend selon ses intérêts la Justice au rond-point. Lequel des ronds-points : martyrs, paix, Nations-unies, des droits humains,…, ? Tout le monde attend de voir une justice qui " punit et qui récompense ", selon le jargon d’un littéraire.

On l’a compris, dans ce contexte d’intérêts divergents à la fois passionnés et raisonnés, la Justice Burkinabè est la seule voix qui vaille ; la seule autorité qui doit en imposer à tous. Elle n’a pas d’autre alternative qu’être à la hauteur du " boulot " qui l’attend. Pour paraphraser un illustre disparu, Thomas Sankara précisément, la Justice de notre pays est comparable à un cycliste au milieu de précipices. Elle est obligée de pédaler pour ne pas glisser ni tomber. Sinon, c’en est fini d’elle et pour tous,…

Nul n’ignore que l’une des raisons fondamentales de la crise qui a secoué le pays, 102 jours durant, est liée au manque et aux insuffisances de la Justice et du système judicaire. La mission de cette Justice est d’autant plus problématique qu’elle doit rendre justice à tous, malgré les insuffisances et les récriminations à son égard. Est-ce sa faute ? En effet, à force de politiser le système judiciaire, de jouer à l’équilibrisme, de jouer avec les lois en les appliquant selon les convenances, le Burkina Faso voit aujourd’hui sa paix et sa quiétude suspendues à un mécanisme institutionnel dont le fonctionnement a été pris en otage et saboté par les intérêts et les jeux des puissances du moment.

Dans tous les cas, la Justice ne saurait être excusée et excusable de l’issue des procès et de leurs implications éventuelles si les attentes ne sont pas satisfaites. Les nuages s’amoncellent et il faudrait éviter les tempêtes.

Par Bendré

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Vos commentaires

  • Le 26 juillet 2011 à 09:58, par Beurk
    En réponse à : Burkina Faso : Des procès problématiques, une Justice à rude épreuve

    Dans un Etat de droit,il ne saurait y avoir des intérêts antagonistes dans la Justice mais l’application de la Justice pour tous car là où il n’y a point de justice,il n’y a point de république:c’est l’anarchie,la jungle,le plus fort écrase le plus faible.Il n’est donc pas hasardeux de dire que depuis plus de 20 ans,notre pays est en faillite moralement et je reste pessimiste quant aux sorts des procès à venir avec ses éventuelles conséquences

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