CORRUPTION AU BURKINA : Quand un faussaire croit pouvoir abuser du REN-LAC

lundi 25 juillet 2011 à 02h41min

Le Réseau national de lutte anticorruption (REN-LAC) a reçu en mars dernier une plainte émanant d’un exploitant de charbon de bois. Dans sa plainte, il déclarait avoir été victime d’une spoliation de la part d’un agent des eaux et forêts. Si les investigations du REN-LAC ont mis en doute la probité de l’agent en question, elles ont surtout permis de constater que l’exploitant de charbon de bois a fait preuve d’un certain « professionnalisme » dans la falsification des documents administratifs par des pratiques malsaines qui lui donnaient droit à des avantages indus.

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L’exploitant de charbon de bois dispose d’un agrément d’exploitation des produits forestiers obtenu en septembre 2010 dans la région des Cascades. Au cours du même mois, il s’est acquitté de la somme de 300F CFA représentant les frais pour « circulation de 10 sacs de charbon » dans ladite région contre une quittance du trésor public. Il va alors procéder à la falsification de cette quittance pour y inscrire le montant de 88 300 F CFA représentant les frais pour la « circulation de 160 sacs de charbon ». Sur la base de cette quittance falsifiée, il fait charger dans un camion, environ 100 sacs de charbon de bois à Banfora qu’il a réussi curieusement à transporter jusqu’à Ouagadougou.

Au moment du débarquement du charbon chez un grossiste au secteur 10 de Ouagadougou, il est interpellé par un agent des eaux et forêts qui constate la falsification des documents. Selon l’exploitant de charbon, l’agent des eaux et forêts lui a signifié que le camion n’est pas destiné au transport du charbon de bois. Par conséquent, le camion et son chargement seraient saisis et cela entraînerait le paiement d’une amende de près de 3 millions de francs CFA. Au regard du montant de l’amende, l’exploitant de charbon dit avoir négocié avec l’agent des eaux et forêts, dans le but de le soudoyer et éviter ainsi la saisie de son camion. Le montant convenu suite à la négociation est de 60 000 F CFA et l’agent aurait exigé son versement séance tenante. Ne disposant pas de cette somme sur le champ, l’exploitant de charbon affirme avoir payé la somme de 30000 F CFA à l’agent.

Dans la soirée du même jour, l’agent lui aurait passé un coup de fil pour réclamer le reste de l’argent. Contacté par le REN-LAC, l’agent reconnaît avoir été « contraint » suite à l’insistance de son interlocuteur, de recevoir une avance du montant de la somme convenue. Mais il reste formel, la somme prise avec l’exploitant de charbon est de 10 000 F CFA. Toujours selon l’agent, malgré la perception de cette somme, il a tenu à signaler la fraude au niveau des services de sa direction régionale. Il a également déclaré avoir tenu son chef hiérarchique informé de la perception de 10 000 francs reçus de la part du contrevenant. C’est ainsi que les sacs de charbon ont été enlevés par les services de la direction régionale des eaux et forêts. Le jour de l’enlèvement desdits sacs, l’exploitant de charbon était absent.

Une convocation lui a été notifiée, mais il n’y a jamais répondu. Il a préféré porter plainte à la gendarmerie contre l’agent des eaux et forêts en question pour abus de pouvoir. A la gendarmerie, il a également été reproché à l’exploitant de charbon, la falsification de documents administratifs (ou le faux en écriture publique) dans le cadre de ses activités. Face aux faits troublants, l’exploitant de charbon les a reconnus avant de demander la clémence des gendarmes. Dans la même période, le REN-LAC a joint plusieurs fois au téléphone l’exploitant de charbon qui dit toujours être hors de Ouagadougou sans pouvoir préciser la date de son retour. Ce qui laisse croire qu’il soupçonnerait que les falsifications dont il est l’auteur ont été aussi découvertes par le REN-LAC. En décidant de rendre publics les résultats de cette investigation, le REN-LAC voudrait d’abord dénoncer l’attitude de l’agent des eaux et forêts qui, ayant constaté la falsification des documents par l’usager, s’est laissé embarquer dans un marchandage corruptif au lieu de verbaliser le faussaire comme il se devait. L’argument de « contrainte » qu’il évoque ne convainc personne.

Par contre, comment comprendre que son chef hiérarchique ait pu tolérer qu’un de ses agents puisse priver les caisses de l’Etat de trois millions de francs pour empocher des billets de banque à son propre compte ? Le REN¬LAC voudrait ensuite attirer l’attention des citoyens sur le fait que les portes du Réseau sont ouvertes aux plaintes sérieuses et honnêtes. Les corrupteurs et les corrompus qui croient pouvoir en abuser s’exposent à des dénonciations publiques.

Le Réseau national de Lutte Anticorruption (REN-LAC) Tel : 50 43 32 83/82, tel vert : 80 00 11 22, siteweb : www.renlac.org.

Le Pays

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