Bogodogo : « Il faut que les gens arrêtent de construire sans l’autorisation de la mairie »

lundi 25 juillet 2011 à 02h43min

Le lundi 18 juillet dernier, une pluie accompagnée de vents violents s’est abattue toute la journée sur la ville de Ouagadougou, causant des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels. La population, qui garde encore le souvenir des inondations du 1er septembre 2009 (une dizaine de morts et plus de 150 000 sans-abri), redoute le pire en cette saison hivernale. Dans cet entretien, le maire de Bogodogo, Henri Kaboré, s’exprime sur les dommages enregistrés dans son arrondissement et suggère des mesures propices pour amoindrir les risques d’inondation. L’arrondissement de Bogodogo est composé de cinq secteurs 14, 15, 28, 29, 30, et deux villages, Balkuy et Yamtenga. Il s’étend sur une superficie de plus de 11.000 hectares et compte environ 513.000 habitants.

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Fasozine.com : Quel est l’état des lieux au niveau de votre arrondissement après la pluie diluvienne qui s’est abattue sur Ouagadougou le 18 juillet dernier ?

Henri Kaboré : La pluie du 18 juillet a créé d’énormes dégâts au niveau de l’arrondissement de Bogodogo. Nous avons enregistré trois décès : une femme au secteur 29 tuée par la chute d’un arbre sur son kiosque, une autre décédée suite à l’écroulement de sa maison à Dagnongo, un sous quartier du village de Yamtenga, et un homme mort par noyage dans un ravin situé entre Dagnongo et Witenga. Ce n’est que le lendemain 19 juillet que les sapeurs pompiers ont pu sortir son corps des eaux. Il faut noter également plusieurs blessés dont trois dans un état grave. Quant aux dégâts matériels, on dénombre de nombreuses maisons écroulées et des toits emportés par le vent. Dans l’ensemble, on compte jusqu’à 700 sinistrés. On ne peut pas recenser tout le monde mais depuis hier (mercredi 20 juillet, NDLR), nous avons reçu le soutien du ministère burkinabè en charge de l’Action sociale à travers le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (Conasur) qui nous a apporté des vivres, des couvertures, des nattes et des vêtements. Notre équipe et celle de l’Action sociale sont actuellement sur place pour soutenir les victimes.

L’arrondissement de Bogodogo présente-t-il des risques particuliers en saison pluvieuse ?

La plupart des zones qui ont été fortement touchées par les pluies sont des zones que nous avons recasées en 2010. Nous sommes dans une phase de lotissement, c’est pourquoi nous avons déplacé certaines personnes des zones très denses pour les recaser dans des villages plus clairsemés. Les habitants de ces zones commencent à peine à construire leurs maisons que les vents qui soufflent menacent ces habitations qui sont souvent construites en terre et à la hâte, sans oublier qu’elles sont situées dans des zones présentant beaucoup d’espaces vides. Mais nous avons également constaté qu’en pleine ville, notamment tout le long du boulevard circulaire, sur l’avenue Charles de Gaulles et même au centre ville (vers l’hôpital Yalgado Ouédraogo), il y a des gros arbres qui sont tombés. C’est pour dire qu’en général, la pluie ne pose pas de problème au niveau de notre arrondissement, c’est surtout le vent qui fait beaucoup de dégâts, en particulier dans les zones non loties.

Redoutez-vous le scénario du 1er septembre 2009 ?

La pluie diluvienne du 1er septembre 2009 était une pluie exceptionnelle qui a fait des dégâts dans tous les arrondissements de Ouagadougou. On n’avait jamais vu une telle quantité d’eau tomber sur la ville et on n’était pas du tout préparé à une pluie de cette ampleur. Mais aujourd’hui, on essaie de prendre certaines dispositions pour éviter le même scénario.

Quelles sont, concrètement, les dispositions prises par les autorités municipales pour éviter une autre catastrophe ?

D’abord, nous allons multiplier la construction de caniveaux tout en demandant aux gens de ne pas habiter les zones inondables. L’Etat est justement en train de délimiter des zones inondables et toutes les personnes à l’intérieur de ces périmètres seront appelées à déménager afin de permettre la viabilisation des secteurs à risques et éviter ainsi d’éventuelles inondations. Il faut aussi que la population fasse des efforts pour faciliter le travail du gouvernement. L’Etat a formé un certain nombre d’élus dans chaque arrondissement pour qu’il y ait un suivi sur la façon de construire les habitations et tous les autres types de bâtiments. C’est ensemble que nous devons trouver des solutions.

Que doit faire la population de son côté ?

Si j’ai un conseil à donner à la population, c’est d’abord de respecter les règles d’urbanisme. Il faut que les gens arrêtent de construire sans l’autorisation de la mairie ou sans le suivi de techniciens. Ensuite, et en attendant que la mairie s’occupe de tailler les arbres gênants, il faut systématiquement éviter de s’abriter sous un arbre en cas d’orage.
Je veux également inviter la population à suivre les prévisions de la météo et à diffuser l’information autour de soi. L’Etat a décidé, avec l’appui des services météorologiques, de donner chaque jour des prévisions sur les risques d’orage ou de grands vents.

En cas de catastrophe, les populations doivent-elles se tourner vers la mairie ou à l’Action sociale ?

Chaque structure a son rôle à jouer. La mairie est chargée d’administrer la population, c’est elle qui représente la population. Lorsqu’un problème survient, c’est la mairie qui se rend la première sur les lieux du sinistre pour faire le point et ensuite acheminer l’information à qui de droit.

Pour ce qui est de la pluie du 18 juillet dernier, la mobilisation de l’Action sociale a été tellement prompte, que hier (20 juillet, NDLR), nous avons fait la remise officielle des vivres aux sinistrés. La ministre de l’Action sociale, Clémence Traoré/Somé, s’est personnellement déplacée sur le site pour soutenir les victimes, et actuellement, c’est le travail de distribution qui est en train d’être fait. En somme, la mairie est interpellée pour constater la situation et faire le point. Ensuite, on fait appel aux structures habilitées. On peut également demander de l’aide à toute bonne volonté qui voudrait apporter sa contribution.

On a constaté que le canal de Wemtenga, qui fait partie de l’arrondissement de Bogodogo, a subi des dommages importants dus à la pluie. Cette infrastructure a-t-elle été mal conçue ou réalisée ?
On peut dire que le travail n’est pas bien fait, mais il faut situer les responsabilités à plusieurs niveaux. La faute peut ne pas venir de l’entreprise qui s’est occupée des travaux mais plutôt de celle qui a fait les conceptions. Si dès la base, l’étude a été mal faite, il va sans dire que la construction sera mal faite. Donc les principaux responsables ne sont pas forcément ceux qu’on a l’habitude d’indexer. Toutefois, les personnes qui sont chargées de suivre les travaux pourront situer les responsabilités.

Nina Yougbaré (stagiaire)

Fasozine

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