Infection au VIH/Sida : Du cas des personnes naturellement immunisées

mardi 12 juillet 2011 à 03h18min

Quelqu’un à Ouagadougou s’écriait un jour : « Qu’ils ont de la chance ces gens qui ne peuvent pas être infectés par le VIH ! Si j’étais l’un d’entre eux, j’aurais vécu une vie de débauché sexuel. » Tous n’auraient certainement pas fait pareil, heureusement d’ailleurs. Malheureusement ces personnes immunes au VIH constituent généralement une minorité dans la population générale. Étudier comment l’organisme de ces personnes immunes arrive à bloquer le VIH peut aider à trouver des remèdes et des vaccins contre la maladie. Il s’agira alors de mimer les stratégies utilisées par l’organisme de ces sujets résistants.

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Il y a plusieurs mécanismes de résistance, et le plus étudié d’entre eux concerne un élément de cellule appelé CCR5. Il s’agit d’une mutation génétique qui par hasard, ne permet pas au virus du SIDA de pénétrer dans les cellules. En effet, lorsque le virus pénètre dans l’organisme, il a besoin de rentrer dans certaines cellules (lymphocytes, monocytes) pour survivre et se multiplier.

Tout comme le poisson doit être dans l’eau pour assurer sa survie. Le virus passe alors, par une porte située sur la cellule appelée « CCR5 ». Chez certaines personnes, la constitution de cette porte a été modifiée par erreur (mutation génétique) et n’est plus adaptée au passage du VIH. Le virus est alors facilement éliminé par l’organisme. Cette mutation est appelée « CCR5 delta 32 », ce qui veut dire délétion de la portion N0 32 du gène du CCR5. Elle ne donne pas une protection contre tous les types de VIH, mais seulement contre le VIH 1 de souche R5. C’est la souche de VIH 1 la plus fréquemment transmise. Elle prédomine au début de l’infection et reste souvent majoritaire, même au stade tardif de la maladie. Si vous recevez ce gène muté de chacun de vos parents (père et mère), vous êtes dit « homozygote » pour cette mutation.

La totalité des cellules de votre organisme qu’attaque le VIH (monocytes, lymphocytes) sont alors protégées, puisqu’elles portent le CCR5 muté. En théorie, vous ne pouvez donc pas être infecté par le VIH 1 souche R5. En théorie, parce qu’on a quand même observé quelques rares homozygotes infectés par ce virus. Si vous avez reçu le gène d’un seul de vos parents (père ou mère), vous êtes dit « hétérozygote », et seule une partie des cellules-cibles du VIH porte le CCR5 muté. Les autres cellules qui ne portent pas le CCR5 muté peuvent être donc plus facilement infectées par le virus du SIDA. En clair, une personne hétérozygote peut être infectée, mais connaîtra une évolution plus lente de la maladie, comparée à une personne qui n’a pas cette mutation.

Qui porte cette mutation du CCR5 ?

Une étude conjointe réalisée en 1997 par l’Université d’Oxford (Grande Bretagne) et de Pittsburgh (États-Unis) a retrouvé une prévalence de la mutation à 0,5% dans la population générale au Nigeria, seul pays africain inclus dans l’enquête. Si ce chiffre est correct et si vous êtes Nigérian, vous avez 99,5% de « chance » (ou malchance, doit-on dire), de ne pas avoir le CCR5 muté. Des proportions plus élevées ont été retrouvées en Europe : 14% en Islande, 11% en Grande Bretagne, 8% en Espagne, 5% en Italie etc. Aucune étude n’a été encore menée au Burkina Faso pour déterminer la prévalence de cette mutation, mais les chiffres en Afrique sont généralement plus bas que ceux retrouvés en Europe. Cette différence pourrait, en conjonction avec de nombreux autres facteurs, expliquer la prévalence particulièrement élevée de l’infection à VIH en Afrique par rapport à l’Europe.

Pourquoi cette différence dans la distribution du CCR5 muté ?

Plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer cette différence entre l’Afrique et l’Europe dans la distribution du CCR5 muté, sans qu’aucune n’ait encore fait l’unanimité. Certains ont évoqué les épidémies de variole (éradiquée depuis 1979). Selon les défenseurs de cette hypothèse, beaucoup de ceux qui ont survécu à ces épidémies de variole auraient possédé cette mutation CCR5 delta 32 qui conférerait également une immunité contre la variole. Ces « survivants » auraient transmis le gène muté à leurs descendants. Ces épidémies auraient donc réalisé une sélection naturelle de personnes résistantes à la variole qui, par hasard, le sont à l’infection au VIH également. L’Afrique qui aurait été moins touchée que l’Europe par ces épidémies de variole, n’aurait pas connu cette « sélection naturelle », de façon aussi étendue, que le continent européen.

Une seconde hypothèse est l’impact des épidémies de peste, cette infection respiratoire qui a sévi en Europe entre le 14e et le 18e siècle et aurait fait plus de 50 millions de morts. La même mutation du CCR5 aurait conféré aux personnes qui la portaient une résistance à la peste. Comme dans le cas de « l’hypothèse variole », il y aurait eu une sélection naturelle favorisant les personnes portant la mutation.
Quoiqu’il en soit, rappelons-nous que ce ne sont que des hypothèses et aucune d’elles ne fait l’unanimité et d’autres pourraient être proposées dans l’avenir.

Autres gènes conférant l’immunité contre le VIH

D’autres mutations conférant une résistance au VIH ont été identifiées. Par exemple, la résistance chez certaines professionnelles du sexe au Kenya dont on a beaucoup parlé à la fin des années 1990, a été attribuée à une mutation dans le système HLA (human leukocyte antigens) qui est au cœur de nombreuses réactions immunitaires de l’organisme. Sa fréquence dans la population générale en Afrique n’est pas connue. Des mutations qui touchent des portes d’entrée du VIH dans la cellule autre que le CCR5 pourraient également conférer une certaine protection contre le virus. Il s’agit de mutations du CCR2, du CX3CR1 etc., mais ces mutations sont encore moins étudiées que celles du CCR5.

A l’étape actuelle des connaissances, les personnes qui ont une certaine immunité contre le VIH sont très minoritaires. Si vous êtes né de parents noir-africains, il existe plus de 99% de chance que vous n’en fassiez pas partie. Par ailleurs, toutes ces résistances sus-citées concernent certains sous-types de VIH1, et n’incluent même pas le VIH2 qui sévit surtout en Afrique de l’Ouest. Alors, les méthodes de prévention de l’infection (abstinence, fidélité, rapports sexuels protégés…) restent toujours d’actualité pour tous.

Pascal Nitiema, médecin : (Collaborateur)

Sidwaya

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