Golf club de Ouagadougou : Vers la disparition ?

mardi 12 juillet 2011 à 03h18min

Le mardi 5 juillet 2011, la population du village de Balkuy, à majorité jeune, soutenue par le chef, Naaba Sonré et son collège de sages, a entrepris de déterrer des bornes implantées sur une partie des installations de Golf club de Ouagadougou. Cela en signe de protestation d’une opération de lotissement initiée en 2009 et empiétant sur une partie des parcours du golf.

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La population de Balkuy, les jeunes en particulier et le chef du village, Naaba Sonré, sont remontés contre le ministère de l’Habitat et de l’urbanisme. Une opération de lotissement initée en 2009 par ce département sur l’espace jouxtant le site du Golf club de Ouagadougou sis à "Naab Ma Tanga" au Sud de la zone de Ouaga 2000 en est la cause. Le mardi 5 juillet 2011, les bornes implantées sur une partie du site ont été déterrées par les jeunes du village. "Dimanche 3 juillet 2011, j’ai été imformé que des individus procédaient à des attributions de parcelles sur le site du golf.

Lorsque je le leur ai demandé, ils ont affirmé être là au nom de la Direction générale de l’Urbanisme. J’ai fait arrêté l’opération. La manifestation de ce matin est une réponse à cette opération d’attribution...", nous confie d’emblée, le chef de Balkuy. Il soutient par ailleurs que l’opération de 2009 n’est ni plus ni moins qu’une violation d’un domaine privé.

Naaba Sonré considère en effet, que l’espace terrien abritant les installations du Golf club appartient au village de Balkuy. "Cet espace a été cédé par mon défunt père à l’Association Golf club de Ouagadougou dont il en a été d’ailleurs le fondateur en 1972...", affirme-t-il. Le chef souligne aussi qu’initialement, l’espace s’étendait sur un peu plus de 114 ha. Il nous a présenté une correspndance en date du 20 juin 2006 de la Société nationale daménagemet des terrains urbains (SONATUR) l’informant que les travaux d’aménagement de la zone de Ouaga 2000 ont intégré le terrain dans cet aménagement. "... par conséquent, des dispositions seront prises pour régulariser officiellement l’attribution du terrain...", précise le directeur général de la société signataire de la correspondance à l’époque.

La même lettre invitait par ailleurs le chef à respecter la destination du terrain comme indiqué dans le récépissé de déclaration de déclaration d’existence de l’Association Golf club de Ouagadougou délivré en 1975 par le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, le lieutenant-colonel Bila Zagré. Il a été demandé, toujours dans la même lettre, de prendre attache avec les services compétents pour s’acquitter des taxes et charges afférentes audit terrain.

Naaba Sonré exhibe une autre lettre de la SONATUR datant, elle, du 8 avril 2009, l’informant que pour des "raisons d’utilité publique", des aménagements sont intervenus sur le terrain à lui attribué pour la pratique du golf. "...la présente attribution porte sur les sections 823, 829 et 826 d’une superficie totale de 86 ha 84 a 71 ca, soit 868 471 m2...", précise cette lettre.

Six parcours sur dix huit touchés

Et c’est là que le bât blesse car pour le chef, cet aménagement signe la disparition de l’Association Golf club de Ouagadougou. "L’aménagement touche six parcours sur dix huit que doit comporter un terrain de golf. Cela va conduire à la radiation du Golf club de Ouagadougou par la Fédération française de golf à laquelle l’Association est affiliée. Pire, près de 150 jeunes du village qui gagnent des revenus, du fait de la pratique de ce sport par des diplomates et des fonctionnaires internationaux accrédités dans notre pays vont se retrouver au chômage.

C’est pourquoi je m’insurge contre cet aménagement...", martèle le chef visiblement très remonté contre les autorités du ministère de l’Habitat et de l’urbanisme, responsables, de l’opération. Et celui-ci d’ajouter : "Je me battrai pour que l’Etat restaure l’intégrité de cet espace attribué à l’Association Golf club de Ouagadougou, pour que ce sport puisse continuer d’être pratiqué et, surtout, pour préserver les emplois des jeunes du village...".

Au ministère de l’Habitat et de l’urbanisme, on dit ne pas comprendre cet agissement du chef qui ne s’inscrit pas du tout dans le cadre de la légalité. Les opérations de lotissement étant actuellement suspendues sur toute l’étendue du territoire, le ministère soutient ne pas être au courant de l’équipe qui était sur le site, le dimanche 3 juillet dernier pour une opération de distribution desdites parcelles. C’est ce qu’a laissé entendre le directeur central du contrôle, Gilbert Kibtonré. Pour lui, il est certes vrai que l’aménagement du site empiète légèrement sur les installations du Golf club. "Mais cet empiètement se justifie et reste légalement inopposable et incontestable par le Golf club et encore moins par le chef de Balkuy...", note celui-ci. Gilbert Kibtonré soutient que les documents exhibés par Naaba Sonré pour réclamer la propriété de cet espace que lui aurait attribué la SONATUR, n’ont aucune valeur juridique.

"Ils ont été adressés au Golf club à titre d’information et d’invitation à faire valoir et précisent bien que des dispositions devront être prises pour régulariser officiellement l’attribution du terrain...", relève le directeur central du contôle du ministère de l’Habitat et de l’urbanisme.

Une opération d’utilité publique

Pour être officielle et définitive, explique Gilbert Kibtonré, cette attribution doit être constatée par un arrêté de mise à disposition, conformément aux dispositions de la loi portant Réforme agraire et foncière (RAF) et au décret portant conditions d’application de la RAF en ses articles 166, 182 et 183.

Gilbert Kibtonré affirme qu’en juin 2008, dans le cadre de cet aménagement alors en gestation, le ministre de l’Habitat et de l’urbanisme de l’époque avait invité les responsables du Golf club à faire valoir leurs droits éventuels sur cet espace. "N’ayant donc pu présenter aucun document d’attribution officielle et définitive de ce grand espace, le ministre les a donc conseillés de constituer un dossier de demande à cet effet...", souligne le directeur central du contrôle.

Selon lui, le ministre qui avait jugé la superficie exagéremment grande pour être un terrain de golf, a adressé une correspondance à son homologue des Sports et des loisirs en janvier 2010, lui demandant de lui fournir les éléments constitutifs d’un terrain de golf.
Cela, afin de lui permettre de définir les dimensions spatiales normales d’un terrain pour la pratique de ce sport et d’engager la procédure d’affectation au département chargé des sports pour un arrêté de mise à disposition au Golf club, en respect aux textes en vigueur. Cette lettre est restée sans suite, à l’entendre.

"Le Golf club ne disposant d’aucun titre d’attribution et de propriété, l’occupation de ce terrain revêt un caractère très informel..." indique Gilbert Kibtonré. Il précise que ce lotissement fait suite à une opération spéciale du gouvernement réalisé sur instruction du conseil des ministres, en sa séance du 28 novebre 2007. Le site de Naab Ma Tanga a été retenu, selon lui, en compensation du retrait d’un terrain affecté par l’Etat, à l’Agence pour la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA). Il affirme que l’opération a permis de dégager des parcelles, au profit des 203 mutualistes de l’ASECNA ayant été déguerpis du premier site qui leur avait été attribué, permettant ainsi à ceux-ci de rentrer dans leurs droits. "Le lotissement de cet espace a donc le caractère d’une opération d’utilité publique, officiellement autorisée par le gouvernement...", souligne Gilbert Kibtonré.

Pour ce qui est de la suite à donner à cette affaire, il affirme que le ministère reste ouvert à toute discussion avec le chef de Balkuy et l’Association Golf club de Ouagadougou pour "mieux comprendre leurs préoccupations réelles...".

Etienne NASSA

Sidwaya

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Vos commentaires

  • Le 12 juillet 2011 à 08:05
    En réponse à : Golf club de Ouagadougou : Vers la disparition ?

    La déclaration d’utilité publique doit être constatée par un décret pris en conseil des ministres. Tant que ce décret n’existe, on ne peut arguer de ce fait pour entreprendre quoi que ce soit

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    • Le 15 août 2011 à 23:30
      En réponse à : Golf club de Ouagadougou : Vers la disparition ?

      L’affaire est très sérieuse pour les habitants de Balkuy il faut savoir que de nombreuse famille tirent des revenus de cette activité sportive en effet les "caddys sac" qui travaille régulièrement avec un patron assidu peut gagner entre 30 et 40000F cfa par mois. Les caddys green peuvent ramener régulièrement quelques milliers de francs au foyer.
      L’affaire est toujours traitée entre le gouvernement et le Naba de Balkuy mais qui est venu interroger l’association Sportive qui gère le Golf Club de Ouaga depuis 35 ans personne pourtant le contact est sur le net www.golfouaga.com . Demandons à ces dames et messieurs quel est leurs avis sur ce dossier. Ils ont surement des choses à dire à nos journalistes.

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  • Le 12 juillet 2011 à 11:34
    En réponse à : Golf club de Ouagadougou : Vers la disparition ?

    Vous du ministere des infrstructures vous exagerez, est ce l espace qui manque a Ouaga pour relocaliser les gens ? Le moto club , le golf club sont des monuments du Burkina qui ont eu leur periode de lustres. De grace respectez nos devanciers qui ont eu de belles initiatives que nous n avons pas aujourd hui. Il ne faut pas toujours vous refugier autour des besoins d utilite publique pour exproprier les gens.
    Nous vous attendons de pied ferme sur votre histoire de zone inondable alors que certaine zones ont ete loti avec votre accord entre 2000 et 2010. Ayez au moins une vison prospective a l horizon de 25 a 30 ans et non gerer au cas par cas.

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  • Le 12 juillet 2011 à 13:49
    En réponse à : Golf club de Ouagadougou : Vers la disparition ?

    Cette situation traduit une fois de plus le comportement de nos gouvernants qui ne pensent qu’a l’immediat au lieu de penser au futur. Cette initiative du glof club au lieu d’être encouragé va être supprimé et c’est dommage. Dans le même registre il y’a juste a côté l’espace utilisé par le Moto club qui s’est retrecie comme une peau de chagrin. A cette allure, il ne restera aux generation futures qu’a boire la biere pour passer le temps, comme quoi point de loisir qu burkina. Tout de même ....

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  • Le 12 juillet 2011 à 19:25, par La révolution
    En réponse à : Golf club de Ouagadougou : Vers la disparition ?

    Sommes nous maudits ou le Burkina qui l’est pourquoi ne pouvons nous avoir au moins quelque chose de bien de façon durante au pays des hommes integres.
    Qui peut m’aider à changer de nationalité ?

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  • Le 12 juillet 2011 à 19:43, par dave
    En réponse à : Golf club de Ouagadougou : Vers la disparition ?

    Héé les gars, moi je vous suggère de ne pas vous meler de cette histoire car le chef de Balkuy lui même n’est pas un homme très sérieux. Après avoir vendu presque tout le village pour s’acheter une grosse cylindrée, c’est lui même qui va s’e, prendre au golf club si toutefois cette lutte aboutissait. Dites a nos pauvres frères de vaquer à leur occupations pour leur pain quotidien car c’est une affaire de loups. Ils se mangeront entre eux et que le meilleur gagne.

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