Editorial de Sidwaya : CCRP : un coup d’épée dans l’eau ?

lundi 4 juillet 2011 à 01h14min

Les concertations, les séminaires, les colloques ou encore les panels nous emballent de moins en moins. Que l’on essaie d’évaluer le nombre de rencontres organisées intra ou extra muros, et auxquelles un pays participe en une année, et l’on comprendra que si les assises du CCRP (Conseil consultatif –burkinabè- sur les réformes politiques) ne semblent pas susciter les alléluias de tous les enthousiasmes en ce moment, c’est qu’il y a, bien qu’elles soient indispensables pour la marche en avant du Burkina Faso, comme une fatigue de l’esprit à en entendre parler. Ajoutez à cela le fait qu’un groupe de la classe politique burkinabè préfère ne pas y participer à cause d’un présumé déficit de confiance.

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On se pose donc la question de savoir si les efforts du Chef de l’Etat et du gouvernement à réussir cette relecture consensuelle des actes de notre démocratie ne sont pas condamnés à n’être qu’un coup d’épée dans l’eau. Avec la saison qui s’installe, toute métaphore faisant référence à l’eau laisse toujours à penser.

Il y a quelques années, un compatriote a publié un livre ayant pour titre : « Fraternité d’abord. » A son exemple, on pourrait dire qu’avant d’envisager des réformes politiques, il aurait fallu instaurer la confiance d’abord entre les acteurs politiques. Des élections aux mutineries, beaucoup de points d’achoppement existent entre hommes et partis politiques – ce qu’il advint à la CENI en est la parfaite illustration - au point qu’avant l’initiative des réformes, certains avaient déjà envisagé des « refondations. » Dans ces conditions, il arrive à certains de penser que le succès du CCRP, dès sa gestation, a été sérieusement compromis.

En effet, comment regarder ensemble devant nous quand chacun est convaincu que son voisin a des idées derrière la tête ? Même Sékou Touré se méfiait des « hommes margouillats », ceux qui, posés sur leur « branche », regardent de deux côtés à la fois. Dans ces conditions, les réformes se perdront si les réformateurs et refondateurs ne sont, comme le dit Félix Houphouët-Boigny, « d’accord que sur leurs désaccords. » Est-ce les réformes qu’il faut refonder, ou est-ce la refondation qu’il faut réformer ? Mystère douloureux et "politiciennement" politicard ! On craint que les résultats qui sortiront de telles rencontres servent à nous diviser et non à nous unir.

Cependant, ne faut-il pas penser autrement la chose politique ? Objectivement parlant, faut-il attendre qu’une confiance – laquelle ?- existe entre les différents acteurs politiques avant de coaliser nos efforts pour l’amélioration de la démocratie au Faso ? Les opposants qui ont refusé de donner leur quote-part pour la réflexion sur les réformes politiques ont tort de se faire du tort. Car le consensus qui en résultera sera par eux mis en œuvre dans quelques années et non par personne d’autre. La bonne réaction aurait donc été qu’ils pèsent de tout leur poids problématique sur le travail qui est en train de se faire, même si c’est leur plus redoutable adversaire juridique, c’est-à-dire leur totem politique, Blaise Compaoré, qui en a pris l’initiative.

Par-delà ces conjectures, nous devons tous nous rendre compte des lacunes de notre République. Quand nous mettons ensemble les trois griefs suivants, nous comprenons que beaucoup de choses restent à accomplir pour que la démocratie burkinabé soit une réalité irréversible. D’abord, des faiblesses ou des réalités qui méritent d’évoluer, au regard du contexte actuel des chevauchées de notre processus de démocratisation, sont détectées dans notre Constitution… Il s’agit, entre autres, de sa dimension présidentielle prépondérante et omnipotente. Certes, malgré cette faiblesse, notre système politique actuel (semi-présidentiel) n’est pas si mauvais car il a tout de même réussi à battre tous les records de longévité (1991-2011) des systèmes politiques qu’a connus notre pays. Mais, l’arbre ne devant pas cacher la forêt, le système actuel reste perfectible et nécessite un véritable rééquilibrage de telle sorte à renforcer les prérogatives du parlement afin de permettre à celui-ci d’exercer un réel contrôle sur l’exécutif.

Ensuite, notre corps électoral s’avère en réalité incompétent, sujet à de maintes interprétations et versatile : on peut en faire à peu près tout ce que l’on veut avec lui ou à partir de lui. L’observateur populaire dit : « L’ignorance tue », et tue mal. Enfin, il faut reconnaître que la culture démocratique de l’élite burkinabé laisse à désirer : la plupart de nos dirigeants sont sortis de l’écurie marxiste. Nous savons comment certains d’entre eux ont exalté la violence dialectique, mais nous ignorons depuis quand ils y ont renoncé. Il faut enfoncer le clou en affirmant qu’il manque à un bon nombre d’entre eux le sens patriotique, sans lequel un homme politique n’est qu’un égoïste exalté et égaré.

Un adversaire de Nicolas Sarkozy, le Président français, nous le pensons peut-être à tort, ne souhaiterait pas que les journalistes français kidnappés crament dans le feu de la colère de leurs ravisseurs, juste pour que le Président soit, lui aussi, grillé par la colère des électeurs hexagonaux .Quand la raison d’être de l’Etat, de la Nation est en péril, la France dans son ensemble, les institutions dirigeantes et leurs rivaux, laissent tomber leurs antagonismes pour s’unir afin de surmonter l’écueil. Après la victoire, chacun se souviendra de sa colère et les querelles politiques pourront reprendre « sereinement ». A partir de certaines preuves, nous savons qu’un tel « coup serait jouable » pour certains hommes politiques burkinabè… ceux-là mêmes qui sont capables d’envoyer 244 essaims d’abeilles à Kosyam, pour que le locataire des lieux en sorte en courant !

Pour nous, les trois failles ci-dessus indiquées que nous ne sommes pas les seuls à détecter dans les rouages de notre démocratie, exigent que le CCRP (Conseil consultatif des réformes politiques) réussisse sa mission et qu’il en informe la nouvelle génération. Nous n’avons pas à focaliser notre colère sur l’article 37, au point d’avancer constipés … dans la conquête du destin national.

On excipe des faits pour rejeter structures et institutions démocratiques. N’est-ce pas dangereux pour l’avenir proche et lointain de notre pays ? Notre devoir de responsabilité n’est –il pas en cela, remis profondément en cause ?

Par Ibrahiman SAKANDE (Email : sakandeibrahiman@yahoo.fr)

Sidwaya

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