Au coin du palais : Un sourd-muet, une parcelle et deux escrocs

mercredi 25 mai 2011 à 02h23min

Courant 2009, AS, un sourd-muet sexagénaire résidant à Bobo-Dioulasso, manifeste à ID, un ami de son neveu KAR, son désir d’acquérir une parcelle. ID avec la complicité de IC, aujourd’hui en fuite, lui propose un terrain à Belle-ville, un quartier de la ville de Sya, au prix de 3 500 000 F CFA. AS ne disposant que de 1 250 000 F CFA comme économie, son neveu lui déconseille de s’engager dans cette affaire. Mais, c’était sans compter avec ID et IC, bien déterminés à escroquer l’argent du sourd-muet. C’est ainsi que les deux complices vont contourner le neveu de AS, pour convaincre le vieux de remettre ce qu’il a déjà comme avance et qui servira à établir les papiers de la parcelle. Devant les juges ce vendredi 20 mai 2011 au Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso, ID comparaissait en même temps que KAR pour complicité d’escroquerie.

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Selon lui, le neveu de AS aurait aussi participé au « coup » contre son oncle. Au moment de partager le butin, a-t-il confié, c’est même lui et IC, le cerveau de l’affaire, qui se sont octroyés les plus grosses parts. « Je n’ai eu que 100 000 F CFA et quand la gendarmerie nous a arrêtés, IC m’a proposé 150 000 F CFA pour ne pas le dénoncer », a expliqué ID. Dans son verdict, le Tribunal a décidé de relaxer KAR, non seulement pour infraction non constituée, mais aussi parce qu’il bénéficie de l’immunité familiale et que son oncle n’a pas porté plainte contre lui. Quant à ID, il a été condamné à 6 mois de prison ferme pour escroquerie, et à rembourser à AS, la somme de 1 250 000 F CFA.


D’escroquerie en escroquerie…

Commerçant agréé dans la vente de matériaux de construction à Ouagadougou, CL comparaît ce vendredi 20 mai 2011 au Tribunal de grande instance (TGI) de Bobo-Dioulasso, pour escroquerie et tentative d’escroquerie. Il lui est d’abord reproché d’avoir refusé de rembourser à ZA son argent, après avoir acheté à crédit chez ce dernier, du plâtre d’une valeur de 18 430 000 F CFA. Selon l’avocat de ZA, CL a fait croire à son client, qu’il pouvait l’aider à écouler facilement sa marchandise, grâce notamment aux relations qu’il a dans les services de l’Etat. Lorsqu’il entre en possession du plâtre, il réussit effectivement à le vendre. Cependant, sur le montant total qu’il devait à ZA, il ne remet à celui-ci que la somme d’un million de F CFA. Le reste, il l’utilise selon ses propres dires, pour faire prospérer ses affaires, en attendant le délai de 45 jours que lui et son créancier avaient convenu pour le paiement de la dette. Deuxième chef d’inculpation prononcé à l’encontre de CL par les juges du TGI de Bobo, c’est la tentative d’escroquerie de deux producteurs de noix d’anacarde basés à Vavoua, en République de Côte d’Ivoire.

Selon le procureur, pour rembourser l’argent qu’il doit à ZA, le prévenu se rend dans cette localité, et fait savoir aux producteurs, que des Chinois vivant à Bobo-Dioulasso, sont intéressés par leurs marchandises. Ceux-ci lui font confiance et promettent de lui envoyer quatre chargements de camions de noix d’anacarde. De retour au Faso, il promet à ZA, deux des quatre chargements de noix d’anacarde qu’il pourrait vendre et récupérer ainsi son argent. Las d’attendre le remboursement de sa dette, ZA informe la gendarmerie de Bobo de l’histoire et CL est interpellé dans un hôtel. Pour l’avocat du prévenu, le TGI de Bobo est incompétent pour connaître cette affaire. Sur les faits d’escroquerie dont on accuse son client et qui se sont déroulés à Ouagadougou, il estime que c’est dans cette ville que le jugement doit avoir lieu parce que, souligne -t-il, selon le code pénal, seule la juridiction du lieu de résidence d’un prévenu est habilité à le juger.

Or son client domicilié à Ouagadougou, a-t-il expliqué, était simplement de passage dans la cité de Sya, lorsque la police judiciaire a mis la main sur lui. Par ailleurs, l’avocat de la défense pense que les juges de Bobo ne peuvent pas statuer sur le litige portant sur la tentative d’escroquerie en Côte d’Ivoire. « Nous sommes tellement travailleurs, nous Burkinabè, que nous voulons résoudre un problème qui ne concerne pas notre pays », a-t-il ironisé. De l’avis de la partie civile par contre, le problème de compétence du Tribunal de Bobo-Dioulasso ne se pose pas du tout. Comme preuve, l’avocat de ZA brandit un document signé par l’accusé, le 23 avril 2011 dans la capitale économique, dans lequel il s’engage à rembourser sa dette, après la vente des noix d’anacarde.

Finalement, c’est le procureur qui tranche sur cette question de compétence du Tribunal, en décidant de poursuivre les débats. Il a même requis 6 mois de prison ferme à l’encontre de CL, à qui le conseil de ZA a également demandé de payer les sommes de 17 430 000 F CFA, 3 000 000 F CFA et 1 500 000 F CFA, représentant respectivement le reste de la dette, les dommages et intérêts et les frais liés à la constitution de la défense. Le Tribunal suivra-t-il ces différents réquisitoires ? Ou écoutera-t-il l’avocat du prévenu, qui souhaite que faute de reconnaître son incompétence, le TGI de Bobo dise qu’il n’y a pas l’ombre d’une infraction de la part de son client ? Le nombreux public de la salle d’audience n’a pas pu avoir de réponse à ces questions, car les juges ont donné rendez-vous aux différentes parties le 27 mai 2011 pour le verdict.

Rassemblés par Moustapha SYLLA

Sidwaya

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