Evénements malheureux de Solenzo : Le film des faits macabres et douloureux

mardi 24 mai 2011 à 02h07min

Solenzo vit sous couvre-feu depuis cinq jours. Suite à ces événements qui ont fait trois morts et plus d’une vingtaine de blessés tous originaires de la ville. Le tout précédé de l’incendie du commissariat de police par les populations autochtones. Comment cela est-il arrivé ? Le récit des événements.

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Aucune version officielle n’est disponible pour l’instant. Toutefois, le film des événements peut être reconstitué de la manière suivante, d’après des témoignages partiels recueillis sur les lieux, mais qui sont à prendre au conditionnel.

Solenzo célèbre annuellement la fête des masques pendant environ deux semaines. L’aire de la célébration est portée à la connaissance du public par voie radiodiffusée et est interdite de circulation. Les populations sont invitées à ne pas traverser la zone réservée à la cérémonie.

Le dimanche 16 mai, un policier est pris dans l’engrenage de la célébration et est victime de coups de fouets cérémoniels ; son engin est confisqué. De façon courtoise, il va présenter ses excuses et son engin lui est remis sans problème. Le lendemain, un autre policier se voit infliger des coups de fouets du même genre alors qu’il tentait de se frayer un chemin sur le principal axe de la ville (Koundougou-Sanaba-Dédougou) parmi une foule qui a quitté l’aire de la célébration des masques pour une autre destination ; sans doute un autre site sacré situé un peu à l’écart de la ville. Le policier dégaine son pistolet automatique (PA) et menace d’ouvrir le feu sur les fouetteurs. Il est tout de suite dissuadé par un gendarme à la retraite. Revenu au commissariat, il fait le point à ses collègues et une mission embarque et se rend chez le chef coutumier.

Des menaces sont proférées à l’endroit du chef coutumier, répondant des fouetteurs. La riposte des autochtones ne se fait pas attendre. Il était environ 22 heures quand une marche est entamée sur le commissariat qui fait en même temps office de direction provinciale de la police nationale. Il est incendié, y compris les engins et autres matériels qui s’y trouvaient. Le mardi matin, les lieux sont envahis par les écoliers à la curiosité aiguisée (leur école est à deux cents mètres des lieux). Des habitants observent de loin les lieux sans y mettre les pieds. Le même jour le directeur régional de la police du Mouhoun arrive à Solenzo.

Aux environs de midi, sans aucun lien avec l’incident et l’incendie de la veille, le drame se prépare de façon insoupçonnée. Un homme qualifié d’agitateur, d’origine allogène mobilise des jeunes qui font barrage au passage de la procession des masques. L’atmosphère s’échauffe. Les jeunes bwaba veulent descendre chez le « meneur ». Avec insistance, des médiateurs dont de vieilles femmes et des forgerons arrivent à les calmer. Mais ce ne sera que momentanément.

Le soir, aux environs de 18 heures, les bwaba reviennent à la charge. Avec beaucoup de masques et d’accompagnateurs, ils quittent le lieu traditionnel de célébration non loin du CRPA , rejoignent la grande route reliant Sanaba à Koundougou,passent devant l’hôpital bifurquent sur la route de Kiè et s’orientent du côté Sud en direction du domicile du meneur qu’ils veulent incendier à tout prix car ce dernier aurait dit qu’il n’y a pas cet homme qui peut mettre pied chez lui. Ce qui aurait ajouté à la furia des Bwaba qui armés de fouets et de machettes auraient détruit sur leur chemin tout ce qui est de la communauté du meneur. Ils sont prêts à relever le défi, à broyer du « meneur ». Au domicile de ce dernier, ils réussiront à incendier son hangar sans arriver à s’introduire dans sa maison. Et le pire commence.

Des hommes armés de fusils de chasse calibre 12 ouvrent le feu sur les « casseurs » bwaba. C’est le sauve-qui-peut. Masques et accompagnateurs se confondent et rebroussent chemin à toute vitesse. Pendant ce temps, les coups de feu nourris se poursuivent. Des tireurs aux cartouchières fournies ne laissent pas de répit aux bwaba. La panique est générale. On entend des cris un peu partout, les victimes tombent les unes après les autres. Des curieux, plutôt que de se mettre à l’abri se dirigent vers les lieux.

Un autochtone est fauché par les plombs meurtriers d’un tireur. Un de ses camarades se rue sur le corps pour l’enlever. Il reçoit une décharge au visage et est grièvement blessé. Les autochtones ne rentreront pas en possession du corps ce jour-là. Aussitôt, les rues commencent à se vider. Un autochtone, machette dans la main appelle au secours un passant à moto qui venait croiser la route de Kiè à la hauteur « du champ de tirs » pour qu’il emmène un des siens blessés qu’il essaie de maintenir entre les jambes. Juste à côté de lui, au beau milieu de la route git un autre corps. Au Centre médical avec antenne chirurgicale, c’est la panique. Des appels téléphoniques fusent de partout, chacun voulant se rassurer que les siens sont à l’abri.

Les coups de feu continuent. Les femmes également en ravagent le hangar du meneur. Des hommes de la communauté du meneur s’arment qui d’une machette, qui d’un fusil et se précipitent sur les lieux de la fusillade pendant que les officiants des masques dispersés se « cherchent » à toutes jambes. Au même moment, certaines familles de l’autre camp commencent à rentrer dans la brousse ou à prendre la direction de villages voisins avec femmes et enfants. La police, encore sous le choc de l’incendie de la veille de son commissariat ne semble pas visible sur les lieux. La gendarmerie semble ignorer les faits et leur gravité.

Vers 19 heures les coups de feu se raréfient. Peu après vingt heures, c’est le silence total. Les radios locales n’émettent plus depuis. La ville à l’air d’une cité sous couvre-feu. Les habitants sont terrés chez eux. Mais toute la nuit, c’est le branle-bas. Au petit matin, il n’y a pas eu l’appel du muezzin pour la prière. Seul le groupe électrogène de la Coopérative d’électricité de Solenzo (COOPELSO) que l’on éteint habituellement à 23 heures ou à 24 heures selon les jours, a vrombi jusqu’au matin. Le technicien du jour avait-il fui et eu peur de revenir arrêter le groupe ?

Le matin du 18 mai, le soleil se lève sur une ville calme. La tristesse se lit sur tous les visages. Les boutiques, les débits de boisson et les essenceries sont fermés. Le marché est quasiment vide. Des écoles ont fermé sans un avis officiel de nombreux autres services également. Le bilan est lourd ce matin : deux tués et plus d’une vingtaine de blessés dont les plus graves sont évacués sur Bobo. Les victimes sont toutes des Bwaba. Vers 9 heures, les corps sont déposés à la morgue. L’un des corps a passé la nuit entre les mains des tireurs, le risque étant grand pour les parents d’aller le chercher. Des blessés légers avec leur bandage au bras ou sur la tête ou encore sur le visage les descendent du pick-up. Des infirmières observent avec tristesse le spectacle. Plus tard, on apprend le décès d’un des évacués graves sur Bobo.

Dans la ville jadis paisible, l’on voit la CRS patrouiller depuis le matin. Elle semble être là depuis la nuit. Le gouverneur de la région descend sur les lieux le même matin. Le soir, une radio locale ouvre pour la circonstance et diffuse en boucle un communiqué qui décrète un couvre-feu de 19 heures à 5 heures sur l’ensemble du territoire communal jusqu’à nouvel ordre. Les mesures sécuritaires sont renforcées les jours suivants avec l’arrivée d’un bon nombre de gendarmes. Le lendemain 19 mai, le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité arrive. Des rencontres ont lieu entre responsables.

Les contrôles de police sont accentués aux postes situés sur les principaux axes qui traversent la commune. Dans la ville, la nuit venue, c’est les aboiements des chiens qui signalent la présence des patrouilles dont certaines sont à pieds et d’autres en véhicule pick-up. Pour l’instant, Solenzo retient son souffle. Quelle solution trouver pour éviter le pire dans les jours, mois et années à venir ? Car, à vrai dire, Solenzo, comme nous l’avons toujours indiqué dans ces mêmes colonnes est une vraie poudrière, alimentée semble-t-il par des querelles politiques intestines depuis des années. En plus, des problèmes de terre avaient opposé l’an dernier et les années antérieures des autochtones à une partie de la communauté mossi.
Les rumeurs les plus folles circulent. Espérons qu’avec l’arrivée en cascade des autorités, les protagonistes ont eu le temps de se parler et que l’administration prendra le taureau par les cornes. Pour une paix véritable et durable dans cette localité du Burkina.

Aboubacar Frederick TRAORE

L’Express du Faso

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Vos commentaires

  • Le 24 mai 2011 à 18:12, par frusté
    En réponse à : Evénements malheureux de Solenzo : Le film des faits macabres et douloureux

    c’est le debut du commencement ! ce meneur là va repondre de ces actes !

    Répondre à ce message

  • Le 24 mai 2011 à 19:25, par cocorico
    En réponse à : Evénements malheureux de Solenzo : Le film des faits macabres et douloureux

    Évitons les termes "autochtones Bwaba" et "allogènes Mossi" pour ne pas enfoncer le clou dans ces événements malheureux et passagers car ces populations vivent ensembles depuis fort longtemps.

    Dans sa livraison du vendredi 20 mai 2011 Ousmane TRAORE/Dedougou de "l’Express du Faso" disait ceci :"Le conflit entre autochtones bwaba et allogènes mossi a été déclenché par une altercation entre les autochtones et...". Il n’avait certainement pas toutes les versions mais à ce jour 25 mai 2011 je le rassure que les rencontres de concertations ont apporté un démenti cinglant à cette "ethnisation" car dans la délégation autochtone il y avait des Mossi, preuve de l’interpénétration entre ces populations.

    Que la sagesse et la paix l’emportent dans cette cité de KANAKUY ,grenier agricole du Burkina !!!

    cocorico

    Répondre à ce message

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