TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

lundi 23 mai 2011 à 02h42min

Nommé ministre des Enseignements secondaire et supérieur dans le gouvernement de Luc Adolphe Tiao, Albert Ouédraogo a entamé une tournée dans les chefs-lieux des 13 régions du Burkina. Le mardi 17 mai 2011, il était de passage à Ouahigouya où les enseignants des établissements publics ont organisé une assemblée générale contre sa venue dans la région du Nord. Pour ce faire, les professeurs ont suspendu les cours de 8 h à 12 h. Tout cela n’a pas empêché le ministre de rencontrer les acteurs du système éducatif autour de la situation matinale. En somme, la rencontre a permis aux uns et aux autres de faire le diagnostic de l’école burkinabè en crise.

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La rencontre qui se voulait directe entre le ministre des Enseignements secondaire et supérieur et les acteurs de l’éducation l’a effectivement été. Il était 9 h, le ministre Albert Ouédraogo prend place aux côtés de madame le gouverneur de la région du Nord, Viviane Yolande Compaoré. La salle était pleine à craquer. Dans une longue intervention qui a duré plus de 2 h, le ministre Albert Ouédraogo n’a pas été avare en citations, en proverbes, en paraboles, en charades et même en contes (francais, anglais et mooré) pour se faire comprendre de ses interlocuteurs. Faisant la genèse de la crise, il dit comprendre l’émoi et la colère des élèves. Mais, s’empresse-t-il d’ajouter, il faut éviter d’agir sous l’emprise de la colère car on le regrettera toujours. Le ministre a donné l’assurance que tous les policiers incriminés sont à la MACO.

"Si dans cette salle, quelqu’un doute de la véracité de cette information, nous sommes prêts à prendre les dispositions pour que l’intéressé puisse aller constater de ses propres yeux", a-t-il lancé. "Si j’ai choisi de débuter ma tournée par Koudougou, c’est parce que je reconnais que nous avons trébuché et, c’est par là qu’est partie la crise. La vie est un long chemin et pas un fleuve tranquille. Chaque pays a donc sa période de crise. Le problème n’est pas de trébucher, mais de savoir se relever". Le patron des Enseignements secondaire et supérieur a surtout demandé aux élèves de Ouahigouya de ne plus détruire, saccager et brûler. Le démantèlement des forces de sécurité au niveau de l’université, le réaménagement du calendrier scolaire l’avancée du dossier Justin Zongo, selon le ministre, sont autant de signes qui montrent que le gouvernement s’est inscrit dans une dynamique de l’apaisement. S’adressant aux chefs d’établissements, le ministre a proposé la création d’une boîte à suggestions dont la clé, en double, sera détenue par l’administration et les élèves.

Toutes les suggestions versées dans ladite boîte seront vidées chaque fin de mois en présence des 2 parties. Dans le même ordre d’idées, le ministre souhaite voir naître un cadre d’expression au sein des établissements, dont l’appellation pourrait être Club des droits humains. Aux enseignants, Albert Ouédraogo leur a dit ceci : "L’on ne vient pas à l’enseignement pour devenir riche, l’on n’y vient pas aussi pour être pauvre. Mais sachons prendre le juste milieu." C’est pourquoi, il leur a demandé d’être des exemples de probité, d’intégrité.

Des rapports affectifs entre élèves et professeurs, le ministre n’en veut pas "car ils provoquent le plus souvent des notes sexuellement transmissibles". Quant aux enseignants fumeurs ou buveurs, il leur a dit de s’abstenir à leur goût lorsqu’il s’agit du lieu de travail. Les syndicats sont des partenaires responsables du gouvernement. Ce partenariat, selon le ministre Ouédraogo devrait être construit sur les principes du respect et de la courtoisie. "Le syndicaliste d’aujourd’hui peut être le ministre de demain et vice-versa", a-t-il dit. Au niveau des parents d élèves, le membre du Gouvernement en appelle à leur sens de responsabilité. Pour lui, tout parent d’élèves, qui envoie son enfant à l’étranger pour étudier, n’a pas le droit de parler au nom des parents d’élèves. Concernant les associations de parents d’élèves, le ministre a haussé le ton : "Je ne veux pas être complice du dysfonctionnement au sein de ces associations.

Elles ont donc intérêt à faire leur propre mue. " Albert Ouédraogo a terminé son intervention en invitant tout le monde à s’impliquer dans la résolution de la crise. Alors que cette rencontre se tenait à l’Hôtel de l’amitié, les enseignants des 5 établissements secondaires publics de la ville ont observé un arrêt de travail pour protester contre la venue à Ouahigouya de leur ministre de tutelle. A 7h 30 déjà, les professeurs du lycée Yadéga s’étaient regroupés devant le censorat. Lorsque nous y sommes arrivés, ils étaient en sit-in. "Nous ne sommes pas contents de l’attitude de notre ministre de tutelle. Depuis sa nomination, il ne semble pas se préoccuper, outre mesure, des vrais problèmes des enseignants.

Depuis son arrivée, il ne fait que rencontrer des chefs coutumiers qui ne savent rien de ce qui se passe dans l’enseignement. C’est du mépris à l’endroit du corps enseignant et nous protestons vigoureusement contre cette façon de travailler du ministre", s’est indigné Daouda Sogné, secrétaire général du SNESS du Nord. Par ailleurs, les enseignants, à travers cet arrêt de travail, dénoncent, l’exploitation des enseignants, les effectifs pléthoriques dans les classes. Les mécontents réclament également des indemnités spécifiques, l’amélioration de la prise en charge aux examens du BEPC, du CAP, du BEP et du BAC. Le reclassement des conseillers pédagogiques est aussi l’une des doléances soulevées par les enseignants. Il était pratiquement 8h 45 mn quand nous sommes arrivés au Lycée Yamwaya.

Luc Gamsonré, le censeur qui nous a accueillis nous a, d’emblée, fait savoir que le mot d’ordre était bien suivi. En clair, et selon lui, tous les 57 enseignants de l’établissement ont déserté les classes. Rassemblés sous des arbres, l’un d’entre eux nous interpellera en ces termes : "Nous ne sommes pas contents du comportement de notre ministre. Nous avons remarqué qu’à chaque fois qu’il veut parler, il évoque toujours l’enseignement supérieur et jamais celui secondaire". Le mot d’ordre a également été suivi au niveau du lycée Provincial.

Hamed NABALMA

Le Pays

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Vos commentaires

  • Le 23 mai 2011 à 07:13, par kondire
    En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

    fermons les yeux et prions pour ces pauvres enseignants car personn ne semble comprendre leur desaroi.il vous manque des armes soyez amis avec les militaires .EUX AU moins ont la solution á leur probleme .C´est Blaise lui meme qui panse leurs plaies.cela appaisera aussi vos douleurs.

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  • Le 23 mai 2011 à 10:24, par askia
    En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

    Loin d’etre un partisan du ministre,je relève que c’est ce mepris là qui continue de nous entrainer dans cette impasse.Nul n’est parfait ici bas.D’ailleurs,c’est son premier poste ministeriel.L’occasion etait bonne pour lui dire en face les derives de ses approches au lieu de boycotter et se retrouver sous un arbre.Aider lui à reussir sa mission et poser vos preoccupations car il est un des votres.

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  • Le 23 mai 2011 à 10:39
    En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

    ces enseignants mécontents ont eu l’occasion de dire de vive voix à leur ministre ce qui les fâche, mais au lieu de ça, ils préfèrent débrayer et rester sous des arbres à ruminer leur mécontentement. C’est nul comme attitude. Comment vouloir que les choses avancent si on refuse le dialogue et qu’on préfère paresser sous des arbres

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  • Le 23 mai 2011 à 11:32, par hermes
    En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

    Vous voyez que ce que je dis de ce Ministre est vraiment ressenti par pas mal d’enseignant. Il se trompe de mission. C’est encore un vuvuzela qui nous a été proposé. Il va passer plus son temps à bavarder et donner l’impression que lui il sait tous et il passera à côté des vrais problèmes des enseignants et des élèves. C’est quoi cette approche moraliste du genre un enseignant doit pas faire ceci un enseignant doit pas faire cela ?? on ne vient pas à l’enseignement pour être riche et puis quoi encore ??? Monsieur c’est pas pour ça on t’a nommé. Encore une fois la solution aux problèmes des enseignants et des élèves n’est pas chez les coutumiers, ou chez les religieux. Le malaise est structurelle alors proposez nous des solutions structurelles et non conjoncturelles svp !!!!! L’enseignement sécondaire et supérieur burkinabè traverse de graves crises depuis des années ; à quand un vrai débat autour des problèmes avec des solutions à la clé au lieu de nous saouler avec votre vision moraliste ? Si vous n’avez rien à proposer ne confonder pas votre mission de Ministre avec votre rôle de patron du Tocsin ou d’enseignant à la FAC. Je suis très inquiet par votre approche parce que c’est de l’école que tout est partie et même les militaires et policiers qui ont tirés sont les produits de cette école qui est en crise depuis longtemps. Alors svp arrêter la masturbation intellectuelle et proposer nous des solutions au lieu de nous parler de boites à lettres ? franchement c’est du délire ce qui nous arrive.

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  • Le 23 mai 2011 à 12:36, par pegui
    En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

    vraiment l’enseignement au Burkina :( cest une catastrophe

    1-les programmes enseignés dates de la colonisation
    2-les enseignants ne sont pas écoutés et la fonction est loin d’être valorisée avec ces salaires de misère
    3-Ayez pitié des étudiants svp construisez des salles de classe (allez à 4heur du matin pour avoir une place est c k cela est normal ?)
    4-dans l’enseignement supérieur (université surtout) il y a peu de professeurs il faut penser à y remédier cela entraine un mauvais suivi au niveau des cours, une suffisance désastreuse de ces individus, et un laxisme total dans la manière d’enseigner mais aussi dans la notation.
    5-une chose très importante, les infirmiers et sage femme et tout le corps médical, leur formation est à revoir, il y a un manque crucial de déontologie

    il y a beaucoup de choses à faire dans l’enseignement, force est de se rendre compte qu’aucune réelle décision n’est prise malgré la dégradation de l’état des lieux. j’espère que le nouveau ministre pensera à nommer des jeunes dynammiques et novateurs afin de changer les choses et pas les vieux routiers qui à force d’être dans les systèmes ne se rendent plus compte de la gravité de la situation.

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    • Le 23 mai 2011 à 16:17
      En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

      Je croise les doigts afin que le Pr Albert n’échoue pas, mais j’ai peur car il prend une mauvaise direction. Parcourir les 13 régions est louable. Mais il devrait y aller pour a) Apporter le voeux d’apaisement du Gouvernement et b) écouter les acteurs de l’éducation, sans plus. A cette heure, le peuple a besoin d’une écoute profonde et non pas de ceux qui estiment qu’ils ont solution à tout ! Qu’il arrête de parler pendant 2 heures, de faire la morale. Son idée de boîte à idées est un cataplasme sur une jambe en bois. Des idées ce n’est pas c qui manque au ministère, au Faso. C’est de les mettre en pratique, qui est le gros problème. Qu’il prenne seulement deux points : L’on a promis des indemnités aux enseignants. Que l’on mette en pratique la promesse. 2) les classes sont bondées ; Qu’il décrète qu’une classe au Burkina ne devrait avoir plus de 70 et 60 élèves en conformité avec le decret de Monsieur Mélégué. C’est concret ! Un internaute parle de lui comme un second vuvuzela ! Qu’il en prenne note ! Bon courage, prof !

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  • Le 23 mai 2011 à 14:15, par Kadhaf
    En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

    Monsieur le ministre, et les ministres dont les enfants sont à l’étranger,ont-ils le droit de décider de notre enseignement national ?Bref, vous ferez peut-être mieux de vous occuper sérieusement des établissements privés qui ont déjà renvoyé leurs professeurs vacataires alors que certains n’ont même pas pu entamer les programmes du 3ème trimestre.Que tout comme vous, les fondateurs de ces établissements sachent qu’il est intolérable de sacrifier l’avenir de nos enfants sur l’autel de la gabegie.

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  • Le 23 mai 2011 à 17:57
    En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

    Monsieur le Ministre vous aviez raté votre mission en voulant prodiguer des lecons de morale et de comportement aux professeurs, parents d’élève et élèves. Comme l’a si bien souligner un de mes prédecesseurs intervenants, vous devriez aller écouter les problèmes des gens, leurs solutions qu’ils proposent et vous de les rassurer d’avoir pris bonne note et ensuite essayer de trouver des solutions idoines à ces problèmes. Je vous conseille de changer de stratégie, sinon vous allez échouer à votre mission tant difficile. Vos premiers interlocuteurs sont ces professeurs, parents d’élèves et élèves qui vivent au quotidien les problèmes. Ce n’est pas encore tard car vous aviez encore des provinces à parcourir. Vous pouvez par la suite rencontrer les chefs coutumiers pour des visites de courtoisie, les administrateurs des provinces pour en fait voir ce qu’ils ont fait et ce qu’ils font pour nos écoles ; cela s’appelle un travail de suivi et de contrôle. Cela doit se faire d’une manière périodique et méthodique. C’est ainsi à mon humble avis qu’en contact avec la base, c’est à dire le monde de l’éducation que vous réussirez mieux votre mission ; et cela vaut aussi pour tous les autres ministres et le président du faso que de passer le plus de vos temps dans vos bureaux à Ouaga ou dans d’autres lieux. Nos administrateurs sont trés déconnectés des administrés ; une des raisons principales de la crise socio-économique que notre pays traverse en ce moment.
    Un compatriote en Allemagne

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  • Le 23 mai 2011 à 19:35
    En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

    En réponse à (Monsieur, Madame ou Mademoiselle) Kadaf,

    Pourriez-vous être moins totalitaire ou totalisant ? Il y a des établissements sérieux dans notre pays qui travaillent avec conscience et abnégation. Comme vous le savez certainement, l’année académique compte 36 semaines de cours. Si des établissements ont commencé le 15 septembre et Dieu merci n’ont pas connu des perturbations notables, il devraient avoir bouclé leur 36 semianes. Il serait peut-être juste qu’à cause de ce seul établissement vous introduisiez la nuance ! Quand aux professeurs qui n’ont pas encore encore entame leur programme du 3ème trimeste en fin mai, c’est dommage, mais les directeurs d’établissaient devraient virer purement et simplement ces professeurs, quitt à ce que les syndicats viennent crier au loup ! Ce n’est pas cela aussi l’impunité ? Un professeur qui n’a pas encore commencé son programme de 3ème trimestre ne devrait pas encore trouvé un défenseur. Et le virer, est-cela la gabégie ?

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  • Le 24 mai 2011 à 15:24
    En réponse à : TOURNEES DU MINISTRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE ET SUPERIEUR : Un accueil hostile à l’étape de Ouahigouya

    Monsieur Medes, il existe des professeurs une fois en classe "raconte leur vie" pendant 1H45 et font cours en 15mn et vont signer. Malheureusement beaucoup de mes camarades aiment ce genre de prof "babacool". Or ces professeurs nous tuent ! Et si un élève ose se plaindre, on à zéro, on est traité d’impoli sinon d’indiscipliné. Il ya certains professeurs qui passent tout leur temps à parler de politique, de syndicalisme, des responsables qui sont mauvais. Peut être qu’il y a du vrai dans ce qu’ils disent mais ce que nous constatons est que la plupart qui critiquent les autres ne sont pas des modèles dans leur propre travail. Nous aimons nos professeurs même quand ils sont sévères pourvu qu’ils soient justes et travailleurs.

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