Marche des femmes pour la paix : 1km à pied, "ça use la crise"

lundi 16 mai 2011 à 00h25min

Les associations féminines de Ouagadougou ont damé le bitume pour rapprocher les filles et fils du Faso, le samedi 14 mai 2011. Plusieurs milliers de femmes ont répondu à l’appel des coordinations communales des ONG et OSC.

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Elles ont payé le plus lourd tribut de la crise sociopolitique qui secoue le Burkina Faso depuis février 2011 ; elles s’en sont résolues à briser son élan à travers une marche pacifique. Sur un trajet qui va de la place de la Nation au rond-point des Nations unies, des milliers de femmes et de filles de la capitale burkinabè ont dénoncé les violences, les exactions, les crimes qui ont jalonné la crise, sous-tendue elle-même par la vie chère, les injustices, les inégalités sociales et autres abus militaropolitiques. A coup de slogans et de messages, elles ont appelé l’ensemble des citoyens burkinabè à la culture de la paix, condition sine qua non pour l’édification d’un Etat de droit au Burkina Faso.

Dès le coup de 7 heures de ce samedi torride, les femmes ont commencé à arriver par petits groupes sur la place de la Nation. Peu à peu, la peur que le manque légendaire de ponctualité des femmes ne fausse le programme fait place à une certitude : la marche aura bel et bien lieu dans les délais prévus. Vers 7 h 45, le flot de femmes déposées par les cars ou venues par leurs propres moyens avait noirci à moitié la superficie de la place de la Nation . Des consignes lancées via mégaphones commencent à dessiner l’agencement de la marche. Soustraites de la place ceinte de poteaux peints aux couleurs nationales (rouge, vert frappées de l’étoile or) les voiturettes des femmes handicapées sont les premières à être positionnées pour ouvrir la marche. Juste derrière les tricycles, les uniformes à carreaux des filles du centre "Minim son panga" s’intercalent entre la tête de peloton et le gros de la cohorte. Nouvelles et anciennes membres du gouvernement, élues locales et nationales, première responsable du département de la Promotion de la femme, ses collègues ministres et ses collaboratrices (à qui est revenue la coordination de la marche), responsables et militantes des OSC, personnalités publiques et illustres anonymes des arrondissements de Ouagadougou s’y côtoient.

Les premiers rayons du soleil se font déjà très agressifs. Il est temps de partir, mais les porte-voix peinent à faire entrer tout le monde dans les rangs, certaines marcheuses préférant encore le maigre confort des pans de murs et autres arbres offrant un peu d’ombre. Positionnées à l’arrière de la troupe depuis un certain temps, des 4/4 doubles cabines assurent le service d’eau fraiche. Celles que la soif a déjà commencé à taquiner vont à la provision d’eau, se détachant du dispositif difficilement mis en place par les organisatrices.

La blancheur des foulards symbole de paix

A la cime de la masse qui se fait de plus en plus compacte, la blancheur des foulards rappelle les consignes femmes de Nestorine Sangaré : le couvre-chef immaculé, emblème de paix, doit trôner sur les têtes. A celles qui, par oubli ou une raison quelconque, se sont retrouvées sans le carré d’étoffe blanc, une dernière chance est offerte : une vente improvisée de morceaux de tissu blanc. Le stock s’épuise très rapidement et l’ingénieuse promotrice rejoint les autres pour le « dama-dama ».

Tant bien que mal, la machine se met en ordre de départ. Reste à obtenir le silence requis pour la lecture de "l’appel à la paix des femmes et filles du Burkina Faso", comme prévu au programme. Entre les défaillances techniques de la sono et le brouhaha, la voix de Hortense Lougué s’élève difficilement (C’est à la coordonnatrice de l’association d’appui et d’éveil Pugsada (ADEP) qu’est revenu l’honneur de porter la voix des femmes). Alors que les appels au silence restent vains, l’entonnement du Ditanyè (hymne national) réussit à ramener un semblant de silence, et Mme Lougué peut reprendre son "appel". "Depuis le mois de février, notre patrie est secouée jusque dans ses fondements par une crise sans précédent aux conséquences pitoyables et incalculables ", s’élance-t-elle, entre deux crachotements de l’amplificateur résolument récalcitrant.

Le message brosse le climat social chaotique que vit le Burkina Faso en mettant l’accent sur "les agissements destructeurs", "l’anarchie" et les différents actes de violences dont les femmes, étrangères comme burkinabè, ont pâti. Dénonçant « vie chère, impunité, atteinte à la dignité des femmes et filles, manque d’équité, d’égalité et de justice » et autres comportements fragilisant la paix sociale, la messagère assène : « Aucune revendication légitime ne doit trouver une solution dans les destructions diverses, les viols et surtout, la mort d’innocentes personnes dont nos enfants ». Au terme des deux feuillets et demi dactylographiés,

« l’appel » conclut : "Agissons ensemble pour que l’amour et la paix véritables germent dans les cœurs des hommes et des femmes de ce pays, afin que notre cher Burkina Faso retrouve la paix, la justice, l’équité et la cohésion sociale, si chères à tous les Burkinabè".

« On a dit que c’est une marche de femmes ! »

Déjà épuisée par les efforts mis à ordonner les marcheuses, la voix fluette de DG Millogo (directrice générale au ministère de la promotion de la femme, membre du comité de coordination) tente à nouveau de survoler la cohue. D’abord, pour donner l’ordre de départ, ensuite, pour ralentir la marche des tricycles, de temps à autre pour harmoniser ou accorder la vitesse des jeunes filles avec celle des aînées derrière. "Ralentissez, les filles ! Non, je n’ai pas dit de vous arrêter, je dis de marcher doucement pour aller au même rythme que les autres derrière".

Aux slogans arborés par les pancartes et les banderoles est laissé le soin de relayer les messages vocaux tout au long du trajet. Mais très vite, le mouvement qui se voulait être silencieux au regard de son option pacifique, semble manquer de souffle et de dynamisme. Les palliatifs sont trouvés au grès des inspirations. Ici, on chante le Dytanyé, là, on lance des slogans à la "Nous voulons la paix" selon la formule « sujet, verbe, complément », « la paix ! la paix ! la paix ! » « hèrè ! Lafi ! », selon le mode symbolique.

A la première pause, marquée à la place de la SONABEL, un bref incident retient l’attention. De la houle des marcheuses, l’on tente vainement d’éjecter un "corps étranger". Au beau milieu du 3e bloc des marcheuses, cet individu de sexe masculin, grand d’1 m 90 environ, et de race blanche, de surcroît, passe difficilement inaperçu. A la silhouette, l’on reconnaît facilement Mohamed Doumi, l’inénarrable président de la fédération Asalam internationale. "C’est quoi, qu’est-ce que vous faites ici ? On a dit que c’est une marche de femmes !", lui fait observer la voix perchée du DG Millogo. « Moi aussi je viens marcher pour la paix ! ». La réplique de M. Doumi se veut être un refus diplomatique de quitter les rangs. Les propos passent rapidement à la plaisanterie, l’importun ayant accepté de s’accoutrer du foulard blanc de rigueur.

Le second arrêt se fait à la place de la maison du Peuple, au rythme des messages de paix scandés par une jeune fille. Aux abords de l’avenue de la Nation, fermée pour la circonstance à la circulation, quelques badauds observent, l’air quelque peu amusé. "C’est vraiment bien que les femmes soient sorties aujourd’hui pour marcher pour la paix. Comme ça le pays va retrouver son climat serein", apprécie Moumouni Sawadogo, artisan à la vitrine du Bronze, galerie d’art dont les occupants ont temporairement cessé toute activité pour voir passer les marcheuses. "Nous supportons nos mamans et nos sœurs qui recherchent la paix. Mais, il faut parler de la vie chère", lance au passage un jeune homme, probablement sorti de Rood Woko (marché central de Ouagadougou) pour être témoin de l’événement.

Le troisième arrêt, terminus de la marche des femmes pour la paix, se fait à la place de la station Total. Encore quelques messages livrés par une jeune fille, et les femmes s’avancent de quelques pas supplémentaires pour se rapprocher de la tente dressée pour abriter les officiels, juste en face du rond- point des Nations unies. Là attendent le secrétaire général du gouvernement, Baba Diémé, le directeur de cabinet du premier ministère, Jérôme Compaoré, rejoints par Nestorine Sangaré, ministre de la Promotion de la femme, Koumba Boly, ministre de l’Education nationale et de l’alphabétisation et Clémence Traoroé, ministre de l’Action sociale et de la solidarité nationale, ainsi que quelques anciennes ministres. A l’adresse des plus hautes autorités du Burkina Faso, Hortense Lougué, coordonnatrice de l’ADEP et porte-parole des femmes, livre le "Message des femmes du Burkina Faso à son Excellence M. le Président du Faso, chef de l’Etat", dans des termes similaires à ceux de l’appel.

Une fois lu et traduit dans les trois langues nationales du Faso, la missive est remise au secrétaire général du gouvernement pour transmission au président du Faso, Blaise Compaoré. A l’issue de ce cérémonial, Nestorine Sangaré prend, brièvement, la parole pour traduire toute sa satisfaction du succès de l’initiative, de même que sa reconnaissance à toutes les femmes et aux bonnes volontés qui en ont assuré le succès. Les marcheuses se sont dispersées, rassérénées, animées de l’espoir que plus rien ne viendra troubler la paix chère au pays des hommes intègres.

Hortense ZIDA

Sidwaya

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Vos commentaires

  • Le 16 mai 2011 à 11:20
    En réponse à : Marche des femmes pour la paix : 1km à pied, "ça use la crise"

    Enfin !une gente raisonable !Je soutiens cette initiave de loin n’atant pas au pays. J’en appelle au bons sens de tout Burkinabé pour que nous fassions preuve de sagesse et tirions les leçons que nous laissent le voisin du pays des cocotiers.la paix et la concertation seront notre developpement et celui de nos enfants , non les armes et le sang . Merci à tous ceux qui travillent pour la paix, merci aux artisans de cette paix.

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  • Le 16 mai 2011 à 11:45, par karim
    En réponse à : Marche des femmes pour la paix : 1km à pied, "ça use la crise"

    y a encore la paix au Faso : on a boire et á manger dans les grandes villes. j’aurais aimé voir nos mères cousine, tantes du fin fons du Faso bien habillées et souriantes comme sur ces images. malheureuesement ce n’est pas le cas. la paix aussi inervient quand on a un changement dans l quotidien, l’administration, la gestion des choses publiques et la direction

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  • Le 16 mai 2011 à 18:27
    En réponse à : Marche des femmes pour la paix : 1km à pied, "ça use la crise"

    "celui qui n’a pa a manger est en paix.pourvu qu’il ne soit pa s menacé par une arme à feux ou par un gourdin".N’est-pas ?Si cela est faux,vous femmes,ferez mieux de marcher contre vos souffrances,conditions sine qua none pour un réel règne de la paix.

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