Mairie de Boulmiougou : « Il aurait fallu balayer toute l’équipe »

vendredi 13 mai 2011 à 01h32min

Dans le village de Zongo comme au quartier Rimkiéta, la suspension du maire, Séraphine Ouédraogo, est accueillie avec « soulagement ». Mais à écouter tous ceux que nous avons pu rencontrer, cette mesure intervenue le vendredi 6 mai 2011 laisse comme un goût d’inachevé. Selon eux, en effet, il aurait fallu tout balayer.

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Mairie de Boulmiougou, mardi 10 mai 2011. Sous le coup de 16 heures. Celui qui assure désormais l’intérim à la tête du conseil municipal reste enfermé dans son bureau de premier adjoint au maire. Au grand dam de la petite équipe de journalistes conviés à la tournée « d’information ». Las d’attendre le départ, pourtant annoncé pour 15 heures, un confrère finit par lâcher, dépité : « On croyait qu’il y aurait la rupture, mais on se rend compte que c’est la continuité ».

Fait-il seulement allusion au manque de ponctualité ou, en habitué de la maison, l’homme de presse, malgré la suspension de Séraphine, ne croit pas, ici, à un réel changement dans la conduite des affaires de l’arrondissement ?

Dans le village de Zongo, et au quartier Rimkièta, localités aux noms évocateurs, à tort ou à raison, de gestion scabreuse de parcelles, les résidents ne s’embarrassent pas de circonlocutions pour exprimer leur scepticisme.

Autant elles ont laissé éclater leur joie à l’annonce de la suspension pour trois mois du maire de Boulmiougou, Séraphine W. Solange Ouédraogo, autant elles ont une tête d’enterrement face à la nomination du premier adjoint au maire, Johanny Ouédraogo, au poste d’intérimaire. « La décision du ministère de l’Administration territoriale est une très bonne chose », se réjouit un étudiant en fin de cycle qui a souhaité garder l’anonymat.

A l’ombre d’une maison en banco, le bouc bien taillé, il tue son temps en sirotant du thé en compagnie d’autres jeunes du voisinage. Installé dans le village de Zongo depuis 2005 dans l’espoir d’obtenir une parcelle, le jeune homme n’en est toujours pas bénéficiaire. La raison ?

Cette « pratique mafieuse » qui, à l’en croire, a pignon sur rue au sein des commissions d’attribution : « Nous avons reçu nos numéros en juin passé. Les résidents du lot d’en face ont reçu les leurs bien avant. Mais là-bas, alors que l’opération d’attribution était suspendue, des agents municipaux venaient nuitamment attribuer des parcelles à des non-résidents ».

Mme le maire suspendue, pour autant notre étudiant ne se fait pas d’illusions : « Rien ne va changer. Celui qui a remplacé la dame fait partie du système. Tout le monde le sait bien. Il eût fallu les balayer tous ».

Plus loin, alors que la fourgonnette de reportage peine à avancer sur un sentier lacéré de rigoles, un groupe de personnes, devinant sans doute l’objet de notre présence dans le bled, s’avance vers le véhicule. « Observatère Paalga » (1), lance l’un d’entre eux. Briquetier, Abdoul Kaboré voit en la décision du ministère un simple coup de bluff : « Ce n’est pas clair. Si le gouvernement voulait réellement clarifier le problème des lotissements, il devrait chasser aussi tous les adjoints au maire. Oust ! ».

Pour Idrissa Zongo, employé de commerce, ça devrait être la totale : « Même les membres des commissions devraient être balayés. Ce sont eux les champions des doubles attributions. Nous sommes installés ici depuis plus de dix ans. Mais chaque jour, on voit des gens venir fixer des plaques sur nos parcelles sous prétexte qu’ils en sont attributaires ». La barbichette bien lissée, une bosse de piété bien en évidence sur le front, il menace : « Ils se sont enrichis sur notre dos. Nous allons déclencher la lutte des classes ».

A Rimkiéta, le sentiment d’injustice est tout aussi palpable. Mais ici, certains résidents réels, faute de se faire entendre par les autorités municipales, préconisent l’action directe contre les attributions qu’ils jugent illicites : « Tous les dimanches, de grosses voitures sillonnent la zone non lotie. Mais on a décidé que tant que nous n’aurons pas tous nos parcelles, personne d’autre ne viendra poser une brique », nous assure Noufou Guiro.

Présent jeudi dernier à une rencontre à la mairie et au cours de laquelle le conseil municipal a « pris l’engagement de satisfaire tout le monde », il reste cependant en butte à tous les doutes. Pas même l’arrivée de l’équipe intérimaire ne pourra l’en défaire : « Ils sont tous les mêmes ».

Pourtant, au cours de sa tournée le mardi 10 mai dernier, qui l’a conduit successivement à Sondgo puis à Zongo, le nouveau maître à bord, Johanny Ouédraogo, a proclamé à l’envi son engagement de rompre avec le passé. « Désormais, plus rien ne sera comme avant. Il n’y aura plus d’irrégularités dans les opérations de lotissement à Boulmiougou ».

Un passé dont l’intérimaire se lave les mains, et chargeant, par la même occasion, son prédécesseur de tous les péchés de Boulmiougou : « Ni le deuxième adjoint ni moi n’étions au courant des pratiques du maire. Elle est actuellement entendue par les inspecteurs du ministère de l’Administration territoriale.

C’est au cours des rencontres avec les populations que nous apprenons certaines choses » (Lire interview). Et le deuxième adjoint, Hamidou Ouédraogo, de surenchérir : « Même sur le nombre de parcelles dégagées ou attribuées, nous ne savions rien ».

Jointe au téléphone, Séraphine Ouédraogo a préféré ne pas s’exprimer pour le moment, se réservant de le faire après les enquêtes de la commission technique qui l’a effectivement entendue mardi dernier.

Alain Saint Robespierre

- (1) L’Observateur Paalga, prononcé à la moaga


Johanny Ouédraogo, maire par intérim de Boulmiougou : « Séraphine prenait les décisions de façon unilatérale »

Avec quel sentiment vous avez accueilli la mesure de suspension du maire de Boulmiougou ?

Nous l’avons appris ainsi. Je n’ai pas d’appréciation à faire. C’est une décision du ministère de tutelle.

Est-ce que vous avez reçu une mission spéciale pour l’intérim ?

Naturellement, j’ai reçu un arrêté m’autorisant à assurer la transition de trois mois.

Il n’y a pas de directives spécifiques ?

On m’a donné la plénitude d’exercer la fonction de maire. C’est tout.

Au cours de la tournée, vous avez remis en cause la gestion du maire suspendue. Pourquoi c’est maintenant que vous le faites ?

Bien longtemps, nous avons tiré la sonnette d’alarme. Malheureusement, madame le maire ne nous a pas écoutés. Elle prenait les décisions de façon unilatérale. C’est pourquoi aujourd’hui nous sommes arrivés à une situation, j’allais dire, sans situation.

Mais en tant que premier adjoint, n’êtes-vous pas aussi comptable de ce que vous dénoncez aujourd’hui ?

Vous savez, il y a toujours des brebis galeuses, des esprits mal intentionnés. Je prie Dieu pour que tout se passe bien. J’invite les populations à nous juger sur les résultats. Je le dis et je le répète : s’il plaît à Dieu, nous allons relever le défi. Ce n’est pas facile. Le problème des lotissements de Boulmiougou ne date pas d’aujourd’hui. Alors je ne peux pas dire que tout de suite nous allons les résoudre, mais inch allah, nous allons les démêler.

N’empêche, les gens trouvent que vous avez fait fortune sur la spéculation des parcelles. Pour preuves, ils citent, entre autres, votre immeuble construit à Zagtouli et vos nombreuses voitures.

J’ai acquis mes véhicules et construit mon bâtiment il y a plus de dix-sept ans de cela. Vous savez, je suis venu à la mairie il y a à peine quatre ans. Croyez-vous qu’en seulement quatre ans de fonction à la mairie on puisse réaliser un immeuble et s’acheter des véhicules ? Je suis un entrepreneur, j’ai travaillé avec l’Etat pendant plus de dix-huit ans. J’ai eu à exécuter pas mal de marchés publics.

Est-ce que vous avez été entendu par les inspecteurs du ministère ?

A l’arrivée de l’inspection technique, on avait déjà arrêté notre programme de rencontres avec les chefs coutumiers. Alors elle m’a autorisé à aller à la rencontre des populations afin d’apaiser au plus vite les esprits.

Comment comptez-vous faire pour répondre aux nombreuses attentes de tous ceux qui demandent des parcelles ?

Nous sommes en train de passer en revue tous les problèmes dans les secteurs et villages, et nous allons essayer de trouver les voies et moyens pour satisfaire les gens.

Propos recueillis par A.S.R.

L’Observateur Paalga

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