OUAHIGOUYA : Des citoyens bastonnés pour non-respect du couvre-feu

lundi 25 avril 2011 à 22h51min

Dans la nuit du 21 au 22 avril 2011, les secteurs 5 et 8 de Ouahigouya ont été particulièrement ‘’chauds’’. Trois individus habillés en partie en tenue militaire s’en sont violemment pris aux paisibles populations sous prétexte qu’un couvre-feu était en cours dans la ville. A l’aide de cordelettes, le trio a frappé et blessé des hommes, des femmes, mais aussi des enfants. Pourtant, il n’y a de couvre-feu qu’à Ouagadougou depuis la mutinerie, les 14 et 15 avril 2011, des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP).

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Ouahigouya, la capitale de la région du Nord, est la 4e agglomération du Burkina Faso. Abritant le 12e Régiment d’infanterie commando (RIC), la cité de Naaba Kango a été, jusque-là, épargnée par la grogne des militaires. Certes, plusieurs fausses alertes ont été signalées mais ont été vite maîtrisées par des chefs militaires qui ont rassuré la population sur sa sécurité. Mais dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 avril 2011, un événement étrange s’est produit à Ouahigouya, provoquant une psychose généralisée.

Il était 21h passées et la nuit était bien entamée. Boniface Nana, résident du secteur 5 et agent de santé de son état, après une journée de labeur, se rend dans un kiosque PMU’B, situé à une centaine de mètres de chez lui, pour se procurer un programme des courses. Sur le chemin de retour, il voit 2 personnes en train de se faire battre par 3 autres. Et comme par malchance, lui-même sera, à son tour, bastonné à sang. Il sortira avec une blessure à la joue et quelques égratignures au dos. ‘’Dès qu’ils m’ont rencontré, raconte-t-il, ils ont commencé à me demander si je ne suis pas au courant du couvre-feu. L’un d’eux a crié : "Ouahigouya ne fait pas partie du Burkina ou quoi ? Je n’ai même pas eu le temps de m’expliquer quand ils ont commencé à me bastonner. Tous les 3 étaient chaussés de Rangers et leurs pantalons en tenue militaire. Ils portaient chacun un tee- shirt".

Le jeune Mohamed a 12 ans et parle d’une voix calme, en baissant les yeux : "Mes camarades et moi étions assis devant notre maison autour du thé quand nous avons vu venir 3 militaires tout furieux. Sans nous adresser la moindre parole, ils se sont mis à nous frapper avec des cordelettes. Nous avons fui pour sauver notre peau." Si le petit Mohamed ne garde pas de stigmates de cette descente nocturne, ce n’est pas le cas de Sawadogo Sidpayété Mariam.

Des coups de cordelette à l’aveuglette

A 23 ans, la jeune dame se souviendra longtemps de cette nuit musclée, au cours de laquelle elle a failli perdre l’œil gauche : "J’étais assise devant notre porte lorsque 3 personnes légèrement robustes sont arrivées vers moi. Quelle heure fait-il ? m’ont-ils lancé avant de me battre correctement. On m’a trainée par terre, secouée de tous les côtés. Dès qu’on m’a abandonnée, je sentais une douleur atroce au niveau de mon visage et on m’a transportée à l’hôpital. Ce dont je suis sûre, c’est que leurs chaussures et leurs pantalons étaient ceux de militaires".

Augustin Ouédraogo, entrepreneur, a vu son sommeil entrecoupé par des cris de détresse de ses jeunes frères : aux environs de 22h. "J’avais effectué un voyage sur Ouagadougou et j’étais très fatigué. Comme il fait chaud, j’ai déposé mon matelas dehors et je dormais profondément. Entre temps, j’ai entendu un bruit. Je me suis réveillé brusquement et je voyais des enfants courir dans tous les sens, criant au secours. Comme ces individus étaient en tenue, on s’est peut-être dit que c’est ce qui s’est passé dans les autres villes qui est venu ici". Minata Ouédraogo est élève en classe de 3e au Lycée Sabil El Nadja. Toujours sous le choc, elle raconte sa mésaventure : "J’étais allée à la boutique pour payer du pain.

C’est lorsque je revenais que j’ai croisé 3 jeunes gens devant notre porte. Ils étaient en tenue militaire en ce qui concerne leur pantalon et leurs chaussures. Ils m’ont alors abordée avec un ton très menaçant : Il est quelle heure mademoiselle ? Ouahigouya n’est pas concerné par le couvre-feu ou quoi ? J’ai ouvert la bouche, mais je n’ai pas pu terminer ma phrase quand les coups ont commencé à pleuvoir de gauche à droite. J’ai eu une blessure légère au niveau du dos". Adama Ouédraogo, 29 ans, a lui aussi connu une nuit cauchemardesque : "C’était aux alentours de 22h 30, Je me rendais au domicile du commandant Raogo,d’ailleurs très connu dans notre quartier. Puis, juste avant d’y arriver j’ai été interpellé par 3 hommes tenant des cordelettes entre leurs mains. Leur ton était militaire : Halte ! couvre-feu.

Deux d’entre eux vont bondir sur moi avec des coups de cordelettes par-ci, de rangers par-là. J’ai été touché à l’épaule, au bras et au nombril. Ils m’ont obligé à escalader un mur pour me retrouver dans une cour. Heureusement, dans cette cour, on m’a reconnu sinon j’aurais été traité de voleur." Comme lui, Djénéba a été désagréablement surprise de constater qu’on lui donnait des coups alors qu’elle prenait de l’air devant la cour familiale. Ebranlée moralement, elle a du mal à retenir ses larmes : "On m’a frappée gratuitement devant ma porte. Ces messieurs n’ont même pas cherché à me dire pourquoi ils violent notre famille. C’est très méchant".

Après avoir entendu des cris de détresse lancés par ses enfants, Hamidou Sy a cherché à secourir. C‘est en ce moment qu’il a reçu des coups de cordelettes au bras : "Je me reposais sur cette chaise que vous voyez là quand j’ai entendu les cris des enfants. Quand je suis sorti net, je les voyais au nombre de 3, partiellement habillés en treillis. Les coups de cordelette m’ont été assénés avec une volonté manifeste de me tuer". Le vieux Abdoulaye Sy, chauffeur à la retraite, n’a pas hésité à poursuivre ce trio qu’il qualifie de bandits : "Mes petits enfants ont couru vers moi en criant. J’étais couché sur mon lit- picot, et rapidement j’ai saisi ma machette pour les poursuivre jusqu’à 100 mètres de chez moi. Tout en les poursuivant, je criais voleur. Mais vu mon âge, je ne pouvais pas courir. Par la suite, j’ai appris qu’ils ont agressé d’autres personnes dans la même nuit".

Qui sont vraiment les fouettards ?

Aux yeux de la plupart des victimes rencontrées, le trio, de par son accoutrement, était bien militaire. La quasi-totalité des témoignages concordent : les 3 hommes sont habillés en "demi saison", terme militaire désignant quelqu’un habillé partiellement en tenue. Toutefois, la question reste posée : est-ce vraiment des militaires qui ont agité la nuit des habitants des secteurs 5 et 8 ? En tout cas, des versions circulent à Ouahigouya à tel point que l’on ne sait pas à laquelle accorder du crédit. Mais une chose est sûre : Ollo L. Hien, Directeur régional de la police du Nord, que nous avons approché, dit ne pas être au courant de telles agressions. Par contre, au niveau de la Brigade de recherche de la gendarmerie, on reconnaît avoir enregistré des plaintes de citoyens estimant avoir été molestés dans la nuit du 21 avril 2011.

Du côté du 12e Régiment d’infanterie commando, des citoyens molestés s’y sont rendus pour se faire poliment entendre. A en croire ces agressés, ils n’ont pas pu avoir des informations sur ce qui leur est arrivé. Les militaires de garde ont tout simplement nié toute implication de leurs éléments dans une quelconque descente musclée dans les secteurs en question. Quoi qu’il en soit, les vingt citoyens bastonnés sont terrorisés et attendent que la lumière soit faite sur ce trio mystérieux.

Hamed NABALMA

Le Pays

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Vos commentaires

  • Le 26 avril 2011 à 09:42
    En réponse à : OUAHIGOUYA : Des citoyens bastonnés pour non-respect du couvre-feu

    JE PROFITE DE CELA POUR DEMANDER A CEUX QUI CONNAISSENT MIEUX LES COUVRE FEUX SUR : - EST CE QU’EN PÉRIODE DE COUVRE FEUX LES TRANSFERT DES MALADES N’EST PAS POSSIBLE PAR LES AMBULANCES DES DIFFÉRENTS DISTRICTS SANITAIRES. OU QUELQU’UN QUI A UN PARENT GRAVEMENT MALADE NE PEUT PAS L’AMENER DANS UN CENTRE DE SOIN. TOUTES LOIS A DES EXCEPTIONS. DE GRÂCE CEUX QUI ONT INSTAURER CE COUVRE FEUX N’ONT QU’A DIRE A LEURS ÉLÉMENTS D’ÉPARGNER CERTAINS QUI SONT EN DÉTRESSE DE CES BASTONNADES. QUAND AUX MAQUISARD ET AUTRES QUI SE PROMÈNENT LES NUITS SANS UNE URGENCE A OUAGADOUGOU, AUCUN SENTIMENT POUR EUX. MAIS DE GRÂCE N’AJOUTEZ PAS DES PEINES A DES PEINES.

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