Manifs militaires : Reprise des activités à Ouaga

mardi 19 avril 2011 à 02h42min

Après un week-end des plus chauds, caractérisé par des actes de vandalisme et des scènes de pillages suite à une nouvelle poussée de fièvre kaki, Ouagadougou semblait encore engourdie hier lundi 18 avril 2011. En effet, la capitale a connu une reprise timide des activités. La majorité des commerces ont gardé portes closes et, par mesure de précaution, plusieurs établissements scolaires sont restés également fermés. Au niveau de l’Administration publique comme des institutions financières où la reprise était quelque peu effective, des dispositions particulières prévalaient dans l’optique du respect du couvre-feu décrété de 19h à 6 h du matin pour compter du samedi 16 avril dernier.

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Le lundi est le jour de reprise des activités par excellence, mais ce lundi 18 avril 2011 avait un caractère particulier à Ouagadougou. Il intervenait, en effet, après le week-end mouvementé qu’a vécu la capitale à la suite des manifestations de militaires et de commerçants.

Actes de vandalisme, destruction de biens publics, dissolution du gouvernement, changements à la tête de l’Armée, instauration d’un couvre-feu de 19 h à 6 h du matin pour compter du samedi 16 avril dernier, sont, entre autres, les points saillants de la chaude fin de semaine des Ouagalais.

Bon nombre d’établissements scolaires sont restés pourtant fermés à l’image du lycée Philippe-Zinda-Kaboré (LPZK). C’est par mesure de précaution, explique le proviseur, Boureima Traoré :

« Nous avons reçu l’instruction de fermer les classes, sinon les enfants étaient là de même que les professeurs. Nous pensons que c’est par précaution, vu que les commerçants avaient prévu de manifester, que cette décision a été prise pour ne pas aggraver la situation ». La reprise est prévue en principe pour aujourd’hui mardi. Toutes ces interruptions de cours dues aux soubresauts de la situation nationale ces derniers temps ne perturbent-elles pas les élèves ?

« Je mentirais si je vous dis qu’il n’y aura pas de perturbation », répond le proviseur du plus grand lycée du Burkina. D’ailleurs, nous sommes déjà perturbés. Aucune planification n’est possible. On se demande par exemple si on pourra encore faire nos examens blancs puisqu’ils étaient prévus pour le 15 avril et ils ont dû être reportés à la fin du mois.

On n’a pas pu faire grand-chose en termes de cours alors qu’un examen blanc, il ne faut pas le faire pour la forme, et s’il arrivait qu’on le fasse en mai, ce serait pour la forme ». En plus, avec l’instauration du couvre-feu, ils sont obligés de suspendre les cours de 18h.

« Ce n’est pas une bonne situation pour les élèves. Nous, personnel enseignant et administratif, sommes découragés et nous ne pouvons que prier pour que Dieu nous aide à sortir de cette situation. Il faudrait également qu’à l’avenir, on puisse voir comment exclure les enfants des différents mouvements qui ne sont pas forcément liés à l’école », souligne Boureima Traoré.

La majorité des commerces ont également gardé leurs portes closes. Voulant dans un premier temps manifester, les commerçants se sont ensuite ravisés après s’être concertés, nous raconte Moumouni Ouédraogo, qui, bien que n’ayant pas été vandalisé, a lui aussi fermé boutique :

« Il n’y a pas un commerçant qui peut dire qu’il n’a pas été attaqué parce que si on attaque par exemple ton fournisseur, on peut dire que toi aussi tu es attaqué. On ne comprend rien. Eux, ils ont pu voir le Président du Faso, mais nous, on n’a vu personne pour expliquer nos problèmes.

Nous, on veut tout simplement comprendre pourquoi à chaque fois on casse nos boutiques. Une fois, deux fois, trois fois, ah ba ! Mais on s’est dit que si on sort, on va aller casser quoi pour protester ? Et à quoi ça va servir ? On fait des marches tout le temps pour rien. Rien que vendredi passé on est sorti nombreux marcher contre la vie chère mais rien n’a changé. Tout est cher à Ouaga ».

Les institutions financières, elles, ont rouvert leurs portes. C’est le cas de la BICIA-B. « Bonjour et bienvenus ! » sert avec le sourire un homme de race blanche, posté à l’entrée, à tous ceux qui y pénètrent.

« Je suis le directeur général et portier à mes heures », se présente-t-il à nous. Selon Luc Vidal, puisque c’est son nom, la reprise des activités dans sa banque se résume à « la plus grande efficacité dans un minimum de temps et avec un maximum de sécurité ».

Compte tenu du couvre-feu, une journée continue y est instauré de 7h à 14h. « On ne peut pas garder nos employés jusqu’à 18h parce que certains habitent loin et puis nous travaillons à préserver la sécurité de nos collaborateurs et collaboratrices. Nous disposons pour cela d’un réseau interne de communication par sms.

Dans l’ensemble, on se débrouille dans l’intérêt de tout le monde », assure le premier responsable de la banque. Alignés aux différents guichets, les clients accomplissent paisiblement leurs opérations financières.

« Je suis venu retirer un peu d’argent parce que nous sommes en milieu de mois et que les temps sont durs. Avec la situation actuelle aussi, mieux vaut faire des provisions, car on ne sait jamais », nous confie Alidou Ouédraogo. « On a peur que les choses dévient et que la situation ne soit pas bien maîtrisée. On reprend le travail avec l’espoir que le temps calme les choses », renchérit une autre cliente.

D’autres travailleurs par contre n’ont pu encore « aller nulle part » alors qu’il est 10h passées ce lundi. La raison, le manque de carburant du fait de la fermeture de essenceries pendant le week-end (des petits malins en ont profité pour revendre le carburant, faisant grimper de façon exponentielle le prix du litre qui a atteint 2000 F CFA dimanche).

La réouverture a donné lieu à des queues interminables. Dans plusieurs stations-service, il a fallu l’intervention d’éléments de la Brigade anticriminalité (BAC) pour assurer l’ordre. « Pas d’intégration » comme le constate Ignace Sanga qui vient d’être repérer essayant de s’infiltrer dans un rang et qui est prié par un policier de rejoindre la queue au niveau de la station Total sur l’avenue Kwamé-N’Krumah.

En panne sèche, il dit être impatient car étant en retard à un rendez-vous. Son nouveau voisin dans le rang, Karim Sanou, lui, par contre, garde son calme : « Je suis mal à l’aise mais je n’ai pas le choix. Je dois rencontrer des clients mais je ne sais même pas à quelle heure je vais avoir de l’essence ».

Le moins que l’on puisse dire est que la zone des ministères sur l’avenue de la Nation n’avait pas l’affluence des grands jours ce lundi. « C’est une continuité relative qui est assurée au niveau de l’Administration publique », nous explique un agent. On fait comme on peut car tout le monde n’est pas là. Il y a la peur avec les évènements de ces derniers jours et il y a aussi le fait que certains agents se disent que comme il n’y a pas de gouvernement et donc de ministres pour l’instant, ils peuvent vaquer librement à leurs occupations extraprofessionnelles ».

Au niveau du ministère de la Fonction publique et de la Réforme de l’administration sur Kwamé-N’Krumah, par contre, la reprise est totale, à en croire sa secrétaire générale, Adama Vignigbé/Ouédraogo, qui occupe également la fonction de Secrétaire générale chargée de l’expédition des affaires courantes depuis la dissolution du gouvernement :

« On est en plein concours et les agents sont sur le terrain pour la réception des différents dossiers ». L’expédition des affaires courantes consiste en la gestion du quotidien, notamment le traitement du courrier et la signature de certains actes, nous explique Adama Vignigbé/Ouédraogo pour qui, d’une manière générale, les derniers évènements n’ont pas d’incidence sur les concours.

Seuls les concours professionnels prévus pour dimanche ont été reportés compte tenu du fait qu’ils demandent une organisation particulière. Des dispositions ont été prises en vue du respect du couvre-feu.

La secrétaire générale chargée de l’expédition des affaires courantes ne manque pas de souhaiter que la paix revienne pour que tout le monde puisse travailler pour l’intérêt général de la Nation.

Hyacinthe Sanou

L"Observateur Paalga

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