BAROMETRE MONDIAL DE LA CORRUPTION 2010 : La police et les partis politiques affectés par la corruption

lundi 14 mars 2011 à 00h41min

A l’occasion de la célébration de la Journée internationale de lutte contre la corruption le 9 décembre 2010, Transparency international (TI) a publié le Baromètre mondial de la corruption en 2010. Les résultats du Baromètre 2010 concluent que le niveau de corruption dans le monde a augmenté ces trois dernières années. Parmi les acteurs, ce sont les partis politiques qui sont considérés comme les institutions les plus corrompues dans le monde et c’est la police qui passe pour avoir perçu le plus de pots-de-vin. Pendant ce temps, l’action des gouvernements pour combattre la corruption est jugée inefficace.

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Le Baromètre mondial de la corruption est une enquête menée annuellement par Transparency international (TI) depuis 2003 auprès de personnes qui ont une expérience en matière de corruption. Il évalue la perception que ces personnes ont de la corruption dans les services publics et privés, les mesures mises en œuvre par les gouvernements de chaque pays pour la combattre, ainsi que leur degré d’engagement dans la lutte. Le baromètre est à sa septième édition.

Pour cette année, 91 000 personnes de 86 pays ont été sondées entre le 1er juin et le 30 septembre 2010. L’enquête se concentre sur la petite corruption, la perception de la corruption au sein des institutions publiques ainsi que sur les personnes et organisations qui ont la confiance des citoyens pour combattre la corruption. Le Burkina Faso n’a pas été concerné par cette enquête.

Les partis politiques sont les plus corrompus

Selon les résultats du Baromètre mondial de la corruption 2010, pour six personnes sur dix dans le monde, la corruption a augmenté au cours des trois dernières années. Par ailleurs, un quart des personnes a déclaré avoir payé des pots-de-vin au cours de l’année écoulée à l’un des onze services ou institutions répertoriés dans l’enquête que sont : l’administration publique, le système éducatif, la justice, les médias, l’armée, les organisations non gouvernementales, le parlement, la police, les partis politiques, le secteur privé et les organismes religieux. 80% des enquêtés estiment que les partis politiques sont extrêmement corrompus. Suivent ensuite l’administration publique, le parlement et la police avec respectivement 62%, 60% et 58% des réponses.

Quant à la société civile, elle est perçue comme corrompue par 30% des personnes enquêtées. Près de la moitié des personnes enquêtées ont indiqué avoir payé des pots-de-vin pour éviter d’avoir des problèmes avec les autorités et un quart a payé pour accélérer des procédures en cours. C’est la police qui est la plus fréquemment citée comme bénéficiaire de ces pots-de-vin : 31% des personnes interrogées ayant eu un contact avec la police indiquent avoir dû payer un pot-de-vin. Ce chiffre est inquiétant parce qu’il a doublé depuis 2006. La police est suivie par le service de l’état-civil et celui de l’établissement des permis de construire (22%) et la justice (16%). Des variations régionales existent quant à l’importance de la petite corruption.

En Afrique subsaharienne, pour 43% des enquêtés, c’est la police qui reçoit le plus de pots-de-vin contre 19% en Amérique latine, 14% en Asie pacifique et 5% en Europe. Les pays les plus concernés en 2010 par le versement de pots-de-vin sont l’Afghanistan, le Cambodge, le Cameroun, l’Inde, l’Irak, le Liberia, le Nigeria, la Palestine, le Sénégal, la Sierra Leone et l’Ouganda. Dans ces pays, plus de 50% des personnes interrogées ont indiqué avoir payé un pot-de-vin au cours de l’année écoulée.

On perçoit plus de pots-de-vin en Afrique subsaharienne

En Afrique subsaharienne spécifiquement, une personne sur deux a déclaré avoir payé des pots-de-vin au cours des douze derniers mois, contre 36% de personnes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 23% en Amérique latine, 11% en Asie pacifique et seulement 5% dans les pays de l’Union européenne et d’Amérique du Nord. Si une faible proportion de personnes en Europe et en Amérique du Nord ont déclaré avoir payé des pots-de-vin, les tendances en matière de perception de la corruption sont les plus négatives dans ces deux régions où respectivement 73% et 67% de la population pensent que la corruption a augmenté au cours des trois dernières années.

Ce chiffre est de 62% pour ce qui concerne l’Afrique subsaharienne. A en croire Huguette Labelle, présidente de Transparency international, les conséquences de la crise financière continuent d’affecter les perceptions de la corruption, en particulier en Europe et en Amérique du Nord. Elle estime que « les institutions du monde entier doivent être déterminées dans leurs efforts pour restaurer la bonne gouvernance et la confiance ».

La corruption affecte les pauvres et les jeunes

L’enquête a montré que les personnes ayant un petit revenu ont versé plus de pots-de-vin que celles ayant un revenu plus élevé. Aussi, les personnes pauvres sont deux fois plus susceptibles de verser des pots-de-vin que les personnes riches, pour avoir accès aux services de base que sont l’éducation, les soins médicaux ou le raccordement au réseau d’eau potable et d’énergie. De l’avis de la présidente de Transparency international, « La corruption est une taxe dégressive. Il faut s’attaquer à cette injustice. Les populations pauvres et marginalisées restent les plus vulnérables aux extorsions.

Les gouvernements doivent faire plus pour identifier les risques de corruption dans les services de base et pour protéger leurs citoyens ». Par ailleurs, un tiers des personnes de moins de 30 ans interrogées ont indiqué avoir payé un pot-de-vin au cours des douze derniers mois, contre moins d’un cinquième chez celles de plus de 51 ans. Malheureusement, elles ne sont pas nombreuses, les personnes interrogées qui ont confiance en leurs gouvernements ou en leurs politiciens.

La moitié des personnes interrogées déclarent inefficaces les actions de leurs gouvernements pour lutter contre la corruption. Pour la première fois, le Baromètre 2010 a demandé aux enquêtés, à qui ils font confiance pour mettre fin à la corruption dans leurs pays. Les résultats indiquent que 25% placent leur confiance dans les médias, contre 22% en leurs gouvernements. Cependant, 25% des personnes interrogées indiquent qu’elles ne font confiance à aucune institution dans ce domaine. Environ 10% auraient respectivement davantage confiance dans le secteur privé et les Organismes non gouvernementaux

Une configuration des enquêtes du REN-LAC pour le Burkina Faso

Malgré ces résultats inquiétants, sept personnes sur dix se disent prêtes à dénoncer un cas de corruption. Cela indique une volonté générale des populations de contribuer à mettre fin à la corruption, ce qui réconforte Huguette Labelle, pour qui « Il est réconfortant de voir qu’autant de personnes sont prêtes à s’opposer à la corruption. Cette volonté doit être mise à profit ». Les résultats du Baromètre 2010 confirment à bien des égards, les enquêtes et études du REN-LAC pour ce qui est du Burkina Faso. En effet, pour le rapport 2008 sur l’état de la corruption du REN-LAC, 98% des personnes enquêtées estiment la corruption fréquente ou très fréquente au Burkina Faso. La douane, les impôts et la police occupent les trois premières places dans le classement des secteurs les plus corrompus.

La police a amélioré son classement en 2008. En 2007 et 2006, elle occupait respectivement la 2e et la 1re place. Par ailleurs, 17 % de personnes ont déclaré avoir versé des pots-de-vin en 2008 et 4 enquêtés sur 5 reconnaissent avoir versé des sommes dont le montant variait entre 200 et 1 200 000 F CFA. Sur les mesures anti-corruption prises au cours de l’année 2008 par le gouvernement, 38% les jugent inefficaces. Les résultats de ces enquêtes constituent une interpellation de tous les dirigeants du monde en général et ceux du Burkina Faso en particulier. Ceux-ci doivent impérativement, en plus des déclarations de bonnes intentions et des engagements formels, prendre des mesures efficaces contre la corruption afin de restaurer la confiance des populations fortement érodée.

Les populations sont convaincues que l’inactivisme des gouvernements fait progresser la corruption d’année en année, ce qui se répercute sur les pauvres et les jeunes. Enfin, Huguette Labelle conclut que « Le message à tirer du Baromètre 2010 est que la corruption est insidieuse. Elle fait perdre toute confiance. La bonne nouvelle, c’est que les gens sont prêts à agir… une meilleure protection des personnes dénonçant des actes de corruption et un meilleur accès à l’information sont essentiels. L’implication du public dans la lutte contre la corruption obligera ceux qui détiennent le pouvoir à agir et donnera plus de courage aux citoyens pour lutter pour un monde plus intègre ».

Le Réseau national de lutte anticorruption (REN-LAC) Tél : 50 43 32 83, tel vert : 80 00 11 22, site web : www.renlac.org.

Le Pays

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