Fédération Internationale des Ouvriers du Transport : Les villes des pays membres de la CEDEAO vibreront au rythme des klaxons demain 4 mars 2011 à 13h00

jeudi 3 mars 2011 à 00h32min

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Nazi Kaboré, Secrétaire régional adjoint de l’ITF-Afrique

Du 4 au 17 mars 2011, des syndicats du transport routier de pays membres de la CEDEAO affiliés à la Fédération Internationale des Ouvriers du Transport (ITF) organisent une Caravane transfrontalière de sensibilisation dans le but d’attirer l’attention sur les conditions de travail des acteurs de la route. Pour en savoir davantage sur cette activité, nous avons rencontré M Nazi Kaboré, Secrétaire régional adjoint de l’ITF-Afrique en charge des pays d’Afrique francophone et des pays de la CEDEAO.

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Qu’est-ce que l’ITF et quel est son rôle au Burkina et dans la sous-région ?

Nazi Kaboré : notre organisation est la Fédération internationale des ouvriers des transports en (ITF, www.itfglobal.uk <http://www.itfglobal.uk/> ). C’est une fédération syndicale internationale qui organise les travailleurs du transport tous modes confondus à travers le monde entier. Elle est présente dans 140 pays avec plus de 651 membres représentant près de 5 millions des travailleurs du transport. Elle a été créée en 1896. En Afrique de l’Ouest, elle intervient dans tous les secteurs mais, avec un accent particulier sur le transport routier dominé par des entreprises informelles.

Dans ce secteur il y a plus de 31 syndicats provenant du Benin, du Burkina, du Ghana, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, du Liberia, du Mali, de la Sierra Leone, du Niger, du Togo, du Sénégal et du Nigéria qui sont affiliés. Ces 31 syndicats représentent 56271 membres déclarés et qui payent leurs cotisations à l’ITF. Ces chiffres ne correspondent pas réellement au nombre total des membres car, le NURTW du Nigeria à lui seul compte plus de 1 200 000 membres. Depuis un certain temps, l’ITF appuie ses affiliés pour le renforcement de leurs capacités afin qu’ils soient à même de mieux prendre en compte les préoccupations et aspirations de leurs membres et à travers un dialogue social, fructueux et apaisé avec leurs employeurs et les autorités chargées du contrôle.

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Mme Ouédraogo Germaine, chargée du projet

Dans ce cadre nous organisons des activités de formation et nous coordonnons des actions de solidarité au niveau de la sous-région. Dans deux jours, nous allons accompagner nos affiliés sur le terrain pour rencontrer leurs membres et échanger avec eux pour connaitre leurs problèmes et aspirations et discuter avec eux des stratégies et actions à envisager pour résoudre ces problèmes.

Vous organisez de ce fait une caravane de sensibilisation à partir du 4 mars en Afrique de l’ouest. Pouvez-vous nous en donner la teneur ?

Cette série d’activités aura lieu du 4 au 17 mars 2011. Il s’agit essentiellement d’aller sur le terrain et informer nos membres du contenu de notre convention collective sous régionale rédigée en vue d’améliorer leurs conditions de travail et de vie, sensibiliser sur la nécessité du respect des règles en matière de circulation routière et les amener à soutenir leurs leaders dans les négociations avec les employeurs. Selon l’itinéraire prévu, nous allons démarrer de Ouagadougou pour le Niger pour parcourir les grands points de stationnement de véhicules où l’on fera à chaque fois des animations et des sensibilisations dans ces lieux identifiés. A partir des grandes villes du Niger, nous reviendrons au Burkina précisément à Bittou, Cinkansé pour passer dans les grandes villes du Togo.

Du Togo nous passerons au Benin puis au Ghana. Du Ghana, nous traverserons de nouveau le Burkina pour le Mali où aura lieu la cérémonie de clôture de la caravane. Le jour du lancement qui est le 4 mars 2011, coïncide avec une importante activité que nous avons appelé « La grande pause ».

Pour marquer le lancement de leur caravane, les routiers membres des syndicats affiliés des 12 pays ont décidé de prendre une pause de 13h00 à 14h00 pour réfléchir sur leurs conditions de vie et de travail qui sont en inadéquation avec le rôle et leur apport au niveau de l’économie et des relations sociales. Le début à 13h00 GMT et la fin à 14h00 GMT de cette pause seront marqués par un concert sous-régional de klaxons. Avec ces coups de klaxons partout en Afrique de l’Ouest, les gens vont se poser la question sur ce qui se passe et cela leur permettra d’avoir une pensée pour les routiers.

L’on sait que les routiers rencontrent généralement des problèmes liés à leur affiliation à la sécurité sociale et au VIH-Sida. Quel est l’apport de votre organisation en faveur de ces personnes de la route ?

Le VIH/SIDA est une réalité du fait de la grande mobilité des routiers car, ils peuvent quitter leurs domiciles pour faire 3 semaines ou même un mois avant d’y retourner. Cela les rend vulnérables aux infections du VIH-Sida. Pour y remédier, l’ITF a mené et continue de mener des activités de sensibilisation notamment celles sur la stigmatisation des personnes infectées et celles visant l’insertion de clauses sur le VIH/SIDA dans les conventions collectives. Cependant, nous n’allons pas nous focaliser sur cette question au cours de notre caravane. Une des raisons étant que nous ne voulons pas accréditer la thèse de ceux qui stigmatisent les routiers comme étant des propagateurs du VIH/SIDA. C’est bien connu, il existe des corps de métiers où le taux d’infection est bien plus élevé que celui des routiers.

De par le passé, nous avons identifié que l’un des problèmes était la sécurité routière et nous avons fait campagne pour le respect du code de la route et particulièrement sur le temps de repos ceci afin d’éviter la fatigue qui peut conduire les routiers dans les ravins. Les membres de nos syndicats, à un certain moment nous ont dit qu’ils avaient bien reçu le message sur la fatigue et que leurs principales préoccupations étaient maintenant les bas salaires et les difficiles conditions d’emploi et de travail. D’abord, les salaires sont bas, comparés au travail qu’ils font et aux ressources qu’ils font rentrer au niveau des différentes entreprises. En plus des salaires, la plupart d’entre eux n’ont pas de contrat de travail et les patrons les licencient à leur bon gré. Souvent ils n’ont pas d’assurance voyage/accidents alors que les véhicules qu’ils conduisent et la cargaison sont assurés. Notre action en ce moment vise principalement à ce qu’ils aient des salaires équitables et de bonnes conditions de travail, le tout consigné dans des conventions collectives négociées par les syndicats.

Bien sûr, au cours de la caravane nous allons continuer à sensibiliser les différents acteurs sur la sécurité routière (les accidents de la route constituant l’une des premières causes de mortalité dans la sous-région), sur le VIH-Sida et sur la libre circulation des personnes et des biens ; Nous insistons aussi sur le droit d’adhésion aux syndicats de leur choix. Beaucoup de routiers ont des problèmes avec leurs patrons lorsqu’ils adhèrent à un syndicat démocratique. Certains syndicats dits des travailleurs sont souvent aussi de vraies coteries qui rackettent les routiers. Ils les contraignent à payer leurs tickets et en retour ils ne font rien pour les assister lorsqu’ils font face aux intimidations et humiliations de certains agents véreux chargés du contrôle. Enfin certains chauffeurs et apprentis sont membres de syndicats patronaux, au sein desquels leurs préoccupations et aspirations sont rarement prises en compte.

A travers les conventions collectives nous recherchons aussi le droit de ne pas être harcelé par les autorités, le droit à la protection sociale (pension d’invalidité et de retraite, allocations familiales servies par les Caisses nationales de sécurité sociale...), l’amélioration des relations de travail notamment, le respect de l’employé par l’employeur, un lieu de travail sain et sécurisant surtout lorsqu’ils sont en attente aux ports et aux frontières.

On parle aussi des tracasseries routières qui ne finissent jamais malgré les décisions prises par les Etats de l’UEMOA. Quelle solution envisagez-vous pour mettre un terme à cela ?

NZ : Nous incluons dans ce qu’on appelle les tracasseries routières, les rackets de la police, de la douane, la gendarmerie (les PDG), ceux des faux syndicats, mais aussi les coupeurs de route et même les mauvais états des routes et des véhicules. Nous avons tenté d’abord de résoudre ce problème par plusieurs moyens mais finalement, nous avons constaté que cela relevait d’un problème économique très sérieux ; parce que dans certains pays, l’agent paie une importante somme d’argent pouvant aller à 500 000 frcs à sa hiérarchie pour être affecté sur la route.

Ce qui veut dire qu’il a investi et qu’il doit rentabiliser son investissement. Nous avons pu aussi, à travers nos enquêtes, savoir que l’argent racketté aux chauffeurs ne reste pas dans sa totalité aux mains des agents sur le terrain. Une partie remonte au niveau de la hiérarchie. Pour cela toutes les stratégies menées depuis 1999 pour venir à bout de ces tracasseries s’étaient avérées inefficaces. Lorsque les routiers vont en grève, on lève immédiatement les barrières. Mais peu de temps après, ils reviennent encore s’installer, l’une après l’autre. La dernière stratégie est la politique anti-tracasserie de l’ITF Afrique de l’ouest. Nous avons demandé aux syndicats de former tous les chauffeurs afin qu’a chaque fois, ceux-ci puissent s’assurer que leurs papiers, ceux de leurs véhicules et ceux de leurs passagers ou des marchandises qu’ils transportent sont à jour. Les passagers doivent être en possession de leurs cartes nationales d’identité mais lorsqu’on traverse les frontières, ils doivent avoir le carnet de voyage CEDEAO et le carnet de vaccination. Une fois toutes les pièces à jour, nous les invitons à refuser tout payement illicite ou sans reçu et ; lorsqu’on veut obliger un conducteur à payer fortuitement, il est demandé aux autres chauffeurs de s’arrêter systématiquement pour soutenir le collègue qui fait face aux intimidations et aux humiliations, surtout s’il est en possession de sa Carte Internationale de routier (CIR). Au besoin ils appellent le représentant local d’un syndicat affilié ITF pour qu’il vienne intervenir. C’est l’objectif principal des Cartes Internationales de routiers que les conducteurs peuvent avoir auprès des syndicats affiliés à l’ITF.

Au début de notre lutte contre les rackets on nous disait qu’il était impossible de mettre un terme à cela mais, nous avons constaté que les difficultés sont liées à un manque de volonté politique. Quand le chef de l’Etat burkinabé était président de la CEDEAO et de l’UEMOA, il a invité les principaux ministres chargés du contrôle routier à retirer la plupart des postes de polices et de gendarmeries sur les principaux corridors internationaux à l’intérieur du pays ; et le Burkina est aujourd’hui l’un des pays où l’on circule librement car, dès qu’on traverse les frontières, il n’y a plus de tracasseries, ou presque. Il y a la douane qui est toujours sur les routes mais l’ITF salue ce bel exemple des autorités Burkinabés que d’autres pays comme le Mali gagneraient à suivre. Ainsi, s’il y a une volonté politique dans les différents pays de la CEDEAO, je pense que le problème trouvera une solution définitive.

Votre dernier mot par rapport la caravane de sensibilisation

Nous invitons les chauffeurs et tous ceux qui vivent de la route, tous ceux qui sont aux bords de la route qui vendent quelque chose ou qui seront, d’une manière ou d’une autre, affectés par une fermeture de la route ou un arrêt du trafic, à participer massivement à la campagne . C’est une occasion pour eux d’échanger avec les dirigeants de leurs syndicats afin qu’ils soient éclairés pour une prise en charge plus avisée des problèmes qu’ils rencontrent dans le cadre leur travail.

Nous souhaitons aussi, à travers cette caravane, attirer l’attention des employeurs, des gouvernements, des forces chargées du contrôle, des clients et de l’opinion publique sur l’importance des travailleurs du transport routier dans l’économie et la société afin d’obtenir leur soutien pour l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie. Si les travailleurs du transport routier sont bien traités, ils seront plus productifs et les entreprises seront plus compétitives que si le secteur reste dans l’informel.

Enfin nous demandons à la presse de relayer les messages à toutes les parties prenantes du transport routier de la sous-région afin que, main dans la main, nous sortons le secteur routier de l’informel pour en faire un véritable poumon de développement, surtout pour les pays de l’hinterland. On peut le constater la plupart des milliardaires Burkinabés ont un pied au moins dans le transport routier.

Antoine W Dabilgou

Lefaso.net

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