Drame à la Patte d’Oie de Ouagadougou : Il tue son frère, blesse sa mère et sa sœur

jeudi 3 mars 2011 à 00h32min

Un jeune de 26 ans a assené des coups violents à sa mère, sa sœur et son frère qui en est mort, dans la nuit du 15 au 16 février 2011 à la Patte-d’oie, secteur n°15 de Ouagadougou. Au-delà de la famille, c’est la consternation dans tout le quartier, devant ce drame causé par ce jeune homme d’apparence calme et connu pour son respect.

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Le décès de Sanou Patrick, 32 ans, grand frère du meurtrier, a été formellement constaté, le 16 février 2011 à 3 h 15 du matin, par le docteur Roland Zoungrana à l’hôpital Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou. Il a été tué par son petit frère, Sanou Jacques, 26 ans. Sanou Agnès, la mère, Sanou Chantal, la benjamine et Sanou Jacques, le meurtrier, avaient pris place au salon pour suivre la télévision. L’atmosphère familiale cette nuit-là, était joyeuse, ce, d’autant plus que les blagues, les plaisanteries et les commentaires sur les films à la télévision se disputaient à qui mieux-mieux. De la pièce, l’on pouvait entendre de grands éclats de rires. Jacques, l’agresseur, avait soigneusement, pris soin de cacher un couteau de cuisine dans la poche. Devant la télé, les trois personnes ont été progressivement gagnées par le sommeil. Vers une heure du matin, Jacques se réveille et sort de la maison.

Il va interrompre l’électricité et crée intentionnellement, une coupure de courant dans la concession. Il retourne ensuite doucement, sur ses pas et regagne les autres membres de la famille endormis au salon. Dans l’obscurité, il recherche, en tâtant de la main, la couchette de sa maman. Cruel destin : à la veille de ce forfait, le 14 février 2011, jour de la Saint Valentin chargé de symbole d’amour, il a été le seul enfant parmi tous les enfants de maman Agnès, à adresser des mots d’affection et de tendresse à sa mère ! Jacques sort le couteau de sa poche et se met à égorger sa mère. Ahurie, la maman se réveille brusquement et se met à crier. Mais ce cri de détresse de sa mère affective ne l’émeut aucunement ! Le meurtrier la maintient fortement au sol et continue, avec un calme incroyable, sa sale besogne.

C’est en ce moment que Sanou Chantal, la petite sœur endormie, va se réveiller dans l’obscurité où se joue fatalement, le destin de la maman. Quelle cruauté ! Elle se porte au secours de sa maman dont les appels de détresse semblent étouffés par une certaine force. En définitive, la jeune fille a retrouvé sa mère sur laquelle se trouvait Jacques en train de faire passer sa mère génitrice de vie à trépas. « Chantou », telle qu’on l’appelle, pousse son frère. Le « malfrat » résiste. Une lutte s’engage entre les deux. Mais l’agresseur refuse toujours de lâcher prise. Mue par l’affection maternelle, Chantou se couche sur sa mère pour la protéger des coups mortels de son frère en furie. Ensuite, elle appelle son grand frère Sanou Patrick à la rescousse, qui dormait dans une pièce attenante à la demeure familiale. Dans un dernier effort, et aidée de ses enfants, la maman est extraite des mains de l’agresseur. Sous la protection de Chantou et de son grand frère Patrick, ensemble, ils se sauvent dehors poursuivis par Jacques qui s’arrête quelques temps après.

C’était aux environs de 1 h du matin. Alors qu’on croyait le danger s’éloigner, le meurtrier revient à la maison, s’empare d’un énorme pilon, selon une source proche de la famille, et va retrouver sa mère, sa sœur et son frère, déjà « terrorisés ». Une course-poursuite s’engage dans la rue. Devant la persistance de l’agresseur, Chantal appelle au secours en frappant aux portails des voisins qui, pris de peur, hésitent à sortir de leurs maisons.

Le « malfrat » revient à la charge et assène la tête de sa mère, de coups de pilon. La « vieille » s’écroule, en maugréant des mots inaudibles à son fils agresseur. Le sang coule de la bouche, des oreilles et des narines de la maman, 64 ans, secrétaire-dactylographe à la retraite. Alors qu’il tentait d’achever sa mère, le malfrat est contrecarré par Chantal qui reçoit un coup violent à l’avant-bras. Blessée, elle tombe aussi. Elle a puisé ses dernières forces dans l’amour qu’elle porte à sa mère pour sauver « maman ». Son avant-bras était sous plâtre à notre passage, le 18 février dernier au domicile à la Patte d’Oie. Ayant assommé la mère et Chantal, Jacques poursuit ensuite son grand-frère Sanou Patrick qui, paniqué, prend ses jambes au cou. L’agresseur le rattrape, l’assène de coups violents et le saisit par le col de sa chemise. Puis, il traîne son grand-frère comme un vieux sac pour aller le jeter non loin de la maman en agonie. Contrairement à la maman qui a eu des contorsions énormes sur la tête, Sanou Patrick, lui, a un « traumatisme crânien avec perte de connaissance initiale ». Patrick est passé aussitôt dans un demi-coma. Les coups et blessures reçus, semblent avoir fixé définitivement son sort. « Je suivais cette horreur depuis les persiennes de la fenêtre de ma chambre », explique un témoin, Issa Kaboré, qui dit avoir vu l’agresseur assommer son grand-frère de coups de pilon, avant de le traîner sur plusieurs mètres. Un autre, Kondombo Ousmane, affirme avoir alerté la police et les sapeurs- pompiers qui arriveront effectivement sur les lieux avec célérité. Ce même témoin déclare avoir suivi dans l’ambulance, maman Agnès et Patrick aux urgences de l’hôpital Yalgado Ouédraogo.

Les deux blessés seront admis dans le bloc de la traumatologie. Au moment où nous écrivions ces lignes (21 février 2011), la maman est passée en salle de réanimation. « Son cerveau se stabilise et elle a commencé à s’alimenter », confie une source proche de la famille. Sanou Patrick, le défunt, était bien -aimé des fidèles catholiques de l’église des Apôtres de la Patte d’Oie où il était choriste. Timide, docile et serviable, la victime fuyait presque le regard des « aînés » et de ses parents pour lesquels il avait un profond respect (nous l’avons personnellement connu pour avoir habité le quartier). Le papa, Sanou Pierre, 69 ans, ingénieur en bâtiment à la retraite, était à Banfora, au moment des faits.

La personnalité du meurtrier

Après avoir commis son forfait, Jacques retourne tranquillement à la maison et prend son portable, y compris ceux de son défunt frère et de sa maman. Il fouille minutieusement la chambre de sa mère et s’empare des clés de la moto de sa mère et d’une somme de 28.150FCFA. Il va ensuite, se planquer devant le portail et tient tout le monde en respect.

Apercevant la police arriver, il saute par-dessus le mur du voisin et se cache derrière une voiture. Il a fallu une chasse à l’homme pour l’en déloger. Il est arrêté et conduit à la brigade criminelle du commissariat central de Ouagadougou où, selon notre source, il y est toujours détenu.

L’agresseur aurait déclaré à un témoin, le 18 février dernier au commissariat, avoir agi en état de légitime défense face aux membres de sa famille ! « Etat de légitime défense avec des couteaux et un pilon face à tes propres parents sans défense et implorant même ton pardon ? », s’indigne le visiteur. Selon notre source, les coups assenés aux victimes étaient si forts au point que le pilon dont il a fait usage, s’est brisé. « Dehors, Jacques a une conduite exemplaire mais à la maison il est insupportable », fait observer Sanou Pierre, le père de la famille.

Depuis des mois déjà, la famille soupçonnait le malfrat d’être sous l’emprise de stupéfiants qui aurait ainsi déstabilisé sa personnalité sans culpabilité apparente. Des témoignages, il ressort que Jacques est passé du comportement antisocial aux actes psychopathes. « Je le voyais s’abreuver de liqueur frelatée, de produits dissolvants depuis 2006…Un jour il s’est mis à danser dans le bus, alors qu’il n’y avait pas de musique à l’intérieur », se rappelle un membre de la famille. L’agresseur était un enfant qui vivait presque reclus. Quand il se postait devant la télé, il était d’office interdit aux membres de la famille de s’en approcher. Avec ses allures vestimentaires de « hip-hop », il ne se sentait vivre que lorsqu’il poussait à fond le volume de la musique.

L’agresseur n’était pas à ses premiers forfaits

Toutes choses qui ont eu pour conséquence, la présence de fissures dans le mur du salon, suite à la puissance des nuisances sonores. Il y a quelques mois, Jacques avait été déclaré persona non grata à la maison par son père à qui il aurait tenté de porter des coups violents à l’aide d’une planche de bois. Il n’a eu le droit de squatter au salon qu’à l’absence du père avec la complicité affective de maman qui « le chuchotait ». Mais cette complicité conviviale ne l’empêchait pas d’être en désaccords fréquents avec sa mère.

Déjà, le 4 février 2011, il avait surpris de dos, Sanou Georges, 34 ans, l’aîné de la famille qu’il poignarde avec un couteau sur un chantier. Il lui enfonce un premier couteau sans trop y parvenir, grâce à la prompte interposition des gens présents sur les lieux. Il ressort un deuxième couteau de sa poche et le plante dans le dos de son frère. Dans la tentative de lui arracher le couteau, l’agresseur est lui-même blessé à la paume de la main. Sanou Georges et son agresseur seront tous deux évacués à l’hôpital Yalgado Ouédraogo par les sapeurs-pompiers. Le grand frère n’est ressorti de l’hôpital que le 11 février dernier. Non sans avoir subi une intervention chirurgicale à l’abdomen torturé de sutures. Ici aussi, la maman aurait moins pleuré le sort de l’aîné blessé à qui elle demandait pardon pour qu’il ne dénonce pas le meurtrier Jacques à la police.

L’amour maternel a toujours été là, et plus fort, jusqu’à cette nuit fatidique où l’horreur s’est présentée à la généreuse mère. Ainsi donc, le « malfrat » avait opté délibérément d’« effacer », avec une atrocité indescriptible, toute une famille entière bien connue dans le quartier pour sa prompte disponibilité aux évènements sociaux.

Idrissa NOGO (idrissanogo@yahoo.fr)

Sidwaya

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