Souley Mohamed : « J’ai été honoré après le sacre des cadets »

vendredi 25 février 2011 à 01h10min

Dans le dernier volet de notre reportage à Fada, le sport est au menu des échanges avec Souley Mohamed. De son passage à la Fédération burkinabè de football (FBF) et au COCAN 98 en passant par la Confédération africaine de football (CAF), il s’en souvent bien. L’homme a la mémoire et les différents sujets, il les aborde en suivant son inspiration.

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A notre connaissance, c’est en 1992 que vous avez fait irruption sur la scène footballistique nationale en prenant les rênes de la Fédération burkinabè de football. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Faire irruption, c’est peut-être un peu fort. Ce que vous ignorez, c’est que j’avais déjà été désigné comme président du comité de soutien aux Etalons. C’était vers la fin de l’année 1991 ; et, dans le milieu, on se connaît quand même assez bien.

C’est par la suite que de nombreuses personnes m’avaient sollicité pour me dire qu’il était quand même bon que je m’engage pour quelque chose au niveau de la Fédération burkinabè de football. Après mûre réflexion, je me suis dit que j’allais m’essayer à cette tâche ; et c’est ainsi que j’ai présenté ma candidature à la présidence de cette structure sportive. J’ai été élu de même que d’autres personnes qui postulaient à différents postes.

Comme on le sait, pour diriger une fédération, il faut être issu d’une équipe sportive. Est-ce l’Union sportive des forces armées (USFA), le club militaire, qui avait proposé votre candidature ?

Alors là, je vais vous surprendre. Au départ, les contacts étaient individuels et, au fur et à mesure des échanges, d’autres personnes m’encourageaient. Par la suite, j’avais l’impression que l’unanimité des responsables des clubs était favorable à ma candidature. Et c’est ce qui m’a même motivé à présenter ma candidature. Vous savez, quand vous avez la confiance de beaucoup de gens, vous ne pouvez pas vous dérober.

Le journal l’Indépendant, dans sa livraison du 19 octobre 2010, avait rapporté des propos de Mahamadi Kouanda, lequel disait entre autres, que la politique, à travers sa personne, avait géré votre candidature à l’époque. Son soutien avait-il pesé lourd dans la balance ?

Ecoutez, je ne vais pas rentrer dans ce débat. Mais je dois reconnaître que Kouanda était effectivement de ceux qui avaient soutenu ma candidature. Comme lui, d’autres personnes avaient également œuvré dans ce sens ; et je dois vous dire qu’au départ je me posais encore des questions. C’est quand les différents soutiens ont commencé à prendre forme que je n’ai plus hésité.

Votre passion pour le sport, notamment le football, remonte à quand ?

C’est de vieille date. Quand j’étais au PMK, j’avais joué avec l’équipe senior de cette école ; et l’actuel ministre des Sports et des Loisirs, Jean-Pierre Palm, en faisait partie. Nous sommes la première formation du PMK à rencontrer un établissement ghanéen appelé le Tamasco. C’est depuis ce temps que j’avais la passion pour le football comme bien d’autres camarades. Quand je suis allé par la suite en formation au Cameroun, on avait au programme plusieurs disciplines sportives dont le football et le ballon militaire.

Mais ma passion pour le foot m’a même amené, chaque fois qu’il y avait la possibilité, surtout les week-ends (il y avait des avions qui faisaient la liaison sur Douala), d’aller voir des matches dans cette ville du Cameroun. Je me rappelle un match entre l’Union de Douala et les Silures de Bobo-Dioulasso. J’ai gardé un excellent souvenir de cette rencontre au cours de laquelle le gardien de but voltaïque, Sidiki Diarra, m’a épaté. Je vous le dis, il s’était montré intraitable en livrant un match extraordinaire, à telle enseigne que La Gazette sportive de Douala avait titré à sa Une avec une photo de Sidiki Diarra : « Dans deux semaines, l’Union de Douala rencontrera Sidiki Diarra. »

Le journal ne parlait même pas des Silures de Bobo, et ce titre est vraiment expressif. J’ai même ramené à l’époque un numéro de ce journal. Par la suite, il m’est revenu que beaucoup d’enfants à Douala se faisaient surnommer Sidiki Diarra. C’est donc vous dire que l’homme y avait laissé une bonne impression. Voyez-vous, ce sont des choses qu’on n’oublie pas, et ma passion pour le football ne date pas d’hier.

Au PMK, à quel poste jouait Souley Mohamed ?
J’étais milieu de terrain. On considérait que j’étais un coureur de fond et ayant du souffle ; ce poste me convenait donc. Vous savez bien qu’un milieu de terrain doit être endurant, et c’est un joueur qui parcourt le plus de terrain au cours d’une partie.

Avec une telle capacité, vous n’aviez pas tenté à l’époque une carrière professionnelle ?

Non, il faut dire la vérité. J’étais peut-être bon à l’échelle du PMK, mais je n’avais pas des compétences pour jouer dans une grande équipe (rires).

Il suffisait d’essayer, et peut-être que vous auriez réussi comme par exemple le Malien Salif Keita dit Domingo
La carrière militaire me tenait le plus à cœur. Au PMK, je jouais pour mon plaisir ; et le football reste toujours ma passion.

De 1992 à 1996, pensez-vous avoir réussi votre mission à la tête de la FBF ?

Réussir, c’est trop dire. J’ai fait ce que je pouvais faire pour apporter ma contribution au football national. Lorsque je suis arrivé à la Fédération avec mon équipe, nous avons compris qu’il y avait beaucoup de contradictions. Si vous vous rappelez, nous avons organisé les états généraux du football burkinabè. C’était pour voir qu’est-ce qu’il fallait poser comme bases pour essayer de relancer le football national. On en est sorti avec un certain nombre d’orientations, et c’est ce que nous avons essayé de suivre.

Concomitamment, nous nous sommes dit que, pour pouvoir relancer cette discipline sportive, il fallait savoir susciter l’engouement pour la chose footballistique. C’est ainsi que nous avons pris des initiatives pour la co-organisation du tournoi des Black Stars. Et lorsque les Etalons sont rentrés de Libreville après une victoire en finale, je suis sûr que vous vous rappelez cela, vous avez vu comment la foule a attendu l’équipe à l’aéroport de Ouaga.

Une foule en liesse s’est répandue dans les rues, et c’était révélateur d’un rêve de voir notre football s’affirmer à l’échelle continentale. C’est ce que nous avons essayé de faire en prenant la Fédération et, en même temps, nous jetions les bases d’un nouveau départ du football burkinabè. Nous avons fait ce que nous pouvions, et il est évident que nous ne pouvions pas tout faire. D’autres sont venus comme nous, qui avons aussi remplacé d’autres personnes. Chacun, à son niveau, a donné le meilleur de lui-même, et il en sera ainsi toujours.

Il y a eu aussi ce match historique en 1995 à Abidjan où les Etalons avaient tenu en échec les Eléphants (2-2).

Holala ! Ce qui me frappe quand vous me parlez de ce match, c’est quand j’ai vu des compatriotes venir à l’hôtel où j’étais descendu. Ils ont demandé à me voir pour me saluer. Quand je les ai reçus, ils m’ont dit : « Naaba, Wenda Kaos Yamba, c’est-à-dire : Chef ! Que Dieu vous donne longue vie ! ». J’étais ému, touché d’entendre encore que nous avons relevé le nom du pays.

Et c’est comme si je le savais parce que, lors de la préparation de ce match à Lomé, j’avais rencontré individuellement les joueurs. Avant le déplacement du onze national à Abidjan, j’avais préparé chacun d’eux psychologiquement. Mon message était le suivant : « C’est une rencontre importante et, dans les tribunes, il y aura plus de spectateurs ivoiriens que burkinabè. Un public des grands jours nous attend là-bas, et vous devez vous battre jusqu’au bout. Et sachez qu’on vous dira depuis quand Burkinabè connaît ballon. A vous donc de leur prouver que Burkinabè connaît ballon (rires). »

Le jour J, quand les Ivoiriens ont marqué le premier but suivi d’un autre et qu’on a même connu une expulsion, dans la tribune où je me trouvais j’entendais les gens dire que c’était fini. On était mené 2-0 à la mi-temps ; mais, dans le salon d’honneur, j’avais dit à un responsable ivoirien qu’un match de football se jouait en 90 minutes. Celui-ci m’avait répondu que, Président, : « Vos jeunes sont bons, mais c’est dans quelques années qu’ils vont nous créer des problèmes. »

J’ai réagi aussitôt en lui faisant comprendre qu’un match dure 90 minutes et que les problèmes pourront même surgir en deuxième mi-temps. Je vous avoue que je l’ai dit sans être trop sûr de moi, mais je l’ai fait par fierté (rires). A la reprise, Sidi Napon réduit la marque sur un coup franc magistralement tiré et, par la suite, c’est Seydou Traoré qui met toute la défense ivoirienne dans la lagune (rires) pour obtenir l’égalisation.

C’est l’apothéose ; et je me suis dit que nos joueurs ont été admirables de courage. On était fier de réussir ce que beaucoup de gens n’imaginaient pas dans la bonbonnière du stade Félix Houphouët-Boigny. L’autre chose qui m’avait marqué, c’est le Ditanyé que les Etalons ont entonné avec fierté pendant l’exécution des hymnes. Nos supporters, que je voyais du côté du Monument aux Morts, ont aussitôt suivi. J’avais la chair de poule, et je me disais que, ce grand match, nous ne devions pas le rater. Dieu merci, on a montré de l’héroïsme ce jour-là, et cette rencontre restera longtemps gravée dans ma mémoire.

On sait que, sous votre mandat, une de vos priorités était de faire intervenir des sociétés de la place pour soutenir les clubs à travers un cahier des charges ; mais le projet n’a pas abouti. Qu’est-ce qui avait coincé à ce niveau ?

C’est vrai ce que vous dites, et on voulait également changer les choses à ce niveau. Vous savez, le football de haut niveau a ses exigences ; et quand on se complaît dans l’à-peu-près, cela ne vous permet pas de progresser. Quand vous regardez ce qui se passe en Europe et même dans certains pays africains, la plupart des clubs sont bien structurés, avec des moyens qui leur permettent de terminer leur saison sportive sans trop de soucis.

Chez nous, je conviens que ce n’est pas la même chose et que le contexte n’est pas le même qu’ailleurs. Mais ma position reste la même, c’est-à-dire que la compétition c’est la compétition, et elle suppose un certain nombre de contraintes matérielles et physiques. Pour pouvoir le faire, financièrement bien entendu, si on devait partir sur les structures telles qu’elles existaient et qui étaient plutôt isolées et personnelles, ce n’était pas facile. Il fallait trouver une structure qui soit plus posée, comme une société, qui puisse injecter chaque année un certain budget dans un club qu’elle aura choisi pour soutenir.

A l’époque, on était en train de voir comment on pourrait faire en sorte que les charges ne se ressentent pas au niveau de la gestion des entreprises qui donneraient leur accord dans ce sens. Nous n’avons peut-être pas eu le temps d’approfondir les choses, mais c’est un sujet qui est toujours d’actualité. Je pense que d’autres auraient pu également poursuivre le débat. Si cela n’a pas été fait, je ne sais pas pourquoi. L’idée était nouvelle, et il faut reconnaître dire que des sociétés avaient des contraintes. Ce n’est pas facile de mener une telle idée, mais à terme le problème du financement des clubs demeure.

En Europe, des gens nantis ou des sociétés accompagnent des clubs moyennant certaines facilités dans ce qu’ils font dans leurs secteurs respectifs. Aujourd’hui, il faut qu’on en arrive à ça parce que l’Etat a trop de priorités que d’injecter à tout moment l’argent dans la promotion du football. On ne le dira jamais assez, nous avons la chance d’avoir à la tête de ce pays quelqu’un qui a la passion du football. Nous qui avons tous été présidents de la Fédération burkinabè de football, si nous sommes honnêtes, nous reconnaîtrons que c’est cet homme-là qui nous a donné le tonus nécessaire pour développer des initiatives.

C’est une chance extrême que nous avons, parce que l’homme aime la chose footballistique, et cela a beaucoup contribué à relancer les choses dans ce domaine. Mais à côté de ce soutien inestimable, il faut continuer de développer des initiatives pour que cet élan soit accompagné. La compétition, ce n’est pas du tâtonnement ; c’est une organisation pour aboutir à des clubs forts depuis les poussins en montant. Nous sommes dans un pays qui n’a pas suffisamment de ressources, et l’Etat ne peut pas à lui seul tout faire.

Si on avait la chance d’avoir des hommes puissants au niveau de certaines sociétés, peut-être que les clubs seraient encouragés et ce serait une bonne chose. Mais cela ne peut se faire sans un cahier des charges, et rien ne doit être négligé. Il y a un minimum à respecter, et l’argent ne sort pas n’importe comment. Le club a son budget, on connaît l’effectif, le secrétariat et ses besoins après l’élaboration d’un programme d’activités soumis à la société qui le sponsorise. Si on arrive à cela, notre football ira encore de l’avant et verra éclore de grands talents.

C’est pendant votre mandat que le football burkinabè est sorti de l’ornière avec la première qualification des Etalons à la CAN 96 en Afrique du Sud. Quel souvenir gardez-vous de cette compétition ?

Je précise que c’est la première participation acquise de l’équipe sur un terrain. La Haute-Volta avait déjà participé à une phase finale de la CAN, mais elle avait été repêchée après la disqualification de la Côte d’Ivoire sur l’identité d’un de ses joueurs.

Vous avez parfaitement raison, président, et c’était en 1978 au Ghana.
Merci ! Vous voyez qu’il y a quand même de la mémoire (rires).

Revenons à cette CAN 96 où les Etalons étaient basés à Bloemfontein. Ils avaient essuyé deux défaites respectivement face à la Sierra Leone et à la Zambie. Le dernier match, à Port Elisabeth, s’était soldé par un match nul devant l’Algérie.
Nous avons fait une excellente phase éliminatoire en terminant en tête de notre groupe devant la Côte d’Ivoire et le Maroc. C’était vraiment quelque chose d’exceptionnel et, au niveau de la CAF, tout le monde avait exprimé son agréable surprise de voir le Burkina à ce stade-là. Nous sommes allés en Afrique du Sud avec le désir de confirmer notre parcours des éliminatoires, mais les résultats n’ont pas répondu à l’attente de nos supporters. Ils ont tous été déçus à l’époque ,et c’est tout à fait normal quand votre équipe passe à côté du sujet.

A Bloemfontein, je n’étais plus proche de l’équipe parce que j’avais une autre mission : la préparation de la CAN 98 en tant que président du COCAN. J’avais délégué mes pouvoirs à mon vice-président, Didier Ouédraogo. Quand on partait en Afrique du Sud, pour la CAF, j’étais le président de la FBF. Mais, dans la réalité, je n’étais plus au-devant des choses. Nous avons échoué à Bloemfontein et je crois que la vie d’une équipe nationale ne s’arrête pas à une élimination prématurée. Faisons table rase sur le passé pour mieux construire l’avenir.

Après votre départ de la Fédération, Boureima Badini a pris le relais et, entre-temps, vous avez été nommé président du COCAN. Est-ce pour cela que vous êtes parti de cette structure ?

Avec la gestion d’un tel événement sportif, je me suis dit que j’allais être accaparé par ma nouvelle fonction. Et je crois que c’était plus sage de passer le témoin.

La CAN 98 a connu une réussite, et tout le monde a été unanime à le reconnaître. Combien cette compétition a coûté au Burkina ?

Vous me posez-là une question qui aurait dû l’être il y a 13 ans. Mais je crois qu’on avait donné des chiffres en son temps. Comme vous y tenez, je vous rappelle que nous avons géré 4 milliards au niveau du COCAN. Maintenant, il y a des volets que nous n’avons pas gérés. Je veux parler de la construction des stades et d’autres infrastructures entrant dans le cadre de cette compétition. En ce qui nous concerne, c’était sur le plan de l’organisation : accueil, hébergement, transport, restauration, etc. Notre domaine d’intervention se résumait uniquement à cela et à rien d’autre.

Des gens ont attendu un bilan de l’organisation qui n’est jamais venu. Comment expliquez-vous cela ?

La question rejoint celle que vous venez de me poser. Vous savez, quand on parle d’un comité d’organisation de la CAN, il y a, à côté, d’autres structures qui ont également apporté leur part d’expertise et d’activités pour cette compétition. Je vous ai dit la tâche qui nous incombait, mais la CAN n’a pas commencé pour nous le 7 février 1998. La CAN, c’était au moins un an et demi avant, et il fallait d’abord mettre des choses en place. Il y avait aussi les préparatifs du tirage au sort. C’est cette phase-là qui nous incombait, et nous avons transmis notre bilan.

Ce bilan a été transmis à qui ?

Nous l’avons transmis à qui de droit et, de ce côté, je suis tranquille.

Cette CAN 98 n’a-t-elle pas laissé un goût d’inachevé ?

A quoi faites-vous allusion ?

Nous faisons allusion au match pour la troisième place entre le Burkina et la RD Congo. Il y a eu un incroyable retournement de situation, et les Etalons ont plié l’échine.

C’est vrai. Nous qui étions à la fois organisateurs et spectateurs, on était malheureux après ce match qui était à notre portée. Je revois les images de cette rencontre qui a bien commencé pour nous pour finalement devenir une catastrophe. Mais vous savez, le foot c’est le foot ; et quand on monte sur un terrain, il faut avoir en tête que le ballon roule d’un camp à l’autre et qu’on ne sait pas ce que ça peut provoquer. Je n’ai pas d’autre explication à donner.

On imagine qu’un tel scénario sur le terrain a dû vous faire perdre le sommeil ce jour-là.

Je crois que la nuit a été longue pour tout le monde. Le spectacle était douloureux, et je l’avoue très sincèrement.

Passé ce spectacle douloureux pour la petite finale, quelle satisfaction tirez-vous sur le plan de l’organisation ?

Je le dis et le répète, cette CAN 98 a été une aventure exceptionnelle pour nous en tant qu’organisateurs. Lorsque je prends par exemple les choses dès le départ, il y avait tellement de préjugés sur le Burkina, notamment sa capacité à organiser la CAN 98. Je me rappelle que, quand on parlait de notre candidature, certains disaient que le Burkina est un pays pauvre.

D’autres ajoutaient même qu’à Bobo-Dioulasso c’est la brousse et qu’il n’y a rien. Je vous le dis, beaucoup de gens étaient pleins de vieux préjugés. C’était lors de la phase préparatoire pour le dossier d’acceptation du Burkina. Il nous a fallu déployer beaucoup d’ingéniosité pour faire comprendre aux gens que nous étions à même d’organiser cette CAN. Avant la dernière réunion de la CAF où je devais faire un exposé, nous avons réalisé sur une cassette-vidéo les installations aéroportuaires de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, les hôtels dans les deux villes et un élément sur la RTB.

Le tout était de 15 minutes environ. A la faveur de la CAN 96, la commission d’organisation de la CAF tenait sa réunion à Johannesburg. Dans la salle, je demande un magnétoscope et nous projetons ce que nous avons réalisé depuis Ouaga et Bobo. Je vous avoue qu’à la sortie il y a des gens qui nous ont tiré leur chapeau en me disant que les images qu’ils ont vues vont faire taire désormais certaines langues. A partir de là, on a senti que des membres de la CAF ont compris qu’il y avait quand même quelque chose de palpable sur le terrain.

Je dois dire également que quand le président de la CAF, Issa Hayatou, est venu en personne à Ouaga pour rencontrer les autorités, il avait vu chez le président du Faso cette volonté de réussir cette CAN-là. Et il n’y avait pas meilleure garantie qu’une telle rencontre au sommet. C’est sur cette base-là que les choses se sont mises en place. Mais, malgré cela, des gens étaient toujours sceptiques. Pour faire taire définitivement les mauvaises langues, nous avons retransmis en direct sur 45 pays le tirage au sort de la CAN 98. C’était une première du genre ; et je profite de l’occasion que vous m’offrez pour saluer au passage les techniciens de la Télé.

Ils ont abattu un travail colossal alors qu’au départ il y avait quelques problèmes qui ont fini par être réglés. C’est d’ailleurs à partir de cela que, tous les 2 ans, quand il y a une CAN, les tirages au sort se font en direct. Au lendemain de ce tirage au sort, nous avons reçu des messages de félicitations ; et il était désormais évident que les choses étaient avancées. Ce tirage, pour nous, était aussi l’occasion d’attirer le maximum de spectateurs de l’extérieur. Mais, évidemment, il y a eu des déceptions puisqu’on s’attendait à un public plus important.

On se rappelle effectivement le match d’ouverture Burkina # Cameroun où les tribunes n’affichaient pas complet.
Quand je parle de public, ce n’est pas seulement chez nous, mais les autres spectateurs des pays qualifiés pour cette CAN. Je n’ai peut-être pas eu l’occasion d’en parler, mais le moment est venu d’expliquer des choses que des gens ne savent pas. Il y a eu un concours de circonstances qui a joué en notre défaveur. C’est malencontreux, mais malheureusement c’est la réalité.

Quelques semaines avant le coup d’envoi de la CAN, on avait déclaré qu’il y avait une épidémie de méningite au Burkina. Je crois que les autorités ont bien agi dans ce sens et, en rendant cela public, c’était pour prendre des mesures de précaution. Mais cela a été mal interprété chez certains qui ont amplifié la nouvelle. On a même raconté que si les supporters venaient au Burkina, ils seront tués par cette maladie. Il y a des pays voisins où on avait dissuadé des gens de faire le déplacement ou même d’aller voir un match et replier par la suite.

Concomitamment, on avait fait état de difficultés sur le plan céréalier pour mauvaise pluviométrie. Je prends l’exemple des Sud-Africains qui, après le tirage au sort, étaient partis à Bobo pour voir le site où ils allaient être logés. Dans cette ville, ils avaient pris leurs repas à l’Eau Vive et ils étaient séduits par l’accueil et le service. Quand la compétition a démarré à Bobo, j’ai constaté que leurs supporters n’étaient pas venus en grand nombre. Je me suis entretenu avec un des responsables de la délégation sud-africaine qui m’a parlé de méningite. Les Congolais, eux, sont arrivés à l’aéroport de Ouaga avec un stock important d’eau minérale. Les douaniers, surpris, ont saisi le COCAN.

Je me suis rendu sur place pour m’entendre dire par un responsable de l’équipe qu’il y avait la famine ici et que peut-être que l’eau n’était pas en quantité suffisante. Et c’est pourquoi ils venaient nous apporter leur contribution. Je suis resté sidéré en l’écoutant. C’est aussi le cas de cette équipe qui est venue à Bobo avec beaucoup de matériel et de nourriture. Mais quand elle a vu sur place tout ce qu’il y avait comme matériel pour la cuisine, son avion est reparti avec son stock. Des gens avaient fait croire que la méningite et la famine sévissaient au Burkina. L’amplification sur ces deux phénomènes nous a défavorisés, ce qui a fait que l’affluence dans les tribunes n’était pas importante.

J’étais ahuri d’entendre un hôtelier dire que le président du COCAN avait parlé de nombreux spectateurs et que, d’ailleurs, on avait convoyé des équipes à Ouaga 2000. Selon lui, la plupart des hôtels étaient vides et ils n’avaient pas bénéficié de la CAN. Je n’ai pu répondre à cela parce qu’à l’époque il y avait une série d’accusations, de manœuvres sur ma personne. J’ai tout accepté sans broncher. Ce que les hôteliers oublient, bien avant la CAN, on avait dit que les équipes qualifiées et la direction de la CAF allaient séjourner à Ouaga 2000. Il y avait des villas prévues à cet effet, et c’est une originalité.

On pensait que les spectateurs allaient occuper les hôtels. Maintenant, s’ils ne sont pas venus en grand nombre, ce n’est pas de notre fait. Il y a eu un concours de circonstances et voilà ce qui s’est passé en fait. On était aussi déçu, mais l’ensemble de l’organisation s’est bien passé. Je pense en mon âme et conscience que le COCAN a fait son travail ; il était rattaché à la Présidence du Faso. Derrière, il y avait un soutien, et cela nous a donné le moral et la force nécessaires pour accomplir notre mission. A la fin de la CAN, il y a eu pas mal de déclarations et, par la suite, nous avons reçu la visite de l’Inspection d’Etat.

Que voulait-elle savoir au juste ?

C’est le passé ; et Souley Mohamed n’est qu’un individu. L’intérêt supérieur de la nation a été sauvegardé et nous avons donné du Burkina l’image d’un pays qui a la capacité d’organiser quelque chose. C’est ça qu’il faut surtout retenir ; les autres choses, il faut les oublier.

C’est vrai que l’affluence dans les stades était faible, mais avez-vous quand même récolté quelque chose au niveau des recettes ?
Je suis dans ma ferme à Fada, au milieu de mon bétail, et je ne suis pas en mesure de vous donner des éléments. Cela fait quand même 13 ans que nous avons organisé la CAN, et je suis désolé de ne pouvoir vous donner des informations là-dessus.

Du COCAN, vous avez intégré la CAF comme membre du comité d’organisation. Est-ce Hayatou qui vous a coopté ?

C’est lors d’une réunion de la CAF, au Caire, que la suggestion a été faite par le président Hayatou. Après sa proposition, j’ai rendu compte à qui de droit (NDLR, le président du Faso) et il m’a dit que c’était une très bonne chose. C’est ainsi donc que j’ai accepté d’y aller.

Combien d’années avez-vous passées à la CAF ?

En tant que membre de la commission d’organisation, j’étais souvent désigné comme commissaire au match. C’est en 2004 que je suis parti de la CAF.

Et pour quelles raisons ?

Pour des raisons personnelles ; et je ne voudrais pas m’étendre là-dessus.

La démocratie ne règne-t-elle pas à la CAF ?

Je vous en prie, passons à autre chose.

Aujourd’hui, ils sont nombreux ceux qui pensent que la vieille garde doit passer le témoin. Qu’en pensez-vous ?

J’ai quitté la CAF depuis 2004, et je ne sais pas comment les choses ont évolué. Franchement, je ne voudrais pas me prononcer sur ce sujet.

Hayatou est là depuis le 10 mars 1988 avec les mêmes hommes ; et, apparemment, il règne en maître absolu. Faut-il qu’un vent de révolte à l’image de ce qui se passe au Maghreb vienne le faire partir ?
Je vous ai dit que je n’y suis plus depuis 2004 et, aujourd’hui, je ne m’occupe que de mes affaires. Si des gens estiment qu’il faut un changement, c’est leur point de vue. En ce qui me concerne, je suis loin de la CAF.

Votre retrait de la CAF n’est-il pas lié à une mésentente avec Hayatou ?

Je ne voudrais pas rentrer dans ce genre d’interprétations. Je suis parti de mon propre chef de la CAF et, dans le secteur où j’exerce actuellement, je me sens à l’aise puisque j’apporte ma contribution au développement de mon pays. On peut servir à tous les postes, et je me plais dans mon domaine.

Retiré à Fada où vous vous occupez de vos affaires, suivez-vous le football burkinabè ?

Absolument ! Ma passion pour le foot est toujours intacte. Dans ma ferme, je ne m’ennuie pas ; et si vous regardez derrière ce mur (il nous indique le lieu d’un doigt) où des gens sont assis, il y a un écran géant. Nous suivons les matches des Etalons, la champion’s league, les championnats européens et les coupes africaines. Les gens viennent nombreux ici et, ma foi, quand les Etalons gagnent un match, c’est la joie et les commentaires durent jusqu’à une certaine heure. Mais on est aussi malheureux quand il y a une défaite.

Mais il ne vous arrive pas de descendre à Ouaga pour suivre un match des Etalons ?

J’avoue que ça fait un bon moment que je ne l’ai pas fait. Je suis très pris par ce que je fais ici, et puis, je me suis dit que c’est mieux que je me mette un peu en retrait.

Comment avez-vous accueilli le sacre des Etalons cadets à Kigali ?
C’est le couronnement de nombreuses années d’efforts. J’ai été invité à l’arrivée des joueurs, et j’étais très heureux d’y être. J’étais au palais de Kosyam de même qu’au dîner de gala. C’était une bonne initiative d’avoir pensé aux différentes personnes qui ont eu à apporter leur contribution au football national. Nous ne pouvons que remercier le président du Faso d’avoir pensé à nous. Je le répète, c’est un couronnement de ce qui a été fait comme travail et, quelque part, le président du Faso a joué un rôle important pour cet aboutissement heureux.

Tout le mérite de ce sacre lui revient ; et nous qui avons, à un moment donné, apporté également notre modeste contribution, nous ne pouvons qu’en être heureux. Cette invitation m’a personnellement permis de voir des gens que je n’avais pas revus depuis un certain temps. C’était vraiment des retrouvailles, et vivement qu’on se retrouve pour une prochaine victoire. Le Burkina, à mon avis, est bien parti pour ce genre d’apothéose.

Comment voyez-vous les chances des Etalons pour les éliminatoires de la CAN 2012 co-organisée par le Gabon et la Guinée Equatoriale ?

Je vous ai dit que ma passion pour le foot n’a pas changé. Je suis très bien ce qui se passe au niveau des seniors, et je sais que leur groupe est réduit à trois équipes après le forfait des Mourabitounes de la Mauritanie. Ce n’est pas exact, ce que j’ai dit ?

Nous voyons que vous êtes au parfum de l’actualité sportive…
Eh bien, je vais du principe qu’en football il n’y a rien d’impossible. Honnêtement, avec la volonté, la détermination, le courage, le onze national peut se qualifier. Je vous donne l’exemple des éliminatoires de la CAN 96 où personne n’attendait le Burkina devant la Côte d’Ivoire et le Maroc. Je vous le dis, personne n’aurait parié qu’on terminerait en tête de notre groupe, et pourtant c’est ce qui est arrivé. C’est la preuve que si on mouille le maillot, on peut réaliser de grandes choses. Je souhaite du courage et bonne chance aux Etalons pour la suite de la compétition.

Souley Mohamed a-t-il des loisirs ?

Je lis beaucoup et, en plus de cela, je fais du footing et la marche à pied tous les deux jours dans ma ferme. La santé se maintient. Parmi les autres loisirs, ce sont les matches de foot que je guette à la télé et que je suis ici avec des amis autour d’une tasse de thé. L’ambiance est sympathique dans ce cadre qui m’est cher, avec le bruit des oiseaux qui nous accompagne.

Quel genre d’ouvrage lisez-vous ?

Un peu du tout ; et, pour moi, c’est une façon d’entretenir ma culture.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

C’est mon secret (rires)

Interview réalisée par Justin Daboné


Erratum

De l’armée à la ferme

Dans le reportage sur la ferme de l’ancien ministre du Commerce, Souley Mohamed, que nous avons publié dans notre édition du jeudi 24 février 2011, il a été écrit qu’il a 2 enfants. Ce n’est pas exact puisque le colonel en a 3. Par ailleurs, en 1995, ce sont des représentants de partis politiques de 8 secteurs sur 11 qui étaient venus le voir pour lui demander de se présenter à la mairie de Fada, et nom des responsables de partis politiques.

L’Observateur Paalga

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