Royaume du Kankangu dans la Kompienga : Fiimba ouvre son pouvoir aux Yaadsé

jeudi 24 février 2011 à 01h50min

Il n’est pas courant dans le landerneau du pouvoir politique traditionnel burkinabè de voir un chef coutumier tirer le bilan de son règne. C’est ce qu’a pourtant fait le roi du Kankangu, Sa Majesté Fiimba Baoua Onadja. C’était en son palais, à Pama (chef-lieu de son royaume et de la province de la Kompienga), à la faveur de la célébration du 15e anniversaire de son accession au trône. L’une de ses innovations majeures : l’ouverture de son pouvoir aux fils du Yatenga, par la création d’un poste de chef des Yaadsé, parents à plaisanterie des Gourmantché.

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Il a blanchi sous le harnais dans l’enseignement secondaire, en qualité de professeur de mathématiques des lycées et collèges. Admis à la retraite depuis 1993, il a occupé le poste de directeur du restaurant universitaire, communément appelé RU par les locataires du campus, pendant une décennie. L’homme a été militant de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France, de l’Union générale des étudiants voltaïques (UGEV) et du Parti africain de l’indépendance (PAI). Aujourd’hui, il fait partie des dépositaires de la tradition burkinabè et pas des moindres. Il est d’ailleurs à ce titre membre de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour le compte des chefs coutumiers du Burkina Faso. Lui, vous l’aurez certainement deviné, c’est Baoua Onadja, 29e roi du Kankangu (Pays de figuiers), depuis le 12 juillet 1995.

« Bonnet et politique sont incompatibles »

« Fiimba » ou « Levez-vous pour vous développer », c’est le nom de guerre qu’il s’est donné, lequel résume ses ambitions (son projet de société) pour cet Etat coutumier souverain, s’étendant sur les limites territoriales de la province de la Kompienga, dans la région de l’Est. Reconverti en chef, Fiimba dit s’être désengagé de la politique, pour se mettre au-dessus des partis et faire l’unité autour de lui. Il y a, selon lui, une incompatibilité entre le bonnet (chefferie) et la politique.

Le 12 juillet 2010, cela faisait donc 15 ans, jour pour jour, que Fiimba Baoua Onadja a été porté à la tête du Kankangu. C’est donc en différé qu’il a commémoré, le 19 février dernier, le 15e anniversaire de son accession au trône du royaume, au rythme de chants et de danses, exécutés par d’une dizaine de troupes de la Kompienga, du Gourma, de la Gnagna et du Togo (les Tombas). Outre les populations des 40 villages de son ressort territorial coutumier, il a convié à ces réjouissances parents, amis et connaissances des quatre coins du Burkina et même de pays voisins, notamment le Togo et le Bénin.

Plusieurs personnalités politiques, administratives, coutumières et religieuses ont rehaussé, de leur présence, l’éclat de cette cérémonie. Au nombre de celles-là, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Moussa Michel Tapsoba, à la tête d’une forte délégation de son institution dont la vice-présidente, Véronique Kando, Abdoul Karim Sango, le haut-commissaire de la Kompienga, le Tédano (ministre des Princes du royaume du Gourma), envoyé de Kupiendéli, et le Ouidi-Naaba, qui y était en tant qu’ami et émissaire du Moogh-Naaba Bâongo. A ceux-là s’ajoutent de nombreux autres hôtes de marque, sans lesquels la fête aurait manqué de saveur. Il s’agit de ses maîtres ou esclaves (c’est selon), notamment les descendants de Naaba Yaadga, les parents à plaisanterie des Gourmantché, parmi lesquels le chef du village de Yilou (province du Bam).

Aperçu sur l’histoire du Jafuali

La cérémonie consacrant cet évènement a été l’occasion de faire un aperçu sur l’histoire de la cité dont Fiimba Baoua Onadja préside aux destinées, depuis 15 ans. Ainsi a-t-on appris, de l’extrait d’un document de Victor K. Onadja, intitulé « Le Kankangu aujourd’hui Pama », que le royaume a été créé vers 1256. Jafuali (Roi de la brousse), tel était le nom de règne du père fondateur de cette cité ou Kihouan len Mitoiba, à l’état civil. Deuxième fils de Diaba Lompo, celui-là même qui a fondé l’empire de Fada, il s’est rebaptisé avec le patronyme Onadja. De nombreux conflits ont caractérisé l’histoire des relations de la cité du Jafuali et de celle de Diaba Lompo, en fonction du tempérament des héritiers des trônes respectifs.

C’est ainsi que des Jafuali, à l’image de Biambiamli, Yentéma (1517-1532) et Sinadali (1532–1562) ont livré la guerre à des rois du Gourma. En dépit de ces rivalités, ces deux Etats souverains frères ont un devoir de respect mutuel. La preuve, le Jafuali a de tous temps un représentant à la cour royale du Numbado (roi de Fada), le Tédano, qui y occupe toujours une place de choix avec une voix prépondérante au sein du collège électoral désignant le roi de Fada.

D’environ 80 villages dans le passé, dont 20 dans la province du Koulpélogo, 15 dans la République du Togo et 5 dans celle du Bénin, le royaume de Jafuali n’en compte aujourd’hui que 40. Dans leurs combats contre le royaume du Gourma, certains rois ont bénéficié de l’appui de Tombas du Togo.

Fiimba Baoua Onadja, un roi réformiste

Pour ses 15 ans au trône du Kankangu, Fiimba Baoua Onadja, entouré à l’occasion de son gouvernement composé de 13 ministres, a fait de l’inédit : l’évaluation de son action à la tête du royaume. En effet, c’est à cet exercice qu’il s’est prêté, devant une foule immense de témoins.

Au plan coutumier, Fiimba relève :
la reconstruction de la cour royale qui était dans un état piteux ;
la réduction de la durée des cérémonies funéraires de 7 à 3 jours et partant, des coûts y relatifs car les familles se ruinaient voire s’endettaient pour honorer ces rites ;
l’adoption d’un mode de désignation des chefs par les populations au lieu qu’ils leur soient imposés par un roi.

Sur le plan socioéconomique, le Jafuali a contribué à l’ouverture d’un marché à Pama et dans les villages de la commune ; la mise en place d’un plan communal de développement, en partenariat avec La Clusaz, qui a permis la construction et l’équipement d’écoles, de boutiques, la fourniture d’eau potable à Pama, l’acquisition de matériel agricole au profit des populations ; des micro-crédits pour les activités rémunératrices des femmes ; ce sont là, entre autres, les projets réalisés sous son impulsion. Cette implication du roi dans le développement a été saluée par le maire de la commune de Pama, Maxime Onadja.

Sans être négatif, reconnaît humblement le souverain, ce bilan, a-t-il dit, est en deçà de ses attentes. Aussi a-t-il lancé un appel aux populations de son royaume à fédérer leurs énergies pour relever les défis de développement sur toute l’étendue de son royaume. Avec elles, Fiimba Baoua Onadja compte mener dans le futur la lutte contre des fléaux dont le VIH/Sida, les déchets plastiques, les feux de brousse, la coupe abusive du bois. Il prévoit également, en collaboration avec les services des Eaux et Forêts, de rechercher des solutions appropriées pour freiner la dévastation des champs de culture par les éléphants.

La finale d’un tournoi de football, initié par le Jafuali Fimba Baoua Onadja, suivie d’un bal-rétro animé par l’orchestre de Fada N’Gourma, a mis fin aux festivités commémoratives.

Hamidou Ouédraogo
L’Observateur Paalga

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