Nouvelle tarification sur les soins de santé : Un non dit de la campagne électorale

mardi 8 février 2011 à 00h35min

Les gorges se sont faites chaudes la semaine dernière à l’occasion des 72 heures de grève du Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNSHA). La pomme de discorde se cristallise autour de la plate-forme revendicative des travailleurs du secteur de la santé. Un adage populaire ne classe-t-il pas la santé en première position parmi les biens précieux de l’être humain ? Parmi les points de revendication, il y a cette " tarification ", " augmentée " pour les uns et " normale " pour les autres. Dans l’antichambre des arguments des parties, il est évident que les électeurs du Président du Faso ne s’attendaient pas à dépenser plus pour leur santé dans les établissements de santé. Pour un début de mandat présidentiel, les nouvelles ne sont pas bonnes.

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Un exemple permet de comprendre la nouvelle situation : pour ceux qui le savent, chaque mercredi, un gynécologue très connu et respecté au Burkina Faso, consulte ses patients (en majorité des femmes et des filles) au CMA du secteur 30 de Ouagadougou. Ces derniers déboursent jusque là une somme de 2 000 F CFA. Une somme abordable comparée aux 10 000 ou 15 000 F CFA demandés pour une consultation du genre dans certaines cliniques. Raison pour laquelle les patientes se bousculent chaque mercredi au CMA du 30. Les femmes continueront-elles de fréquenter le CMA et quel en sera le prix ?

Selon la nouvelle tarification qui devrait être en vigueur à partir du 1er février (ou qu’on dit appliquée dans certaines parties du Burkina déjà), cette somme de 2000 devrait au minimum doubler pour atteindre les 4 000 F CFA, sinon plus, en fonction des horaires. L’arrêté qui l’institue date d’août 2010 cosigné par les ministres Seydou Bouda de la santé et Lucien Marie Noël Bembamba de l’économie et des finances.

Le SYNSHA estime qu’il s’agit d’une augmentation des tarifications des consultations dans les établissements publics de santé hospitaliers du pays. Il soulève des risques dont notamment une privatisation du secteur de la santé, une exclusion de certains citoyens quant à l’accès aux soins, une commercialisation des services de santé…

Pour les autorités gouvernementales, ce sont là des interprétations fallacieuses ou tendancieuses. Selon elles, les mesures incriminées visent plutôt une meilleure organisation des horaires de travail, une application d’une tarification qui date depuis 1991 et une amélioration de l’offre de soins et d’hospitalisation. Elles devraient, selon les responsables de la santé, " renouer la confiance qui se perdait entre les hôpitaux publics et la population ". Il y aurait également un souci de sédentariser les médecins, de doper le fonctionnement des hôpitaux et services de santé et de garantir de meilleures conditions de travail. Il ne s’agit donc aucunement d’une augmentation de tarifications.

Chacun s’arc-boute sur ses arguments et l’on constate de part et d’autre des énervements. Et cela, pendant que la population s’interroge. En quoi passer de 2000 à 4000 ou de 5000 à 6000 F CFA n’est pas une augmentation ? La femme qui a l’habitude de dépenser 2000 F CFA pour une consultation et à qui on demande désormais 4000 F CFA peut-elle se laisser convaincre que sa dépense n’a pas été majorée ? Certaines personnes, ici au Burkina Faso, peuvent-elles démontrer que 2 égale 4 ou que 4 n’est pas supérieur à 2 ? Les usagers des services de santé publique attendent les démonstrations. Ces derniers doivent-ils payer le prix des erreurs politiques sans que ceux qui décident n’expliquent de façon convaincante la situation qui prévaut ?

Selon les explications du Directeur général de l’hôpital Yalgado Ouédraogo, les tarifs en vigueur actuellement résultent d’erreurs commises par les acteurs de la Santé eux-mêmes. Les acteurs de la santé auraient appliqué depuis 1991 un tarif subventionné à 50% à tous les patients. Autrement dit, la nouvelle tarification n’est que l’ancienne reconduite à 100%. La nouvelle orientation veut que les patients paient " juste ".

L’opportunité de la tarification à 100%

Dans le domaine de la santé, les efforts du Burkina sont confrontés à des contraintes diverses. Outre l’existence d’un profil épidémiologique peu favorable, les acteurs font face à l’insuffisance des ressources allouées aux activités de santé et à la mauvaise image des services de santé. Le secteur privé et la médecine traditionnelle ne sont pas suffisamment pris en compte dans les politiques. Les mesures qui rentrent en vigueur actuellement contribueront à la mise en œuvre du programme quinquennal du Président. Le programme quinquennal explique qu’un " système de santé efficace améliore la productivité, la compétitivité globale du pays et la gouvernance, tout en favorisant l’élargissement de ses espaces budgétaires. La santé n’est pas seulement une résultante de la croissance économique, elle est surtout un facteur fondamental et inséparable du développement ".

Le programme stipule en outre qu’un " système de santé bien organisé et viable constitue pour notre pays un atout dans la quête d’une santé solide pour les populations. C’est pourquoi, le renforcement des systèmes de santé est une nécessité pour préserver les acquis des programmes verticaux et horizontaux de lutte contre la maladie et accélérer l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement.

Sur le terrain, cela implique la mise en place d’une chaîne appropriée de services logistiques : le financement, le cadre réglementaire pour la collaboration entre le secteur public et le sous-secteur sanitaire privé, la gouvernance, le système d’assurance-maladie, l’accessibilité financière, les mécanismes d’incitation, l’information, le niveau de qualification des personnels, l’infrastructure de base et les approvisionnements. Cette interaction est nécessaire pour garantir un accès équitable à des prestations de qualité et un continuum de soins aux populations ".

La question qui se pose ici est celle du degré de compatibilité entre les objectifs de ce discours quelque peu programmatique en terme d’efficacité, d’accessibilité et ceux de la nouvelle tarification. En quoi cette dernière garantit l’accessibilité financière des populations aux soins de santé ? Quoi qu’on dise, il existe ici une incohérence entre le discours de campagne du Président et la nouvelle tarification. Le Président n’aurait jamais dit à ses électeurs qu’ils dépenseront désormais plus pour se faire consulter par exemple ; des électeurs qui, au contraire, attendaient plus de facilités.

De façon plus concrète, se soigner au Burkina Faso n’est pas du tout aisé. Les faibles taux de fréquentation des centres de santé sont souvent justifiés par beaucoup de facteurs dont précisément la pauvreté des malades. Les médicaments de la rue ou les centres de santé de fortunes sont devenus des recours pour la population face aux coûts onéreux des soins. La tarification à 100% quand bien même elle serait ancienne risque de ne pas faire évoluer positivement la situation.

Enfin, cette nouvelle tarification risque, vu le contexte général de la santé, de ne pas atteindre les résultats visés à savoir un meilleur fonctionnement des centres de santé, une sédentarisation des médecins...Les caisses des hôpitaux pourraient être renflouées et minimiser peut-être sera l’intervention de l’Etat mais rien ne garantit que les patients s’en porteront mieux.


Extrait du programme quinquennal du Président

1. La santé

La santé, un facteur déterminant de croissance

Un système de santé efficace améliore la productivité, la compétitivité globale du pays et la gouvernance, tout en favorisant l’élargissement de ses espaces budgétaires. La santé n’est pas seulement une résultante de la croissance économique, elle est surtout un facteur fondamental et inséparable du développement. Le progrès de la santé publique, les connaissances nutritionnelles, les bonnes politiques démographiques, la lutte contre les maladies, la découverte d’antibiotiques et de vaccins, sont des catalyseurs du développement économique.

Notre système national de santé qui s’est nettement amélioré au cours des deux dernières décennies sera toujours renforcé avec l’appui des communautés, pour accélérer la croissance et ouvrir les perspectives d’une transformation globale et qualitative de la société. Une politique sanitaire rationnelle, qui permet d’instaurer un cadre d’incitation approprié pour le financement et l’organisation des services, a une incidence importante sur la politique budgétaire générale du pays et sa compétitivité. C’est le sens de la réforme hospitalière en cours, qui vise à assurer un service public de santé efficace et accessible. En conséquence, les financements publics seront de plus en plus basés sur la performance et les résultats. L’expérience montre que lorsque les financements sont liés à des objectifs et mesurables, l’efficacité des structures sanitaires bénéficiaires est considérablement accrue. Les résultats obtenus par les campagnes de vaccination contre les maladies à potentiel épidémique en sont une illustration.

En outre, il faut veiller à maintenir la synergie entre le renforcement des systèmes de santé et les interventions concernant les maladies prioritaires. Il est aussi nécessaire de lever les obstacles systémiques et financiers qui limitent l’impact des actions en matière de promotion de la santé. De nombreuses avancées observées au cours des vingt dernières années dans la situation sanitaire de notre pays procèdent de la synergie étroite entre le secteur de la santé et d’autres secteurs stratégiques tels que l’éducation, l’économie et les finances, l’agriculture, l’eau et l’assainissement, l’environnement et les transports, l’administration publique et l’énergie.

Le renforcement du système global de santé

Un système de santé bien organisé et viable constitue pour notre pays un atout dans la quête d’une santé solide pour les populations. C’est pourquoi, le renforcement des systèmes de santé est une nécessité pour préserver les acquis des programmes verticaux et horizontaux de lutte contre la maladie et accélérer l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement.

Sur le terrain, cela implique la mise en place d’une chaîne appropriée de services logistiques : le financement, le cadre réglementaire pour la collaboration entre le secteur public et le sous-secteur sanitaire privé, la gouvernance, le système d’assurance-maladie, l’accessibilité financière, les mécanismes d’incitation, l’information, le niveau de qualification des personnels, l’infrastructure de base et les approvisionnements. Cette interaction est nécessaire pour garantir un accès équitable à des prestations de qualité et un continuum de soins aux populations.

Le renforcement continu de la politique nationale de santé

La décennie qui s’achève a connu la mise en œuvre d’une politique nationale et d’un plan de développement de la santé qui ont permis à notre pays d’élever le niveau de santé et de bien-être des populations par l’accroissement de l’accès au soins, l’offre et l’accessibilité. Elle a également favorisé la mise en chantier de plusieurs réformes à la fois législatives et institutionnelles touchant principalement les hôpitaux, les médicaments et la pharmacie.

De même, plusieurs initiatives ont été engagées dans des domaines aussi importants que le système d’information sanitaire, le financement de la santé, la coordination des interventions et l’intégration des activités.

Au cours de ce quinquennat, la réduction de la mortalité maternelle et infanto-juvénile sera un défi majeur de notre système de santé. A cet égard, les conclusions de la deuxième édition des états généraux de la santé seront pleinement exploitées pour infléchir le taux de mortalité d’une manière significative et irréversible.

S’agissant de la politique du médicament, l’accent sera mis sur la disponibilité et la proximité des médicaments de qualité et peu coûteux sur l’ensemble du territoire national. Dans cette perspective, j’envisage d’engager notre pays dans la fabrication industrielle de médicaments essentiels génériques dans une approche sous régionale. En outre, la pharmacopée traditionnelle qui vient en complément de la médecine moderne, sera davantage valorisée et accompagnée pour en faire un véritable auxiliaire de la médecine et de la pharmacie modernes.

Quant à la prise en charge des coûts des prestations sanitaires, il importe d’organiser un système de solidarité large, dépassant la couverture des seuls travailleurs du secteur structuré. Un tel système d’assurance-maladie sera fondé sur une organisation collective et universelle de la prise en charge et sera complété par la création de mutuelles de santé et de systèmes de partage de coûts.

Bendré

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