Colloque Eglise et Développement - Abbé Isidore OUEDRAOGO, Président du Comité Scientifique : « Le développement du Burkina interpelle tous les fils de la Nation »

vendredi 4 février 2011 à 03h24min

Du 07 au 11 février 2011, la Conférence Episcopale Burkina-Niger organise un colloque au Centre National Cardinal Paul Zoungrana à Ouagadougou autour du thème : « L’Engagement de l’Eglise Famille de Dieu pour le développement du Burkina Faso ». La rencontre est placée sous le patronage du Nonce Apostolique du Burkina Faso-Niger, Son Excellence Mgr Vito RALLO et sous le parrainage du Ministre de l’Economie et des Finances, M. Lucien Marie-Noel BEMBEMBA. Quels sont les enjeux d’un tel colloque ? De quoi sera-t-il concrètement question ? Comment et qui peut y participer ? Eléments de réponse avec Abbé Isidore OUEDRAOGO, Secrétaire Exécutif National de l’OCADES Caritas Burkina et président du comité scientifique du colloque.

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Tous les jours que Dieu fait, on parle de développement. A quoi l’Eglise catholique fait-elle concrètement référence lorsqu’elle parle de « développement » ? Est-ce l’accumulation de richesses, le bien être, le modernisme ? Qu’est-ce que le développement dans l’entendement de l’Eglise ?

Le développement est une aspiration essentielle des peuples. Dans son Encyclique Populorum Progressio, le pape Paul VI, avait clairement défini le développement comme un processus par le quel l’homme lui-même est capable de mieux-être. Pour le Pape : « Si la poursuite du développement demande des techniciens de plus en plus nombreux, elle exige encore la recherche d’un humanisme nouveau, qui permette à l’homme moderne de se retrouver lui-même, en assumant les valeurs supérieures d’amour, d’amitié, de prière et de contemplation. Ainsi pourra s’accomplir en plénitude le vrai développement, qui est le passage, pour chacun et pour tous, de conditions moins humaines à des conditions plus humaines. » Suivant cette logique, pour l’Eglise, le développement est un processus par lequel l’homme ou la société devient plus humaine.

Ainsi, l’humanité étant liée à la divinité, nous pouvons dire que le développement finalement, c’est que l’homme ou la société travaille à une plus grande humanisation de ses domaines de vie économique, politique, social, culturel, etc. Du reste, dans leur message sur la célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Burkina Faso, les Evêques nous rappelaient fort éloquemment que nous ne devrions pas confondre « modernisation » et « développement ». Si la modernisation se voit grâce aux infrastructures, le développement, lui, est invisible car il est porté par l’esprit. Très souvent, on s’attache à l’urbanisation, oubliant le développement. Pourtant, et pour reprendre les mots du Pape Jean-Paul II dans son encyclique Sollicitudo Rei Socialis, c’est l’être humain qui donne un visage humain à la matière et non l’inverse. L’homme doit donc être placé au centre de nos préoccupations.

Est-ce pour cette raison que l’Eglise parle souvent de Développement Humain Intégral ?

C’est exact. Dans la conception de l’Eglise, l’Homme est au centre même des choses et tout est ordonné par rapport à lui. Et quand on parle de développement intégral, cela veut dire que c’est un développement qui s’intéresse à toutes les dimensions de l’Homme (matérielle, spirituelle, économique, sociale, culturelle…). La constitution pastorale Gaudium et Spes invite les chrétiens à porter une attention particulière aux évolutions économiques et sociales et à y prendre part. Elle trouve son application dans l’encyclique Populorum progressio qui cherche à saisir toutes les dimensions d’un développement intégral de l’homme et d’un développement solidaire de l’humanité. Cette encyclique résume la volonté du pape Paul VI de ne pas réduire le développement à ses aspects quantitatifs. « Pour être authentique dit-il, le développement doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme ».

L’Eglise est présente au Burkina Faso depuis 1900. Elle intervient dans de nombreux domaines (éducation, santé, accès à l’eau potable…) Aujourd’hui, comment appréciez-vous l’apport de l’Eglise au développement du Burkina Faso ?

Ceux qui peuvent apprécier cet apport de l’Eglise sont d’abord les personnes qui en ont le plus bénéficié. Aujourd’hui, quand on regarde la classe socio politique ou socio économique de notre pays, on se rend compte que beaucoup de personnes sont passées par les écoles fondées par les Missionnaires. Donc la première élite politique ou socio économique du pays à été pratiquement formée par les premiers Pères qui ont installé les premières écoles ici au Burkina Faso. La première école secondaire du pays, le Petit séminaire de Pabré, a été installée par les Missionnaires. Elle avait pour ambition de donner aux enfants une éducation comparable à celle des enfants de la mère patrie, la France sous l’époque coloniale.

Dès cette époque coloniale, l’Eglise manifestait déjà sa volonté première de donner aux personnes, des capacités de pouvoir se battre au niveau de la société. C’est le fondement d’un apport pour développer un pays. Tout le travail qui a été poursuivi par la suite a consisté, à travers l’éducation, la santé, l’aide aux plus pauvres lors des crises,… à offrir des capacités aux populations de pouvoir elles-mêmes se battre pour s’en sortir. Au-delà des chiffres que nous mettons souvent en avant comme contribution, c’est surtout cet apport qui permet aux personnes humaines de pouvoir se battre et de décider d’elles mêmes de ce qu’elles veulent devenir demain qui nous semble important. L’Eglise s’insère dans la société comme Levain, comme Lumière. C’est cela sa mission. Et depuis ces années 1900 de l’évangélisation, l’Eglise a toujours joué ce rôle d’évangélisation, de transformation des personnes et de la société.

L’OCADES Caritas Burkina est l’instrument de pastorale sociale de l’Eglise Famille de Dieu au Burkina. Après plus d’une décennie d’existence quels sont ses principaux acquis et quels sont les défis qui l’interpellent ?

L’Organisation Catholique pour le Développement et la Solidarité (OCADES Caritas Burkina) a fêté son dixième anniversaire en 2008. Un de ses premiers acquis se situe au niveau de la structuration. Dans tous les diocèses, vous avez un Secrétariat Exécutif Diocésain (SED), vous avez une Equipe Paroissiale d’Animation (EPA), des chrétiens et des communautés qui sont engagés dans le travail de l’OCADES. Il y a également cet effort entrepris aux côtés des plus pauvres dans le domaine de l’agriculture, de la santé, de l’éducation, de l’eau, de la sécurité alimentaire, des catastrophes… Depuis sa création en 1998, les fonds mobilisés et injectés par l’OCADES dans le développement au profit des plus pauvres se chiffrent en moyenne à 05 milliards par an. Les acquis sont nombreux.

En ce qui concerne les défis, l’accent doit surtout être mis sur l’engagement de tous parce qu’en Eglise, la charité n’est pas optionnelle. Il s’agit d’un devoir de chaque chrétien de s’engager pour l’aide aux plus pauvres. La dimension de la foi oblige l’acte de charité. Quand je crois, je dois témoigner de ma foi. Et témoigner de ma foi, c’est aimer l’autre et répondre conséquemment à ses besoins. L’Eglise a crée l’OCADES en lui assignant la mission d’animer les communautés et les personnes humaines afin qu’elles puissent être responsables de la charité dans leur communauté et au niveau de leur engagement individuel. C’est dire que l’OCADES n’est qu’un instrument d’animation au niveau de l’Eglise et que le travail de l’OCADES est le travail de l’Eglise. Les fils et filles de l’Eglise Famille de Dieu doivent donc porter cet instrument comme leur propre instrument et ses missions comme leurs propres missions.

Du 07 au 11 février 2011, la Conférence Episcopale Burkina-Niger organise un colloque sur le thème « l’Engagement de l’Eglise Famille de Dieu pour le Développement du Burkina ». Qu’est ce qui a fondamentalement motivé l’initiative d’une telle rencontre ?

La motivation fondamentale c’est que les évêques ont adressé leur message pour la célébration du cinquantenaire pour interpeller l’ensemble de la nation sur ce que nous avons fait, ce que nous faisons aujourd’hui et ce que nous devons faire demain. Quand les évêques adressent une lettre d’une telle importance, c’est d’abord aux fils et filles de l’Eglise Famille de Dieu à qui elle est adressée d’y répondre. Pour nous, une manière de répondre à cette lettre des évêques, c’était de pouvoir nous asseoir pour nous interroger par rapport à ce que les évêques veulent. Quelle est notre pratique aujourd’hui en matière de développement ? Quel est le lieu de l’engagement de l’Eglise d’aujourd’hui ?

Cet engagement correspond-t-il aux interpellations et aux dimensions des besoins des communautés humaines et des communautés aujourd’hui dans le contexte du Burkina Faso ? Notre motivation est aussi de rassembler les fils et filles de l’Eglise autour de la même table pour discuter, pour réfléchir sur la meilleure façon de contribuer au développement du Burkina Faso. En matière de développement, l’Eglise a sa vision. Nous devons travailler à ce que cette vision, qui ne se résume ni à l’accumulation de biens ni à la modernisation, mais qui place l’homme au centre de nos actions, soit connue et mise en application par tous. Au niveau de la Conférence Episcopale, plusieurs commissions travaillent dans les questions de développement. Il y a la santé, l’éducation, les migrants, la commission culture, la commission des mass médias,…

Il faut une synergie au niveau des actions mais aussi de la vision et des méthodes pour que ce que nous faisons puisse être une action portée ensemble et comprise par la communauté. Au finish, c’est vraiment une Eglise qui se rassemble et qui veut réfléchir sous l’action de l’Esprit Saint et qui demande au Seigneur d’éclairer sa voie et de lui montrer le chemin par lequel elle peut réaliser sa mission auprès des personnes et des communautés les plus pauvres.

Qu’est ce que vous recherchez exactement à travers le thème « L’Engagement de l’Eglise Famille de Dieu pour le développement du Burkina » et quels sont les objectifs de ce colloque ?

Nous voulons répondre à l’interpellation des évêques en interrogeant nos pratiques pastorales actuelles et en élaborant des stratégies d’avenir pour l’engagement de l’Eglise au niveau du développement. Nous allons le faire en regardant notre expérience à partir des analyses sociales, économiques, culturelles, théologiques, et en nous projetant dans l’avenir en réactualisant, en réorientant nos actions suivant les besoins du moment, l’enseignement social de l’Eglise catholique et en interrogeant aussi les politiques de développement en vigueur au Burkina Faso.

Lorsqu’on parle « d’Eglise Famille de Dieu » certaines personnes ont tendance à croire que le sujet dont il sera question ne concernera que l’Eglise. Alors, dites-nous, concrètement, qui peut participer à ce colloque ?

L’Eglise Famille de Dieu, c’est la famille humaine de ceux qui adhèrent à Jésus Christ. Ceux qui croient en son message de paix et de conversion. En cela, l’Eglise a toujours cette sagesse de dire qu’elle s’adresse aux fils et filles de l’Eglise, aux hommes et aux femmes de bonne volonté. Donc tous ceux qui pensent que l’Eglise apporte quelque chose au développement du pays et pourrait encore apporter son expertise à l’avancée du Burkina Faso sont les bienvenus à ce colloque. Que l’on soit catholique, protestant, musulman, pratiquant de la religion africaine traditionnelle, c’est un lieu de débat, de compréhension, d’orientation et chacun de nous peut apporter sa parole à ce débat et à cette orientation d’avenir. De manière générale, nous lançons l’appel à tout le monde, toux ceux qui peuvent y participer et tous ceux qui ont quelque chose à apporter aux débats de l’engagement de l’Eglise sont les bienvenus.

Quelles sont les conditions à remplir pour prendre part aux travaux ?

Une contribution minimale de 10 000 F CFA est demandée à tout participant. Il faut s’inscrire assez vite pour permettre au comité d’organisation de répondre aux questions d’ordre logistique. Les contributions volontaires, les soutiens de toute nature sont également admis. Les inscriptions peuvent se faire dans les paroisses, les secrétariats exécutifs diocésains et au secrétariat exécutif national de l’OCADES Caritas Burkina. Les différentes commissions travaillent sans relâche. Aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour que le colloque se passe bien.

Sur quoi exactement portera le colloque ? Quels sont les thèmes qui seront débattus ?

Les thèmes ont été organisés en panels il y aura cinq panels. Le premier panel va parler de la vision de l’Eglise en matière de développement, le deuxième parlera de la vision de l’Etat burkinabé en matière de développement, le troisième lui présentera les expériences de l’Eglise du Burkina en matière de développement. Le quatrième panel se focalisera sur les réalisations sectorielles de l’Eglise pour le développement. Le cinquième panel enfin abordera les enjeux de la pastorale sociale en contexte burkinabè. A ces panels s’ajoutera un atelier sur les logiques ou approches d’intervention de l’Eglise au Burkina Faso. En sous-thèmes, il sera entre autres questions de l’aperçu historique de l’engagement de l’Eglise au Burkina, du développement humain intégral, de la vision prospective sur le développement du Burkina Faso, de la présentation sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), etc.

On parlera également de l’expérience des plans cadres au niveau de l’Eglise, l’expérience du plan stratégique de l’OCADES, l’engagement de l’Eglise en matière de santé, d’éducation, etc. C’est vraiment une réflexion approfondie sur les pratiques et sur les besoins actuels, qui devrait déboucher sur des stratégies, des choix pertinents à prendre en compte pour l’avenir.

Qu’en est-il des rapports entre l’Eglise et l’Etat sur le terrain des projets et programmes de développement ?

L’Eglise considère son apport comme une aide, un subsidium. Cela veut dire que l’Eglise n’a pas pour ambition de remplacer l’Etat mais d’accompagner l’Etat dans sa mission. Et le devoir de l’Etat, c’est de pourvoir au bien-être de toutes les populations du Burkina Faso. L’Eglise a le devoir de rappeler à l’Etat sa mission mais aussi d’accompagner l’Etat. Chacun dans son domaine, réalise ses missions propres. C’est pour cela que l’Eglise veut s’approprier les politiques de l’Etat, mieux les comprendre et apporter peut être aussi ce qui est de son expertise propre. Mais de façon générale, c’est ce travail de subsidiarité que l’Eglise veut réaliser dans sa mission d’accompagner l’Etat. Le rôle de l’Eglise sera toujours un rôle d’accompagnement et non de remplacement de l’Etat. C’est assez fondamental.

Quel appel avez-vous à lancer à tous ceux qui nous lisent ?

Tous les fidèles laïcs sont interpelés à s’impliquer davantage et sans réserve pour l’attente des résultats du colloque. C’est le moment pour tous ceux qui ont quelque chose à dire de venir s’inscrire pour participer à ce colloque. On a besoin de tout le monde car le développement concerne plusieurs domaines. C’est toute la communauté chrétienne qui est engagée et c’est toute la communauté qui doit venir dire ce qu’elle pense, ce qu’elle souhaite, parce qu’elle est au près des hommes et des femmes de notre temps, de nos communautés humaines, et connaît davantage les besoins. Quand il y a des moments importants, il faut savoir s’engager et venir donner son point de vue et ne pas toujours laisser les mêmes ou quelques-uns réfléchir pour l’ensemble de la communauté. Les évêques ont parlé. Ils nous ont interpelés.

A nous maintenant de répondre conséquemment à cet appel et à cette interpellation. S’engager pour la vie de la nation, est un devoir de chrétien, de baptisé. Alors, je lance aussi un appel à mes frères et confrères prêtres, pour qu’ils participent parce que c’est un lieu où la réflexion théologique doit se conjuguer à la réflexion technique, pour pouvoir sortir les meilleures pratiques, les meilleures approches, les meilleures logiques pour notre Eglise dans son engagement pour le développement du pays.

Interview réalisée par Arsène Flavien BATIONO et Koyir Désiré SOME

www.ocadesburkina.org

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