DETOURNEMENT A LA CROIX ROUGE BURKINABE : Où sont passés les 674 millions ?

mercredi 2 février 2011 à 02h45min

Jeudi 13 janvier 2011. Le téléphone de notre Rédaction sonne. « Allo ! C’est Le Reporter ? (…) S’il vous plaît, je voudrais un renseignement : que devient l’affaire des 674 millions disparus à la Croix-Rouge burkinabè ? ». Au bout du fil, une lectrice complètement désemparée. Cette affaire avait fait tilt dans les années 2000 lorsque trois inspecteurs de l’Inspection générale d’Etat (IGE) ont débarqué dans les locaux de la Croix-Rouge burkinabè. Ils ont donné un coup de pied dans la fourmilière et ils ont fait une macabre découverte : 674 271 071 FCFA avaient disparus de la caisse.

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Le juge Moussa Stéphane Sory, chargé de l’instruction, a terminé son travail depuis décembre 2007. Le dossier a même été transmis à la Cour d’appel afin qu’un procès puisse être programmé. Mais trois ans après, rien.

Est-il vrai que de gros bonnets, tapis dans l’ombre, font pression sur la Justice pour que les dessous sales de cette affaire n’apparaissent pas au grand jour ? Ou est-ce la Justice elle-même qui bloque le dossier ? Comment se fait-il que depuis 2007, il n’y ait pas eu de procès ? Le débat fait rage dans certains milieux. Au départ, les choses semblaient pourtant aller vite. 15 mars 2005 : le Secrétaire général du gouvernement et du Conseil des ministres, se basant sur le rapport de l’IGE, avait saisi, par courrier confidentiel N°0129/PRES/SGG/CM, le ministre de la Justice pour plusieurs malversations financières commises au sein de la Croix-Rouge burkinabè.

18 mars 2005 : encore un courrier confidentiel du SG du gouvernement, adressé au ministre de la Justice. Cette fois, dans sa correspondance portant le N°0139, il cite nommément les personnes incriminées. Dans le lot, la présidente de la Croix-Rouge burkinabè, Bana Ouandaogo. La suite, la voici : le ministère de la Justice transmet le dossier au parquet pour suite à donner à la plainte. Le Procureur du Faso, près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou, saisit alors le juge d’instruction. Et voici les langues qui commencent à se délier par rapport à cette sombre affaire. Les personnes concernées sont accusés de « détournement de deniers publics, faux et usage de faux en écriture de commerce et privée ».

L’IGE avait constaté de graves irrégularités sur le plan organisationnel, administratif, financier et comptable de cette ONG qui agit dans l’humanitaire et qui devait, de ce fait, montrer le bon exemple. Mais l’Etat burkinabè lui-même a été floué dans cette affaire. Le Burkina accordait, à la Croix-Rouge, des avantages très considérables : une subvention financière annuelle et des exonérations fiscales et douanières. Mais entre 1997 et 2000, il s’est passé des choses terribles dans cette ONG. Des individus ou groupe d’individus ont dissipé plus de 674 millions. Sous le couvert de faux documents. Mais aussi, souvent, de fausses identités.

« Situation opaque »

Certaines traces commencent déjà à disparaitre. Deux protagonistes de cette affaire sont en effet décédés. Le juge d’instruction avait abouti à deux principales conclusions : les charges étaient suffisamment établies contre quatre des huit inculpées. Il avait, par contre, estimé qu’il n’y avait pas de charges suffisantes contre la présidente de la Croix-Rouge burkinabè, Bana Ouandaogo, et un autre membre de cette ONG, Dénis Bakiono. Cette appréciation du juge avait créé la polémique au sein de la Croix-Rouge et dans bien d’autres milieux. Pour certains, la responsabilité de Bana Ouandaogo est fortement engagée dans cette affaire.

En sa qualité de présidente de la Croix-Rouge burkinabè, elle aurait dû prendre, dit-on, des précautions pour éviter les différentes malversations, d’autant plus qu’elles se sont déroulées sur plusieurs années. Entre 1997 et 2000. Ils estiment, en outre, qu’elle a, elle aussi, goûté à la soupe et devrait, de ce fait, répondre de ses actes dans cette sombre affaire de détournement. Pour d’autres, elle a fait preuve de bonne fois en démissionnant de l’Assemblée nationale pour se mettre à la disposition de la Justice.

Dans tous les cas, depuis 2007, le juge d’instruction a bouclé… son enquête. On s’attendait à ce qu’un procès soit programmé pour que les personnes impliqués dans cette affaire soient situées sur leur sort. Mais les années se sont écoulées sans qu’il n’y ait eu de procès. Dans le milieu de la Justice, on estime que certaines choses pas très claires sont en train de se tramer à propos de ce dossier. Trois ans d’attente… sans aucune lumière ! Si bien que notre lectrice a fini par briser le silence : « Allo ! C’est Le Reporter ? (…) S’il vous plaît, que devient l’affaire des 674 millions disparus à la Croix-Rouge burkinabè ? », nous a-t-elle lancé, attendant sans doute une réponse urgente. Et elle n’est pas seule à se poser cette question. « C’est une situation opaque qui n’honore pas la Justice burkinabè. Elle aurait pu se saisir de cette affaire pour redorer, un tant soit peu, son blason un peu trop terni. Mais elle a raté le coche ! », avait martelé, il y a deux semaines, un autre lecteur de notre journal.

Par Hervé D’AFRICK


TENTATIVE D’ASSASSINAT DU REPRESENTANT DE B.A.T : Une autre « affaire pendante »

Le représentant de British american Tobaco (BAT), Travaly Bandyan, a échappé, de justesse, à la mort dans la nuit du 8 au 9 octobre 2008. Là aussi, le juge Rose Ouédraogo, qui a pris, selon des sources concordantes, très au sérieux le dossier, a terminé l’instruction depuis longtemps. Mais aucun procès n’a été, jusque-là, programmé. Selon nos informations, celui qui devait assassiner Travaly Bandyan était muni d’un pistolet Walther P22, calibre 22 LR, acheté à environ 800 000 FCFA. Pour commettre la sale besogne, « ils » ont aussi acheté une moto Kawazaki à 1 350 000 FCFA. Sans compter une importante somme d’argent qui devait servir à récompenser l’assassin. Le pistolet était muni de lunettes laser, d’un silencieux et de deux chargeurs. Le premier contenait 9 cartouches.

Le deuxième, 6. La gendarmerie a aussi saisi un paquet contenant 33 cartouches. Numéro du pistolet : G040452. Cette arme, achetée en septembre 2008, a été mise sous scellé. De même que la moto Kawazaki, acheté le 8 octobre, le jour même où l’assassinat devait avoir lieu. Le présumé assassin, Alexandre Ouédraogo, devait, selon nos sources, s’enfuir avec cette moto après avoir commis le sale boulot. Mais les vigiles en poste, ce jour-là, au domicile du représentant de B.A.T, ont opposé une farouche résistance. L’administrateur général de NESKO, Salif Kossouka Ouédraogo, est soupçonné d’avoir commandité le coup, de concert avec le chef de l’agence NESKO de Ouaga, Issouf Ouédraogo, et le patron de la société de gardiennage « Forces de sécurité privée », Ferdinand Bamogo. C’est dans cette société que travaillait le présumé assassin. Bref, on attend le procès pour mieux comprendre. Affaire donc à suivre.

Hervé D’AFRICK

Le Reporter

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