Insécurité à Pissy : Les Forces de sécurité ont-elles mis la main sur le tueur en série ?

vendredi 28 janvier 2011 à 01h48min

Cela fait presque deux ou trois ans que la population de Pissy, quartier à la périphérie Ouest de la ville de Ouagadougou vit dans la peur et ce, à cause d’assassinats à répétition dans la zone. Les Forces de sécurité sont sur diverses pistes. Une bande de délinquants opérant dans la zone a été mise aux arrêts en ce mois de janvier 2011. Le personnage central est un jeune homme de 26 ans, habitant du secteur 17.

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La brigade de Gendarmerie a enregistré de nombreuses plaintes pour vol avec effraction, coups mortels, commis principalement au secteur 17 de l’arrondissement de Boulmiougou au dernier trimestre de l’année 2010. Selon les premiers responsables de la brigade, les éléments primaires de l’enquête ont permis d’orienter les recherches vers un jeune homme de 26 ans répondant au nom de CONGO Saïdou dit Saïd et un autre groupe composé de quatre personnes.

Selon les mêmes sources, il aurait été interpellé le 6 janvier 2011 suite à un vol avec effraction au domicile d’un résident au secteur 17. Il serait un récidiviste qui s’introduirait par effraction dans les domiciles de ses victimes pour voler sans que celles-ci se réveillent. Il userait de ce fait, d’un pouvoir mystique et consommerait de la cocaïne avant ses opérations.

Une source a indiqué que Saïd possèderait un fétiche chez lui et que ce fétiche serait entouré de grandes haches. Ce jeune de 26 ans, auteur de vol dont il a reconnu la plupart, serait vraiment doté d’un pouvoir mystique ? Mais plus encore serait-il le tueur en série qui sévit au secteur 17 de Ouagadougou depuis 2008 ? La suite des enquêtes des limiers de la Gendarmérie nous éclaira.

La situation qui prévaut à Pissy

Pissy ressemble presque à un quartier hanté. Alors que l’identité du tueur reste à définir, les habitants côtoient la mort. La dernière fois, c’était dans la nuit du 4 au 5 janvier : un vigile est retrouvé mort. La nuit de son assassinat, son employeur, une enseignante de profession et qui occupait la maison, a préparé ses cours jusqu’autour de 1heure du matin. En allant au lit, elle ne pouvait s’imaginer qu’un drame se produirait chez elle. Le vigile ne pouvait non plus s’imaginer que quelque chose lui arriverait cette nuit là. La maison est sensée être bien clôturée : hauteur assez appréciable du mur ; porte métallique se fermant à clé et dotée de crochet. Les habitants de cette villa pensaient donc que personne, un voleur, ne pourrait s’y introduire dans la nuit sans les alerter, eux et leurs voisins. Mais le matin très tôt la fille de ménage trouva le cadavre du vigile, une hache à ses côtés. Pour le reste, rien n’a changé ou bougé dans la cour. Rien de volé, rien de cassé. Selon des sources policières, quatre crimes du genre ont été enregistrés en 2010. Depuis 2008, début des meurtres en série, 15 personnes environ ont perdu la vie et selon le même schéma opératoire. On est en face d’un serial killer. Les habitants de Pissy ne cessent d’imaginer sa probable identité : Un fou ? Un maniaque ? Une personne à la solde marabouts ? Un génie ?…

Le fou, selon certains, pourrait laisser toujours un détail permettant de pourvoir l’appréhender. Le maniaque également : L’hypothèse du génie est largement rejetée.

Une personne qui tue pour une question mystique ! Beaucoup y pensent. Le mode opératoire est toujours le même : assassinat par le cou, la tête, hache immaculée à côté de la victime, assassinats à temps réguliers en se faisant oublier jusqu’à…

Ils pensent également que le tueur vit avec eux dans la zone. Il participerait aux réunions tenues par les habitants de la zone transformée en scène vivante du crime. Le tueur ferait preuve d’une maîtrise parfaite de la géographie des lieux. Pour la dernière victime, par exemple, rares de personnes avaient connaissance de présence d’un vigile dans la cour. Ce dernier venait autour de 18h30-19h, si fait qu’on le rencontrait rarement. D’ailleurs les voisins ne sont pas capables de le décrire, ni donner son nom. Seulement des jeunes qui préparent leur thé à quelques mètres de la maison, voyaient souvent sa silhouette à son arrivée. Alors comment le tueur pouvait-il imaginer l’existence d’une personne de la catégorie de ses victimes s’il n’était pas dans la zone ou s’il n’avait pas de complice dans cette zone ?

Peur dans le quartier

Deux semaines après les événements du 4 janvier 2011, l’enseignante, terrifiée et apeurée a pris la tangente. Elle a déménagé et s’en est allée dans un autre quartier, certainement pour être plus en sécurité. Partir, c’est désormais l’option de certains citoyens de Pissy. En tout cas, les locataires ont tendance à quitter le quartier. S’ils sont toujours là, la peur est leur compagne au quotidien, tout le monde se demandant " à qui le tour ". Dans une telle situation, que faire ? Il faut s’adapter. En octobre 2010, après l’assassinat d’une fille de 17 ans, les habitants avaient décidé de prendre en main leur sécurité. Ils se dotent de sifflets. Leurs conditions d’utilisation : alerter par coups de sifflet, les voisins et l’entourage, à chaque fois qu’un danger est suspecté. Mais le dernier crime a montré que la méthode du sifflet est inopérante. Le tueur agissant avec une extrême discrétion. Tout parait toujours normal jusqu’à la découverte d’un corps quelque part. Alors les habitants imaginent d’autres stratégies sécuritaires.

Beaucoup ont changé la serrure de leurs portes. Certaines portes jadis en tôles sont désormais en métal. La nuit, la rue se vide tôt de son monde. Autrement dit, l’ambiance des nuits n’est plus la même qu’avant. Le problème est que l’insécurité se vit entièrement dans les maisons. Tous les assassinats y ont été commis. N’est-ce pas se jeter dans la gueule du loup que de s’enfermer dans sa maison ? Les habitants voient souvent les Forces de sécurité patrouiller à une certaine heure de la nuit mais la peur d’être assassiné règne, permanente. Rien ne semble changer, rien ne dissuade le tueur. La population perd ses nerfs à l’image de ce jeune homme qui a dû participer à l’enterrement d’au moins quatre victimes dont un de ses amis d’enfance.

" Le tueur est parmi nous "

Il était, dit-on, pratiquement impossible pour l’assassin de passer par le mur de la maison de la dernière victme, vu sa hauteur sans alerter les occupants et les voisins. " Ou le tueur a utilisé de la magie ou il est passé par le mur de la maison voisine. Là encore, il lui aurait fallu maîtriser la géographie du quartier. Il lui aurait fallu identifier sa victime, planifier et exécuter son coup ", explique un habitant. Dans ce contexte chacun des habitants est considéré comme un tueur potentiel. Tout le monde soupçonne tout le monde. A telle enseigne que la question du tueur à la hache n’est pas abordée dans certains lieux de rassemblement. On se retient. En tout cas, certains habitants nous ont envoyé " balader ", tourner en rond avant de pouvoir identifier la zone rouge. A la fin nous avons compris leur stratégie : ne pas aborder le sujet ; se méfier des inconnus ; vérifier l’identité…C’est une question sécuritaire. Il n’est surtout pas opportun de porter une hache dans le quartier car elle est devenue un objet de soupçon. La hache attire toujours le regard. Même les bûcherons du coin cachent les siennes. L’avantage pour nombre d’entre eux est qu’ils sont connus pour leur métier. Malgré tout, on s’en méfie.

En attendant la suite, il faut se féliciter que les Forces de Sécurité notamment la Gendarmerie se déploient malgré les contraintes de tout ordre pour garantir un espace sécurisé aux habitants de Pissy et aux citoyens en général.

Par Michel Nana

Bendré

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