Doulaye Corentin Ki, le Monsieur Holbrooke de l’Union africaine

mardi 4 janvier 2011 à 01h03min

Doulaye Corentin Ki, Chef du Bureau de l’UA à N’Djamena, totalise 38 ans de service

Diplomate chevronné, le Burkinabè Doulaye Corentin Ki, après 25 ans passés au service de la diplomatie de son pays, est depuis une dizaine d’années, un acteur clé dans la politique de gestion des situations de conflit de l’Union africaine. Recruté le 2 juin 1996 par l’ex-OUA (Organisation de l’unité africaine) comme Fonctionnaire politique principal, l’Ambassadeur Ki se verra tour à tour nommer Chef de l’Unité des opérations sur le terrain de l’organisation continentale, Chef du Centre de gestion des conflits, Chef du Groupe de travail intégré sur le Darfour. Depuis février 2007 il est Chef du Bureau de l’Union africaine à N’Djamena, créé d’abord pour soutenir la Mission de l’UA au Soudan (AMIS) puis pour contribuer à l’amélioration des relations entre le Tchad et le Soudan, mises à mal par les incessantes incursions de groupes armés en territoire tchadien.

Mais qui est ce baobab que certains ont peut-être eu l’honneur de découvrir pendant la célébration en début décembre 2010 du cinquantenaire du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, puisque c’est lui qui a animé, entre autres conférenciers, la communication dont le thème était : « La diplomatie burkinabè de l’indépendance à nos jours » ?*

De Doulaye Corentin Ki, né en 1946 à Kissan dans la province du Nayala, l’on peut dire qu’il a une carrière diplomatique bien remplie. Pas seulement au sein de l’Union africaine, où il peut être considéré comme le Monsieur Holbrooke de l’UA, tellement il est devenu une pièce maîtresse du dispositif de l’Organisation panafricaine en matière de gestion de conflits : du Congo Brazzaville au Darfour en passant par la République démocratique du Congo, le Tchad, le diplomate burkinabè a été au cœur des actions visant la paix dans ces parties du continent qui, plus ou moins, ont connu ou connaissent des difficultés de stabilité sociopolitique.
Recruté en janvier 1972 au ministère des Affaires étrangères comme conseiller, Doulaye Corentin Ki va dans un premier temps exercer d’importantes fonctions en Haute Volta. Il est tour à tour Chef de la Division de la Coopération multilatérale, Directeur des Affaires politiques, avant de se retrouver de 1981 à 1983 au Canada comme Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire du Burkina Faso.

A partir de 1983, le natif de Kissan est à Washington comme Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire auprès des Etats-Unis d’Amérique (USA). Il y séjournera jusqu’en 1985, année où il regagne le bercail pour se voir confier la direction du Secrétariat permanent du Salon international de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO) de 1990 à 1993. L’ex-secrétaire permanent du SIAO assumera de 1993 à 1996 les fonctions de directeur général des Affaires politiques, juridiques et consulaires du ministère des Affaires étrangères.

Pas surprenant donc que le baobab soit invité au cinquantenaire du MAECR pour passer en revue la diplomatie burkinabè de l’indépendance à nos jours. Doulaye Corentin a été à la fois témoin et acteur de biens de pans de l’histoire politique du pays. D’abord en tant qu’élève en classe de terminale au lycée Philippe Zinda Kaboré, lorsqu’en janvier 1966 il prenait part au soulèvement populaire qui allait mettre fin au régime du président Maurice Yaméogo. Ensuite en tant que haut cadre de l’Administration de son pays. Il a même été secrétaire général de la Présidence de la République sous feu le Général Sangoulé Lamizana, avant de voir sa carrière diplomatique prendre une dimension internationale sous le régime du Colonel Saye Zerbo.

De sa riche expérience Doulaye en garde des souvenirs inoubliables. Bons comme mauvais. Par exemple quand il voyait les ruines et les cadavres jonchés les rues de Brazzaville, qu’il avait quitté en bon état et en paix peu de temps avant le déclenchement de la guerre civile ; ou les privilèges connus pour avoir, à maintes reprises, représenté le pays à des grandes instances onusiennes. Comme par exemple en tant que membre de la délégation burkinabè au Conseil de sécurité de l’ONU de 1984 à 1985 ou quand il fut élu Rapporteur de la Première Commission de l’ONU durant la 41e session de l’Assemblée générale de l’Organisation mondiale.
Pourtant, rien ne prédestinait cet ex-pensionnaire du petit Séminaire de Nasso à un parcours diplomatique aussi impressionnant. Il aurait pu, s’il n’avait pas quitté le séminaire, devenir curé de paroisse ou, au meilleur des cas, évêque dans une des diocèses du pays.

La vocation de prêtre ratée, le jeune Corentin, une fois inscrit au lycée Philippe Zinda en 1966, allait se mettre à rêver de diplomatie parce que, estimait-il, c’était le métier où l’on pouvait effectuer beaucoup de voyages, comme lui aimerait en faire. Un rêve qui allait prendre corps 5 ans plus tard, lorsque Doulaye acheva en 1971 sa formation à la section diplomatique de l’Institut international d’Administration publique de Paris (IIAP). Mais, ce ne fut pas facile car rentré un peu tardivement au bercail après ses études supérieures, Ki a dû patienter un an avant d’obtenir ce stage d’administration publique qui lui ouvrait les portes de la Fonction publique. Des difficultés de départ qui ne l’ont pas du tout empêché de connaître par la suite une brillante carrière diplomatique qui, du reste, n’est pas encore prête de se terminer. En récompense aux divers services rendus à la nation, l’Ambassadeur Ki, marié et père de 6 enfants, a été fait Officier de l’Ordre national.

Malgré le statut qui est le sien aujourd’hui le patron du Bureau de l’UA à N’Djamena reste un homme ouvert et accessible. Le sourire facile et simple jusqu’à l’habillement, Corentin se sent bien en faso dan fani. Alors que nous nous attendions à le voir en costume occidental, c’est en tenue dan fani qu’il s’est en effet présenté à nous en cette matinée du 23 décembre à Hotel Hazalaî de Ouagadougou. Profondément attaché à sa culture dont il se veut également l’Ambassadeur, Doulaye a œuvré avec des frères et sœurs du Nayala à la création d’une association (Association culturelle du Nayala ou ASCUN) pour promouvoir et sauvegarder les richesses culturelles de sa province.

Aussi, en 2008, les populations de Kissan (son village natal) l’ont intronisé comme leur Chef coutumier, en remplacement de son père, le patriarche Dikié Ki, décédé en 1983 après 50 ans de règne.

L’enseignement est l’autre domaine auquel Son Excellence Ki accorde une importance car, pour lui, partager ses connaissances avec autrui est quelque chose de fascinant. C’est pourquoi, il va, cumulativement avec ses fonctions officielles, dispenser, pendant quelques années, des cours à l’Ecole nationale d’Administration de la magistrature (ENAM) de Ouagadougou. Mieux, dans l’optique de promouvoir le partage des connaissances acquises dans les relations internationales, Doulaye envisage avec la collaboration de collègues, la création d’un Centre de recherches géopolitiques et d’études stratégiques (CERGES).
Ainsi, à 64 ans, Corentin reste ambitieux, porteur de projets et ne parle pas encore de retraite, même s’il est retraité de la fonction publique burkinabè depuis décembre 2001.

Aux jeunes diplomates qui rêvent de connaître d’aussi prestigieux parcours que lui, l’Ambassadeur Ki conseille la persévérance au travail ; la curiosité qui permet de bien s’informer, la patience. Car, c’est en maintenant le cap sur ces différentes exigences professionnelles que le diplomate arrive à asseoir une somme de savoir, de savoir- faire et de savoir-être qui lui permet d’être efficace sur le terrain. « La diplomatie c’est 70% d’expérience et 30% de connaissances », se résume t-il.

Grégoire B. BAZIE

Fasorama

Vos commentaires

  • Le 4 janvier 2011 à 09:34, par Malick En réponse à : Doulaye Corentin Ki, le Monsieur Holbrooke de l’Union africaine

    ça fait plaisir de savoir qu’on n’a un frère qui est valeureux. Félicitation Excellence. Et merci au faso.net de parler de cet homme, ça participe de la promotion des Burkinabè, des hommes et des femmes très prisés dans les institutions internationales, mais que l’on connait très peu au pays.
    Je sais que le Burkinabè préfère travailler que parler, il choisit volontiers la discrétion. mais ceux qui inondent les médias internationaux ne sont pas mieux que nous. Alors, inondons donc ces espaces. C’est bien pour le rayonnement du pays.

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    • Le 4 janvier 2011 à 12:41, par Salomon En réponse à : Doulaye Corentin Ki, le Monsieur Holbrooke de l’Union africaine

      C’est bien de parler de rayonnement du pays quand celui-ci se résume en fait à une gloire très personnelle dans ce cercle fermé. Quand au même poste un Sénégalais ou un Béninois ferait le maximun pour intégrer d’autres compatriotes compétents, nos les BURKINABES nous les écartons, pour ne pas dire plus !

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  • Le 4 janvier 2011 à 12:20, par tali En réponse à : Doulaye Corentin Ki, le Monsieur Holbrooke de l’Union africaine

    Toutes mes félicitations à papa Doulaye pour cette carrière très riche.Que Dieu lui donne une longue vie pour faire profiter de son expérience.
    merci à faso.net de faire le portrait des personnalités de notre nation aussi régulièrement que possible.
    Une de kissan.

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