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Football burkinabè : En 60, il n’y a encore pas d’Etalons

Accueil > Actualités > Sport • • jeudi 9 décembre 2010 à 01h51min

Bien des années avant l’accession à l’indépendance en 1960, le sport, notamment le football, était déjà pratiqué par bon nombre de personnes. Dans l’ex-Haute-Volta, Bobo-Dioulasso fut le berceau du sport-roi ; et c’est plus tard que cette discipline sportive s’étendra à Ouagadougou. Depuis lors, le football a fait son petit bonhomme de chemin dans les deux villes. Cinq mois après la proclamation de l’indépendance, l’équipe nationale de la Haute-Volta était constituée pour les jeux d’Abidjan en 62. Mais ce n’est que bien plus tard, soit en 1973, qu’elle prendra le nom les Etalons.

Le football burkinabè a donc son histoire. Comme un peu partout ailleurs, c’est l’arrivée des colons qui a fait découvrir la magie de la boule de cuir aux autochtones. C’est à Bobo-Dioulasso, cité où plusieurs ressortissants d’Afrique occidentale française (Ghanéens, Sénégalais, Soudanais, Dahoméens, Guinéens, Togolais pour ne citer qu’eux) se côtoyaient, que les choses se mettent en marche.

A l’époque, la ville était une plaque tournante du commerce et relevait de la Haute-Côte d’Ivoire suite à la suppression de la Haute-Volta en 1932. Et il faut remonter à 1935 pour voir la création de la première équipe de football. Sous l’impulsion de Robert, alors directeur de la compagnie française de la Côte d’Ivoire (CFCI) avec le concours de Ghanéens et de Togolais alors ses employés à la CFCI, l’Union sportive bobolaise (USB) fut créée.

Parallèlement, une équipe militaire fut mise en place, Bobo abritant une base militaire d’importance stratégique considérable dans le dispositif de la défense française en Afrique occidentale. A l’occasion, on assista à de grandes fêtes françaises, à des matches de football opposant l’USB aux militaires de 1935 à 1939, date de la mobilisation pour cause de grande guerre. Un changement permettra à Leforestier, successeur de Robert, mobilisé, de prendre le relais de 1943 à 1945.

Un stade entouré de seccos

La reconstitution de la colonie de la Haute-Volta étant intervenue en 1947, l’organisation définitive et rationnelle du sport-roi date de cette même année, avec la création de nouveaux clubs tels que la Jeanne d’Arc, Bobo Sports, le Trypano Athlétic club (TAC) et l’Aile de Fer, dissidente de l’USB.

La même année naquit le premier district de football sous la présidence du Français Lucien Sangan, un chef de bureau de la Trypano. Grâce au dynamisme de ce dernier, la ville fut dotée de son premier stade à l’emplacement actuel du Ciné Sanyon. Il était clôturé de seccos, et les premiers tournois de « Six » y furent organisés. A l’époque, en effet, on ne jouait pas à 11 puisque les clubs n’étaient pas bien structurés.

En 1949, Sanny succède à Sangan à la présidence du district avec comme vice-président, Raoul Gabriel Traoret. Mais c’est sous la direction de Rossi, directeur de la Camico, que le district de Bobo s’affilie à la ligue de football de l’Afrique occidentale française. C’était en 1950 ; et lors de la coupe de cette structure, l’Association sportive des fonctionnaires de Bobo (ASFB) s’était inclinée devant la Jeanne d’Arc de Bamako au Mali.

De 1950 à 1953, Bachirou Niang remplace Rossi, et le football bobolais connaît un nouvel essor. Le stade Wobi, anciennement stade municipal, fut inauguré en début 52. Pour la première fois, ce stade et sa ville accueillirent un match de coupe d’AOF opposant le Racing club au Richelieu de Bamako.

De 1953 à 1954, Corneille Boussary est élu président du district en remplacement de Niang. Quand Raoul Vicens prend la suite de Corneille de 54 à 58, un calendrier de championnat est établi avec la création du Renaissance club, du Stade olympic club, du Foyer, de Jeunesse club et de l’Association sportive de la régie Abidjan Niger (ASRAN).

Germain Lingani, de 56 à 58, donne une nouvelle impulsion au football avec l’organisation du club Athlétic de Bobo. Celui-ci, appelé à d’autres charges, cède sa place à André Flottes de Pouzois qui assume cumulativement les fonctions de président du district et celles de président du comité des sports.

Du district à la ligue

La nation voltaïque croit désormais en son destin. Le football voltaïque connaît, de 1958 à 1960, un succès avec la participation des équipes du district de Bobo-Dioulasso en quart et même en demi-finale des coupes d’AOF.

En 1960, avec l’évolution politique des Etats africains, et compte tenu de la création de la Fédération de football de Haute-Volta, une assemblée générale des clubs de Bobo, du pays Lobi, de Houndé, de Banfora, de Nouna, de Dédougou et de Boromo crée la première ligue de l’Ouest, présidée par Paul Bouda. Mamadou Caminade Traoré et Jean Ouattara sont respectivement vice-président et secrétaire général.

A la fin de la saison 1960-1961, l’assemblée générale du district de Bobo, qui regroupait à l’époque les clubs de ladite ville, compte tenu des conflits de la suppression du district en faveur de la ligue, et dans le but d’obtenir une meilleure qualité des joueurs, décide de la fusion des clubs de deuxième division avec ceux de la première. C’est ainsi que la fusion Foyer-ASRAN donna naissance à l’USFRAN, qui sera championne de Haute-Volta en 63-64.

Le vice-président de la Fédération et président du district de Bobo, Amadou Diakité, constitua alors une commission dite de « sages » pour former la nouvelle Ligue au sein de laquelle devaient siéger deux représentants du district du Lobi, sous la présidence de Mahamane Nanly avec Jean Ouattara comme secrétaire général, organisation en place jusqu’à présent.

Comme on le voit, l’histoire de la ligue de l’Ouest ne peut être dissociée de celle du district du Lobi siégeant à Gaoua et groupant les diverses équipes du pays Lobi. Ce district fut mis en place au lendemain de la création de la ligue par des représentants de cette dernière, conduite par le président de la ligue, Paul Bouda.

On dit que, malgré les nombreuses difficultés qui sont les leurs, les équipes de l’extérieur (district du Lobi, Jeunesse sportive de Banfora, le Réveil de Nouna, la Renaissance de Dédougou, le Stade Bognana de Houndé et le Sidary de Sidéradougou) ont, depuis leur création, participé activement aux compétitions régionales et nationales. A l’époque, le champion de Haute-Volta est toujours sorti de Bobo-Dioulasso.

Et Ouaga dans tout ça ?

Si dans l’Ouest-Volta le ballon rond battait son plein, il n’en était pas de même à Ouagadougou où il n’y avait pratiquement pas grand-chose dans le domaine. L’évolution du football dans l’Est-Volta, Michel Kiki, un Dahoméen de Porto-Novo et ancien fonctionnaire de la poste, nous en parle dans un document datant de 1964. Après l’indépendance, il est rentré chez lui et il a quitté la terre en 2002.

En consultant les archives que nous a laissées l’ancien secrétaire général de la Fédération voltaïque de football, la ville de Ouagadougou faisait partie du district de Bobo. Obligation était faite au seul club existant dans la capitale de se rendre à Bobo pour participer aux compétitions sportives que dominait l’Ouest-Volta.

Il s’agissait du Modèle Sport, devenu plus tard Alliance sportive de Ouaga. Mais Kiki précise qu’il est évident que le sport-roi comptait des adeptes avant la création du Modèle Sport avec notamment l’Association sportive voltaïque et l’équipe militaire de l’armée Française.

Plus tard Charles Lwanga, sur l’instigation de l’abbé Ambroise Ouédraogo en 1947, fit officiellement son apparition dans les annales footballistiques de Ouaga et porta à deux le nombre des clubs reconnus par les autorités gouvernementales. Avec le transfert des bureaux des Finances et du Trésor dans la capitale, le Cercle athlétique de Ouaga (CAO) est lancé par Mallet en 1955.

Ce dernier, trésorier payeur général, raconte Kiki, a été l’un des premiers animateurs du football à Ouaga ; et il n’a ménagé aucun effort pour doter la capitale d’un stade, en l’occurrence l’actuel stade municipal inauguré en 1953. Mallet, par son dynamisme, a pu satisfaire une jeunesse qui voulait courir la balle au pied.

Le terrain acquis, successivement furent créés le Racing club de Raoul Gabriel Traoret, l’Association sportive des commerçants de Ouagadougou (ASCO) présidée par le Libanais Michel Adife, dont l’équipe fusionnera par la suite avec le Cercle athlétique de Ouaga pour donner le Real.

L’Etoile Filante d’Oumar Kouanda

Dans la foulée, naîtra, en 1955, l’Etoile Filante de Ouagadougou (EFO), dont le fondateur est feu Oumar Kouanda. Kiki dit de lui qu’il avait compris que la jeunesse constitue une force que ses prédécesseurs ont négligée. Et il s’est même demandé si l’Etoile Filante ne serait pas la conséquence d’une dissidence entre dirigeants du Cercle athlétique de Ouagadougou.

Avec l’épanouissement du ballon rond, le Ouaga sport recouvra sa souveraineté et traita les affaires sportives sur le même pied d’égalité que Bobo. Le district de Ouaga est donc créé. La présidence est confiée au père Mallet, secondé par René Bassinga, secrétaire général.

Le nouvel organisme local est reconnu en un temps record par la ligue de l’ex-AOF. Ce qui lui confère le droit de participer à la coupe de l’ex-AOF. Autour du district de Ouaga, évoluaient comme clubs Satellites, l’Olympique Sporting club, l’Union sportive des fonctionnaires de Ouahigouya.

Après le départ en congé de Mallet, Maxime Ouédraogo prit la relève pendant deux saisons consécutives, secondé par Racine Traoret et Michel Kiki en qualité de secrétaires généraux. Parallèlement à la mise en place de la loi cadre, le dernier cité précise que la ligue de football de l’ex-AOF, tributaire de la Fédération française de football, devint une Fédération et rompit toutes relations sportives avec l’ancienne métropole pour s’affilier directement à la Fédération internationale de football Association.

Cette rupture eut pour conséquence la création, dans les Etats-membres de l’ancienne Fédération de l’AOF, d’une ligue de football chargée de créer, de contrôler les districts et de développer le football. Une assemblée générale extraordinaire fut aussitôt tenue et regroupa autour de Maxime Ouédraogo les principaux dirigeants des deux districts.

Kiki relate qu’un an venait à peine de s’écouler que l’organisme local se trouvait dépassé, par suite de l’éclatement de la fédération de l’ex-AOF. De nouvelles structures politiques et administratives sont intervenues dans la république de Haute-Volta.

Une autre forme de direction s’avérait donc indispensable pour la conduite des sports dans les Etats autrefois dépendants de Dakar, en particulier le football. Avec ce nouveau souffle, le voile du statu quo est levé pour de bon. Une deuxième assemblée générale extraordinaire consacre, en octobre 1960, la création d’une Fédération voltaïque directement affiliée à la Fédération internationale.

Les vestiges du statu quo disparus, les ligues fonctionnent désormais sur toute l’étendue du territoire de la Haute-Volta. Elles sont coiffées par une Fédération, seul organisme au sommet du football voltaïque. La ligue de l’Est sera présidée successivement par Lompolo Koné, Prosper Tapsoba et Paul Bouda.

Le premier institua le système de poules compte tenu de la situation géographique des villes ; le second assura le développement des poules et le troisième eut pour tâche de répartir les clubs de Ouaga en deux divisions en supprimant le système de poules.

Le comité directeur, dirigé par les présidents, eut successivement comme secrétaires généraux Michel Kiki, Racine Traoret, Charles Rufino et Sautice Samandoulougou. La ligue de l’Est était présidée par Nouhoun Barry. Issa Ouédraogo et Tréboul Ouédraogo en étaient respectivement le secrétaire général et le trésorier.

La coupe de Haute-Volta

Les compétitions régionales et nationales étant devenues la passion de la jeunesse, c’est dans l’euphorie qu’on accueillit la proclamation de l’indépendance le 5 août 1960 à minuit. Le lendemain, une finale de football opposa l’ASFB à l’EFO au stade municipal.

Dans l’équipe des visiteurs, on dénombrait des joueurs tels que Bernard Ouédraogo dit Kebekebé, Bernard Sylva (gardien de but), Mamadou Kaloga, Mamadou Sissoko, Drissa Traoré dit Badri, Ernest Blé, Justin Mévi, Ousmane Diallo, Sibiri Ango Traoré, Adama Coulibaly et Seydou Bamba.

Côté locaux, Sakou Delo (gardien de but), André Ouédraogo dit 39, Issouf Salia, Boureima Traoré dit Débâche, Cheick Diaby, Lamine Traoré, Ibrahim Sanou dit Rustico. A l’issue des 90 minutes, les Fonctionnaires s’imposèrent par 1 but à 0.

Selon Kebekebé, une de nos sources, il y avait du monde au stade et il a aimé l’ambiance. En plus du trophée, l’équipe victorieuse a-t-elle reçu une enveloppe ? A cette question, il dit ne pas se souvenir du montant mais que, d’ailleurs, ses coéquipiers et lui n’ont, en tout cas, rien perçu.

Ce qu’il se rappelle par contre, c’est qu’à la fin du match ils étaient en liesse, et c’est ce qui leur importait le plus. « Pour nous, c’était un plaisir de jouer devant le président Maurice Yaméogo et de montrer qu’on savait jouer au football », dit-il. Le souvenir qu’il garde de cette rencontre, c’est d’avoir serré la main au président Maurice, et ce sont là des choses qu’on n’oublie pas.

De son surnom Kebekebé, il raconte qu’il lui a été donné dans l’Ouest-Volta quand il évoluait à l’ASFB. C’est un masque qui danse avec souplesse, et Bernard Ouédraogo avait cette capacité à s’adapter avec finesse et subtilité sur le terrain.

Premier capitaine de l’Etoile Filante de Ouagadougou dès sa création en 1955, Kebekebé faisait son service militaire à Bobo de 1959 à 1960. Revenu à Ouaga après avoir répondu à l’appel du pays, il retrouva sa place à l’EFO avec laquelle il évoluera pendant 10 ans. C’est en 1970 qu’il a arrêté sa carrière. Kebekebé est une bibliothèque vivante qui peut être utile à tous ceux qui projettent d’écrire un livre sur le football burkinabè.

Janvier 1961

48 heures après cette finale mémorable, une sélection est mise en place pour jouer contre celle du Ghana. L’entraîneur, feu Issaka Tanly, sélectionne les joueurs à l’ASFB, à l’EFO et à la Jeanne d’Arc de Ouagadougou, aujourd’hui ASFA-Yennenga. Les Voltaïques remportent la victoire par 3 buts à 2.

Trois mois avant cette rencontre (avril 1960), la sélection participe à Madagascar, avec 11 autres pays, aux jeux de la Communauté. A l’issue de la compétition, elle se classe 5e devant la Côte d’Ivoire. Le match que les joueurs de l’époque gardent en mémoire, c’est celui livré contre le Gabon.

Après 9 minutes de jeu, les Gabonais menèrent par 3 buts à 0. Mais les Voltaïques, réputés batailleurs, ne s’avouent pas vaincus et après un mano a mano au tableau d’affichage, ils viennent à bout de leurs adversaires (5-4) au coup de sifflet final.

Bernard Ouédraogo dit Kebekebé, feu Casimir Ziba, Kabirou Sall, Amadou Bamba, feu Seydou Bamba, feu Fousséni Blaise Traoré (capitaine), feu Sotigui Kouyaté (le cinéaste) et feu Henri Koblavi étaient de l’expédition de Madagascar. Mais l’histoire s’accélère 5 mois après la proclamation de l’indépendance.

La première équipe nationale de Haute-Volta est constituée en janvier 1961 pour les jeux d’Abidjan. Au bord de la lagune Ebrié, l’équipe s’incline devant la Côte d’Ivoire (1-2), bat le Liberia (5-1) et obtient un match nul face à la République Centrafricaine (1-1).

Les premiers joueurs sélectionnés pour porter les couleurs nationales sont, si nous ne nous abusons, Sakou Delo (gardien de but), feu Adama Coulibaly, Ousmane Diallo, Seydou Cissé dit Saï, Baba Traoré dit Bafiné, Fousséni Blaise Traoré dit CAP (capitaine), Ernest Akué, Justin Mévi, Casimir Ziba, Maurice Tapé, Cheicba Touré et Sotigui Kouyaté. L’équipe avait pour entraîneur feu Moussa Namoko, joueur-fondateur puis coach du Racing club de Bobo. Ancien président de la Commission des arbitres, il avait dirigé la sélection voltaïque de 1960 à 1963.

Vous l’aurez remarqué, Kebekebé n’était pas à Abidjan à cette époque. Selon lui, engagé le 1er décembre 1960 comme fonctionnaire aux PTT, il n’avait pas voulu faire immédiatement une demande de permission pour le tournoi d’Abidjan.

La Haute-Volta, depuis lors, participe régulièrement aux compétitions sous-régionales et internationales. En 1973, lors de la préparation des jeux de Lagos, l’équipe nationale voltaïque se trouve un nom de guerre à l’exemple d’autres formations africaines : les Etalons. Et, depuis cette date, les Voltaïques, pardon les Burkinabè, ne jurent que par les Etalons qui les font de temps en temps vibrer et parfois aussi hélas vivre l’enfer de la frustration.

Justin Daboné

L’Observateur Paalga

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