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Assimi Kouanda, un historien spécialiste du monde arabo-musulman

Accueil > Actualités > Portraits • • lundi 6 septembre 2004 à 13h21min

Assimi Kouanda

Il faut dire les choses telles qu’elles sont. En Afrique comme ailleurs, il est des postes qui, se trouvant au coeur du pouvoir, ne sont perçus que comme des tremplins pour une carrière. Ou l’occasion de faire barrage aux autres. Parfois même, ils sont des gisements d’enrichissement personnel ; oh, rien de grave, juste un peu de prévarication par la force des choses ; à vivre trop longtemps dans l’ombre du soleil on en adopte le mode de fonctionnement, la façon d’être un peu trop ostentatoire.

Le Burkina Faso a, lui, cette étonnante capacité (c’est une règle générale et en tant que telle elle a, sans doute, ses exceptions) à être bien dans sa peau. Et on y fait son boulot, conscient de la tâche à accomplir, sans en rajouter. S’il est un pays où la classe politique ne frime pas, c’est bien celui-là. Ce qui ne manque pas d’étonner les visiteurs habitués, ailleurs, à plus de mise en scène qui n’a pas lieu d’être ici.

Je ne sais pas (ou je ne sais plus) qui est véritablement "l’inventeur" du Burkina Faso, "pays des hommes intègres" ; mais, tous comptes faits, vingt ans plus tard (c’était à l’occasion du premier anniversaire, le 4 août 1984, de la "Révolution"), la République de Haute-Volta n’a pas perdu au change, bien au contraire.

21 années viennent de s’écouler depuis la conquête du pouvoir par le Conseil national de la révolution (CNR). 21 années (pratiquement jour pour jour, c’était le 24 août 1983 !) depuis la formation du premier gouvernement du nouveau régime. 21 années qui ont été formatrices pour l’actuelle classe politique burkinabè, qu’elle ait été au pouvoir ou dans l’opposition. Des années intenses, dramatiques parfois et qui n’ont pas évité les outrances, mais qui permettent de forger l’Histoire d’un peuple et d’un pays. Et qui ont donné au Burkina Faso une part essentielle de son actuelle personnalité. Cette façon d’être dont le chef de l’Etat me dit qu’elle tient beaucoup, aussi, à la façon d’être des mossi. Ce qui tend à prouver que la modernité peut cohabiter avec la traditionnalité. Y compris au sein d’un mouvement révolutionnaire !

Un homme le sait. Assimi Kouanda. Il est depuis le 5 mars 2004 le directeur de cabinet du Président du Faso avec rang de ministre. Il a pris la suite, à ce poste, de Yéro Boly qui était nommé ministre de la Défense. J’ai rencontré Kouanda, récemment, à Ouagadougou. Nous ne nous connaissions pas. J’avais cependant le vague souvenir qu’il avait été, au lendemain de la publication (c’était le 3 octobre 1983) du fameux Discours d’orientation politique, le DOP, un des animateurs de l’ Inter-CDR qui se voulaient, en quelque sorte, la garde rouge de la Révolution burkinabè contre" la déviation, les analyses gauchisantes et tous les trafiquants de mentalité".

Kouanda sortait alors de l’université. Né le 31 décembre 1956, cet historien de formation est titulaire d’un doctorat de troisième cycle en histoire obtenu à Paris 1 - Panthéon-Sorbonne. Les premiers soubresauts de la Révolution terminés, il débutera sa carrière professionnelle en 1984 à l’université de Ouagadougou. Il était alors assistant au département d’histoire et d’archéologie. En 1989, il sera inscrit sur la liste d’aptitude aux fonctions de maître-assistant. Et va devenir le chef du département d’histoire et d’archéologie avant d’être nommé vice-doyen des affaires académiques à la faculté des langues, des lettres, des arts, des sciences humaines et sociales de l’université de Ouagadougou.

Un parcours intellectuel et professionnel qui ne faisait pas abstraction, pour autant, de l’action politique. Maire de la commune de Nongrmaasom à Ouagadougou, de 1989 à 1991, il sera conseiller muncipal de la ville de Ouaga de 1995 à 2000. Il était, avant sa nomination à la direction du cabinet du Président du Faso, ambassadeur du Burkina Faso à Rabat, au Maroc. Ce qui ne saurait véritablement étonner compte tenu de sa réputation d’être un des meilleurs spécialistes de l’Afrique et du monde arabo-musulman.

Ma première rencontre avec Assimi Kouanda a été placée sous le signe de l’étonnement. Par expérience, je m’attends rarement à rencontrer, à la direction d’un cabinet présidentiel, un universitaire ayant multiplié les contributions dans les publications scientifiques et participé à nombre de rencontres internationales ayant pour sujet le passé de l’Afrique plutôt que son avenir. Mais, parfois, ce passé en vient à rattraper le présent.

Etant l’un et l’autre des anciens de Paris I-Panthéon Sorbonne, nous avons été amenés à évoquer nos souvenirs universitaires, les miens étant (privilège de l’âge) plus anciens que les siens. Le Centre de recherches africaines (CRA) que dirigeait alors le professeur Devisse (qui animait également un troisième cycle Histoire de l’Afrique) était établi alors au coeur du Marais, à quelques encablures du métro Saint-Paul. J’y animais un groupe d’étude sur la coopération multilatérale francophone.

La conversation a porté sur quelques professeurs : Alliot, Coquery- Vidrovitch (qui appartenait à l’époque à Paris VII), etc... Kouanda a évoqué les travaux auxquels il avait participé ; et un ouvrage qu’il considérait (à juste titre) comme une bible sur les éthnies, le tribalisme et l’Etat en Afrique. Au coeur de l’ethnie a été publié en 1985 par les Editions La Découverte. Ce livre a été, à son époque, l’occasion de revisiter les travaux des ethnologues et des anthropologues. Il s’agissait disait Jean-Loup Amselle (qui a dirigé cette étude avec Elikia M’Bokolo) "de voir à quoi pourrait aboutir le dépassement de la problématique ethnique ". Il faut retenir de ces textes, pour faire aussi simple que possible, que le "tribalisme est toujours le signe d’autre chose ".

De retour à Paris j’ai eu, bien sûr, la curiosité de rechercher dans ma bibliothèque Au coeur de l’ethnie. J’avais étudié ce livre voici près de vingt ans (février 1985). J’y ai retrouvé une étude dont j’avais oublié l’existence. C’est un texte de Jean-Pierre Dozon intitulé : Les Bété .. une création coloniale.

Il y a vingt ans, les bété ne passionnaient pas les foules. Ce petit groupe ethnique du Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire, entre Bandama et Sassandra, ne jouait même pas un rôle de figuration dans l ’histoire contemporaine du pays. Et j’avoue que ce texte de Dozon n’avait pas, alors, particulièrement retenu mon attention. Vingt ans plus tard, la donne n’est plus la même. Et c’est pourquoi je dis que "le passé en vient à rattraper le présent". La Côte d’Ivoire, depuis une bonne dizaine d’années vit une crise politique et sociale permanente. Qui s’est aggravée depuis que Laurent Gbagbo a pris le pouvoir au début de ce XXlème siècle. Chacun sait que Gbagbo est bété. Et que c’est une explication avancée quand on évoque la crise ivoirienne. Une explication dont personne ne donne cependant la justification.

Le texte de Dozon visait à "comprendre les ressorts de l’ethnisme bété ". Sa lecture permet, aujourd’hui, vingt ans plus tard, d’apporter un nouvel éclairage sur le pourquoi et le comment de la crise ivoirienne. C’est un joli clin d’oeil de l’Histoire que ce rappel à un texte ancien soit le fait d’un Burkinabè. Historien tout comme Gbagbo. Enseignant tout comme Gbagbo. Homme politique tout comme Gbagbo. Passé de l’opposition au pouvoir tout comme Gbagbo. Mais ce qui change la donne c’est que l’Histoire du Burkina Faso n’est pas celle de la Côte d’Ivoire.

Si, comme le souligne Dozon (j’aurai l’occasion de revenir, prochainement, sur son étude) les bété sont "une création coloniale ". C’est vrai, aussi, de la Côte d’Ivoire. Quand ce territoire (pour ce qui est du Sud) n’était rien encore, qu’une immense forêt à peine peuplée, les royaumes mossi existaient déjà au coeur de l’Afrique de l’Ouest. C’est pourquoi le peuple burkinabè, héritier de civilisations anciennes, a su créer sa propre culture, ses propres institutions, sa propre voie de développement. Façonné par des siècles d’histoire, il se montre capable, aujourd’hui, d’imposer sa différence. Ce qui ne peut satisfaire tout le monde !

Jean-Pierre Béjot

Vos commentaires

  • Le 12 mars 2012 à 13:14, par LEGRAND-YR En réponse à : Assimi Kouanda, un historien spécialiste du monde arabo-musulman

    A M BEJOT : En lisant l’article je m’attendais à ce qui justifie le titre. Hélas ! Je sais que M. Assimi KOUANDA est un islamologue mais vous n’en dites rien dans le corps du texte, vous ne parlez pas de ses publications sur le sujet, vous ne faites pas ressortir le profil de M.KOUANDA en tant que historien, spécialiste du monde arabo-musulman. Je suis resté sur ma soif ou sur ma faim !

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