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Moustapha Thiombiano : "La radio, bonne mais dangereuse"

Accueil > Actualités > Multimédia • • jeudi 16 septembre 2004 à 07h33min

Dans les locaux de Horizon FM, à Ouaga, Moustapha Laabli Thiombiano se confond avec son personnel. Tant l’homme a un style simple et jeune. Il se définit lui-même comme communicateur. Par la radio et par la musique. C’est sur ces deux supports qu’il a axé sa carrière aux Etats-Unis et en Côte d’Ivoire. Nous l’avons rencontré à Ouagadougou.

Quand il était gamin, Moustapha Thiombiano vivait chez un oncle, douanier de son état. A cette époque, les douaniers étaient mutés dans toute la sous-région. C’est ainsi que le petit Moustapha va suivre son cycle scolaire dans plusieurs pays, au gré des mutations de son oncle : Burkina Faso (Haute-Volta à l’époque), Ghana, Togo, Bénin, Côte d’Ivoire.

Plus tard, il s’est exilé aux Etats-Unis où il restera dix-huit années. A Los Angeles, il travaille comme présentateur sur la radio de Stevie Wonder. Parallèlement à sa profession, Thiombiano s’intéresse à la musique. Il devient chanteur et joue à la guitare, la percu et l’harmonica. Et c’est au titre de musicien africain résidant aux Etats-Unis qu’il est envoyé par le département d’Etat Américain chargé de la Culture pour participer à une tournée en Afrique. Son rôle étant de partager son expérience avec les jeunes Africains.

A Dakar, il anime une conférence de presse à l’Université Léopold Sédar Senghor. Ensuite, ce fut le retour sur Abidjan où il prononce une communication à l’INA. A Abidjan, il se décharge de ses obligations et s’y installe. Il monte avec Jimmy Hyacinthe, les "Djinawourou", groupe populaire de l’époque. Il fait des jingles pour la radio Côte d’Ivoire avec Doh Ouattara, travaille à la télévision ivoirienne avec Djira Youssouf. Il anime même une émission radio ("Allo Africa") avec Madame Diané entre 1983 et 1984.

Avec ses amis Jimmy Hyacinthe, François Konian, il enregistre le premier album de Nayanka Belle à Paris. Après, il rentre au pays.

De retour au Burkina Faso, alors en pleine révolution de Sankara, il lance en 1986 la radio "Fréquence Magique", rebaptisée Horizon FM (104.4). Une première en Afrique ! Aujourd’hui, Thiombiano vit à Ouagadougou.

• Comment est né votre projet de Radio Horizon FM ?

- Tel qu’on le dit dans notre slogan "c’est la première Radio libre d’Afrique". Si vous faites votre enquête vous allez voir qu’il n’existait pas de radio privée avant 1986. Il a fallu un rêveur qui a su réaliser ses rêves. Vous savez, j’ai été présentateur sur une station de radio appartenant à Stevie Wonder à Los Angeles. Je m’occupais de tout ce qui concerne le continent africain en matière de musique, sensibilisation, formation.

Je me suis dit que si Stevie Wonder aide les stars black américaines comme Michael Jackson, Marvin Gaye pourquoi ne le ferait-il pas pour un Africain. C’est sur sa radio que le rêve est né. Et je devais assurer la relève en Afrique. Et c’est en période révolutionnaire que j’ai pu monter cette radio. Il fallait donc être plus révolutionnaire que la révolution elle-même. Aujourd’hui, ces radios sont devenues la fierté de toute l’Afrique.

• L’expension de vos radios continue ?

- Nous sommes actuellement à dix stations de radio installées un peu partout au Burkina Faso. Si vous prenez douze à quinze personnes par radio, vous verrez que c’est à peu près 150 jeunes qui travaillent. Je crois que c’est bien. Je suis un communicateur et j’adore l’Afrique. Ces radios sont des radios sacrifices.

• C’est-à-dire ?

- Ce ne sont pas les radios qui vous rendent milliardaire comme posséder une radio aux Etats-Unis. Dans les petites contrées, on ne fait pas de publicité. Le petit vendeur de spaghetti du quartier n’a pas besoin de publicité pour son kiosque. En Afrique, il est très difficile d’installer des radios dans les autres pays. Il y a la législation qui change, il y a le cahier de charge qui varie énormément d’un pays à un autre. La radio est bonne, la radio est dangereuse et il ne faut pas la mettre dans les mains d’un fou. Vous avez entendu le cas de la radio "Mille Collines" au Rwanda.

• Où en êtes-vous avec le projet Horizon FM Abidjan ?

- Effectivement, j’étais allé voir le ministre Niamkey à l’époque. Il m’a reçu. C’était en bonne voie. Le dossier est toujours là-bas. Je voulais vraiment monter une bonne radio à Abidjan car c’est la ville de la joie. Les jeunes sont gais et très dynamiques. Je me disais qu’une radio Horizon FM à Abidjan allait être une interconnection entre les jeunesses ivoirienne et burkinabè. Connaissant la mentalité des Ivoiriens pour avoir passé une partie de ma vie là-bas, je sais comment monter une radio à Abidjan. Le dossier tient toujours, je ne l’ai pas encore relancé mais je compte le faire incessamment.

• Au Burkina Faso, il y a beaucoup de radios privées. Qu’est-ce que cela vous fait en tant que pionnier ?

- Très, très content de savoir qu’on a suivi mon exemple. Si c’était mauvais, personne ne serait venu. Aujourd’hui, il y en a qui m’appellent "kôrô", "PDG", "Créateur"… Moi, je reste Moustapha Laabli Thiombiano. Je reste ce que je suis, les adjectifs, c’est autre chose.

•N’avez-vous pas peur de la concurrence ?

- On dit qu’une belle femme n’a pas peur qu’on lui arrache son mari. Si elle sait qu’elle est belle, elle se maquille bien, elle a une bonne démarche, elle s’exprime correctement, elle est chic et choc, son mari va la garder toujours. Horizon FM est toujours maquillée, elle est propre, ce qui fait sa beauté. Et puis, nous sommes des professionnels, nous savons ce que nous faisons. Après tant d’années, je suis content de savoir que Horizon FM est parmi les radios les plus écoutées de Ouaga.

• A côté de la radio, vous menez aussi d’autres activités…

- Oui, je suis également le président du Comité Miss Burkina. Nous sommes à la douzième édition. Ça marche très fort et l’actuelle Miss Burkina a été élue première dauphine de Miss-CEDEAO 2003. Elle s’appelle Georgette Badiel. Ce qui est très bien pour nous. Je réalise aussi à Ouaga le rallye des mobyclettes. C’est très fou ici. Ces images sont d’ailleurs passées sur Euronews à No comment. C’est passé en France comme l’image du jour.

J’organise aussi la course de pirogues sur le barrage N°2 qui passe sous le pont Martin Luther King. Quand le barrage et plein, on se croirait quelque part à San Pedro. Il y a aussi la course des ânes. C’est très rigolo, car il arrive souvent qu’on tape sur l’âne mais il refuse de partir. Nous célébrons également chaque année les trophées du rap et la nuit hindou.

• Où en êtes-vous avec votre télé ?

- Ah oui TVZ !!! Après sa suppression en 1995, il y a eu quinze mille signatures de protestation qu’on a déposées à l’Assemblée Nationale. Je me demande souvent si les députés sont au courant de cette pétition. Il y a eu un appel d’offre ici, qui n’a pas marché, c’est bizarre !!!
Aujourd’hui, je ne sais pas ce qui bloque TVZ si ce n’est le manque de volonté.

• A l’époque, on vous avait loué une fréquence que vous n’aviez pas voulue. N’est-ce pas ce qui bloque ?

- Non !!! Moi, j’avais du matériel VHF (Very High Frequency) acquis à des millions, quand je faisais la demande. Eux, ils me disent de mettre sur pied du matériel UHF (Ultra High Frequency) qui est, en matière de parcours et d’images, plus lente que la VHF. Voici l’affaire. Et jusqu’à aujourd’hui, c’est bloqué. Maintenant, une chose est sûre, cette télévision verra le jour un jour. Je suis certain.

• A quand remonte votre dernière visite en Côte d’Ivoire ?

- Il y a cinq ans. C’était pour le lancement de mon dernier album "15 ans après" qui comporte les titres "Lola", "Je m’en fous", "African woman"… C’était enregistré au stuio JBZ avec Won Pierre.

• C’est beaucoup cinq ans…

- Oui, mais j’arrive ! J’ai plein d’amis en Côte d’Ivoire : Georges Taï Benson, Won Pierre, Pol Dokui, Doh Ouattara, Alpha Blondy, Emmanuel Koffi…

• Aujourd’hui, les relations entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire ne sont pas au beau fixe. Qu’en pensez-vous ?

- Entre les deux peuples, il y a eu cette fâcheuse montagne qui nous a blessés d’un côté comme de l’autre. Il faut que les choses redeviennent comme avant. Parce que Ouagadougou et Abidjan, c’est d’un quartier à un autre. Aujourd’hui, on ne comprend rien. Combien de jeunes quittaient Ouaga le week-end pour aller passer les moments chauds et chocs à Abidjan ? Maintenant,

ils n’y vont plus. Peut-être qu’ils ont peur. Il faut laisser tomber la politique et qu’on travaille main dans la main. Je crois fort que les deux peuples finiront par s’entendre. On ne peut pas vivre en ennemi, ce n’est pas possible. Il peut arriver dans une famille des déboires. Mais un jour, ça finit et l’amour reprend.

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Abidjan

Vos commentaires

  • Le 21 août 2007 à 04:07 En réponse à : > Moustapha Thiombiano : "La radio, bonne mais dangereuse"

    moi je suis tindano issouf gourmanché de la gnagna et est neé en cote d’ivoirej’y vie toujour ma reponse a
    cet article est positif.
    je voudrai en savoir plus sur le projet horizon abidjan moi je veut y travaillé mon souhait c’est animé dans ma langue (gourmanché) pour le rassemblement des gourmanche de cote d’ivoire merci .mon contact c’est 0022560396134

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