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4 Août 1983 : On s’en souvient toujours à Pô

Accueil > Actualités > Politique • • vendredi 6 août 2010 à 00h10min

Le capitaine Blaise Compaoré, porté en triomphe à Pô le 15 septembre 1983

La Révolution a pris corps à Pô. "Foyer incandescent de la révolution " comme on l’appelait. Des années après les jeunes qui ont porté le processus à bout de bras se souviennent encore. Sankara, Compaoré, Diendéré, Sigué, le Journaliste Maïga : que de souvenir pour des jeunes d’alors qui aujourd’hui ont des cheveux grisonnants. En septembre 1983, Mohamed Maiga rapporte ces propos du capitaine Sankara sur les événements du 17 mai : " C’est une situation que nous avons eu à envisager plus d’une fois pour l’unité de Pô dans les divers exercices que nous avons menés ensemble. Mais pas dans le cas de figure survenu après le 17 mai. C’était tout à l’honneur de Blaise, de ses hommes et de leurs appuis de par le pays, d’être venus à bout d’une situation imprévue. Je lui dois une " fière chandelle "… Je la dois aussi à l’ensemble des forces patriotiques nationalistes. Mais surtout à la grande majorité du peuple voltaïque, dont l’appui a constamment été un réconfort inestimable ".

Pour saluer la victoire des révolutionnaires du 4 Août 1983, Youssouf Compaoré avait composé une chanson en mooré dont l’essentiel se résumait ainsi : " Les gens n’aiment pas le bien, hier les Raogo voulaient arranger et ceux d’en face ont opposé un refus catégorique. Levez- vous fils de Haute-Volta, demandons la force à Dieu et unissons-nous pour le travail. Une seule main ne ramasse pas la farine. Quand la vérité jaillit, le mensonge ne peut que prendre l’herbe et le jeune ne doit pas avoir peur ". Ce chant s’inscrit dans la dynamique des premiers moments de l’euphorie révolutionnaire. Pô n’a pas été surpris de la survenue des événements du 4 Août. Les habitants de la ville frontalière du Ghana constatent dans la matinée du 4 Août 1983 que les éléments du Centre national d’entraînement commando (CNEC) établis à un jet de pierre de la ville avaient cerné tous les coins stratégiques. La Gendarmerie est prise en tenaille, la poste et la sous -préfecture ont été encerclées par les militaires. Comme pour exprimer le caractère exceptionnel de cette journée, chaque soldat avait noué un brassard rouge. Depuis le 17 mai, la Haute-Volta était dans une zone de turbulence.

Le capitaine Thomas Sankara, alors Premier Ministre et le commandant Jean Baptiste Boukary Lingani secrétaire permanent du Conseil de salut du peuple (CSP) avaient été emprisonnés et Blaise Compaoré et ses commandos exigeaient leur élargissement et leur rétablissement à leurs postes respectifs. Pour cela les Polais, c’est le nom des habitants des de Pô, n’étaient pas surpris de ce remue-ménage. Aux environs de midi, le chef de la résistance Blaise Compaoré fait réquisitionner les camions de l’entreprise canadienne Lavalin qui construisait la route Ouaga-Pô et ordonne d’embarquer les commandos pour Ouagadougou. Spontanément les jeunes sont sortis acclamer les héros en partance pour la capitale.

Pô exulte

Dans la soirée on était à la veille du 5 Août, fête de l’Indépendance, le Président Jean Baptiste Ouédraogo (JBO) s’adresse à la nation. Peu après son message, les émissions de la radio sont interrompues. Elles reprennent plus tard aux sons de la musique militaire et quelques instants après, la voie grave du capitaine Thomas Sankara retentit : " Peuple de Haute-Volta, le capitaine Thomas Sankara te parle encore. " La jeunesse de Pô selon Apékira Gomgnimbou exulte. Spontanément, ils descendent dans les artères de la ville pour manifester leur joie. Une intimité avait toujours lié les jeunes Pôlais aux deux principaux dirigeants de la Révolution. Le premier à s’y installer était le futur Président du Conseil national de la Révolution (CNR), Thomas Sankara. Premier commandant du Centre national d’entraînement commando. Il s’établit dans la cité du Kassongo avec 30 hommes à la création du centre. La cohabitation entre les militaires et la population au début n’a pas été facile. Certains militaires louent des maisons en ville, mais ne s’acquittent pas des loyers.

Hamidou Singahiré Zouabou ancien bailleur se rappelle de ses démêlés avec un soldat du CNEC en son temps : " Un élément du CNEC avait loué ma maison mais ne payait pas. Je l’ai observé pendant une dizaine de mois mais il est resté de marbre. Même un kopeck il ne m’a pas remis. Un jour j’ai pris la résolution d’aller voir son patron. Je me suis rendu au camp et j’ai demandé à voir son supérieur. On m’a introduit alors chez Thomas Sankara que je ne connaissais que de nom depuis la guerre de 1974 entre le Mali et la Haute-Volta. Je lui expose l’objet de ma visite. Il a fait appeler le militaire qui n’a pas nié. Mais comme parade pour se dédouaner, il a dit qu’il remettait l’argent à sa femme et que c’est cette dernière qui l’utilisait à d’autres fins. Sankara a promis de retrancher le loyer dans la paie du soldat jusqu’à concurrence des arriérés dus. Quand la somme a atteint le montant que le militaire me devait il me fit appeler pour me remettre mon dû."

Quant à Sidi Abi Gomgnimbou ancien correspondant de presse à Pô, c’est un produit de soins pour maux de ventre que l’ex commandant du CNEC a acheté avec lui du temps ou il en vendait. Il souffrait constamment de constipation et dit avoir fait des examens mais malgré les remèdes qu’on lui avait prescrit le mal persistait toujours. Quant Abi lui proposa son remède il prit le soin de lui indiquer les antidotes mais le capitaine Sankara lors de la prise avait oublié. Il fit des va et vient entre sa toilette et sa maison jusqu’à ce qu’il commence à sentir la fatigue. C’est alors qu’il instruit les militaires de rechercher le pharmacien ambulant en ville. Quand les soldats ont mis la main sur lui, la situation s’est dénouée. Il prescrivit à Sankara deux carreaux de sucre ou une gorgée d’eau fraîche. Le capitaine Thom Sank s’exécuta et put ainsi résorber son mal. Depuis ce jour jusqu’à ce qu’il quitte ce monde il ne l’a plus appelé que par le nom du produit "Bonjan". Des anecdotes foisonnent sur le passage de Sankara à Pô. Pour ce qui concerne Blaise Compaoré c’est son prédécesseur qui l’a présenté à la jeunesse de Pô avec laquelle il avait des relations cordiales.

Blaise à la tête des insurgés

A l’avènement du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) le nouveau régime nomme Sankara secrétaire d’Etat à l’Information. Blaise Compaoré le remplace à Pô. Sankara réunit les jeunes et leur annonce son départ pour Ouagadougou et en profite pour leur présenter son ami Blaise. Il rassure ces derniers que rien ne va changer dans leurs rapports avec les militaires et que c’est la continuité dans l’amitié. Il les prévient cependant que ce qu’ils n’auront pas avec Blaise, ils ne l’auront pas non plus en venant le voir à Ouagadougou. Les rapports effectivement n’ont pas changé jusqu’au 17 mai 1983. Après la mise au violon de Sankara et de Lingani, c’est par des détours que le capitaine Blaise Compaoré et son chauffeur, le regretté Hamidou Maïga atteignent Pô. A son arrivée souligne Abi Sidi Gomgnimbou, Jean Paul Traoré le sous préfet de l’époque l’informe que Ouagadougou a instruit de l’arrêter et il le somme de prendre ses jambes à son cou.

En bon militaire, il fait semblant d’accepter alors qu’il filait droit pour aller reprendre son commandement au CNEC. La résistance s’organise autour de Blaise avec comme éléments clés le lieutenant Tibo Ouédraogo, Sigué Askia Vincent, le sergent Karim Tapsoba (ancien régisseur de la MACO sous la Révolution aujourd’hui décédé), Le lieutenant Gilbert Diendéré… avec le concours médiatique du journaliste tiers mondiste, Mohamed Maïga. La barrière de la frontière ghanéenne se lève et des armes en provenance de la Libye, via le Accra, ravitaillent les insurgés de Pô. Les révolutionnaires utilisent leurs réseaux pour se passer des informations. C’est ainsi que Sidi Abi Gomgnimbou fut porteur de plusieurs messages à Ouagadougou. Les jeunes tiennent des réunions avec les rebelles. Hamidou Singahiré Zoulabou se souvient de plusieurs réunions que Blaise, Diénderé … ont tenues avec certains responsables des jeunes chez lui dans le but de les associer à leur cause.

Apékira Gomgnimbou se rappelle des émissaires qui venaient au nom du pouvoir de Ouagadougou dans l’objectif de les intimider par le biais des anciens. Ces derniers disaient aux vieux que bientôt Ouagadougou va passer à l’assaut et que si la jeunesse continue dans le même élan avec les rebelles, la ville sera entièrement bombardée. C’est ainsi qu’un jour le chef défunt de Pô voulut avoir une idée claire sur la résistance, selon toujours Apékira. Il fit venir Blaise qui lui expliqua les tenants et les aboutissants de la situation. Il lui donne l’assurance qu’en cas d’affrontement il se fera loin de Pô. Ce serait peut- être a-t-il ajouté à la Volta et que par conséquent il n’avait pas à craindre pour les habitants de sa ville. Ainsi la population est restée mobilisée jusqu’à la victoire du 4 Août. Après la prise du pouvoir, le peuple voltaïque a été appelé à se constituer en Comités de défense de la Révolution (CDR)

Les anciens et la Révolution

A Pô comme partout ailleurs il y avait des réticences de certaines couches de la population pour adhérer aux CDR. El Hadj Ada Ousmane Koutiébou ancien militant de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) de Macaire Ouédraogo dit avoir hésité avant de " rentrer pied joint dans la Révolution ". Il a été en son temps délégué du secteur 5 de Pô et responsable de l’Union nationale des anciens du Burkina section Pô. Médailler du flambeau de la Révolution, il ne tarit pas d’éloges pour le processus révolutionnaire qui avait mis tout le monde sur le même pied d’égalité. Mais au commencement avoue t-il, il avait observé la prudence. M. Koutiébou assure qu’il était un féodal mais que par l’éducation et la conscientisation, il a fini par se rendre compte de son erreur. Avant avoue-t-il lorsqu’une femme ne s’agenouillait pas pour lui donner à manger il le priait de revenir prendre sa nourriture. Mais avec la Révolution, cette mentalité a été rangée aux oubliettes. Avant que la Révolution n’intervienne, militaires et civils entretenaient des rapports cordiaux.

A la construction du Centre populaire de loisirs à la fin des années 1970 les soldats venaient aider les civils. Pendant des moments de joies et de peines ces mêmes militaires s’associaient à la population. Les seuls regrets que les " kôrôs " qui ont vécu la Révolution reconnaissent, c’est certaines promesses non tenues. On cite entre autres la construction d’un aéroport dont le financement devrait provenir de la Libye. A cet effet on avait déguerpi des paysans de leurs champs mais on n’a rien vu venir. Certains révolutionnaires d’antan déplorent le bradage de la cité du 4 août qui est le fruit des durs labeurs de la population. Pô n’a pas d’infrastructure de loisir, la seule, c’est le ciné Batiébo Balibié construit par la population au temps des travaux d’intérêt collectif. Cet édifice est en état de délabrement avancé.

Par Merneptah Noufou Zougmoré

L’Evénement

Vos commentaires

  • Le 6 août 2010 à 08:31 En réponse à : 4 Août 1983 : On s’en souvient toujours à Pô

    bonjour et mercii pour l’histoire car on l’apprend a l’école mais moyennement detaillé .mercii noufou le courageux journaliste j’espere te lire trés prochainement

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  • Le 6 août 2010 à 08:37, par compaoré En réponse à : 4 Août 1983 : On s’en souvient toujours à Pô

    bonjour et mercii pour l’histoire ,on l’apprend à l’école mais moyennement detaillé .Merci Noufou le courageux journaliste j’espere te lire trés prochaine 27 ans sont passés et comme si c’était hier .ah la vie !!!!!

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  • Le 6 août 2010 à 14:14 En réponse à : 4 Août 1983 : On s’en souvient toujours à Pô

    Il serait temps de faire des recherches serieuses sur ces evenements en interrogeant les acteurs des 2 cotés. Il y a eu au départ beaucoup de volonté pour changer en mieux ce pays dans l’honneur et par le travail, mais par la suite des non dits, de la felonie, de la trahison et le sang, beaucoup de sang. C’est cela l’Histoire que chaque acteur doit assurer, soit avec fierté, soit avec regret. Les detenteurs de ces non dits sont encore vivants. Même fatigués, ils peuvent vous relater cette histoire vecue avec des details, des noms et des dates. Messieurs les journalistes et historiens, à vos plumes. Non à vos claviers pour la posterité.

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  • Le 6 août 2010 à 15:23, par Windga Ouédraogo En réponse à : 4 Août 1983 : On s’en souvient toujours à Pô

    Le choix de la photo me paraît pour le moins orienté. Très orienté. Evitons de vouloir refaire l’Histoire là où les ffaits sont têtus ! Que ne parlez vous pas du Capitaine Henry Zongo, retranché lui aussi au camp Guillaume ??? et bien d’autres encore ! Tous mérient leur photo à la Une !!!

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  • Le 6 août 2010 à 18:17 En réponse à : 4 Août 1983 : On s’en souvient toujours à Pô

    La politique et ses méandres ! voyez sur la photo on reconnait Feu Oumarou Clément OUEDRAOGO et le rescapé Alain Nidaoua SAWADOGO portant Blaise en triomphe.

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  • Le 8 août 2010 à 05:21, par YES En réponse à : 4 Août 1983 : On s’en souvient toujours à Pô

    Sankara never promoted violence.I which you hear Sankara saying fight,figth means to stand up and don t let anyone govern you or your country that is foreign to it,or simply STAND UP FOR YOUR RIGHT it also means to verbally fight,not in a arguing sense,but the power of truth can overrule any false remark.PEACE,PEACE,peace.

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  • Le 10 août 2010 à 20:00, par Yunus En réponse à : 4 Août 1983 : On s’en souvient toujours à Pô

    Cette phrase "peuple de haute volta, le capitaine Sankara te parle" a été pronnoncé non par Sankara lui même, mais un animateur de la radio qui introduisait ainsi la proclamation de la RDP par son président. Et dans la phrase il n’y avait pas le mot "encore". L’intervention du capitaine avait commencé par "Peuple de haute volta, aujourd’hui encore, des soldats, sous officiers et officiers ..."

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