Suicides d’élèves : C’est la communication qui manque le plus

mardi 31 août 2004 à 07h02min

Des élèves candidats, à l’issue des examens scolaires, se sont parfois volontairement donné la mort parce qu’ayant échoué. Qu’est-ce qui peut bien expliquer un tel comportement ? M. Philippe Somé, ancien ministre de l’Education nationale et psychologue bien connu, nous a reçu pour en parler. La définition du suicide, qui n’est pas spécialement psychologique, veut, selon M. Somé, qu’il soit le fait de se donner la mort quel que soit le moyen utilisé.

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C’est un acte qui survient suite à une situation de très fort découragement. L’ultime acte que l’homme peut poser pour montrer qu’il se sent mal dans sa peau, qu’il n’est pas bien, qu’en fait il ne désire plus vivre parce qu’il ne trouve plus goût à la vie.

Le suicide, c’est l’expression d’un certain désespoir qui a atteint une personne, désespoir devant lequel elle ne trouve pas d’autre solution que de quitter cette vie qu’elle tient pour responsable de ses difficultés, de ses insuffisances, de ses malheurs…

Le phénomène du suicide est toujours vu de l’extérieur. On n’est pas dans la peau de celui qui en vient à cet acte de désespoir. On cherche au fond ce qui l’a pu amener à cet acte ultime, et on se dit que, vraisemblablement, ce sont des soucis, le découragement, le désespoir, le fait qu’il n’entrevoit pas de solutions à un problème donné, ou à des problèmes donnés, qui en sont la cause.

Peut-être qu’il n’a pas eu le soutien qui l’aurait raccroché à la vie, qui l’aurait sauvé. Ce petit espoir qui lui aurait permis de continuer son combat sur la terre. On essaie de trouver des raisons, de comprendre finalement ce qui se passe dans la tête d’une personne qui en vient à cet acte ultime de désespoir. A priori on se dit que rien ne devrait justifier un suicide.

Parce qu’on se dit que la vie, c’est important, l’homme y tient plus qu’à autre chose, donc il devrait jusqu’au bout garder cet élan vers la vie. Rien, en principe, ne devrait l’empêcher d’avoir toujours cette envie de vivre, cette envie d’éternité qui habite l’homme.

Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises raisons. Il y a simplement des causes. Les psychologues essayent d’approcher les causes. Parlant de jeunes qui en viennent à se donner la mort parce qu’ils ont échoué à un examen, c’est le cas typique de découragement, de désespoir.

On a envie de dire : c’est vraiment dommage, c’est presque bête parce que quand on échoue à un examen, on peut recommencer, on peut échouer une fois, deux fois, ce n’est pas grave. On peut se remettre au travail. On trouve que ce n’est pas justifié. Mais présenter le fait de cette façon, évidemment, ce n’est pas aller jusqu’au bout de la question.

Quelles sont les circonstances ? Qu’est-ce qui s’est passé dans la tête de ce jeune ? Il ne s’agit pas d’excuser l’acte, mais de chercher à comprendre un peu les raisons du découragement, les circonstances du désespoir. Peut-être qu’au fond, on va trouver un drame humain :

un jeune qui ne se trouve plus bien dans sa peau, qui ne voit pas quel est son avenir, qui a l’impression que tous les horizons sont bouchés. Il peut se dire qu’il a fait tous les efforts qu’il a pu, mais qu’il n’a pas été récompensé.

Plus grave, il doit s’imaginer que même s’il faisait d’autres efforts, il ne serait pas récompensé de son travail, si bien qu’il se dit qu’au fond, il faut bien en finir avec cette vie. Or ce n’est pas non plus une solution. Cela n’a pas résolu en fait le problème qu’il avait.

C’est tout simplement un drame humain, qui s’explique par des situations psychologiques difficiles. Des situations affectives, d’incompréhension, de pressions sociales, familiales, de milieux, qui font que le jeune qui est assez fragile, en raison de son âge, devant un problème, veut une solution immédiate. A défaut de solution immédiate, il se dit qu’il n’y a pas de solution, donc…

Or, des problèmes sans solution, il y en a peu. Il faut prendre la patience de les chercher et éventuellement de les trouver. Mais l’âge, la jeunesse, les difficultés relationnelles…sont des circonstances qui entrent en ligne de compte pour expliquer l’inexplicable.

Il est quelquefois difficile d’aider. A mois qu’on vienne se confier à vous. Dès lors qu’on a bien voulu s’exprimer, c’est un appel à l’aide déjà. Là évidemment, le psychologue peut aider, autant que le médecin, le prêtre ou toute personne qui a l’habitude des relations humaines. Si on rencontre une oreille attentive, on peut surmonter ses difficultés, y faire face.

L’Observateur

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