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CEDEAO : Kadré Désiré Ouédraogo président de la Commission ?

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Kadré Désiré Ouédraogo • • vendredi 25 juin 2010 à 16h31min

Kadré Désiré Ouédraogo

Le burkinabé Kadré Désiré Ouédraogo, après une décennie comme ambassadeur en Europe, est espéré avec impatience sur le terrain régional africain (1/4)

Ce n’est pas joué. Loin de là. Alain Yoda, ministre d’Etat, ministre burkinabè des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, l’a dit lors d’un point presse sur son bilan diplomatique (27 janvier 2010) : « On a un très bon candidat. Je ne dis pas qu’il passera sans difficultés, mais nous ferons tout ce que nous pourrons pour que […] Kadré Désiré, passe ».

C’est de la présidence de la commission (ex-secrétariat exécutif, le changement date de 2006 et la commission est opérationnelle depuis le 1er janvier 2007) de la Cédéao qu’il s’agit : un job qui a été récemment confié, en intérim, au ghanéen Victor Ghebo, chargé d’achever le mandat de son compatriote le docteur Mohamed Ibn Chambas (qui vient de prendre ses fonctions de secrétaire général du groupe des ACP) ; un job pour lequel Dakar et Ouagadougou sont en concurrence (cf. LDD Cédéao 001 à 003/Mercredi 17 à Vendredi 19 février 2010).

Kadré Désiré Ouédraogo, 56 ans (il est né le 31 décembre 1953 à Boussouma, à environ 80 km au Nord-Est de Ouagadougou, non loin de Kaya, « capitale » de la province du Sanmatenga), a passé l’essentiel de sa carrière à l’étranger. Après l’obtention d’un bac C au lycée Philippe Zinda Kaboré de Ouagadougou, en 1972, il fera une « prépa » à Lyon avant d’être admis, en 1974, à l’Ecole des Hautes études commerciales (HEC) dont il sera diplômé en 1977. Dans le même temps, il obtiendra une licence ès sciences économiques à l’université Paris I-Panthéon Sorbonne.

De retour en Haute-Volta en octobre 1977, il va débuter sa carrière professionnelle au ministère du Commerce et du Développement industriel comme conseiller des affaires économiques avant de rejoindre, en 1980, le Comité économique de l’Afrique de l’Ouest (CEAO) comme cadre financier au Fosidec ; en 1981, il en est promu chef de la division financière avant d’être nommé, en 1983, conseiller financier du secrétaire général de la CEAO.

C’est en juillet 1985 qu’il rejoindra la Cédéao à Lagos, au Nigeria. La Cédéao, créée en 1975, venait alors d’avoir dix ans. Il y occupera le poste de secrétaire exécutif adjoint chargé des affaires économiques. Une fonction à laquelle il sera reconduit en 1989. Quelques années plus tard, en 1993, il rejoindra Dakar et le siège de la BCEAO où il sera nommé vice-gouverneur de la banque d’émission.

Quand, le mercredi 7 novembre 1990, Alassane Ouattara, alors gouverneur de la BCEAO, avait été nommé par le président Félix Houphouët-Boigny au poste de Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire, il avait confié à son bras droit, Charles Konan Banny, l’intérim du gouvernorat de la banque centrale. Nous étions le 4 décembre 1990. Pendant trois ans, Konan Banny ne sera qu’un « intérimaire ». Ce n’est que le lundi 22 novembre 1993 que le conseil des ministres de l’UMOA, réuni en séance extraordinaire à Dakar, va prendre la décision de le nommer gouverneur à compter du 1er janvier 1994 (pour un mandat de six ans) lors d’une séance présidée par Ousmane Ouédraogo, ministre d’Etat, ministre des Finances et du Plan du Burkina Faso. Quelques jours plus tard, le mardi 7 décembre 1993, sera annoncée officiellement la mort du « Vieux ». Le franc CFA sera dévalué le 11 janvier 1994 au lendemain de l’institution, le 10 janvier 1994, de l’UEMOA. Le jeudi 31 mars 1994, Konan Banny prêtera serment.

Konan Banny et Ouédraogo vont avoir à mener la rude bataille de l’après-dévaluation qui profite à la Côte d’Ivoire mais pas aux autres pays membres de l’UEMOA. La dévaluation a changé la donne économique et politique au Burkina Faso. Le président Blaise Compaoré va remplacer son premier ministre, Youssouf Ouédraogo (qui avait été le premier Premier ministre de l’après-« Rectification », nommé à ce poste le mardi 16 juin 1992), par Roch Marc Christian Kaboré. Qui va former un gouvernement où les « libéraux » l’emportent sur les « pragmatiques », ceux qui avaient assuré le passage de la « Révolution » à la « Rectification », acceptant de jouer la règle du jeu international (PAS, privatisations, déréglementation, etc.) sans pour autant abdiquer toute approche sociale et souverainiste de la gestion des affaires publiques.

Illustration politique de cette évolution stratégique : en février 1996, l’Organisation pour la démocratie populaire (ODP-MT), parti présidentiel créé en 1989, se transformera en Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) qui se réclame de la social-démocratie. Du même coup, l’opposition libérale, qui voyait son « territoire » politique amputé, se regroupera en Alliance pour la démocratie et la fédération (ADF) sous la férule de Hermann Yaméogo, ministre d’Etat. La création du CDP va être l’occasion, pour le Premier ministre, de donner son congé. Il est remplacé par… Kadré Désiré Ouédraogo.

KDO débarquera à Ouagadougou le 6 février 1996 ; il arrive de Dakar. Si le premier Premier ministre de la IVème République (Y. Ouédraogo) était un authentique politique ayant une excellente formation d’économiste, si le deuxième (Kaboré) était plus un gestionnaire des politiques publiques qu’un homme politique (même s’il a été vice-président de l’ODP-MT), le troisième (KDO) est donc essentiellement un économiste. Son premier gouvernement, formé le 9 février 1996, ne sera d’ailleurs qu’une reconduction du précédent cabinet à trois exceptions (mineures) près.

La nomination comme Premier ministre de KDO, un homme neuf qui n’avait pas connu les luttes politico-militaires de la « Révolution-Rectification », exprimait la perception de l’évolution des choses : la situation du Burkina Faso était, cette fois, selon Compaoré, normalisée et les enjeux politiques devaient désormais s’exprimer dans le cadre constitutionnel et institutionnel. Une normalisation qui permettra de donner la priorité à l’action économique. Et diplomatique. Compaoré se préparait à une échéance majeure : l’organisation à Ouaga du sommet France-Afrique dont le thème (gouvernance et développement) « est au cœur de nos préoccupations, le débat sur l’organisation de nos Etats, sur la manière d’obtenir de meilleurs résultats, sur la bonne gestion du secteur public, sur l’encadrement des activités privées [étant] central », dira Compaoré dans Jeune Afrique (20-26 novembre 1996), à quelques jours de l’ouverture du sommet. Dans sa conclusion, lors du sommet, Compaoré déclarera : « Si l’Afrique devait rester en marge des préoccupations de l’ordre mondial du 3ème millénaire, alors elle sera forcément une bombe et ses radiations se répandraient certainement loin ».

Quelques mois avant la tenue du sommet France-Afrique, le mardi 3 septembre 1996, KDO aura entrepris de remanier son gouvernement. Innovation majeure : il s’attribuera le portefeuille de l’Economie et des Finances jusqu’alors entre les mains de Zéphirin Diabré (qui occupera, peu de temps, la présidence du Conseil économique et social avant d’aller réfléchir à Harvard, avec Jeffrey Sachs, sur le devenir des économies africaines).

Hormis cela, il n’y aura pas de bouleversements majeurs. Il faudra pour cela attendre les législatives du 11 mai 1997. Première élection pour KDO qui se retrouve député dans sa province du Sanmatenga. Succès éclatant pour le CDP qui remporte 101 des 111 sièges. L’opposition parlementaire est laminée. Dans le nouveau gouvernement formé le 10 juin 1997, on notera la disparition de Hermann Yaméogo, leader de l’ADF (qui n’avait obtenu que deux sièges à l’Assemblée) et qui était membre du gouvernement depuis 1991 (ministre d’Etat depuis 1992). Le premier ministre, quant à lui, abandonnait l’Economie et des Finances qu’il confiait à Tertius Zongo (jusqu’alors sont ministre délégué pour les Finances et le Développement économique).

A suivre

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

Messages

  • Très beau parcours Mr KADRE vous êtes vraiment un CADRE. Heureusement k l faso a des gens comme vous. Tout le monde a été unanime sur le fait k vous avez été un bon 1er ministre. Bon vent à vous, inchalah vous serez le prochain chef de la comission de la CEDEAO.

  • J’espère qu’il aura ce poste car c’est un homme très compétent, très humain et qui a le sens de l’intérêt général.C’est de tels hommes dont le pays a besoin !C’est une chance pour la commission d’avoir un KDO.oui un vrai cadeau !
    L’amiral

  • jusqu’a preuve de contraire ce monsieur est je dirai le meilleur premier ministre que le regime de compaore ait eu. les politiciens de l’epoque ont eu sa peau. la CEDEAO pourrait etre un tremplin pour lui pour revenir en 2015 peut etre dans le parti de Zeph. qui sait ? en tout cas nous osons esperer que les intello qui ont eu leur periode de retrait de la scene politique au Burkina ne reviendront pas danser dans la boue du CDP sur des melodies macabres du capitaine Blaise Compaore.

    • Sniper, Je partage votre avis l’avis de mes predecesseurs. Kadre est un intellectuel de calibre et un fin politique, contrairement a ce que l’auteur de l’article pense.Il est pour moi le Meilleur Premier Ministre du regne Compaore. L’intelligence et l’humilite de Kadre sont d’un charme qui desarme ses adversaires. Il n’est pas comme ces faucons politiques inintelligents. Il respecte ceux qu’il a vaincu, et ce n’est pas donne a tous. Je crois que si la Diplomatie burkinabe a mis les petits plats dans les grands, Kadre doit pouvoir passer. Son Cv est assez expressif. Je lui souhaite beaucoup de chance. Il est l’un des Compatriote et CDPiste dont je suis tres fier.

      Bonne chance a Kadre.

  • Je reconnais la valeur intellectuelle de KDO.Il pourrait ben servir notre CEDEAO s’il fait siennes les valeurs de cette institution ( respect des règles démocratiques,lutte contre les tripatouillages constitutionnels)etc. Lancé dans la bataille pour ce poste par des défenseurs de la présidence à vie, il faut craindre qu’il ne prenne leur idéologie et se mette à pactiser pour les modifications constitutionnelles seule actuelle visée des CDPistes de Ouagadougou.
    Prend garde KDO, les peuples de la CEDEAO et du monde vont marcher sur Abuja s’il en est ainsi.

  • KDO est un Africain ; un homme honnete et epris de compassion de te loyate pour cette Afrique
    Que Dieu l’aide pour ce ^poste

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