Promotion des langues nationales : La clé de voûte de notre développement

vendredi 14 mai 2010

« Les langues nationales, leviers du développement socio- économique et culturel du Burkina Faso », c’est sous ce thème que s’est tenu du 10 au 12 mai le forum national sur les langues burkinabè. Au nombre des dix communications qui ont été données pendant ces trois jours, celle de l’ancien ministre de la culture Mahamoudou Ouédraogo sur " les langues nationales dans la consolidation de l’identité culturelle" a beaucoup retenu l’attention du public. Entre le rôle de l’Etat et la responsabilité de chacun, le diagnostic du Dr Ouédraogo est sans appel : « nous sommes malades de nos langues ».

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« On ne peut pas se développer en mettant à la poubelle nos langues nationales et en empruntant les langues étrangères », c’est la ferme conviction de Mahamoudou Ouédraogo. Pour lui, notre développement est intimement lié à celui de nos langues. « En général les pays les plus forts et les plus riches ont gardé leurs langues », constate- t- il. Dans ce sens, toutes les langues doivent être défendues et préservées. Pour la survie et l’épanouissement de nos langues, l’ancien ministre de la culture pense que le combat commence dans la cellule familiale. « C’est au sein de la famille que commence la valorisation de la langue nationale. Chacun de nous individuellement et familialement est responsable de la vie et de la vitalité des langues nationales », affirme- t-il en substance.

Il affirme que sans le savoir, nous creusons nous- mêmes les tombes de nos langues nationales. De plus en plus dans les centres urbains, ils sont nombreux ces enfants de fonctionnaires et autres qui ne peuvent s’exprimer dans leur langue maternelle. Pourtant, chaque langue se suffit à elle- même et suffit pour la communication. Le village étant l’épicentre et le foyer ardent de nos langues nationales, Mahamoudou Ouédraogo recommande aux parents vivant en ville d’y faire un pèlerinage chaque année. « Ne pas y amener les enfants, c’est leur faire du tort », a- t- il martelé. Dans l’optique de permettre au village de garder ses valeurs, il faut veiller à perpétuer les coutumes tels que les contes au clair de lune, les proverbes, etc. car c’est là que la langue se nourrit, s’alimente et enrichit les locuteurs.
L’Etat doit définir une politique linguistique.

Dans cette lutte pour la promotion de nos langues nationales l’ex-patron de la culture burkinabè note que le rôle de l’Etat est fondamental. « La politique linguistique est du ressort de l’Etat car il lui revient de faire un réaménagement linguistique permettant de dire clairement ce que nous faisons de nos langues nationales ». Ce réaménagement linguistique devra permettre la coexistence et l’épanouissement de toutes les langues. Chaque langue dira- t- il, a le droit de vivre, de prospérer et d’avoir des locuteurs qui sont fiers de la parler. Il est du rôle régalien de l’Etat de protéger chaque langue car selon M. Ouédraogo, quand une langue disparaît c’est une perte irrémédiable et incommensurable.
Autre action à privilégier aux yeux du communicateur, c’est la collaboration étroite entre les ministères des enseignements et celui de la culture. Il fait remarquer que le bras armé par excellence de la culture est la langue et la langue est un moteur de l’histoire.

Sans la culture, ajoute- il, il y aura toujours un élément qui va manquer à toute dynamisation de politique linguistique dans un pays. Tout en déplorant l’absence des dictionnaires de nos langues nationales sur google, Mahamoudou Ouédraogo souhaite que toutes les langues nationales de notre pays aient des dictionnaires, quitte à y introduire les idées scientifiques et philosophiques, les concepts et expressions. Il suggère la création à nouveau de la “commission langues nationales et médias” qu’il avait eu l’honneur de diriger au début des années 80. La mission de cette commission était d’amener les journalistes des radios, des télévisions et de la presse écrite à avoir des plages et des pages en langues nationales. Les médias traditionnels comme les mass- médias constituent à ses yeux la plateforme d’essor des langues dans le monde.

Avant de terminer sa communication, Dr Mahamoudou est revenu sur la richesse que constituent les langues que nous ont léguées nos parents. « Nos fondamentaux se trouvent dans nos langues », a- t- il laissé entendre. Selon lui, on n’a pas besoin de mettre nos langues sous perfusion linguistique. « Nos langues ne sont pas malades, sauf de nous- mêmes », a dit M. Ouédraogo. Il reconnaît par ailleurs que nos langues peuvent emprunter d’autres langues dans leur dynamique mais il ne faut pas qu’on laisse tomber nos langues. La promotion de nos langues nationales nous permettra de développer nos savoirs locaux et autochtones. « Si nous avons conscience que les langues sont aussi vitales que la prunelle de nos yeux, si nous sommes conscients que l’air que nous respirons, c’est aussi important que les langues que nous devons parler, c’est l’amorce du développement véritable de notre pays », conclut-il.

Koundjoro Gabriel KAMBOU

Lefaso.net

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Messages

  • Sans connaître la méthode journalistique, mais aujourd’hui, je crois que la mise en ligne du texte du communicateur serait plus utile qu’un commentaire qui n’est pas aussi fidèle à l’idée. Bon, je ne sais pas comment ça marche mais dites-nous où trouver les textes au moins. Nous pourrons réagir sans tomber dans la délation.

  • C’est très curieux que 50 ans après les indépendances, un ancien ministre de la culture qui n’a rien fait pour transformer nos langues nationales en langues de travail dans l,administration et à l’École, organise une conférence pour incanter les bienfaits des langues nationales.

    La survie de nos langues ne dépend pas de nos familles mais de l’État. Si à l’École on enseignait aux enfants en langues nationales, ils les parleront en famille. On ne peut pas humilier au quotidien ceux qui ne comprennent pas français et prétendre qu’on est intellectuel et q’on fait la promotion de nos langues.

    De grâce, arrêtez d’organiser des colloques et agissez, si vous êtes vraiment convaincus de ce que vous dites.

  • Bonjour,
    j’ai l’habitude de visité votre site dans le but d’avoir des nouvelles. je suis en cote d’ivoire et nous avons travailler sur certaines notamment la Tagbana au nord. Un site web WWW.TAGBANA.com , Je peux vous apporter mon expérience

    • Djontchie, on parle des langues, toi tu viens ici nous parler de languettes comme ce machin Targbara(en Dagara- Lobi, ca veut direquelque chose qui ne pese pas lourd, qui ne vaut rien. Prochainement si tu viens sur ce site, ca doit etre simplement pour chanter les louanges et les bienfaits de tes maitres sinon un esclave qui se rebelle c’est pas bon hein.
      Mais merci de me dire que je t’ai ouvert les yeux.

      Ton maitre Kambire Wimbele, Etudiant au Maroc.

  • Une langue n’est pas un simple moyen de communication ; elle véhicule la culture d’un peuple et sa vision du monde. L’école étrangère nous inculque une culture étrangère et une vision du monde étrangère à travers une langue étrangère, et ce depuis la maternelle jusqu’au supérieur. Je ne vois pas comment dans une telle situation on peut continuer à préserver, encore moins de hisser au niveau du français ou de l’anglais, nos langues nationales. C’est une question pratique : si l’enfant est éduqué dans et selon un certain environnement culturel, il va inévitablement épouser la langue de son éducation. Je ne vois pas comment un enfant va passer 90% de sa vie dans une langue sans que cette langue et la culture qu’elle véhicule deviennent le centre de sa vie. La colonisation a continué depuis les indépendances sous une forme peut-être plus efficace, et il faut se rendre à l’évidence. Si les pays développés valorisent leurs propres langues, comme le chante le conférencier, il faut se rappeler que dans ces pays il n’y a généralement pas 15 millions de personnes avec plus de 70 langues, ce qui est le cas au Burkina Faso et dans la majeure partie de l’Afrique. Comment gérer une telle situation de balkanisation linguistique dans des pays où les clivages ethniques alimentent les tensions, où la conscience de nation peine à naître et où l’appartenance ethnique et linguistique engouffrent très souvent le débat politique et minent le jeu démocratique ? Cette question de la place des langues nationales méritent d’être débatue à un niveau beaucoup plus profond : notre projet de sociéte et le modèle de dévelopement que nous voulons poursuivre. Il nous faut dépasser la vieille époque de la négritude. Elle nous a servi en son temps, mais l’heure est peut-être venue de hausser le débat en prenant en compte de nouveaux paramètres.

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