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Me Halidou Ouédraogo, fondateur de la FEPDHA & l’ISN - DHD : « La question de succession politique en Afrique est mal posée et elle se résout mal »

Accueil > Actualités > Opinions • • mardi 2 février 2010 à 03h15min

Maître Halidou Ouédraogo, qu’on ne présente plus au public, est une figure emblématique de la justice burkinabè. Il est aussi bien connu pour son combat en faveurs des droits humains. Celui qui a été le président du MBDHP, de l’UIDH, et président du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques (CODMPP), est vu comme un homme de conviction même si des adversaires aiment à rappeler le caractère quelque peu intransigeant de certaines des revendications qu’il a porté à bout de bras.

Même convalescent, Me Halidou Ouédraogo, qui est rentré dans l’histoire des luttes socio-politiques du Burkina, a tenu à léguer aux générations futures, deux institutions de formation sur les droits humains et le développement : la FEPDHA et l’ISN-DHD. Nous sommes allés à sa rencontre pour en savoir davantage.

L’Hebdo du Burkina (HB) : Après une brillante carrière dans la magistrature burkinabé (président des juridictions de Gaoua et de Fada, premier président de la cour d’appel de Ouagadougou, président des TPR, président de la Chambre administrative des Hautes Cours d’Etat et de la Cour suprême, conseiller juridique à la présidence du Faso), vous avez décidé au final en 2005 de porter la toge d’avocat à la veille de la retraite, pourquoi ?

Me Halidou Ouédraogo (H.O) : Merci. Votre question est pertinente et réveille en moi une nostalgie profonde et une grande tristesse. En effet, j’ai embrassé la carrière de magistrat en 1976, à la fin de mes études en Droit. Mon serment accepté par la Cour d’appel de Ouagadougou en 1978, j’ai mis du mien à exercer cette profession en y mettant la hauteur de la fonction et la proximité du justiciable au cœur de nos préoccupations.

Muté en pays lobi, puis dans le Gourma, j’ai rejoint Ouagadougou en 1983 ou j’ai souvent exercé à la tête des juridictions que vous citez avec détermination et volonté, ayant bénéficié des conseils et la solidarité de mes collègues, tous grades et positions confondus. Nous créeront ensemble en 1983, le premier syndicat des magistrats africains : le Syndicat autonome des Magistrats voltaïques qui deviendra le Syndicat des Magistrats Burkinabé avec une plate-forme audacieuse et courageuse qu’ensemble nous avons habité jusqu’en 1990.

Il s’agissait d’œuvrer à une justice indépendante, rigoureuse, de proximité, socle d’une démocratie réelle. Cet engagement a été endossé par moi à tous les instants, à travers ma carrière de magistrat des temps modernes que j’inscrivais dans le cadre d’une Afrique qui s’éveille et d’un continent à la recherche de la liberté et du développement.

Du syndicat, je suis passé au domaine des droits de l’Homme où nous avons créé le Mouvement Burkinabé des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP) et l’Union Interafricain des Droits de l’Homme (UIDH). Notre souci majeur et constant était la recherche de la justice tout court, d’une démocratie véritable et d’un développement du possible, c’était sans compter la nature de l’Etat.

D’Etats africains, l’Etat burkinabé, omniprésent avec leurs forces dominantes (stratification sociale, instruments de domination, déficit de partages s’engageant dans la défense, la protection et la promotion des droits de l’Homme, je me suis convaincu à tort que je n’avais de limite que ma volonté et la mort.

Face à notre entreprise nous avons connu des moments heureux, mais aussi la répression. Ma carrière de magistrat bien qu’assurée a été saccadée, souvent brisée, mais aussi reconstruite (retard dans les avancements, licenciements, privations de libertés et j’en passe).

La césure qu’a constituée l’affaire Norbert Zongo nous a mis au centre de l’actualité, faite de refus et de résistances, de revendication de justice et de liberté. Alors que mon ministère de tutelle m’a fait passer par des fourches caudines, je me voyais notifier un matin de novembre 2003 de choisir entre rejoindre le ministère de la Justice, reprendre du service à ce niveau ou rester dans le mouvement de la société civile où j’étais et être licencié.

Mon refus a été net. Monsieur le ministre, je ne vous donnerai pas l’occasion de me licencier une deuxième fois, je rendrai le tablier au 1er magistrat du pays. C’est-à-dire à son Excellence Monsieur Blaise Compaoré, Président du Faso, chef de l’Etat. Je cumulais en ce moment 29 ans de loyaux et dignes services dans la magistrature de mon pays. J’étais à un an de la retraite. Et c’est ainsi que j’ai démissionné et choisi de servir comme avocat, l’autre face de la justice.

Votre question réveille en moi nostalgie et tristesse parce qu’elle met à nu, le choix cornélien que j’ai eu à faire. Je me sens bien dans ma nouvelle peau d’avocat.

En juin 2008, vous avez procédé au lancement de votre « Fondation pour l’étude et la promotion des droits humains en Afrique (FEPDHA) » et de l’Institut Sud/Nord pour l’enseignement et l’éducation des droits de l’Homme et du développement (ISN/DHD). Comment évoluent vos deux institutions sur le terrain ?

C’est exact, j’ai lancé en juin 2008 les deux institutions que sont : la Fondation pour l’étude et la promotion des droits de l’Homme et le développement en Afrique (FPDHA) et l’Institut Sud/Nord pour l’enseignement et l’éducation des droits de l’Homme et du développement (ISN/DHD). Les deux institutions évoluent bien. Il faudra relativiser. Parce que tout début est difficile.

En un an et demi, nous avons écrit notre premier rapport d’activités succinctement, nous avons matérialisé deux accords de coopération et de collaboration avec l’Institut supérieur d’informatique et de gestion (ISIG) et l’Université libre du Burkina (ULB).

Au terme de ces accords ces institutions mettent à notre disposition leurs locaux d’enseignement. En revanche, nous donnons un cours des droits de l’Homme niveau Master à l’ULB et nous nous préparons à en faire de même à l’ISIG. Plusieurs formations en droits de l’Homme ont été données :

* En juillet 2008 sur les problématiques des droits de la femme à 70 femmes leaders d’opinion ;

* sur la décentralisation sur demande du collectif des ONG de la société civile dans la plupart de nos régions et ont concerné les élus locaux (conseillers municipaux, des maires, les préfets et autres agents des services décentralisés déconcentrés de l’Etat) ;

* Tout au long de l’année 2008 - 2009, a été commémoré le 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 dans 10 régions sur les 13 que compte notre pays ;

* Nous organisons du 13 au 14 Février 2010, un atelier résidentiel sur le thème VIH/SIDA et Droits de l’Homme qui réunira à Koubri une trentaine de leaders de la société civile œuvrant sur le terrain de la lutte contre le VIH/SIDA.

Les projets majeurs de l’Institut sont écrits et sont en train d’être domiciliés chez nos partenaires. Nous sommes en droit d’être satisfaits en une année d’exercice et c’est l’occasion de remercier nos partenaires financiers tels la Fondation Royon de Lumière (Italie) IRIS Afrique, UEMOA, le cabinet d’Avocat SIDIWAOUGA et les personnalités physiques qui ont accompagné notre action.

La FEPDHA et l’ISN-DHD sont deux institutions de formation de la jeunesse africaine sur les droits humains, le développement etc. Quel est le public cible et les modalités d’inscription ?

Le public cible visé par nos deux institutions sont les suivants : Les grands commis de l’Etat, les parlementaires et membres des institutions, les magistrats et les avocats, l’armée, la police judiciaire, la jeunesse dans toutes ses composantes scolarisées et non scolarisées, les membres et responsables de la société civile. S’inscrivent ceux qui veulent se former et comprendre les droits humains pour se protéger et mieux protéger nos institutions.

De nos jours combien d’institutions et d’universités travaillent en partenariat avec la FEPDHA et l’ISN-DHD ? Y a-t-il de nouvelles perspectives ?

J’ai mentionné l’ISIG et l’ULB. Nous avons des projets avec l’Ecole Nationale de la Police. Nous visons d’autres partenaires au Nord : Institut Réné Cassin de Strasbourg (France) pour les droits de l’Homme. Colombya University (USA) et d’autres institutions. Oui nous avons de nombreuses perspectives.

La vraie démocratie rime primordialement avec le respect des droits de l’Homme et l’éveil de conscience des populations. Malheureusement l’Afrique accuse toujours du retard en la matière. La FEPDHA et l’ISN-DHD reçoivent-ils des soutiens multiformes d’ONG, d’Etats africains et d’institutions internationales ?

L’accueil fait à nos deux institutions sont prolixe et riche. A l’intérieur, nous avons les encouragements des institutions suivantes : le ministère des Droits humains, le ministère de la Justice, la primature, la Présidence du Faso et l’UEMOA. Avec aussi des personnes morales de la société civile telles que : ONG de développement, ONU des droits humains, syndicats etc. Nous avons également les encouragements du gouvernement du Sénégal.

Parlant du dysfonctionnement des droits humains en Afrique, ne pensez-vous pas que la pléthore des associations et mouvements de défense de droit de l’Homme fragilise la lutte ?

En la matière on n’est jamais de trop. Le champ qui recouvre les droits humains est très vaste. Il faut souhaiter avoir des organisations faîtières et des leaders courageux et honnêtes. Nous en avons dans les domaines institutionnels, ceux économiques, sociaux et culturels. Il faut cependant agréger les activités et créer une synergie dans un mouvement social vaste et profond, vigilant et vecteur de renforcement de la démocratie et du développement.

Pour le cas spécifique du Burkina, on y dénombre des dizaines de mouvements de défense de droits de l’Homme. Pourquoi se fractionner si réellement on mène un combat commun.

Nous avons dans notre pays beaucoup d’acteurs et un déficit dans le domaine des droits de l’Homme. Il faut déplorer le volontarisme, le manque de consistance, le situationnisme, mais ici, tout le monde sait qui s’engage, qui lutte et qui plaisante. Un courant unitaire sous forme d’unités d’actions se dessinera et prendra nécessairement corps avec la lutte de notre peuple.

Quel sera l’apport de la FEPDHA et de l’ISN-DHD dans le rapprochement des différents mouvements des droits de l’Homme au Burkina et en Afrique en général ?

Dans les domaines de l’éducation et de promotion, nous sous-entendons généralisation et rapprochement. Nos apprenants viennent des pays du Sud et des pays du Nord. Nos enseignants proviennent des mêmes horizons.

Cette année 2010 verra l’élection présidentielle au Burkina, au Togo, en Côte d’Ivoire, en Guinée (Conakry). Quels sont vos vœux ?

La question de succession politique en Afrique est mal posée et elle se résout mal. Nous souhaitons des Etats de droit véritable fondés sur des lois fondamentales qui ne sont pas manipulées et qui permettent des alternances démocratiques. Dans les 4 pays cités, nous souhaitons un bon déroulement des scrutins et des processus électoraux.

Interview réalisée par Théodore ZOUNGRANA (tzoungrana@yahoo.fr)

L’Hebdo

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