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Différend frontalier Burkina-Bénin : Kourou/Koalou déclarée zone neutre

Accueil > Actualités > Diplomatie - Coopération • • vendredi 22 mai 2009 à 02h36min

Comme convenu lors de leur rencontre de travail, le 11 mai dernier à Ouagadougou sur leur différend frontalier, les délégations burkinabè et béninoise se sont retrouvées ce mercredi 19 mai 2009 sur les lieux du litige. A Pama et à Kourou/Koalou (zone litigieuse), il s’est agi d’instruire les autorités administratives locales à une gestion pacifique de la zone et de sensibiliser les populations frontalières à une cohabitation harmonieuse.

Kourou/Koalou ou 68 km2 de bande de terre qui divise depuis plusieurs années deux pays voisins, le Burkina Faso et le Bénin. Un os dans la gorge des autorités des deux pays dû à une interprétation contradictoire des textes juridiques sur une portion d’à peine 10 km de terrain.

Afin d’éviter le pire, les présidents du Burkina Faso, Blaise Compaoré et du Bénin, Yayi Boni, ont jugé bon de saisir la Cour internationale de justice pour régler définitivement le litige. Mais en attendant ce verdict du tribunal international qui prendra certainement du temps, il s’agit pour les deux pays, de trouver ensemble les voies et moyens de garantir à leurs populations frontalières, un espace paisible et convenable. C’est ainsi que lors de la rencontre ministérielle le 11 mai dernier à Ouagadougou, les délégations des deux Etats ont convenu de se retrouver le 19 mai 2009 à Pama et à Koalou.

A ce jour, toutes étaient en effet au rendez-vous. La délégation burkinabè, conduite par le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Clément Sawadogo et le ministre de la Sécurité, Emile Ouédraogo ainsi que les autorités administratives et militaires locales, était la première à arriver sur les lieux à Pama. Après plus d’une heure d’attente, elle a accueilli à la sortie de Pama, l’importante délégation béninoise ayant à sa tête, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Armand Zinzindohoué et le ministre de la Décentralisation, de la Gouvernance locale, de l’Administration et de l’Aménagement du territoire, Alassane Seidou.
“En respectant scrupuleusement notre rendez-vous, nous témoignons de l’importance que nous accordons aux relations entre nos deux pays et nos deux peuples”, s’est rejoui d’entrée, le ministre burkinabè Clément Sawadogo, une fois les deux délégations installées dans la salle de réunion de la mairie de Pama pour les travaux.

Après la rencontre du 7 mars 2008 à Porga et à Koalou entre les ministres en charge des frontières, a poursuivi Clément Sawadogo, “Nous voilà aujourd’hui encore armé de la même détermination de faire de la localité de Kourou/Koalou, un exemple réussi de gestion pacifique et de coopération entre les localités frontalières de nos deux pays”. Du côté béninois, le ministre Armand Zinzindohoué a affiché le même optimisme : “Béninois et Burkinabè ont des liens de sang. Nous avons la même histoire et la même géographie. C’est justement pour préserver ces relations séculaires que nos deux chefs d’Etat ont vu juste et ont pris une décision de grande sagesse en décidant de saisir la Cour internationale de justice”.

Kourou/Koalou, un statut particulier

Le ton étant à la recherche de la paix et de part et d’autre, un comité restreint composé des quatre ministres, du gouverneur de l’Est, du préfet de l’Atacora et de la Donga, des Etats-majors de la gendarmerie et de la police, s’est retiré pour environ quatre heures de travail à huis clos.

A l’issue de cette rencontre restreinte, face à la presse burkinabè et béninoise, le ministre de l’Intérieur de la République du Bénin prend la parole en premier lieu, pour annoncer la grande et importante conclusion de leur huis clos : “La zone de Kourou/Koalou est désormais une zone à statut particulier, une zone neutre. C’est-à-dire qu’elle n’est ni béninoise ni burkinabè”.
En clair, il n’y aura plus d’initiative unilatérale de l’un ou de l’autre Etat sur ce territoire, surtout les patrouilles des forces de sécurité.
A cela, il faut ajouter l’interdiction par les deux pays de poser des actes de souveraineté. En somme, il n’y aura plus de drapeaux d’aucun des pays, de construction d’écoles, de panneaux indicatifs etc.

“Nous ne voulons pas des comportements qui puissent compliquer les relations ou conduire à un affrontement entre les deux pays. Nous avons longuement discuté et aucune délégation ne souhaite une situation de ce genre”, a justifié Armand Zinzindohoue. La zone étant déclaré neutre par les deux parties, “comment sera-t-elle gérée ?”, se sont intérrogés les hommes des médias.
A cet effet, a assuré le ministre de l’Intérieur béninois, la délégation ministérielle a décidé de créer un Comité mixte de gestion concertée de la zone de Kourou/Koalou (COMGEC-K). Composé de 14 membres issus des deux pays, la création du COMGEC-K est aussi l’une des innovations majeures de cette rencontre.

“Désormais toute action ou initiative dans la zone se fera sous le parrainage du comité et la gestion des infrastructures socioéconomiques sera attribuée à cette structure”, a précisé le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale du Bénin, Alassane Seidou. Une sous-commission sécurité a en outre, été créée afin d’élaborer les programmes de patrouilles. Pour le ministre de la Sécurité burkinabè, Emile Ouédraogo, la création de cette sous-commission s’imposait car “en dehors de ce problème frontalier, la zone est réputée pour son insécurité, ce qui est normal à cause de la porosité de nos frontières. Il faut redoubler de vigilance parce que la situation profite aux bandits de tout acabit”.

Plus de symboles de souveraineté

Qui financera le COMGEC-K qui, assurément, aura besoin de beaucoup de moyens financiers ? Ce sont une nouvelle fois interrogés les journalistes. “Bien sûr, qu’il sera financé par les deux Etats et pour cela nous avons décidé de crééer un fonds commun de gestion de la zone”, a retorqué le ministre Alassane Seidou.
A ce sujet, Clément Sawadogo, a renchéri : “Pour alimenter ce fonds commun, chaque Etat doit pouvoir, au niveau de son budget annuel, prévoir une ligne de crédit pour la gestion de la zone concernée. Nous avons déjà des expériences en la matière et cela entrera en exécution dans nos budgets de 2010”. Pour ce qui est du droit de vote des populations de la localité, la délégation a estimé qu’elles pouvaient accomplir leur devoir de citoyen dans le pays de leur choix, car à Kourou/Koalou, le problème de nationalité ne se pose pas.

Il s’agit plutôt d’une affaire d’appartenance du territoire. “Nos échanges contribueront à faire de nos frontières non pas une ligne de séparation mais plutôt une passerelle pour le rapprochement de nos deux peuples”, a déclaré Clément Sawadogo pour clore la rencontre d’explication et d’échange avec la presse.
Toutes les zones d’ombre étant clarifiées, le long et impressionnant cortège de la délégation s’est ébranlé à Kourou/Koalou, situé à une quarantaine de kilomètres de Pama. Une population nombreuse et patiente les y attendait depuis longtemps. Dans leur adresse à la population, les chefs des deux délégations, les ont informés des décisions importantes qui ont été prises sur leur zone : la décision des deux chefs d’Etat de porter devant la Cour internationale de justice, le différend de Kourou/Koalou, la neutralité de la zone, les patrouilles mixtes, etc. “Bien que la zone soit neutre, vous devez vivre de façon pacifique dans l’entraide et la solidarité, car vous êtes tous frères”, a déclaré Armand Zinzindohoué, coupé par une voix qui s’est élevé dans la foule dans un français approximatif : “Béninois, Burkinabè, même chose”. A son tour, Clément Sawadogo a expliqué à la population, la décision des deux pays de ne pas en venir à l’affrontement et l’a exhortée à son tour, à adopter le même comportement pacifique.

Pour ce qui est des troubles qu’elle a connus par le passé, il lui a promis que personne ne viendra désormais troubler sa quiétude.
A la tombée de la nuit, c’était “mission accomplie” pour les deux délégations et la satisfaction malgré la fatigue était visible de part et d’autre. Vivement que les tensions d’autrefois soient reléguées aux calendes grecques, car ce dont les populations de Kourou/Koalou ont le plus besoin, ce sont des infrastructures, de la sécurité, etc. Bref ! le développement de leur région.

Sié Simplice HIEN


Communiqué conjoint

Suite à leur rencontre de travail tenue le 11 mai 2009 à Ouagadougou sur instruction de leurs Excellences Yayi Boni, président de la République du Bénin et Blaise Compaoré,
président du Faso, une rencontre ministérielle de travail s’est tenue le 19 mai 2009, à Pama au Burkina Faso et à Kourou/Koualou à la frontière entre les deux pays.

La délégation béninoise était conduite par Armand C. Zinzindohoué, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique accompagné de Alassane Seidou, ministre de la Décentralisation, de la Gouvernance locale, de l’Administration et de l’Aménagement du territoire. La délégation burkinabè était conduite par Clément Pengdwendé Sawadogo, ministre de l’Administration territoriale et, de la Décentralisation accompagné de Emile Ouédraogo, ministre de la Sécurité.

Les ministres étaient accompagnés de fortes délégations dont la liste est jointe en annexe.

La rencontre avait pour objet :

- d’informer les autorités locales frontalières des deux pays de la décision prise par les deux chefs d’Etat de porter le différend frontalier Burkina-Bénin devant la Cour internationale de justice ;
- d’instruire les autorités locales à la gestion pacifique de la zone de Koalou, en attendant le verdict de la Cour ;
- de sensibiliser les populations frontalières à la cohabitation pacifique et harmonieuse.

Au cours de la rencontre, les deux délégations se sont félicitées de cette décision des plus hautes autorités des deux pays, qui témoigne de
leur volonté commune maintes fois affirmée de renforcer davantage et de préserver les excellentes relations de bon voisinage, d’amitié et de fraternité entre les deux pays et les deux peuples unis par l’histoire, la géographie et les liens de sang.

Abordant la question de la gestion de la zone de Koalou/Kourou, les deux délégations ont réexprimé leur volonté commune de gérer de
façon pacifique et concertée la localité, ceci, en attendant le verdict de la Cour. Elles ont de ce fait, réaffirmé les engagements pris par les deux
parties lors de la rencontre de travail des ministres en charge des questions de frontières tenue le 07 mars 2008, à Koalou/Kourou.

A cet effet, les ministres ont réaffirmé les principes forts ci-après .

1- l’option de saisine de la Cour étant retenue, la zone de Kourou/Koualou est désormais une zone à statut particulier. De ce fait, elle n’appartient ni au Burkina ni au Bénin.

2- la non prise en compte du principe de l’effectivité dans la formation du jugement de la Cour.

La délégation ministérielle a de ce fait pris les décisions suivantes :

a) Créer un cadre de concertation ministériel sur la gestion de la zone de Kourou/Koalou. Il est composé des ministres en charge des questions de frontières, de la sécurité et de l’administration territoriale accompagné chacun d’un cadre.
Il se réunit une fois par semestre alternativement au Bénin et au Burkina. II peut se réunir de façon extraordinaire à la demande de l’une ou l’autre des parties.

b) créer un Comité mixte de gestion concertée de la zone de Kourou/Koalou
(COMGEC-K). Il sera chargé de l’animation, la sensibilisation et l’accompagnement des populations de la zone. Il s’agit d’un comité paritaire de quatorze (14) membres composé comme suit :

Pour la partie béninoise :

le préfet des départements de l’Atacora et de la Donga ;

- le secrétaire permanent de la Commission nationale des frontières ;
- le maire de la commune de Matéri ;
- le commandant de compagnie de gendarmerie de Natitingou ;
- le directeur départemental de la police de la Police nationale de l’Atacora et de la Donga ;
- le commissaire du commissariat spécial de police de Porga ;
- le commandant de Brigade spéciale de gendarmerie de Porga.

Pour la partie burkinabè :

- le gouverneur de la région de l’Est ;
- le directeur général des Circonscriptions administratives et des frontières ;
- le maire de la commune de Pama ;
- le commandant de groupement de gendarmerie de Fada N’Gourma ;
- le commandant de Compagnie de gendarmerie de Fada ;
- le directeur régional de la Police nationale de l’Est ;
- le directeur provincial de la Police nationale de la Kompienga.

La présidence du Comité est assurée alternativement par les deux pays.

Le comité se réunit une fois par trimestre sur convocation du pays organisateur. Il peut se réunir de façon extraordinaire à la demande de l’une ou l’autre des parties. Il rend compte au cadre de concertation ministériel de la gestion de la zone de Kourou/Koalou.

c) créer un fonds commun de gestion de la zone.

d) éviter toute initiative unilatérale dans la zone autre que les maisons d’habitation. En cas de manquement à la règle, le comité est immédiatement saisi.
e) Les infrastructures en cours de réalisation passent sous la gestion du COMGEC-K (deux écoles, une piste et un aménagement).
f) Mettre fin aux patrouilles unilatérales et organiser dès ce jour, des patrouilles conjointes des deux pays ;
g) Formaliser les termes du présent communiqué conjoint dans un Protocole d’Entente qui sera élaboré et signé par les deux parties lors de la rencontre des 15 et 16 juin 2009 à Cotonou.

Par ailleurs, les ministres ont instruit le COMGEC-K à :

- enlever tous les symboles de souveraineté de part et d’autre ;
- créer au sein du COMGEC-K, des sous-comités thématiques (sécurité, animation, infrastructures).

Les décisions de la présente rencontre sont immédiatement exécutoires.

A l’issue de la séance de travail, une rencontre a été organisée avec les populations de la localité de Koalou/Kourou.

Dans leurs adresses aux populations, les deux chefs de délégations les ont également informées de la décision des deux chefs d’Etat de saisir la Cour internationale de justice pour régler définitivement le différend frontalier qui oppose les deux pays. Les deux ministres ont de ce fait, exhorté les populations à s’inspirer de cet exemple pour régler dans la paix, le dialogue et la concertation les problèmes qui se posent parfois à elles dans leur vécu quotidien.

Au terme de la rencontre, les deux délégations se sont félicitées du bon déroulement de cette mission empreinte de convivialité, de fraternité et de compréhension mutuelle.

Fait à Pama, le 19 mai 2009

- Pour le Burkina Faso, Clément P. Sawadogo
- Pour la République du Bénin, Armand C. Zinzindohoue

Sidwaya

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