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Actualité africaine : Les fables politiques malgache et sénégalaise

Accueil > Actualités > International • • mardi 3 février 2009 à 02h03min

La politique apparaît de plus en plus comme un goulot d’étranglement des sociétés africaines. Perçue sous d’autres horizons comme un jeu, elle est pourtant sur le continent un théâtre ou tous les coups sont permis. En plus des promesses démagogiques, les acteurs se sentent bien obligés de boxer en dessous de la ceinture ou de se livrer une lutte sans merci pour parvenir à leurs fins. Soit au sein de la même famille politique soit entre adversaires d’obédiences opposées.

Au mépris de leur peuple, de son bien-être, du développement du pays. Il est de plus en plus coutume d’entendre dire que “les Africains ne savent pas faire de la politique”. Même si cette assertion n’est pas l’apanage des acteurs du continent au vu des dérapages constatés dans les campagnes présidentielles en France en 2007, et aux Etats-Unis en 2008, les récents épisodes du Sénégal et de Madagascar semblent donner raison à une race d’afropessimistes.

Le jeu politique s’y apparente à des fables dans lesquelles aucune retenue, aucune conscience, aucune morale ne prime sur l’intérêt et l’avenir de la Nation. Longtemps exemple de stabilité politique et de maturité démocratique en Afrique, le Sénégal est en train de s’enliser dans des crises et des contradictions profondes. Sa classe politique a transformé l’arène politique en une jungle ou “Un vieux singe et des louveteaux” se jouent de tous les malices pour soit survivre, soit s’illustrer politiquement.

Après avoir affaibli les autres formations, le Parti démocratique sénégalais (PDS) est confronté à une guéguerre profonde de leadership et de succession. D’un côté le père spirituel et le fondateur, le président Me Abdoulaye Wade et de l’autre des jeunes trop pressés de profiter d’un héritage du vivant de son bâtisseur. “On n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace”. Idrissa Seck et Macky Sall ont déjà appris cet adage à leurs dépens. Le mentor les a “attrapés” dans les filets d’un de ses atouts : le droit. Après avoir confié des dossiers financiers et économiques de grande envergure à ses deux proches de première heure, il n’a pas hésité à casser leurs dents devenues si longues au point de menacer son fauteuil présidentiel.

Dans un premier temps, le maître a laissé les louveteaux se disputer entre eux avant de donner le coup de grâce aux survivants. Ces combats politiques peu orthodoxes assortis parfois d’alliances contre nature ont terni la crédibilité de la classe politique sénégalaise en avilisant ses acteurs. Les espoirs suscités tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays autour du slogan “Sopi” (changement en Wolof) se sont aujourd’hui estompés. Il en est de même pour Madagascar. Sur “l’ïle à la vanille”, la rue devient dangereusement le moyen idéal pour s’accaparer du pouvoir d’Etat.

Malheureusement, celui qui subit aujourd’hui les affres d’une telle option, le président Marc Ravalomanana en est le concepteur en 2002. L’actuel maire de Tananarivo, Andrey Rajoelina est allé à “la bonne école” de son prédécesseur. Tous ont utilisé leur poids économique pour se forger une force financière au sein de leurs compatriotes et se frayer un chemin politique. Le jeune bourgmestre de 34 ans, ancien disque jocker (DJ) défie honteusement le chef de l’Etat de 60 ans tel “ le rat et le serpent”. Devant un tel scénario, l’écrivain ivoirien Amadou Kourouma peut encore s’écrier dans “Les soleils des indépendances” : “Le rat a creusé le trou pour le serpent avaleur de rat”.

Ces cas du Sénégal et de Madagascar ne sont que les faces visibles du paradoxe observable dans la quête et l’exercice du pouvoir d’Etat en Afrique. Ils mettent à nu une triste réalité : “La politique s’y pratique dans une errance totale sans fondement ni repère”. Non seulement les moyens que les acteurs utilisent pour parvenir à leurs fins sont souvent peu recommandables et peuvent se retourner contre eux, mais aussi les politiques n’hésitent pas à s’éloigner de leur parole et de leur idéal une fois aux affaires. A travers sa frivolité et sa trahison, le politique se mue en une bête redoutable dont la voracité détruit partisans, adversaires et compatriotes.

Jolivet Emmaüs (joliv_et@yahoo.fr)

Sidwaya

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