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Hécatombe de Boromo : Ce n’est pas la volonté de Dieu, c’est celle de l’homme

Accueil > Actualités > Opinions • • lundi 17 novembre 2008 à 00h28min

Des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants transformés en torches vivantes avant de mourir calcinés pour la plupart et à peine identifiables, tel a donc été le spectacle cauchemardesque que les habitants de Boromo et des environs ont enduré en ce samedi 15 novembre de l’an de disgrâce 2008.

Au bout du décompte macabre, près de 70 cadavres et des dizaines de blessés, souvent dans un état grave voire critique, de sorte que le bilan pourrait, en définitive, être hélas plus lourd alors qu’il n’est déjà pas supportable. Quelle malédiction frappe donc le Burkina ?

De mémoire de Burkinabè, on n’avait jamais vu pareille hécatombe sur nos routes. Aussi loin que remontent nos souvenirs, on se rappelle que le 7 mars 1976 sur l’axe Ouaga-Kongoussi, un car qui transportait des femmes du projet UNESCO termina sa course folle dans un ravin. Bilan : 23 morts.

Plus près de nous, le mardi 4 mai 2004, un camion citerne chargé de gas-oil voulant effectuer un dépassement à un virage réputé dangereux à l’entrée de Niangoloko s’est retrouvé nez à nez avec un car SOGEBAF plein de passagers. Sur le coup, on dénombra 35 morts (dont 28 carbonisés).

Dans ces circonstances tragiques, on ne peut que s’associer à la douleur qui frappe les familles éplorées, certaines ayant perdu peut-être plusieurs de leurs membres dans la catastrophe. Et souhaiter qu’en la mémoire de ces pauvres gens dont le passage dans cette vallée des larmes s’est brutalement arrêtée, les autorités décrètent un deuil national pour témoigner de la compassion de la patrie entière. Comme ce fut par exemple le cas en 76 pour les "femmes de l’UNESCO".

Mais alors que les tombes des malheureux sont encore toutes fraîches et que les larmes de leurs proches coulent toujours abondamment, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les causes de ce drame et des autres accidents du même type, conséquence parfois fort logique d’une conjonction de facteurs qui rend souvent le pire inévitable.

D’ores et déjà, on parle d’une surcharge du car, qui transportait quelque 90 passagers alors que le Blanc l’a conçu pour n’en prendre que 60. Tout ce qu’il y a de banal en fait sur nos routes où, par appât du gain, les patrons envoient pour ainsi dire des cohortes de passagers à l’abattoir à bord de bétaillères de transport mixte où cohabitent bestiaux, humains et marchandises diverses.

Alors, quand la catastrophe arrive, elle est à la hauteur de l’inconscience, cela, d’autant plus que ces négriers des temps modernes ne réinvestissement pas dans le matériel roulant et le capital humain. Résultat, on voit sur nos routes de véritables épaves de ces compagnies "inch allah" (Si Dieu le veut) de véritables cercueils roulants conduits à tombeau ouvert par des chauffeurs dopés, ivres de fatigue et de sommeil. Certains ayant même institué, dit-on, des "primes de rapidité" pour leurs conducteurs, on croise régulièrement ces pilotes de Formule 1 faisant les 24 heures du Mans sur des voies dont la régularité est souvent sujette à caution.

Et cela, dans l’indifférence générale des forces de sécurité, du reste démantelées sur nos différents axes routiers, puisqu’elles s’occupaient plus des poches des usagers que de l’état des véhicules ou du nombre de passagers à bord. On se demande même parfois comment des guimbardes brinquebalantes qui n’auraient dû être qu’au cimetière de voitures obtiennent leur certificat de conformité (la fameuse visite technique) pour circuler impunément.

Si on ajoute à cela le fait que les règles les plus élémentaires du code rousseau sont foulées aux pieds ou plutôt aux pneus, il n’y a guère rien d’étonnant à ce que ces enchaînements de causes produisent des effets désastreux comme ceux qu’on déplore à Boromo.

En vérité, malgré les multiples campagnes de sensibilisation à la sécurité routière, on a souvent l’impression qu’en Afrique, on ruse, comme qui dirait, avec le destin avec nos "Dieu est grand", "Ça va aller", "Wend waoga" et autres "Allah ka bôn" qui deviennent très vite, quand le pire arrive, "C’est la volonté de Dieu".

Oui c’est sans doute Sa volonté qui a été faite, mais puisqu’il faut s’aider avant que le ciel ne vous aide, c’est d’abord le fait de l’homme, car en s’abritant systématiquement derrière la Providence, on exonère trop facilement l’être humain de sa responsabilité, qui est pleinement engagée dans l’hécatombe qu’on déplore.

Ainsi que celle de l’autorité d’ailleurs. Une délégation gouvernementale a certes été dépêchée aussitôt sur place et on a pu mesurer la gravité de la situation à la mine d’enterrement (au propre) des ministres devant les caméras de la télévision. Mais tout cela n’est-il pas aussi le fruit de la politique laxiste, celle du laisser-aller et du laisser-faire qui semble être érigée en méthode de gouvernement sous nos cieux de la IVe République ?

Une batterie de mesures et de textes est, semble-t-il, à l’étude pour limiter la casse, mais comme d’habitude, c’est le médecin après la mort ou si vous préférez le ministre après la tragédie. On ne serait donc pas étonné qu’après ce samedi noir, on retombe, l’âme en paix, dans la routine coupable. En attendant le prochain drame.

La rédaction

L’Observateur Paalga

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