"Silence radio" : Des contrôleurs aériens de l’ASECNA répondent à Pafadnam

mercredi 13 août 2008 à 11h47min

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Yarcé Pafadnam

Du 29 au 31 juillet 2008, des contrôleurs aériens de l’ASECNA de notre pays, à l’instar de ceux de sept pays, ont observé un mouvement dit de "Silence radio". C’était suite à l’appel de la Fédération des associations professionnelles des contrôleurs aériens de l’ASECNA (FAPCAA), qui, du reste, a été dissoute par le Conseil des ministres du 4 août...

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Les contrôleurs ne semblent pas baisser les bras à travers cette réponse au représentant de l’ASECNA au Burkina, Yarcé Boukary Pafadnam, paru le 31 juillet 2008.

Suite à l’interview que vous a accordée monsieur Yarcé Boukary Pafadnam, Représentant de l’ASECNA auprès du Burkina Faso, dans le numéro 7188 du jeudi 31 juillet 2008, il nous a paru indispensable de réagir. Notre démarche vise non seulement à éclairer davantage l’opinion publique sur ce "silence radio" qui a perturbé le fonctionnement de l’aéroport de Ouaga (contrairement à ce que laisse croire M. Pafadnam) et paralysé entièrement celui de Bobo, mais aussi à restituer la vérité que M. le Représentant a sciemment brouillée.

En lisant l’interview, on note tout de suite le ton passionné, menaçant, allant même jusqu’à nous qualifier de "petit lobby de contrôleurs qui veulent semer la pagaille". Visiblement, M. le Représentant est déterminé à "casser" du contrôleur et nous le comprenons.

En effet, il y a quelques mois, il a tenté de façon unilatérale et solitaire d’interdire l’utilisation des téléphones portables à la tour, et s’est heurté à une détermination des contrôleurs lui ayant contraint à ranger sa mesure dans ses tiroirs. Cette affaire lui est restée au travers de la gorge. C’est pourquoi ses analyses, dans la présente crise, quittent le terrain de l’objectivité pour sombrer dans celui de la subjectivité, avec de forts relents de règlements de comptes.

Entre la pensée unique et le droit à la différence, entre la "fermeté" et le refus du droit de revendiquer, il y a un grand fossé, que M. Pafadnam a vite franchi. Nous l’invitons donc à dépassionner, car c’est justement cette attitude "va-t-en guerre" (qu’il confond à la fermeté) qui fait que l’ASECNA se trouve aujourd’hui dans cette impasse.

Le "silence radio" est un arrêt d’un aspect du travail. En clair, seuls les vols VIP avec chefs d’Etat à bord, humanitaires et les évacuations sanitaires sont gérés par les contrôleurs, contrairement à M. le Représentant, qui prétend que "le silence radio veut dire qu’ils ne répondent pas aux avions". D’ailleurs l’ASECNA a été déboutée par l’inspection du travail du Niger qui a fait la nuance entre "silence radio" et "grève".

Le droit de grève est reconnu à tous les travailleurs, qu’ils soient organisés en syndicats ou pas, et le code du travail est très formel à ce sujet. Cette mise en branle de la justice pour contrecarrer le mouvement n’est donc qu’une fuite en avant de l’ASECNA qui refuse d’apporter des solutions à des problèmes maintes fois posés et jamais résolus. Mais "Comment en est-on arrivé là ? ".

A cette question centrale du journaliste, M. le Représentant s’est étalé sur le caractère "illégal" du mouvement en s’accrochant au protocole d’accord comme bouée de sauvetage pour conclure "qu’on ne comprend pas le motif réel de cette grève dont la principale revendication est le recrutement des agents de niveau BAC+2". Mais M. le Représentant, vous n’avez pas répondu à la question.

"Comment en est-on arrivé là ?". Il ne peut pas comprendre puisqu’il est convaincu qu’il s’agit d’un "petit lobby de contrôleurs qui veulent semer la pagaille". Prenons de la hauteur et interrogeons-nous froidement : "Comment en est-on arrivé là ?". Dans le souci de ne pas rester en marge du dialogue social et de résoudre les problèmes dans le cadre de ce dialogue social, les contrôleurs ont effectivement signé le protocole d’accord.

C’est la violation répétée des clauses de ce protocole qui pose problème aujourd’hui. Violation perpétrée par ceux-là mêmes qui l’ont initié, c’est-à-dire les plus hautes autorités de l’ASECNA. En effet, le comité des ministres a adopté en 2003 une résolution sur le relèvement du niveau d’accès à la formation des contrôleurs à BAC+2. L’application de cette résolution, qui a été reprise dans tous les protocoles d’accord qui se sont succédé, n’a jamais vu le jour.

C’est tout logiquement donc que le relèvement du niveau de recrutement soit l’un des points saillants de la plate-forme revendicative des contrôleurs. En présentant le problème tel qu’il l’a fait, M. le Représentant désinforme plus qu’il n’informe, car la vérité se retrouve biaisée et pervertie. Cela se passe comme si les contrôleurs se sont réveillés un beau matin pour imposer à l’ASECNA le niveau auquel ils doivent être désormais recrutés. Une fois de plus, « Comment en est-on arrivé là ? ».

Le relèvement du niveau de recrutement a fait l’objet d’une longue lutte ayant abouti à son adoption par le comité des ministres. Cette lutte a été motivée par l’absence d’un plan de carrière du contrôleur aérien, la saignée en personnel du corps des contrôleurs au profit d’autres postes tels que les postes d’ingénieurs, plongeant ainsi les centres de contrôle en sous-effectifs chroniques.

L’objectif était donc de fidéliser les contrôleurs aériens tout en leur permettant de s’adapter à l’évolution technologique dans un secteur en perpétuelle mutation. C’est donc en connaissance de cause que le comité des ministres de l’ASECNA a adopté le 11 juillet 2003 à N’Djamena la résolution N°2003-CM-42-8 portant relèvement du niveau de recrutement des contrôleurs de BAC à BAC+2.

C’est cette résolution qui a été foulée aux pieds depuis plus de 5 ans maintenant. Il est donc indécent aujourd’hui de parler de non- respect du protocole d’accord par les contrôleurs, car ils ne sauraient accorder indéfiniment leur fidélité à un protocole d’accord violé et bafoué par ses concepteurs.

Nous espérons que cet éclairage permettra à monsieur le Représentant d’avoir un début de compréhension. Il convient de préciser que d’autres points tout aussi importants figurent dans la plate-forme revendicative des contrôleurs aériens.

Il s’agit, entre autres, de l’immersion en anglais, car le niveau 4 en anglais est devenu une norme de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), des conditions de mise en œuvre de la licence du contrôleur, de la protection juridique du contrôleur, de l’augmentation des effectifs dans les centres opérationnels, l’amélioration des conditions de travail des contrôleurs,... Les revendications des contrôleurs sont donc légitimes et il ne s’agit pas d’ « un petit lobby de contrôleurs qui veulent semer la pagaille » et « contribuer à faire éclater l’ASECNA ». L’anachronisme d’une telle analyse le dispute au ridicule.

Que gagneraient des contrôleurs aériens en faisant "éclater l’ASECNA", leur employeur ? Seul M. le Représentant peut répondre à cette question. Ne nous laissons pas distraire, car l’objectif est de déplacer le problème. Quel bilan peut-on faire en termes de participation à ce « silence radio » ?

Contrairement aux propos de M. le Représentant, le mouvement a été massivement suivi dans la plupart des centres ASECNA. De grands centres comme Niamey, N’Djaména, Libreville,... ont connu un taux de suivi de 100%.

En ce qui concerne le Burkina Faso, il est temps de lever le voile sur ce que M. le Représentant appelle « un petit lobby de contrôleurs qui veulent semer la pagaille ».

Sur un total de 22 contrôleurs, 16 ont effectivement observé le « silence radio », un était malade et deux en congé. Il n’y a donc que trois seulement qui ont travaillé, dont l’un n’est pas qualifié. Nous persistons et signons : l’un des contrôleurs n’a jamais eu de qualification ; mieux il a passé des années sans travailler et aurait perdu sa qualification même s’il en avait eu. L’objectif a été de faire fonctionner l’aéroport de Ouaga au risque de mettre en danger la sécurité des vols.

Nous condamnons avec la dernière énergie ces approximations dans un domaine aussi délicat que la sécurité de la navigation aérienne. Tous les vols à l’aéroport de Bobo ont dû être annulés, car le mouvement y a été suivi à 100%. En résumé, le « petit lobby de contrôleurs qui veulent semer la pagaille » est un groupe soudé de 16 contrôleurs sur 22, dont 4 expatriés et un contrôleur non qualifié, soit un taux de participation de 80%.

Une véritable douche froide pour M. le Représentant qui a toujours considéré la moindre revendication, même légitime, comme un défi à son « autorité ». En guise de conclusion, nous invitons M. le Représentant à dépersonnaliser « le silence radio », car il se trompe fatalement de cible. Les fossoyeurs de l’ASECNA ne se recrutent pas parmi les contrôleurs aériens.

Ils se sont toujours sacrifiés, même dans les conditions les plus extrêmes et les plus difficiles, pour assurer la sécurité des vols. C’est ce qui a sans doute permis à M. le Représentant de recevoir des lettres de félicitation et des décorations des plus hautes autorités de ce pays pour avoir su ordonner de façon sûre et efficace les vols lors des différents sommets (Francophonie, UA,...) tenus à Ouaga.

Les contrôleurs au Burkina sont confrontés à des problèmes propres à la gestion de la Représentation du Burkina, et nous aurons l’occasion de revenir là-dessus. Nous demandons la levée sans délai des suspensions de nos collègues, faute de quoi la situation va s’envenimer davantage.

Du reste, nous nous démarquons des déclarations malheureuses et hasardeuses du genre « Nous sommes la seule structure qui arrive à payer ses agents même dans les Etats en guerre ».

Merci à la presse et à L’Observateur paalga en particulier pour leur contribution inestimable à la lutte des travailleurs.

L’APCAB

Ont signé :
- N. Armand Ouédraogo, n° Mle 060 402
- Lassané Yahaya Soré, n° Mle 060 406
- Mamoudou Kaghambèga, n° Mle 060 396
- Siaka Koté, n° Mle 060 425
- Dieudonné Achille Zoubga, n° Mle 060 332
- Alain Mathieu Zida, n° Mle 060 380
- Jeannot Sawadogo, n° Mle 060 432
- Gosso Djerma, n° Mle 260 085
- Saïdou Kindo, n° Mle 060 392
- Drissa Yé, n° Mle 060 433
- Hyacinthe Naré, n° Mle 060 431
- Aristide Thiombiano, n° Mle 060 356
- Bassélougou Kazagabou, n° Mle 060 353
- Fulbert Bembamba, n° Mle 060 424
- Moumouni Sinaré, n° Mle 260 016

L’Observateur

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