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Relations entre Blaise Compaoré et Salif Diallo : Le mythe et la réalité

Accueil > Actualités > Politique • • lundi 14 avril 2008 à 12h44min

Presque trois semaines après son limogeage, le cas Salif Diallo continue d’alimenter la chronique des journaux et des gargotes à Ouagadougou. Or il n’y a rien de vraiment extraordinaire ou de nouveau dans ce remaniement ministériel. Par contre, on devine aisément que certains articles de presse sur le sujet sont inspirés par un noyau de dévoués qui, « in fine », ne rendent pas service à l’homme. En effet, c’est lui faire une mauvaise publicité que de s’attarder à le présenter comme un général faiseur de roi. Malgré le mythe qu’il a construit autour de ses relations avec le président, Salif Diallo doit tout à Blaise Compaoré, pas l’inverse.

Honoré de Balzac a dit de la presse qu’elle est comme la femme « admirable et sublime quand elle avance un mensonge, elle ne vous lâche pas qu’elle ne vous ait forcé d’y croire et elle vous déploie les grandes qualités dans cette lutte, où le public, aussi bête qu’un mari, succombe ». Alors, l’opinion publique burkinabè a-t-elle succombé ou va-t-elle succomber sous les charmes de l’acharnement calculé à faire de Salif Diallo, un holocauste, victime de la famille Compaoré ? Le gros mensonge que l’on tente d’accréditer par des analyses commandées avec insistance sur les qualités incommensurables de l’homme, sa fidélité à toute épreuve, son ardeur au travail, bref, Salif Diallo est si compétent que son limogeage ne peut être qu’un acte de pure ingratitude absurde dont seul est capable Blaise Compaoré.

Salif Diallo, d’hier à aujourd’hui

Ceux qui connaissent bien le landerneau politique burkinabè et le back ground des hommes qui l’animent savent bien que Salif Diallo est un corsaire de la République. Baroudeur du mouvement scolaire et étudiant, il n’avait aucune perspective de carrière politique dans le système révolutionnaire quand il revient de Dakar en 1985 avec une maîtrise de droit en poche. Auparavant, il avait été exclu de l’Université de Ouagadougou pour fait de grèves et manifestations illégales ayant causé des destructions de biens publics. Copté par le Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV) on ne sait trop comment il était l’un des pourfendeurs zélés de Thomas Sankara et de la Révolution d’Août 83.

Les étudiants burkinabè militants des Comités de défense de la révolution de l’Université de Dakar se souviennent bien que jusqu’au jour de son départ du Sénégal pour le Burkina, il donnait des recommandations fermes aux étudiants syndicalistes quant à la conduite à tenir à l’encontre des partisans de la Révolution. Mais de retour à Ouagadougou à un moment où la Révolution était au faîte de sa popularité rendant illusoire toute velléité oppositionnelle, mais surtout la perspective du chômage prolongé vont conduire Salif Diallo à opérer un rapide retournement de veste. Il se joint alors à la fraction dissidente du PCRV, Groupe communiste burkinabè (GCB) qui soutenait la Révolution.

C’est donc par le truchement d’un des pères fondateurs du GCB que l’étudiant maîtrisard en droit et au chômage est présenté à Blaise Compaoré, alors ministre délégué à la présidence, chargé de la Justice. Pendant longtemps, bien qu’en service au Cabinet du ministre de la justice, Salif Diallo n’était pas intégré à la Fonction publique pour la simple raison que contrairement à l’usage courant, il n’avait passé aucun concours de recrutement ni même bénéficié d’une mesure de recrutement spécial. Garçon de course de Blaise Compaoré, il ne faisait pas le poids devant les vrais ténors, civils comme militaires, acteurs de la Révolution et plus tard de la Rectification qui a porté Blaise Compaoré au pouvoir.

En vérité, Blaise Compaoré avait accepté Salif Diallo à son service sans le connaître. Il l’avait pris dans son Cabinet du ministère de la Justice pour faire plaisir à un de ses amis du groupe communiste burkinabè. Salif Diallo vivait du salaire que Blaise Compaoré acceptait de partager avec lui. En retour, l’étudiant chômeur, en véritable écuyer du tout puissant ministre de la Justice, faisait la liaison entre son Cabinet et les idéologues et/ou acteurs de premier plan du système. Sa mobylette d’écolier de marque Puchoma, couleur gris-clair, sa silhouette filiforme et ses baskets souvent mal lacés, nous nous en souvenons tous. Ce Salif Diallo, distributeur de courrier confidentiel de Blaise Compaoré en son temps n’a joué aucun rôle dans l’avènement de la Révolution.

Plus présent dans l’avènement de la Rectification, il n’a pas plus de mérites personnels, de légitimité historique qu’un Arsène Bognessan Yé, Laurent Sedogo, Gilbert Diendéré, Jean-Marc Palm, François Compaoré, Achille Tapsoba et on en passe et pas de moindre personnalité. Il n’est pas plus camarade de Blaise Compaoré qu’un Théodore Kilmité Hien, Alain Ilboudo, Gabriel Tamini, Simon Compaoré, etc. Sa fidélité au système n’a pas été plus éprouvée que celle d’un Roch Marc Christian Kaboré, Kwamé Lougué, Djibrill Bassolé, Jean-Pierre Palm etc. Certains analystes de la scène politique devraient revisiter l’histoire du Burkina avant de servir les navets sur les épopées surfaites de généraux faiseurs de président. Si une querelle de succession devrait éclater entre des héritiers putatifs de Blaise Compaoré selon leur contribution à sa grande carrière politique, Salif Diallo, serait très loin dans la queue du peloton. Mais à force d’être plus agité d’user de plus de trafic d’influence et du nom du président pour bâtir son propre nom, s’attirer les subsides de sponsors nationaux et étrangers, il a fini par se faire craindre .

Ses largesses envers des hommes de médias, des leaders de l’opposition et des militants du CDP ont complété les traits caractéristiques d’un politique puissant, entreprenant et efficace. Et pourtant, certains parmis les noms cités plus haut, avec le dixième des moyens que Salif Diallo possède mais surtout avec des instructions clairement données par le président feraient mieux que lui. C’est pourquoi pour qui connaît le paysage politique national, Salif Diallo n’a pas de destin national en dehors du parrainage du président du Faso. Il ne faut donc pas inverser les rôles. Blaise Compaoré a fait de Salif Diallo ce qu’il est et non pas le contraire. Maintenant, il reste la question de savoir si son départ du gouvernement relève d’une stratégie convenue avec le Président du Faso, le Premier ministre et lui-même ou s’il s’agit d’une disgrâce pour ouvrir la voie de la succession à François Compaoré ?

Qui pour succéder à Blaise Compaoré ?

A vrai dire, la succession de Blaise Compaoré est loin d’être ouverte. Les dispositions actuelles de la constitution lui donnent droit de briguer un autre mandat de cinq ans en novembre 2010. Au bas mot, il pourrait diriger le pays pendant encore 7 ans si telle est la volonté des électeurs, de la sienne et du cours des événements. Pourquoi poser donc prématurément la question de sa succession et de façon aussi récurrente ? Et pourquoi réduire ses héritiers potentiels à Salif Diallo et à François Compaoré, quand d’autres ténors comme Roch Marc Christian Kaboré, actuellement président du parti majoritaire et président de l’Assemblée nationale est le dauphin constitutionnel ? Mais pour rester sur le cas François Compaoré, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, il a le mérite de la discrétion et de la modestie. C’est connu, il a été malgré lui projeté au devant de la scène politique par l’instrumentalisation qu’une certaine presse a faite des affaires David Ouédraogo et Norbert Zongo.

C’est comme si la peur d’indexer directement Blaise Compaoré a poussé des contempteurs du régime pas forcément de l’opposition, à diriger leurs attaques sur François Compaoré. Et comme on ne peut pas reprocher à ce dernier une mauvaise gestion d’un projet ou d’un département ministériel quelconque, on avait trouvé le pire, lui inculquer des crimes répugnants espérant ainsi voir le président le sacrifier sur l’autel de la lutte contre l’impunité. Mais la manœuvre était grossière et relevait d’une stratégie puérile parce que François Compaoré socialement et politiquement grillé dans ces affaires scabreuses, c’est Blaise Compaoré qui ramassait tous les dégâts collatéraux.

On voit cela d’ici, bonnes gens, la tactique du loup et de l’agneau dans la fable : « si ce n’est toi, c’est donc ton frère », pire, « Si c’est toi, c’est donc aussi ton frère ». Dans cette logique, il n’est pas exagéré de dire que « les fidèles parmi les fidèles », « les camarades sûrs de Blaise Compaoré », il les connait et les a connus quand il a fallu aller au charbon pour désamorcer les crises liées aux affaires David Ouédraogo, Norbert Zongo et les quelques autres où la survie de la République était en jeu. Et pendant ces crises-là, Salif Diallo n’était pas en première ligne pour prendre des coups. N’est-ce pas qu’il est plus facile de déstabiliser les partis d’opposition en favorisant leur scission par des moyens à la limite du politiquement corrects ?

N’est-ce pas qu’il est plus facile de justifier nos propres ambitions non pas dans leur légitimité intrinsèque mais plutôt dans l’illégitimité trouvée chez les autres ? Dès lors, François Compaoré parce qu’il est le frère de l’autre devrait raser les murs ou se terrer dans les soutes des problèmes familiaux. Ni plus ni moins. Jusqu’à preuve du contraire, François Compaoré, simple conseiller économique à la présidence, membre copté du bureau politique du CDP comme des centaines d’autres militants de ce parti, n’affiche aucune ambition présidentielle, ni même ministérielle.

Le Premier ministre n’a donc pas besoin de renvoyer un ministre pour servir un dessein qui n’existe pas. Et si Blaise Compaoré veut préparer François Compaoré à lui succéder, il faudrait qu’il le fasse plus ouvertement parce qu’ailleurs ces choses se font plus crûment. Dans la même logique, si François Compaoré a des ambitions présidentielles, il ferait mieux de ne pas continuer à sommeiller à l’ombre de son grand frère au risque de prendre les coups qui lui sont destinés. Par exemple qu’un quidam se fasse limoger de l’exécutif et se découvre un destin national qu’on tente d’étouffer. Du mythe à la réalité, quel gouffre !

Djibril TOURE

Bureau politique du CDP : Une politesse excessive

Dans le compte-rendu de la réunion de son bureau politique tenu le 5 avril dernier, le CDP déclare que « Suite au remaniement ministériel intervenu le 23 mars 2008 qui a connu le départ du gouvernement du camarade Salif Diallo, premier vice-président du parti, le Bureau politique national a salué l’engagement et la détermination avec lesquels il a accompli sa mission et l’a félicité pour tous ses efforts en faveur de la promotion du monde rural ».

Tertius Zongo et Blaise Compaoré devraient se sentir tout petits dans leurs souliers, eux qui ont expliqué ce remaniement par un besoin de cohésion et de collégialité de l’équipe gouvernementale. De fait, a-t-on idée de féliciter un ministre limogé parce qu’il gênait la cohésion et la collégialité de l’exécutif ? On pourrait poser inversement la question. Le Président et le Premier ont-ils bien fait de limoger du gouvernement un ministre engagé, déterminé et de surcroît vice-président du parti majoritaire qui a déployé des efforts en faveur du monde rural ?

Quelqu’un quelque part s’est montré d’une politesse feinte à l’égard de Salif Diallo à moins que par ces félicitations ouvertes, le CDP n’ait désavoué indirectement le président et son Premier ministre pour avoir congédié inopportunément un ministre efficace à son poste ? Cela reviendra-t-il à dire que la direction du parti n’a pas été consultée ou s’est montrée réservée quant au départ de Salif Diallo du gouvernement ? A moins que comme le soutient une certaine hypothèse, ce départ n’ai été concerté entre le président, le premier ministre, la direction du parti et Salif Diallo, pour mettre ce dernier, en réserve de la République.

Mais cette hypothèse tient difficilement la route car, on ne voit pas à quelle stratégie elle répond. En effet, on n’enlève pas du gouvernement un ministre engagé et déterminé dans ses efforts pour le monde rural, au moment où le pays doit faire face à une crise alimentaire, facteur déterminant de la vie chère. On en vient à dire que Salif Diallo pourrait bien avoir quitté le gouvernement malgré lui et qu’il y a des félicitations qui pêchent par excès de politesse.

D.T

L’Hebdo

Vos commentaires

  • Le 17 avril 2008 à 20:22, par tromou En réponse à : Relations entre Blaise Compaoré et Salif Diallo : Le mythe et la réalité

    si le couvent politique actuel permet à des individus qui se revêtent des couches de personnalités d’aujourd’hui pour se hisser au firmament et d’être aux cotés de baroudeurs sans vergogne afin de se faire de la place sous un soleil sombre,je ne crois pas qu’il leur soit permi d’évoquer l’histoire de certaines personnes.s’il s’agit d’histoire, il vaut mieux commencer par celui qui est venu au pouvoir depuis 1987 et qui n’a pas encore pensé à faire autre chose que de gouverner et encore gouverner.s’il y’a des gens qui n’ont pas droit au pouvoir,qu’on passe des semaines entières à outrer parce qu’ils ne sont plus au gouvernement,nous ne méconnaissons pas la suite.c’est qu’ils croient se comporte en griots modernes pour assouvir leur propre issue.nous avons vu de tous les temps les différentes catégories de griots dont la tenue ne leur appartient pas.c’est la cas de Djibril Bassolet, Alain Yoda,Alain Ludovic Tou, Tout comme pour tout prendre et j’en passe.Nous avons eu aussi la chance de savoir qu’il y’a des colpoteurs aux pattes griffées, des crieurs publics comme pour défendre l’honneur de la nation alors que tous ces cris de hiboux aux jeux gluants,ces fascistes aux dents écartées ont trouvé une solution pour se faire connaitre et pouvoir bien profiter.c’est les mêmes qui chantent les louanges d’un chef d’etat à la manière des empereurs des années 1700.Nous les connaissons et nous leurs disons de travailler honnêtement car ces manières à la Gabonaise sont déjà débusquées et seront punis à la hauteur de leur forfait

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  • Le 3 novembre 2016 à 10:46, par Bougasse Tarboundo En réponse à : Relations entre Blaise Compaoré et Salif Diallo : Le mythe et la réalité

    Lira mieux qui lira le dernier, bref je dirais simplement que Blaise a failli en laissant longtemps certains ministre pendant des années à leur poste de sorte qu’il ont pris confiance en eux et l’élève à fini par égaler son maître.

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  • Le 3 novembre 2016 à 10:48, par Bougasse Tarboundo En réponse à : Relations entre Blaise Compaoré et Salif Diallo : Le mythe et la réalité

    Lira mieux qui lira le dernier, bref je dirais simplement que Blaise a failli en laissant longtemps certains ministre pendant des années à leur poste de sorte qu’il ont pris confiance en eux et l’élève à fini par égaler son maître.

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