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Cité univesitaire de Koudougou : ces étudiantes "enceintes" à tour de bras

Accueil > Actualités > Société • • lundi 14 avril 2008 à 11h01min

En prenant le car le samedi 5 avril dernier pour sacrifier à une invitation dans la charmante ville de Koudougou, celle-là même qui a vu naître des sommités tels Philipe Zinda Kaboré, Norbert Zongo et bien entendu le père de l’indépendance Monsieur Maurice Yaméogo, j’étais loin de savoir qu’à la faveur de cette exigence sociale, le prospecteur médiatique que je suis tomberait sur un filon.

Alors que j’étais en pleine cérémonie, mes ouies de journaliste à l’affût du sensationnel et de scoop furent attirés par la conversation de deux étudiantes. Elles parlaient sans cesse d’un Général de la gastronomie dit GEGA qui enceinterait à tour de bras des étudiantes. Le plus curieux, c’est que dans leurs commentaires sur les exploits du Général, elles parlaient de nourriture, de ventres proéminents et de cités entières où les filles tombaient enceintes après avoir consommé des aliments. Tout cela était bien bizarre. Je savais qu’il y avait des Généraux de brigade de division… mais des Généraux de gastronomie, je n’en avais jamais entendu parler. Je décidais d’en savoir plus et entrepris de me rendre, après renseignement, dans une des cités pour toucher du doigt le problème. On m’indiqua la « Cité Guantanamo ». A ma surprise devant ce nom, oh combien évocateur, on m’indiqua que cette cité située sur l’ancien site de Voltex avait été ainsi baptisée parce qu’éloignée de la ville et que les étudiantes y vivaient particulièrement recluses.

M’étant rendu dans cette cité avec des appréhensions quant au manque de communication des étudiantes sur un sujet aussi délicat, je fus surpris de trouver des jeunes filles très ouvertes et tout à fait disposées à m’éclairer sur mes curiosités.

C’est là qu’elles m’expliquèrent que les étudiantes qui mangeaient au restau U tenu par la Générale de la gastronomie, voyaient des changements substantiels dans leur morphologie. Elles prenaient un embonpoint incompréhensible comme si elles étaient enceintes.

Etudiantes à Koudougou Elles ont fini par s’organiser pour susciter des protestations. C’est ce que m’a confié Kabré Kady, étudiante en 1ère année : ‘’Les étudiants de Ouagadougou nous accusent de ne faire des grèves que pour la nourriture, mais comment voulez-vous que l’on croise les mains dans ces conditions-là ? ». Quant à Alizeta Nana, mi-railleuse, mi-tragique, elle se contente de dire : « C’est GEGA qui nous enceinte ». Je comprenais alors la nature de la conversation que j’avais surpris.

Mais d’où vient cette situation tout de même inquiétante ? Pour les filles, le problème se trouve dans la nourriture qu’elle consomme. Le bruit court selon elle que l’on mettrait du formole sur certains aliments pour que ça ne

se gâte pas. Certaines avancent même qu’il se pourrait que l’on assaisonne les différentes sauces avec du Glutamate (sorte de Maggi blanc venu semble-t-il de Chine). Il en est aussi qui affirment qu’on mettrait des vitamines dans la nourriture pour compenser, par des qualités nutritives, les quantités servies. Mais d’aucuns se demandent aussi pourquoi le phénomène n’atteint pas la gente masculine !

Justement, sur ce lieu, à Guantanamo, nous avons voulu avoir le point de vue de Seck Hamed Ouédraogo. Il a une explication qui vaut ce qu’elle vaut : ‘’Le changement de menu et la régularité des repas puisse provoquer un tel changement. Et il ne faut pas oublier que celles-ci viennent directement de la terminale. Avec la fin du stress des examens elles se sentent plus libre et cela peut aussi expliquer ça’’. Il se fera, comme de bien entendu, chahuter par les filles. Il finira par nuancer son propos : ‘’C’est vrai qu’on justifie assez difficilement qu’une grande majorité subissent ce changement seulement au niveau du ventre’’.

Mais désireux d’aller jusqu’au fond des choses, je cherchais à savoir s’il n’y avait pas des contrôles sur la nourriture servie. J’apprendrai que le Laboratoire National de Santé Public (LNSP) ne viendrait qu’une fois l’an pour le contrôle des repas. Les étudiantes diront que ce n’est pas étonnant qu’à ce rythme-là, elles soient victimes de constipations chroniques et chopent tantôt la typhoïde tantôt des diarrhées inexplicables.

Je cherchais alors à savoir si elles n’avaient pas porté des doléances au niveau du Centre Régional des Oeuvres Universitaires de Koudougou ou à leur cellule syndicale. Là-dessus, je n’eus pas de réponse convaincante, sauf que n’ayant pas d’éléments assez probants, elles auraient peur de porter de fausses accusations.

En attendant, nos étudiantes s’organisent au mieux, alternant grèves de la nourriture et séances d’abdominaux (certaines sont mêmes allées acheter des gaines pour tenter de contenir leurs ventres) mais tout cela ne semble pas avoir de bons résultats et leur situation ne finit pas de provoquer étonnement de leurs parents qui ne comprennent pas ces changements physiques tout comme des professionnels de la santé. L’une des filles expliquera qu’un infirmier venu faire les vaccinations n’en finissait pas, à leur vue, de les prévenir qu’elles ne devaient pas se faire vacciner. Elles avaient beau lui dire qu’elles n’étaient pas enceintes, il ne pouvait se résoudre à les croire.

C’est les oreilles remplies d’anecdotes du genre que j’ai pris congé de ces étudiantes. Mais alors que je m’en retournais à mon lieu d’hébergement, je me disais que tout de même, la situation méritait des inspections, à tout le moins des vérifications de l’administration car il me semble bien que ce n’est pas un phénomène naturel dont il s’agit. En tout cas, j’ai estimé qu’il fallait poursuivre l’investigation en prenant contact avec l’administration mais aussi avec le LNSP. En attendant, il ne serait pas mauvais que les parents eux-mêmes commencent à s’intéresser à cette affaire ne serait-ce que pour se parer contre des développements désagréables futurs s’il était vérifié que des produits chimiques étaient incorporés aux aliments que consomment leurs enfants !

Aristide Ouédraogo

San Finna

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