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Mme Cécile KY, directrice de la MUFEDE : “Nous sommes des sans-voix qui font tâche d’huile dans le développement”

Accueil > ONG, Coopération décentralisée • • mardi 14 août 2007 à 07h30min

Cécile KY

Au nombre des structures de microfinance qui luttent contre la pauvreté, on peut citer la Mutualité Femmes et Développement (MUFEDE) qui dépuis une dizaine d’années soutient les activités génératrices de revenus de ses membres par des crédits. En dix ans d’existence, sa directrice, Mme Cécile KY à travers cet entretien estime que la MUFEDE joue pleinement sa partition dans l’épanouissement des couches sociales démunies.

Présentez-nous votre structure.

Cecile KY (CK) : La Mutualité femme et développement est une institution de micro-finances qui a eu son agrément le 29 juillet 1996. C’est une institution qui collecte l’épargne de ses membres pour ensuite leur octroyer du crédit. La MUFEDE est présente dans six zones au niveau du Burkina Faso, dont Ouagadougou abrite le siège. Nous avons des guichets à Koudougou, Kongoussi, Pô, Diapaga et Toma. Cette structure a aujourd’hui sur l’ensemble du territoire 18 000 membres environ.

La majorité sont des femmes. Au départ, elle concernait uniquement des femmes, mais par la suite nous avons pensé qu’il faille travailler aussi avec les familles. C’est pourquoi vous constatez la présence de beaucoup d’hommes dans cette institution. Nous sommes reconnus officiellement par le ministère des Finances qui est notre ministère de tutelle dont nous en avons des devoirs et des droits aussi. Le personnel est essentiellement composé de jeunes et les membres fondateurs d’un certain âge qui supervisent un peu les activités que nous menons.

Nos activités ne se limitent pas seulement à l’épargne et aux crédits. Nous avons aussi des activités de suivi/accompagnement et des activités de formations en alphabétisation fonctionnelle pour tous les membres pour le besoin de leurs activités. Certaines personnes mêmes ne savent pas se débrouiller dans leur comptabilité en langue française si bien qu’on leur apprend à compter dans leur propre langue pour pouvoir mieux gérer leurs activités.

Nous avons initié des mutuelles de santé dans notre institution. C’est suite à un constat qu’après les crédits, certaines personnes ont des difficultés à rembourser dû à des problèmes de santé. Nous nous sommes concertés pour créer une mutuelle de santé pour permettre à ces membres-là de pouvoir se prendre en charge sans toucher à leur capital de départ. Ce qui allait avoir une entrave sur leurs activités.

En une décennie d’activités quel bilan pouvez-vous dresser ?

C.K : En une décennie d’activités, j’aime bien prendre l’exemple de ces femmes qui étaient au bord de la route qui faisaient des beignets, qui n’avaient pas de moyen de déplacement. Quand elles ont commencé à mettre de côté 200F/jour ensuite 500F, elles ont obtenu des crédits pour payer des vélos. Aujourd’hui elles ne sont plus là. Elles ont grandi dans leurs activités et certainement elles doivent rouler à moto maintenant. Ce sont des femmes qui arrivent maintenant à se prendre en charge et contribuent au besoin de leur famille en argent pour les enfants et leur mari.

Comment le travail se fait concrètement avec les familles ?

C.K : Par rapport aux familles, quand on octroie le crédit pour ne pas créer des problèmes au niveau des familles nous demandons aux membres femmes de pouvoir aviser leurs maris de la prise du crédit pour que ceux-ci soient leurs avals. Là en cas d’impayé son mari a connaissance du problème qu’il y a. Ce n’est pas une imposition mais c’est un conseil que nous donnons à nos membres. C’est pourquoi, celles qui ont accepté ce conseil-là ont leurs maris qui sont aussi membres de notre institution.

Quels sont les avantages en terme de conditions attractives ?

C.K : En terme de conditions attractives, il y a le crédit parce que quand vous sortez sur le terrain et que vous parlez de l’institution, la première question que nous recevons c’est est-ce que vous octroyez le crédit ? Nous avons voulu donc créer des produits qui puissent être adaptés aux besoins de nos membres. Nous croyons que nous avons atteint cette étape parce que nous avons un crédit que nous avons nommé « Doni-Doni » (ndlr : petit à petit). Dans ce cadre nous avons des animatrices qui vont vers les clients qui en fonction de leur moyen peuvent verser 100F, 200F ou 500F, etc. et au bout d’un mois, cela leur fait un capital qu’ils peuvent récupérer.

Quelles sont les conditions d’obtention de crédit ?

C.K : D’abord, il faut être membre de notre institution, avoir mené des activités de transaction avec l’institution pendant au moins 4 mois. Après ce délai, vous pouvez bénéficier du crédit.
La condition du crédit c’est de s’acquitter de son droit d’adhésion, sa part sociale, constituer les dossiers de crédit que nous analysons. Si le projet est bancable, on vous donne le crédit.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez habituellement ?

C.K : C’est surtout au niveau des impayés. C’est un métier à haut risque parce que nous ne sommes pas comme les banques qui demandent assez de garanties.
Nous notre garantie c’est surtout la caution solidaire du groupe. C’est un peu compliqué quelquefois parce que ceux qui ne sont pas de bonne volonté ne paient pas le crédit si bien que ça nous fait d’énormes charges pour les sorties de recouvrement.

Comment vous arrivez à faire face aux institutions concurrentes ?

C.K : Au niveau de la concurrence, c’est vrai qu’on en trouve. Nous disons qu’au Burkina Faso le terrain est assez vierge pour le moment. Chacun tire son compte. Il y a beaucoup d’activités qui se développent de jour en jour. Ces dernières années avec les problèmes de la Côte d’Ivoire, il y a beaucoup de gens qui sont rentrés, donc il y a énormément de besoins. C’est à nous plutôt de trouver les produits attractifs pour couvrir les besoins des gens.
Nous minimisons ici la concurrence parce que nous nous disons que le terrain est assez large et vaste. En tout cas ce n’est pas encore saturé au niveau de la micro-finance.

Vous avez des projets à court terme ?
C.K : Nous avons un plan de développement que nous voulons rendre opérationnel afin de rendre notre institution pérenne, viable parce que nous avons déjà 10 ans et nous existons toujours. Nous recherchons un partenaire qui puisse se fidéliser à nous. Cela nous permettra d’avoir une ligne de crédit conséquent pour pouvoir satisfaire les besoins de nos membres. Parce que jusque-là nous n’arrivons pas à le faire.

N’avez-vous donc pas de partenaires ?

C.K : Il faut dire que pour le moment nous n’avons pas de partenaire qui se soit fidélisé. Nous travaillons avec une ONG belge qu’on appelle « Solidarité Mondiale » (SM) dont le siège est en Belgique. Elle a un bureau au niveau de Cotonou.

C’est ce partenaire qui chaque année nous donne des subsides pour accompagner nos groupements, nos associations en termes de formations, de sensibilisations pour leurs activités.
Nous avons aussi ADE-Finance comme partenaire qui a développé un logiciel de gestion pour notre institution qui nous permet aujourd’hui d’avoir un traitement automatisé et d’être transparent dans nos comptabilités.

Après 10 années d’existence. Est-ce que vous avez ce sentiment de contribuer à la lutte contre la pau
vreté ?

C.K : Nous avons ce sentiment quand même que nous ne sommes pas inutiles. Nous disons que nous sommes des « sans voix » qui font un peu « tâche d’huile » dans le développement de cette nation. La preuve est que nous sommes à peu près 18 000 membres.
Aujourd’hui nous sommes dans six provinces.
Ce n’est pas négligeable. Nous contribuons au développement de ce pays même si, on ne le sait pas.

Les perspectives ?

C.K : Nous voulons compter sur ceux que nous avons aujourd’hui. Nous voulons encore satisfaire les besoins des membres.
Nous voulons que les autres guichets puissent être informatisés pour que dans toutes les zones où nous exerçons que la gestion soit transparente pour une crédibilité au regard de nos membres.

Un appel à lancer ?

C.K : L’appel que je lance aux membres, aux partenaires, à l’Etat, c’est pouvoir compter sur leur appui pour grandir. Que l’Etat nous prenne en considération parce que nous sommes une petite institution. Quant aux partenaires, qu’ils viennent nous rendre visite et ils verront ce que nous abattons comme boulot. Au niveau de nos membres nous voulons qu’ensemble nous puissions encore les satisfaire. Qu’ils nous disent leurs besoins pour que nous les prenons en compte pour développer d’autres institutions et produits.

Avez-vous un autre type de produit ?

C.K : Nous avons un produit que nous appelons lutte contre la soif qui était un projet que nous avons soumis à un partenaire qui accepte le financer.

C’est dans le cadre de la fabrique des barriques à eau. Ce projet est destiné aux zones périphériques. Vous savez en période de saison sèche dans notre pays, il y a beaucoup de problèmes d’eau même pour les familles. Nous avons fait confectionner ces barriques au profit de groupes de femmes dans les quartiers périphériques pour leur besoin en eau dans la famille d’abord et pour qu’elles puissent la revendre au voisinage qui n’a pas de barrique.

Ce projet a été initié en 2007 et jusqu’aujourd’hui, ce projet continue. Nous donnons la barrique sur une durée d’une année. A la fin du mois nous prenons la traite de la barrique. Nous avons présenté ce projet à la BID (Banque Islamique de Développement) qui a couronné ça d’un prix et nous avons pris l’Association femme de l’avenir pour nous représenter au Koweït pour recevoir ce prix qui a une valeur de 9 millions, un certificat et un trophée.

Par Drissa TRAORE

L’Opinion

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