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Le film des évènements du 4 août 1983 d’après Jean-Baptiste Ouédraogo

Accueil > Actualités > Politique • • mercredi 8 août 2007 à 06h36min

L’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo

Voici, pour mémoire, le film des évènements tels que je les ai vécus. Je me garderai d’évoquer ce qui s’est passé loin de moi et hors de mon contrôle direct et de mon jugement.

Ce jeudi matin, 4 août, contrairement à mes habitudes et compte tenu de la gravité de la situation, je me suis retiré dans mes bureaux laissant le soin au ministre de l’Intérieur de présider le traditionnel Conseil des ministres que j’avais introduit. Mais ma séance ordinaire de travail avec le colonel Tamini n’aura pas lieu. Il me fera dire qu’il était malade.

A 13H, inquiet des graves informations parvenues de la gendarmerie, je me rends chez le colonel Tamini visiblement nerveux mais ne se portant pas plus mal que moi ce jour-là. Ses réponses évasives à mes questions précises, le peu de cas qu’il faisait des informations de la gendarmerie qu’il détenait d’ailleurs, son insistance pour servir d’intermédiaire en vue de négociations urgentes à engager avec le capitaine Sankara avant la fin de la journée et certaines incohérences de ses propos m’ont laissé perplexe. Nous nous donnons rendez-vous à 18H.

A 17 H, le colonel Tamini, rétabli, vient m’informer du souhait pressant de Thomas de me rencontrer dans les locaux de l’état-major pour discuter de la situation. J’accepte le principe de la rencontre mais décide qu’elle se déroulera à ma résidence. Rendez-vous fut pris pour 19 H avec l’espoir de décrisper la situation.
La rencontre a lieu, comme prévu, à ma résidence vers 19 H.

Etaient présents :
- Le colonel Tamini,
- Le capitaine Sankara,
- Le capitaine Henri Zongo,
- Deux officiers encore en service et moi-même.

Prenant le premier la parole, le colonel Tamini nous invite, Thomas et moi, à trouver une solution politique à la situation de confusion que vivait le pays. Thomas me reprochera ma participation passive à son arrestation et à sa déportation avant de se mettre à la disposition du groupe pour explorer avec moi les voies et moyens susceptibles de ménager une issue pacifique au conflit dans l’intérêt du pays.

Henri me reprochera une imaginaire alliance avec une ethnie minoritaire pour réprimer une ethnie majoritaire avant d’estimer insuffisantes les concessions que je leur ai faites en tant que militaires humiliés. Les deux autres officiers ne prendront pas part aux échanges estimant que la situation a été créée par un conflit interne au Conseil de salut auquel ils étaient étrangers.

Je prends le dernier la parole :
- Pour dénoncer toute dimension ou toute interprétation tribale du conflit et stigmatiser l’utilisation ou l’exploitation qu’on serait tenté d’en faire ;
- Pour renouveler mon engagement au dialogue, dut-il coûter mon fauteuil, et réaffirmer ma disponibilité à toute résolution pacifique du conflit ;
- Pour lancer un appel au patriotisme de tous afin de ramener le conflit dans ses dimensions strictement nationales ;
- Enfin, pour regretter les débordements et agissements qui ont pu porter atteinte à la dignité, à l’honneur ou à l’intégrité physique ou morale des protagonistes du conflit.

Je terminerai en invitant les uns et les autres à unir leurs forces pour construire plutôt que de s’acharner à détruire. En guise de compromis, et surtout pour donner la preuve que je ne m’accrochais pas au pouvoir, je proposerai de me démettre de mes fonctions afin de faciliter la constitution d’un gouvernement de transition qui ferait l’unanimité.

A la satisfaction de tous, Thomas accepta de discuter de ma décision avec Blaise qui, dit-il, demeure le maillon incontournable de la situation. Pour ce faire, Thomas avait besoin de 5 ou 6 H. Une ultime rencontre fut, alors, décidée pour minuit ou 1H du matin. C’est sur cette base que nous nous sommes séparés.

Le colonel Tamini, le dernier à me quitter, me posera la question de savoir si j’avais encore confiance en mon armée. Je lui répondrai que la confiance que j’avais en cette armée était comparable à la confiance que je plaçais en lui-même. Il était environ 20H30.

Une demi heure plus tard, vers 21 H, éclataient les premiers coups de feu. Ma garde personnelle subira les foudres des hommes de Sigué. En effet, c’est autour de ma résidence qu’il y aura le plus des morts. Submergée, elle finira par se rendre et c’est un Sigué tout fier qui viendra m’arrêter. Le capitaine Blaise Compaoré se présentera, vers 22 H, et nous échangeons quelques mots. Puis viendra Thomas vers 23 H. Manifestement, il avait des choses à nous dire !

En substance, Thomas me fera comprendre :
- Que le contentieux existant entre lui et moi est et demeure politique ;
- Qu’il a, enfin, proclamé la Révolution ;
- Qu’il garantissait ma sécurité ainsi que celle de ma famille ;
- Et qu’il était prêt à organiser mon évacuation et celle de ma famille afin de nous soustraire de la vindicte populaire.

Tout en le remerciant de ses bonnes dispositions et en l’encourageant pour son option, je déclinerai son offre d’exil estimant n’avoir rien commis de répréhensible le justifiant. Je lui demanderai de garantir effectivement la sécurité de ma famille nullement impliquée dans nos querelles politiques. Sur ce, nous nous quitterons non sans nous souhaiter, mutuellement, bonne chance !

Vers 2 H du matin, Sigué reviendra pour, cette fois, me transférer au palais de la présidence où je passerai le reste de la nuit. Le matin, vers 7 H30, Thomas viendra me voir pour la dernière fois. Il me fera l’économie de ce qui s’est passé dans la nuit et promettra de me rendre la liberté dès que les conditions le lui permettront. A 11 H, je serai transféré au palais du Conseil de l’entente. A 18 H, Je serai embarqué pour Pô que nous atteindrons à 20 H 30.

Conclusion

Telle est ma contribution à la compréhension des évènements qui ont bouleversé la Haute-Volta du 7 novembre 1983. D’autres témoignages viendront, sûrement, la compléter ou l’enrichir, je le souhaite, pour l’histoire non pour la polémique politicienne.

J’ai survolé certains aspects de ces évènements par manque de temps. J’ai volontairement occulté certains faits et certains détails pour des raisons évidentes de réserve. C’est cela, aussi, l’Histoire. Je vous remercie !

Source : Jean-Baptiste Ouédraogo, in Burkina Faso cent ans d’histoire, 1895-1995

Bendré

Messages

  • Ce témoignage de JBO me rappelle certaines déclarations faites au lendemain du 15 octobre et qui disaient que déjà en août 1987, Sankara avait voulu stopper le coup du coup du 4-août et que Blaise qui avait lancé l’attaque depuis Pô s’y est refusé.

    Dans les paroles extrêmement hainseuses qui ont été déversées sur le cadavre, y aurait-il du vrai ?

    saura-t-on un jour comment est réeelement née cette révolution qui n’en finit pas de nous tourmenter ?

    Si tous les acteurs osaient témoigner avec sincérité...

    • Je souhaite seulement que ts les acteurs puissent temoigner. meme s’ ils mentent, comme ns sommes au moins plus intelligents qu’eux qui ne sont que ruses, ns allons faire une lecture de deconstruction et ns verront ou se trouve la verite. Mais ils n’soent meme pas parler pcq’ ls voient clair dans le goudron.

  • Grand merçi à mon Commandant pour cet apport si précieux dans l’histoire du CNR et de sa Révolution.
    Pour nous autres Il a été trahi par son armée et deux hommes ont abusé de sa confiance : le Colonel Tamini et le Capitaine Sankara. Lui aussi a été naïf de croire aveuglement à la sincérité des gens.
    Cependant cet apport nous éclaire sur les évènements du 15 octobre 1987 : Sankara a trahi et il a été trahi, Sankara est venu par les armes et il est parti par les armes. C’est la loi de la nature.
    Abordons les questions en tout trenscendance, sans parti pris ni haine ni rancune : le passé c’était hier, haujourd’hui nous vivons, voyons comment nous allons survivre demain.
    Un ancien militant de l’ANEB qui aussi subi les flasques du Régime de Thomas Sankara.

  • En fait sachez que Sankara venait de sortir de prison ; comme il l’a tout dépendait de Blaise qui était un maillon incontournable. Bref, du temps a passé. Dieu merci, il ont laissé la vie sauve à JB qui est aujourd’hui notre medecin ; c’est avec joie que nous rencontrons dans sa clinique. Nous aurions aimé aussi avoir cette joie de rencontrer le capitaine Sankara ; Dommage !

    • Pas seulement Sankara aussi mais bien Nezien, Yorian, Guiebre Fidele, Commandant Sawadogo Hamado, les officiers brules de Koudougou, Norbert Zongo et j’en passe. Comme quoi, ce que la revolution a declneche et enclenche, ce n’est pas seulement les realisations materielles qui du reste devraient etre faites pr des hommes ... qui vivenet, pas des macchabees. Arretons de tuer les fils dignes de ce pays. Et qu’ on ne me dise pas qu’ on ne fait pas des omelettes sans oeufs. La vie humaine ne supporterait pas cette metaphore plate.

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