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Journée mondiale de la liberté de la presse : La protection des sources au centre des débats

Accueil > Actualités > Multimédia • • jeudi 6 mai 2004 à 11h10min

Des quatre (04) coins de la planète, la Journée mondiale de la liberté de la presse a été commémorée le 03 mai 2004. Ce fut l’occasion pour les journalistes de réfléchir sur les entraves au libre et plein exercice de leur profession. Au Burkina Faso, cette journée a été marquée par une remise de matériel audiovisuel au Centre national de presse Norbert Zongo (CNPNZ) par le Centre culturel américain et un panel traitant des sources d’information du journaliste.

"Liberté de la presse et sécurité du journaliste dans un contexte de conflits et de terrorisme". Tel était le thème international de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Selon le président de l’Association des journalistes du Burkina (AJB) M. Jean-Claude Méda, ce choix s’explique par le fait que le bilan de santé de la liberté d’expression est loin d’être rose. En effet, en 2003, 42 journalistes ont été tués en Asie et au Moyen-Orient, 766 ont été interpellés, 1 400 agressés et 501 médias ont été censurés.

En 2004 dira M. Méda, 11 journalistes ont été tués, 250 sont menacés, 141 médias sont censurés. Dans un tel contexte, a-t-il regretté, "les valeurs cardinales de la liberté d’expression de la presse comme ferment de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption n’ont plus droit de cité". Les différentes crises (Irak, Palestine, RDC, Côte d’Ivoire) en sont la preuve.

D’où la nécessité pour les journalistes d’être solidaires devant le "péril commun" (assassinats, brimades...) et surtout envers leurs confrères qui font honnêtement leur devoir d’informer. Ainsi, "l’affaire" Guy André Kieffer a été évoquée, et l’AJB réclame vérité et justice pour ce journaliste franco-canadien, porté disparu depuis plus de trois (03) semaines en Côte d’Ivoire.

Si au plan international il a été question de la liberté de la presse dans un environnement de conflits et de terrorisme, le thème national, lui, était axé sur "Journalisme et sources d’informations". Les raisons en sont que lors d’interpellations de journalistes courant 2003 - 2004, il leur a été demandé, selon M. Méda, de divulguer la source de leurs informations. Le président de l’AJB s’y oppose car assène-t-il :"c’est une violation du droit du journaliste à préserver ses sources. C’est aussi une atteinte à sa liberté d’expression".

Après ce mot du président de l’AJB, trois (03) panélistes ont, tour à tour, exposé sur le thème. Il s’agissait du magistrat Kassoum Kambou, du journaliste Germain Bittiou Nama (DP de l’Evènement qui a remplacé M. Edouard Ouédraogo, empêché) et du SG du ministère de la Sécurité, M. Thomas Y. Dakouré.

Aspects juridiques de la source d’information

Pour le magistrat Kassoum Kambou, du fait du caractère démocratique de l’Etat burkinabè, le droit à l’information est garanti. Cela en vue de favoriser une diversité d’opinions et d’options permettant ainsi au peuple de choisir et à la vérité d’éclore. Dans son exposé, M. Kassoum Kambou s’est beaucoup appesanti sur l’article 8 de la constitution burkinabè qui garantit la liberté d’opinion et de presse dans le cadre des lois et règlements en vigueur. Il a également fait référence à l’article 9 de la charte africaine des droits de l’homme et à l’article 19 de la charte internationale des Nations unies qui reconnaissent tous la liberté de rechercher et de recevoir des informations.

Selon M. Kambou, ce principe du droit à l’information a pour corollaire l’accès aux sources d’information qui doivent être en principe protégées. Mais le magistrat s’empressera de préciser que la "protection ne signifie pas l’impunité" ; le journaliste pouvant être poursuivi en cas d’infraction ou de complicité d’infraction avec la source. Il convient alors de s’imposer des limites ; notamment celles concernant la vie privée (dignité, état de santé, religion, relations familiales. Le journaliste peut également être confronté à une difficulté d’une autre nature lorsqu’on lui oppose la "raison de service" ou la "sauvegarde de l’ordre public" (informations sur la défense nationale, sur l’économie...) Mais l’agent public qui agit ainsi peut être également de mauvaise foi.

De quel recours alors dispose le journaliste face à toutes ces entraves ? De l’avis de M. Kambou, le journaliste peut saisir le juge administratif ou recourir au référé. Mais vu la lenteur de la justice a-t-il ajouté, il y a de forts risques que les informations ne soient dépassées au moment où on les obtient enfin. Dans leur quête de l’information, les journalistes sont souvent en butte avec les forces de sécurité. Quelles en sont les causes ?

Agents de sécurité et journalistes face à la protection des sources

Intervenant sur cet aspect, M. Thomas Dakouré dira que la presse et les agents de sécurité ont pour rôle de construire ensemble le "pan du mur de la démocratie". A cet effet, il a reconnu que la liberté de presse est une valeur constitutionnelle sacrée ; mais a aussitôt évoqué le cas où la protection du secret militaire, des mineurs ou des données économiques exigent une confidentialité. M. Dakouré a par ailleurs, souhaité que les journalistes et les agents de sécurité collaborent dans le professionnalisme et la compréhension mutuelle.

Pour lui, "les enfants d’une même mère ne se bagarrent pas au chevet de leur mère malade". C’est pour cela qu’il a affirmé que les agents de sécurité ont besoin des journalistes dans leurs activités professionnelles, leurs enquêtes et pour la mise en œuvre de la politique de sécurité intérieure et plus particulièrement de la police de proximité.

"Le journaliste n’est pas a priori un adversaire, mais un collaborateur qu’il faut savoir manager et conserver judicieusement. Dorénavant, les forces de sécurité travailleront pour que tout se passe dans les normes", ce sont là les assurances de M. Dakouré. Mais les journalistes ne sont pas pour autant à la fin de leurs peines parce que certaines sources sont réticentes.

Difficultés d’accès aux sources et conséquences

Dans cette communication, Germain Bittou Nama a fait cas de l’extrême difficulté pour les journalistes de rencontrer les personnalités en vue de recueillir les informations. Selon M. Nama, elles remettent fréquemment à plus tard les entretiens avec les journalistes et sont les premières à se plaindre dès qu’un article les concernant paraît. M. Nama explique cet état de fait par le fait que le "gouvernement ne dispose pas d’une réelle politique de communication". Il s’en suit alors que même l’information institutionnelle pose problème.

Le directeur de publication de l’Evénement soutient également que la difficulté peut être due à la méconnaissance du droit à l’information des journalistes eux-mêmes. "Certains sont timorés et manquent d’initiatives". Conséquence, les informations sont biaisées ou totalement vides de sens. Pour remédier à ces problèmes, M. Nama pense que les gouvernants devraient coopérer et que les journalistes devraient avoir le contact facile et inspirer confiance.

Arsène Flavien BATIONO


Remise de matériel audiovisuel au CNPNZ

Dans la journée du 03 mai 2004, l’ambassadeur des Etats-Unis au Burkina, Son Excellence M. Antony Holmes a remis au nom du Centre culturel américain, du matériel audiovisuel d’une valeur de plus de 4 millions de F CFA au CNPNZ. Nous sommes convaincus a-t-il dit, que sans une presse forte et libre, la démocratie est impossible. Ce matériel est composé d’un abonnement au "bouquet prestige" à Canal satellite Horizons pour deux (02) ans, d’un décodeur, d’un lecteur VCD et CD vidéo, d’un vidéo projecteur, d’un écran de projection. Réceptionnant le matériel, le président du comité de pilotage du CNPNZ, M. Justin Coulibaly, a traduit tous ses remerciements au Centre culturel américain.

Le matériel, selon lui, va contribuer à l’amélioration du travail des journalistes par l’accès aux chaînes étrangères, améliorer les travaux de recherche des étudiants ou des enseignants en journalisme et surtout à élever le niveau culturel des journalistes par les projections et ciné-débats qui vont être organisés.

AFB

Sidwaya

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