Benoît La Salle, PDG de la SEMAFO : “Le secteur minier sera un des moteurs du développement du Burkina Faso”

lundi 28 mai 2007 à 08h18min

Benoît La Salle

La Société d’exploitation minière-Afrique de l’Ouest (SEMAFO) est dans le métal jaune depuis 10 ans. Installé au Burkina Faso par la construction
de la mine d’or de Mana, la SEMAFO prône la quête d’un secteur minier développé au Burkina. Son PDG, Benoît La Salle en est conscient à travers cet entretien.

Sidwaya (S.) : Qu’est-ce que la SEMAFO ?

Benoît La Salle (B.L.S.) : La SEMAFO est la Société d’exploitation minière-Afrique de l’Ouest. Elle a été créée en 1995 lors de ma première visite au Burkina Faso à travers une mission de l’ONG-Plan. Je suis le président du conseil d’administration de Plan-Canada et membre de la direction de Plan-international.
Alors, suite à une visite de Plan au Burkina Faso qui a occasionné un rapprochement avec les autorités nationales, j’ai décidé de créer la SEMAFO pour participer au développement du secteur minier au Burkina Faso. A partir de 1995, nous avons obtenu des permis avec la collaboration du BUMIGEB afin d’identifier des zones intéressantes d’exploitation au Burkina Faso. Nous avons obtenu 18 permis en association avec des opérateurs économiques du Burkina Faso. Nous avons investi 5 milliards de F CFA pour éliminer les permis non intéressants. Nous avons donc éliminé 17 permis et garder un seul : le permis Mana.

Après avoir trouvé une première structure dans ce permis qui est la structure de Niaphé, nous avons trouvé 3 autres structures sur le même permis. Et de là, nous avons investi 5 autres milliards de F CFA pour concrétiser, développer, identifier les structures minéralisées qui donneront 30 tonnes d’or métal en terre.

S. : Quels sont les enjeux et les perspectives avec la création de la mine d’or de Mana en terme d’exploration et d’exploitation ?

B.L.S. : La chance de la SEMAFO-Burkina est que la mine d’or de Mana est la 3e mine créée et développée par la SEMAFO inc de Montréal. Nous avons en 2001-2002 développé la mine d’or de Kinéro en Guinée et en 2003-2004, nous avons développé et construit la mine de Samira au Niger. En 2006, avec notre expertise composée d’une équipe de 2000 personnes, nous avons créé la mine de Mana.
C’est le projet le plus important aujourd’hui de la SEMAFO car il a le plus de réserve. Mana aujourd’hui a 900 000 onces d’or de réserve avec un potentiel d’augmentation très important.

Je ne serai pas surpris que d’ici 2 ans, les réserves de Mana triple. Mana est donc un projet que l’on pourrait qualifier de classe mondiale.
Aujourd’hui, le Burkina Faso n’a pas de projet minier de classe mondiale. Un projet de classe mondiale est un projet de plusieurs millions d’onces d’or. Mais je crois que Mana sera le premier projet de classe mondiale au Burkina Faso.

S. : Quelle est la politique globale de la SEMAFO ? Est-ce que vous intervenez exclusivement dans le secteur minier ?

B.L.S. : La SEMAFO a une spécialité pour l’exploitation du métal jaune. Il faut entendre par là, l’or et l’uranium. On suit de très près le projet d’uranium au Burkina Faso. Nous avons des projets d’uranium aussi en Guinée et on a 5 permis d’uranium au Niger.
Je crois que l’Afrique de l’Ouest va devenir un très grand producteur d’or et d’uranium. Nous intervenons en Afrique de l’Ouest francophone et nous avons une équipe francophone jeune dont la moyenne d’âge de la direction est de moins de 35 ans. C’est un personnel dynamique qui travaille avec nous depuis 10 ans. C’est d’ailleurs deux géologues burkinabè qui ont été à la base de la découverte de la mine d’or de Mana.

S. : Le projet d’exploration de l’uranium est-il porteur pour le Burkina Faso ?

B.L.S. : Le projet est définitivement porteur pour le Burkina Faso parce que quand vous avez un pays limitrophe qui a une zone d’uranium aussi importante que la zone de l’Aïr (Niger), il y a de fortes chances que ces gisements se retrouvent de l’autre côté de la frontière, donc au Burkina. Avec le succès que le Niger connaît, on va avoir certainement des retombées sur le Burkina Faso.

S : Quelle expérience avez-vous dans l’exploration et l’exploitation des mines en Afrique ?

B.L.S : Nous avons aujourd’hui, 10 années d’expérience en Afrique. On a avec nous, une équipe très expérimentée. Le directeur de la géologie est par exemple, un homme qui connaît parfaitement le secteur. On peut juger une équipe par la qualité des découvertes qu’elle a faites. On a fait des découvertes en Guinée, au Burkina Faso et on a une mine au Niger. On a trois bons projets. En 10 ans, l’entreprise a une valeur importante avec 2000 employés, une société qui produira approximativement en 2008-2009, 300 mille onces d’or par an.

S : Quelles sont les difficultés que l’on rencontre généralement dans l’exploration et l’exploitation des mines ?

B.L.S : La difficulté principale que l’on rencontre dans le secteur minier est le financement. Les gens ont énormément de difficultés à se financer. Nous avons beaucoup de sociétés canadiennes qui œuvrent dans le secteur minier. Nous utilisons les financements disponibles par l’intermédiaire de la Bourse de Toronto. Nous avons accès à des capitaux par les marchés boursiers. SEMAFO est une société, cotée à la Bourse de Toronto. En termes de levée de fonds, ce sont 200 millions de dollars donc 100 milliards de F CFA qui ont été déjà investis en Afrique de l’Ouest. La difficulté est donc de pouvoir acquérir des fonds, de les transférer ici pour les investir et les faire fructifier. La Bourse de Toronto comprend le risque du secteur minier en Afrique de l’Ouest et est prête à investir dans des sociétés comme la SEMAFO ou d’autres sociétés.

Au Burkina Faso, Ozone, ETROSCA sont des sociétés canadiennes cotées à la bourse de Toronto avec des projets fort intéressants. Ensuite, une autre difficulté, est de trouver les bons permis. Sur 18 permis au départ, nous avons éliminé 17 et il n’en reste qu’un. Enfin, la dernière difficulté est de trouver de la main d’œuvre qualifiée. On est dans un environnement où la main d’œuvre qualifiée est rare. Pour trouver une solution à cet état de fait, nous avons envoyé des Burkinabè se former au Niger et en Guinée afin de pouvoir travailler ici pour qu’on puisse démarrer rapidement nos activités.

S : Pour la mine d’or de Mana, quelles seront les retombées pour les populations riveraines et le Burkina Faso ?

B.L.S : Déjà, les retombées en royalties seront importantes parce que le Burkina Faso va recevoir gratuitement, 3% de la production de l’or. Si dans les chiffres, nous produisons 120 000 onces d’or, le Burkina aura 3 600 onces d’or gratuits.

Et ces 3 600 onces d’or donneront 2 millions de dollars pour le pays chaque année. Nous allons créer des emplois (au moins 500), payer les impôts salariales de ces emplois. Et puis, je vous assure, le secteur minier est très porteur pour le Burkina Faso. L’Amérique s’est développée par le secteur minier, le Canada s’est développée par le secteur minier. Le Burkina Faso est au tout début du développement de son secteur minier. La politique qui a été mise en place il y a 10 ans a une vision sur le développement durable par le secteur minier. Cela n’a pas été inventé. Cela a été bien étudié et analysé ailleurs. Par exemple, le Canada ou le Pérou, ce sont des pays où la contribution du secteur minier est très importante.

Le secteur minier sera certainement un des moteurs du développement du Burkina Faso. Nous avons les mines de Zinc qui sont en construction, également les mines de phosphate et peut-être les dépôts d’uranium.

S : Laquelle des 3 mines, de la Guinée, du Niger, du Burkina est la plus productrice ?

B.L.S : La plus productrice sera la mine de Mana. Elle produira 125 000 onces par année et les deux autres de la Guinée et du Niger produiront entre 80 et 85 mille onces par année. Mana sera carrément le moteur de toutes les mines.

S : Le développement du secteur minier burkinabè est-il possible ?

B.L.S. : Depuis 10 ans, le Burkina s’est préparé à développer le secteur minier. On a eu des ministres, des personnalités qui ont préparé les gens, les sociétés. Le Burkina a un bon code d’investissement et un bon code minier. Le ministre des Finances comprend très bien la mécanique financière d’un projet minier. Le président, je l’ai rencontré il y a 10 ans, sa philosophie pour le développement du secteur minier est connue. Il n’y a pas de chance dans la vie. La chance, c’est quand la préparation rencontre l’opportunité. Si vous êtes préparé et l’opportunité est là, il n’y aura pas de chance mais il y aura du succès.

Entretien réalisé par Daouda Emile OUEDRAOGO (daouda.ouedraogo@sidwaya.bf)

Sidwaya

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