Cascades : Une région touristique pauvre en infrastructures

mercredi 24 janvier 2007 à 07h41min

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Pics de Sindou

La région des Cascades regorge d’importants sites lui conférant une place enviable dans le classement des zones à forte potentialité touristique du Burkina Faso.

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La forte descente d’Européens dans la cité du paysan noir, capitale de la région des Cascades, a contribué à la création de services et d’emplois tels les hôtels et campements villageois, la location de motocyclettes et les guides touristiques encore appelés les chasseurs de toubabs, en dioula "Toubabou dossow". Nous en avons rencontré quelques-uns qui nous parlent des conditions dans lesquelles ils évoluent.

Les cascades de Karfiguela, le lac de Tengrela, les pics de Sindou, les dômes de Fabédougou, le village de Gnassogoni sont autant de sites qui reçoivent la visite de plusieurs centaines de touristes par an, notamment des Européens. Les sites qu’ils fréquentent le plus sont, bien entendu, les cascades, le lac de Tengrela et les pics de Sindou. Afin de minimiser les risques qu’ils pourraient avoir sur leurs trajets, les touristes qui arrivent en groupe de deux ou plus font recours aux services des guides touristiques.

Seydou Traoré, dit Waraba, Gnanou Mamadou et Nikiéma Patrice sont des guides parmi ceux que nous avons rencontrés. Tous les matins, aux environs de dix heures, ils rallient la gare de Rakiéta dans l’espoir de croiser un touriste. Compte tenu de leur nombre, la concurrence est rude entre eux lorsque des Blancs en provenance de Bobo descendent du car. Il faut se battre, user de plusieurs stratégies pour être l’heureux élu des Toubabs. La pitance du jour en dépend énormément.

Après les formules de politesse, il faut demander aux touristes s’ils ont besoin de leurs services. "Notre métier n’est pas des plus faciles, contrairement à ce que pense la population", dit Waraba. Il poursuit en disant qu’ils sont souvent traités de voyous, parce que la plupart des guides portent des dreads, ou, tout simplement, de fainéants. Pourtant, l’importance du travail qu’ils abattent pour le développement du tourisme burkinabè en général, et celui des Cascades en particulier, est à leurs yeux indéniable.

C’est pourquoi, disent-ils, l’ONTB a beaucoup à faire à Banfora. Selon ces rastas, l’absence d’un cadre d’accueil et de renseignement des touristes, ou tout simplement une agence de l’ONTB constitue un sérieux frein au développement du secteur touristique dans les Cascades. Ils ajoutent également que le cadre de vie des sites touristiques n’est plus vivable et reste inadapté au temps : environnement malpropre caractérisé par une forte présence de boue sur les chemins, surtout en saison pluvieuse ; absence de commodité d’accès dans certains sites (ils relèvent cependant qu’un effort a été fait dans ce sens au niveau des cascades de Karfiguela avec la construction d’escaliers en béton) ; insuffisance de pirogues au lac de Tengrela.

Nikièma Patrice reconnaît y avoir conduit il y a environ trois semaines un groupe de trente personnes. Mais il n’y avait que quatre pirogues sur le lac. Pour se promener sur le lac et espérer voir les hippopotames de plus près, les touristes ont dû embarquer par groupe de dix dans les pirogues, malgré les dangers que cela comportait. Un déplacement sur le site de Tengrela, et nous découvrons avec l’agent péagiste du jour que sur les quatre pirogues, seulement deux étaient fonctionnelles.

La voie qui y mène avait reçu un coup de neuf grâce à l’initiative d’un fils du village qui y a organisé une semaine sportive et culturelle. Sur place également, nous avons constaté la présence de fabricants de briques en banco sur les rives du lac. Sans prétendre maîtriser les conséquences de cette activité sur le cours d’eau, nous pensons qu’elle peut nuire tôt ou tard aux activités touristiques qui ont du reste du mal à décoller.

Mamadou Gnanou fait de la musique en plus du métier de guide. Pour sa part, il interpelle l’ONTB sur la question de la formation des guides, car, selon lui, sans formation, aucun métier ne peut être correctement exercé. Certes, dit-il, des actions avaient été menées dans ce sens il y a de cela quelques années. Environ une dizaine de guides avaient été retenus pour suivre quelques modules, mais la formation n’est pas allée jusqu’à son terme, en raison de la non- délivrance d’attestations de formation.

Ces guides touristiques, encore appelés dans le jargon local "chasseurs de toubabs", ont visiblement besoin d’un encadrement. Pour cela, ils s’en remettent à l’Office nationale du tourisme burkinabè. Leurs doléances se muent en indignation lorsqu’ils se demandent ce que deviennent les taxes que paient les touristes au niveau du poste de péage de chaque site.


Les campements ou villages spontanés

Les infrastructures hôtelières jouent un rôle important dans l’industrie touristique. Dans la ville de Banfora, on dénombre environ cinq hôtels et quelques auberges à même d’offrir un cadre de logement aux nombreux touristes qui arrivent. Cependant, des villages spontanés ou campements construits en matériaux traditionnels ont ravi la vedette à ces structures hôtelières en se créant aux abords des sites touristiques. Ils permettent ainsi aux touristes de passer la nuit à quelques pas des endroits qu’ils désirent visiter. C’est le cas de Siakadougou, près des dômes.


Les locataires d’engins

Afin de pouvoir observer la nature durant le parcours, les Toubabs n’hésitent pas à braver les longues distances à moto pour se rendre sur les sites touristiques. Les pics de Sindou et le village de Gnassogoni sont situés, par exemple, à plus de cinquante kilomètres de Banfora, mais cette distance est loin de décourager les visiteurs.

C’est ainsi que certaines personnes ont trouvé l’ingénieuse idée de louer des motos P50 à ces touristes pour leur déplacement. M. Ouattara est l’un des plus anciens dans le domaine. Selon lui, les vacances sont le moment où la ville accueille le maximum de touristes. C’est une période où il peut louer entre 4 et 6 engins par jour, à raison de 4 000F pour une P50 et 6 000F pour la Yamaha dame. Cependant, certaines difficultés apparaissent ces derniers temps, à en croire les propos de M. Ouattara.

Ces difficultés sont liées au nombre de locataires de motos qui a considérablement augmenté. En plus de cela, les "toubabou dossow", c’est-à-dire les guides, servent d’intermédiaires pour discuter de la location des engins, en lieu et place des touristes. Une pratique qui, de l’avis de Ouattara, contribue à baisser considérablement leurs chiffres d’affaires, car les rastas leur proposent souvent 2 000F pour un engin.

MT

Le Pays

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