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Jeudi noir à Rood Woko : Le discours ambivalent de Djibril Bassolé

Accueil > Actualités > Société • • mercredi 14 avril 2004 à 07h27min

Deux députés, Patrice Diessongo et Fatoumata Diendéré, ont interpellé, à travers deux questions orales relatives à la situation du marché Rood Woko, les ministres Benoît Ouattara du Commerce, et Djibril Bassolé de la Sécurité. Pour ce qui est des réponses apportées aux préoccupations des auteurs desdites questions à la séance du 9 avril 200A4 de l’Assemblée nationale, le disque, peut-on dire, était plus ou moins déjà rayé. C’est le 1er vice-président de l’Assemblée nationale, Marc Oubkiri Yao, qui était au perchoir ce jour-là.

Les députés Patrice Diessongo et Fatoumata Diendéré, tous du Groupe parlementaire Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) ont invité Benoît Ouattara et Djibril Bassolé, respectivement ministres du Commerce et de la Sécurité, à situer l’opinion sur le devenir du marché Rood Woko ; les raisons qui ont abouti aux évènements du 12 février 2004 avec l’A.G. des ex-locataires de Rood Woko qui a dégénéré en échauffourées avec les forces de l’ordre, et comment s’y est prise la sécurité pour intervenir tardivement ?

Quel sort a été réservé aux personnes interpellées pour vandalisme à l’occasion de ces manifestations ?

Les réponses apportées à ces préoccupations, il faut le noter, ont plus ou moins déjà été données : à titre d’exemple, les propos du genre « Le marché ne sera pas vendu, l’A.G. n’était pas autorisée, les commerçants étaient manipulés, personne n’a voulu blessé intentionnellement les manifestants, et patati ! et patata !… ».

Ce que Benoît Ouattara aura apporté de nouveau à l’opinion comme info, c’est que l’Agence française de développement (AFD), qui a financé la construction de Rood Woko, avait entre-temps prévenu les autorités contre le sort qu’a connu cette infrastructure. Maintenant que ce qui devait arriver est arrivé, l’Etat ne peut plus repartir vers l’AFD pour solliciter le financement de la réhabilitation de Rood Woko. C’est donc à lui de se débrouiller.

Concernant la manifestation des commerçants du 12 février dernier, 42 personnes ont été interpellées, qui font toutes l’objet d’une procédure judiciaire, selon Djibril Bassolé. A la lumière de ce qui s’est passé à Rood Woko, ce dernier a souhaité que l’on tienne désormais compte d’une marge de sécurité dans la construction des marchés.

« Il faut dissocier Rood Woko de la commune »

A l’issue des exposés des ministres, d’autres députés ont exprimé leurs préoccupations, relatives à d’autres aspects de l’affaire Rood Woko : par exemple, Cyril Goungounga a rappelé qu’il avait été préconisé, dans un rapport datant de 1993, et dont il a par ailleurs participé à l’élaboration, que « Rood Woko soit sous la tutelle de la Chambre de commerce pour privilégier son caractère de centre commercial ou d’affaires ».

Selon une des recommandations, Rood Woko ne devrait pas être sous la tutelle de la commune, pour la simple raison que les conseillers municipaux étant des politiques, ils peuvent voir en ces lieux des réservoirs électoraux. En outre, les auteurs dudit rapport, selon Goungounga, avaient estimé qu’eu égard à la dimension nationale voire régionale de Rood Woko, les recettes budgétaires devaient être d’ordre national et non communal.

La Chambre de commerce, a-t-il ajouté, avait commencé à appliquer les recommandations contenues dans ce rapport. « A quel moment donc la décision de confier Rood Woko à la commune a-t-elle été prise ? », a-t-il demandé au ministre Benoît Ouattara, qui doit en savoir beaucoup sur ce rapport, puisqu’il était en son temps le directeur de la Chambre de commerce.

Le député Malick Sawadogo a demandé les bilans des dégâts causés par les manifestants et les forces de l’ordre. Sur quoi, a-t-il poursuivi, se fonde le ministre Ouattara pour soutenir que la manifestation n’était pas spontanée, mais plutôt organisée pour casser ? Et pourquoi ne pense-t-il pas que c’est la répression brutale qui a conduit au débordement ?

Quelles mesures le gouvernement compte-t-il prendre pour les victimes des dégâts causés par les forces de l’ordre, particulièrement Hamidou Sawadogo, amputé d’une jambe ? En guise de réponses, Benoît Ouattara a dit qu’outre les feux tricolores cassés, des magasins de particuliers ont été pillés, mais qu’étant donné que les commerçants n’ont pas déclaré leurs pertes, il est difficile d’en établir le bilan exact. Il estimera cependant qu’en francs CFA, l’étendue des dégâts se chiffre à plusieurs dizaines de millions, et le coût de la réhabilitation, à des milliards. Pour Bassolé, les forces de l’ordre n’ont pas commis de dégâts. Du reste, à en croire ses propos, « Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous avons été amené à disperser la foule.

Il y a eu des blessés et ce sont des accidents ; l’erreur professionnelle a été probablement de balancer une grenade dans la foule ; les commerçants, tel qu’ils étaient organisés, n’étaient pas partis pour faire des cadeaux ; ils auraient pu faire ce qu’ils ont fait même si nous n’étions pas intervenu ; on ne pouvait donc pas se comporter devant eux comme des enfants de chœur ; il faut quelquefois montrer de la fermeté ; maintenant, il faut tirer les leçons de ce qui s’est passé pour améliorer le professionnalisme de nos agents en intervention dans les domaines délicats du maintien de l’ordre …Mais ce qui est fait est fait ».

Me Bénéwendé Sankara s’est, lui, préoccupé de savoir où l’on en était avec les procédures engagées, dont l’enquête ordonnée par le chef de l’Etat, puisque, dira-t-il, on leur avait fait savoir que c’est à cause de cela que la demande de création d’une commission d’enquête parlementaire n’a pas eu de suite favorable.

Et puisque la structure chargée de la gestion du marché avait favorisé les installés anarchiques et percevait même des taxes de ceux-ci, à combien s’élèvent aujourd’hui ces taxes, et qu’est-ce qu’on en a fait ? Benoît Ouattara n’a pas pu donner une idée des taxes perçues des installés anarchiques de Rood Woko ni de ce qu’on en a fait, arguant que le marché, depuis sa création, n’a enregistré que des dettes parce qu’il y avait de l’incivisme fiscal. Quant aux causes du sinistre, Bassolé a déclaré qu’il a été provoqué par un groupe électrogène, et que quatre suspects se trouvent présentement à la MACO.

Hamidou Ouédraogo
L’Observateur Paalga

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