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Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique : “J’ai perdu et le gâteau, et ma tranquillité”

Accueil > Actualités > Portraits • • lundi 8 janvier 2007 à 08h01min

Macaire Ouédraogo

En recevant Monsieur Macaire Ouédraogo en invité de la rédaction le 12 décembre dernier, les journalistes de Sidwaya ne se doutaient pas qu’ils feraient un retour dans l’histoire du Burkina Faso. Et ce cours d’histoire fait de dates précises, de détails et de révélations sur ce qu’a été l’élection présidentielle de 1978, qui pour la première fois dans un pays africain voyait le président sortant mis en ballottage, ne pouvait qu’édifier.

Troisième fils de Guillaume Ouédraogo, l’un des preux de la reconstitution de la Haute Volta, ancien séminariste, banquier de formation, homme politique et depuis reconverti dans l’humanitaire, Macaire Ouédraogo a contribué à écrire les plus belles pages de l’histoire des élections en Haute Volta et sur le continent à un moment où le taux de participation dans tous nos pays était de 100% et le suffrage exprimé en faveur du président réélu de 99,99%.

Aujourd’hui, vingt-huit ans après cette grande première, le candidat Macaire Ouédraogo présenté par l’Union nationale pour la défense de la démocratie (l’UNDD) s’en souvient certes, mais il n’occulte pas pour autant les questions d’actualité, marquées par les 46 ans de notre indépendance, le discours du Président du Faso à l’occasion de cette fête de l’indépendance et bien d’autres questions.

Cet invité là, le dernier de l’an 2006, aura en trois heures de 9heures à 12 heures aidé à tremper dans l’histoire de notre pays, et à faire une prospection dans l’avenir. En somme, c’est un condensé de notre passé récent que nous donnons à lire aux générations présentes, Hommes de demain, pour qu’ils s’en imprègnent.

Sidwaya (S.) : Le Burkina Faso vient de célébrer le 11 décembre, sa fête nationale. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Macaire Ouédraogo (M.O.) : C’est toujours avec un sentiment de joie et de fierté que je fête l’indépendance. Mais compte tenu de mon âge, j’ai toujours un regard vers le passé. J’essaie de faire une comparaison entre ce qu’il y avait avant l’indépendance, à savoir la colonisation, et après l’indépendance. Beaucoup de jeunes ne savent pas ce qu’est la colonisation. Le docteur Conombo, quant à lui, parle de « tyrannie ». Elle est ressentie plus ou moins amèrement, selon qu’on a été plus ou moins proche du colonisateur ou des instances que le colonisateur a mises en place.

Sans vouloir revenir sur l’histoire de la colonisation, j’aimerai souligner tout de même combien le « non » de la Guinée de Sékou Touré a été absolument éclatant et porteur pour tous les pays africains. Certaines personnes de notre génération avaient à l’époque très peur de l’indépendance même si elles la voulaient de tout cœur. L’expérience a montré que le Non de la Guinée en 1958 ne devait pas être un drame pour nos dirigeants. Je crois d’ailleurs que c’est ce qu’ils ont compris.

Le président Maurice Yaméogo, qui était le chef du gouvernement en 1959, nous a fait même rêvé à un moment donné à une constitution fédératrive avec le Mali (Soudan français à l’époque) et le Sénégal. Malheureusement, cela n’a pas eu lieu et le 15 mai 1959, nous avons voté une constitution purement nationale.

Donc, je dirai qu’au-delà de la joie que confère l’accession à l’indépendance, il y a eu cette fierté, la fierté de pouvoir s’assumer, sans compter que sur le plan international, nous étions reconnus officiellement. 46 ans après, cette fierté demeure. Mais je serais un menteur si je n’ajoute pas qu’il existe toujours une petite amertume dans le cœur. Tenez cette petite anecdote : un paysan à qui l’on a demandé ce qu’il pensait de l’indépendance a, à son tour, posé la question de savoir à quand la fin de l’indépendance. Cela veut dire en fait que l’indépendance se construit.

Un éminent économiste de notre pays a donné récemment une conférence sur la problématique de la culture africaine face au développement économique. Il a démontré que, depuis nos indépendances, nos Etats ont produit excellement « la pauvreté ». C’est dire donc que beaucoup d’efforts restent encore à faire pour que cette indépendance soit vraiment réelle, et qu’elle soit pour le développement. Le développement avec un sens d’harmonie. La croissance, le progrès ont une dimension verticale. Le développement a une dimension plus large : horizontale et verticale.

S. : A vous entendre, on croirait que vous avez un petit regret ?

M.O. : Pas du tout. Je ne regrette rien. C’est plutôt qu’il faut aller plus loin. L’inquiétude ne doit pas être avilissante. Elle doit au contraire, nous inciter à faire mieux. Nous avons eu notre indépendance vis-à-vis du colonisateur en lui disant que nous sommes capables. Il est l’heure maintenant de montrer de quoi nous sommes capables. Sans nous enorgueillir, nous pouvons dire que le Burkina Faso a fait son bonhomme de chemin vers cette indépendance. Mais ce n’est pas fini. Il faudrait que tout le monde prenne conscience de cette réalité. Ce n’est pas une fin en soi mais un moyen.

S. : Selon vous, qu’est-ce qui n’a pas marché jusque-là ?

M.O. : Il y a tout un ensemble de données qu’il fallait cerner. Nous avions certes les hommes qu’il fallait, mais il fallait une orientation ferme. Les ressources humaines sont essentielles pour le développement. Cela signifie que les hommes qui sont à la tête de ce pays, doivent pouvoir mobiliser l’ensemble du pays vers des domaines qui puissent apporter le développement, à savoir l’économie, la culture, etc...

Cela doit se faire en nous reposant sur l’ancien colonisateur qui n’était pas totalement perdu, mais aussi en nous appuyant sur les voisins. C’est pourquoi j’ai toujours souhaité une fédération. Parce qu’ensemble, on serait plus fort. Si jusqu’à présent, il n’y a pas de résultats satisfaisants, c’est parce que nous avons été réduits à des objectifs trop limités. Nous n’avons pas vu grand ; nous n’avons pas ratissé large, en cherchant ensemble la cohésion.

S. : Qu’avez-vous retenu du discours du président du Faso à l’occasion de cette fête ?

M.O. : Il a insisté sur un point qui m’a beaucoup marqué à savoir la cohésion. Une cohésion qui ne doit pas se faire uniquement sur le plan social, mais aussi sur le plan de l’investissement vers la production. Bien sûr, j’aurais souhaité qu’il insiste également sur l’aspect distribution, partage. Car s’il est important de produire, il est aussi nécessaire que tout le monde en profite.

S. : Pensez-vous que la Haute-Volta était prête pour cette indépendance ?

M.O. : Je ne pense pas qu’on puisse dire que la Haute-Volta n’était pas prête. Le principe du colonisateur était l’assimilation des peuples à la culture et à l’organisation de ce que l’on peut appeler la mère patrie. Avec ce principe, on ne serait jamais prêt. Mais voyez le cas des DOM TOM, (département d’outre-mer, territoires d’outre mer) est-ce que ces DOM TOM peuvent dire qu’ils sont prêts ? Leur a-t-on même donné l’envie ?
Oui je peux dire que nous étions prêts dans la mesure où on avait les hommes de notre indépendance.

Malgré leurs limites, ils étaient capables (comme je le disais tout à l’heure) de nous amener vers des orientations communes pour le développement. Avec l’expérience reçue dans les grandes écoles européennes, je pense que ces hommes pouvaient nous amener vers l’indépendance (au sens où je l’ai précisé tout à l’heure). Comme je l’ai dit également, ce sont les hommes qui font l’indépendance, et le développement. La Chine, Taïwan, le Japon, tous ces pays-là se sont développés à partir de leurs hommes.

S. : Est-ce que vous pouvez nous éclairer sur les deux dates à savoir le 5 août et le 11 décembre ?

M.O. : Il faudrait que les gens sachent que le 11 décembre c’est la proclamation de la République en 1958. C’était déjà un acquis vers l’indépendance. Nous étions dans l’autonomie, mais pas l’autonomie parfaite. Alors que le 5 août, c’est la prise complète de notre indépendance, de notre autonomie actuelle. Le 5 août 1960 est la proclamation de notre indépendance ; voilà la différence.

S. : Où étiez-vous le 11 décembre 1958 fête de l’indépendance ?

M.O. : Si vous dites le 5 août 1960, j’avais 25 ans donc j’étais un homme mûr. J’étais au grand séminaire de Koumi, en marche vers la prêtrise. Mon parcours scolaire a commencé à la mission catholique dans les années 1942 et en 1949, j’ai eu une bourse (par voie de concours) pour aller en France pour y faire mes études.

A l’époque, les meilleurs élèves étaient sélectionnés et envoyés en France. J’étais retenu mais j’ai refusé la bourse pour aller au petit séminaire pour être prêtre. J’ai fréquenté le séminaire de Pabré jusqu’en 1954, le séminaire de Nasso à Bobo-Dioulasso de 1954 à 1957, et en 1957 le grand séminaire de Koumi. Et là, jusqu’en 1963. Donc toutes ces grandes périodes du Burkina Faso, Haute-Volta à l’époque, je les ai vécues au séminaire. D’abord en 1947, la reconstitution de la Haute-Volta de l’année 1919, j’étais à Ouagadougou, j’avais douze (12) ans.

J’étais très content. Nous étions partagés entre le Niger avec Fada N’Gourma et Dori, le Soudan français (Ouahigouya, Tougan et Nouna) et le reste du territoire revenait à la Côte d’Ivoire. Cette division a été un déchirement. La reconstitution de la Haute-Volta (Burkina Faso) en 1947 a été votée le 4 septembre de cette année au palais Bourbon. Mais c’était une zone d’intérêts français. Nous avons vécu ces événements qui ont ensuite été suivis par l’arrivée du chemin de fer (NDLR : RAN : Régie Abidjan-Niger) à Ouagadougou. Ce fut un événement pour lequel mon père s’était investi profondément.
Malheureusement, il n’a pas vu l’arrivée du chemin de fer à Ouagadougou en 1954.

En 1956, avec le droit de la citoyenneté, nous sommes passés du statut de l’indigénat à celui de voltaïque. En 1957, intervient la Loi-Cadre, qui marquait sur le plan administratif une avancée significative. 1958, c’est la proclamation de la République, donc de notre autonomie partielle. 1960, enfin, c’est l’indépendance tant voulue et souhaitée qui est proclamée. J’ai vécu tous ces événements au séminaire bien entendu dans la joie.

S. : Comment avez-vous apprécié le partage du territoire national ?

M.O. : On ne peut pas entrer dans les desseins du colon. Créée en 1919 avec des limites précises et déchirée en 1932, la Haute-Volta, du point de vue démographique avait un centre, l’empire mossi. Le partage pourrait résulter de raison économiques, mais aussi et surtout des objectifs visés par la métropole. Considérer la situation aujourd’hui, on peut dire que ce n’était pas une mauvaise chose d’avoir permis à ce pays reconstituée d’avoir une entité. Dans la sous-région, l’unité nationale est plus vécue et visible au Burkina Faso qu’ailleurs.

S. : La reconstitution de la Haute-Volta était-elle une volonté des Voltaïques ou a contrario de la France coloniale ?

M.O. : Elle a eu une valeur nationale, populaire. Je ne veux pas reprendre les antécédents, ceci pour vous dire que si les dirigeants, à commencer par le Mogho Naaba Koom, surtout Naaba Saaga et les chefs de l’Ouest du pays, se sont réunis pour cette reconstitution, c’est qu’il y avait une volonté populaire. Il y a toujours un élément catalyseur d’une situation. Je crois savoir que cette reconstitution voulue par les gens du Centre, de l’Ouest, comme de l’Est répondait aux vœux et aux aspirations des populations.

S. : Le Burkina a perdu le 4 décembre dernier un de ses illustres fils, Joseph Ki-Zerbo. Que représentait-il pour vous ?

M.O. : J’ai bien connu le professeur Joseph Ki-Zerbo, d’abord pour avoir été dès ma jeunesse MLN (NDLR : Mouvement de libération nationale, créé par le professeur Ki-Zerbo). A l’époque, pour être membre du MLN, il fallait signer avec son sang.

S. : A bon !!! ?

M.O. : Euh, oui ! Nous l’avons été (rires). Je préfère le dire à la génération actuelle. Donc, je l’ai connu étant au séminaire par le canal des journaux. Je l’ai vraiment connu quand j’ai quitté le séminaire pour mes études juridiques en France. On a milité fortement pour le MLN. Mais, je dois dire dans ma vision, que c’était avant tout pour respecter le besoin du peuple que le professeur lui-même avait ressenti la nécessité d’aider ce peuple qu’il ne fallait pas brimer, qui avait soif de démocratie. Sa perte a été ressentie par le peuple entier et moi personnellement. C’est triste pour notre génération et le Burkina Faso.

L’homme politique (NDLR : parlant du professeur Ki-Zerbo) a été certainement admirable, mais c’est aussi un homme politique qui a ses limites. Il faut donc admettre qu’il peut avoir commis des erreurs, il le sait et nous le savons aussi. Dans l’essentiel de ses objectifs, c’est un homme droit, égal à lui-même. Cela doit être un exemple pour toutes les générations du Burkina Faso.

S. : Pensez-vous que le professeur Ki-Zerbo n’a pas été suffisamment compris ?

M.O. : Non, il n’a pas été seulement prophète au Burkina Faso. Un homme de cette envergure internationale, très apprécié à l’extérieur peut parfois nous échapper. Cela est évident. Je veux vous dire également que les Burkinabè ne savent pas apprécier leurs hommes. La sauce que nous préparons n’a jamais su être dégustée. A ce titre on pense que le professeur qui a toujours été apparemment un opposant n’a pas été bien apprécié par tout le monde. Nous avons siégé ensemble à l’Assemblée nationale de 1978 à 1980. Ses interventions ont toujours été en direction non pas d’une opposition pour l’opposition mais d’une opposition constructive.

Pendant la crise syndicale (NDLR : elle eut lieu au dernier trimestre de 1980) avec le SNEAHV (Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta) et le SUVESS (syndicat unique des enseignants du secondaire et du supérieur) qui a renversé la troisième République, le professeur et nous sommes montés très souvent au créneau à l’hémicycle pour demander le dialogue, la concertation, les négociations. Il n’était pas un opposant pour un opposant. Encore, fallait-il l’écouter ? Mais les dirigeants avaient dit non et nous sommes tombés le 25 novembre 1980 (date du coup d’Etat qui a emporté la IIIe République et l’avénément du CMRPN), Comité militaire pour le redressement et le progrès national.

S. : Comment avez-vous accueilli le non-lieu dans l’affaire Norbert Zongo ?

M.O. : Je vais vous étonner en disant qu’avant d’être économiste, j’étais juriste. Ce non-lieu pour dire la vérité ne m’a pas étonné.

S. : Pourquoi ?

M.O. : Parce que les procédures ont été mises en œuvre, mais tardivement, pour traquer, arrêter les éventuels coupables en fuite dans cette affaire. Cela ne pouvait conduire qu’à voir l’iceberg qui se fond au soleil ; laissant le glacier au fond de la mer, difficile à remuer. Le présumé coupable est en prison, on cherche toutes les solutions ; autrement s’il périssait en prison, l’affaire était terminée pour la justice. Je crois qu’il ne faut pas regretter ou désespérer à cause du non-lieu. On a eu des cas de non-lieu et même des erreurs de jugement qui ont fini par éclater un jour dans la vérité.

Je me dis alors pourquoi pas dans l’affaire Norbert Zongo. Il se peut qu’un jour, un homme, torturé par sa conscience, devant l’horreur, vienne à la barre confesser le drame. J’étais avec un ami algérien avec lequel j’ai fait mes études en France au centre d’Etudes financières, économiques et bancaires. De passage à Ouagadougou lors du drame de Sapouy, il m’a dit : Macaire, je peux admettre qu’on tue mais égorger, c’est atroce, je ne peux pas l’admettre, c’est inadmissible. Je lui ai répondu par ceci : « Moi aussi, tuer, je ne l’admets pas mais brûler c’est diabolique et ça ronge la conscience ». Je pense qu’il ne faut surtout pas désespérer dans cette affaire. J’insiste, un jour la lumière éclatera.

S. : Le 11 décembre correspond à la proclamation de la République. Comment considérez-vous les fêtes sous l’angle de votre époque ?

M.O. : Toutes les fêtes, qu’elles soient religieuses (Noël, Pâques, Ramadan) ou le « Tinsé » ou encore le « Basga » et la fête de l’Amnistie le 11 novembre, étaient célébrées de façon populaire et dans la solidarité. Je pense que vous n’avez pas connu cette joie. Moi, personnellement j’en ai goutté. A l’époque, la Noël était fêtée dans la liesse. Aux plan religieux, liturgique, nous avions la chance d’avoir un évêque, Monseigneur Joahnny Thevenoud qui aimait les cérémonies fastueuses. Il revêtait ses ornements étincelants.

Les prêtres, les enfants de chœur bien habillés en rouge, dentelles blanches ; tout ce cortège faisait une grande procession vers la Cathédrale, jadis le seul lieu de culte de tout Ouagadougou. Elle était magnifiquement décorée, il y avait surtout les chants polyphoniques de petits séminaristes de Pabré. Noël était grandiose. Rien que cela pouvait vous donner envie d’aller au petit séminaire. Il y avait aussi les crèches, la grande crèche de la Cathédrale était ornée par les sœurs. Tout cela portait à la prière.

Sur le plan des familles, chez nous à Paspanga, les chrétiens se rassemblaient à l’actuelle place de la Gendarmerie nationale à Paspanga pour aller ensemble à la messe de minuit. Les enfants devant, les hommes au milieu et les femmes fermaient la marche. Au retour, c’était le même scénario. Je dis souvent aux gens que je comprends maintenant pourquoi le petit Jésus s’est perdu au temple. A notre temps, c’est au moment de la dispersion de retour de la Cathédrale que l’on se rend compte de l’absence de quelqu’un. A la maison, nous n’avions pas de réveillon. Le lendemain de Noël, mon père avait l’habitude de tuer deux moutons. La viande du premier était distribuée aux voisins surtout musulmans et à quelques chrétiens. Celle du 2e mouton servait pour le repas familial. On faisait des plats cuisinés qu’on envoyait aux voisins et on en recevait d’eux également.

C’était dans une ambiance de solidarité qu’on mangeait ensemble. Les enfants allaient de maison en maison non seulement pour manger mais aussi pour s’amuser. Notre père ne nous cousait pas des habits neufs à Noël, mais plutôt au 1er de l’an, et nous étions bien habillés, il faisait d’ailleurs des cadeaux à l’ensemble de la famille. Etant une famille « princière », on était au moins une vingtaine. Les serviteurs, les servantes, tout le monde en recevait. Nous, les enfants, recevions chacun un billet de 5 F (l’équivalent aujourd’hui de 5 000 F CFA en pouvoir d’achat. Vu qu’on mettait tellement de temps pour dépenser cette somme).

Quant aux fêtes civiles, comme le 11 décembre, un grand nombre d’autorités et de populations venaient de l’extérieur. Il y avait également un grand défilé militaire, paramilitaire, d’élèves, de femmes, d’organisations agricoles à travers les artères de la ville. Ce défilé se poursuivait à la place d’Arme, actuelle place de la Nation où il y avait toutes sortes de jeux (adresse, endurance) de danses folkloriques : la danse Warba, tarket, etc.

S. : Aujourd’hui ces fêtes ont moins d’éclat. Cela est-il lié à la perte de la foi ou aux difficultés financières ?

M.O. : Non, ce n’est pas la perte de la foi, c’est plutôt l’individualisme qui s’est installé dans nos sociétés actuelles.
Pour les gens de notre génération, un enfant appartient à tout le monde. Quand il commet des bêtises ailleurs, il est frappé, réprimandé.
Aujourd’hui, attention ! l’enfant, c’est pour untel et non pour les autres. Même s’il est auteur de bêtises, vous le regardez. N’est-ce pas ce que vous constatez également ?
Ce n’est pas que la foi a diminué, mais c’est l’individualisme qui gagne du terrain.
Au contraire, la foi s’est raffermie, regardez lors du Ramadan, on assiste à un spectacle admirable de religiosité.

S. : Les Colloques et séminaires sur la corruption se succèdent. Pensez-vous que la société burkinabè est gangrenée par ce phénomène ?

M.O. : Il ne faut pas réduire la société burkinabè aux seules villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ou aux salariés et les fonctionnaires. Combien représentent-ils ?
La société civile va plus loin. Effectivement, la corruption est présente. Comme disait la Fontaine dans les « animaux malades de la peste », « ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient atteints ». La corruption a gagné aujourd’hui tous les milieux, cela est dommage. A considérer de très près, c’est un phénomène qui, sans être importé, a été enraciné par nos individualités, nos individualismes et nos besoins matériels.

L’aspect matériel a pris le dessus sur les autres valeurs. Un salarié de nos jours est plus préoccupé de son salaire que du service qu’il doit rendre. J’ai découvert cette espèce de corruption à l’extérieur d’abord quand j’étais en Côte d’Ivoire où j’ai été frappé par ce fait. Je me suis dit au fond de moi-même qu’il ne devait pas arriver au Burkina Faso. J’étais même très souvent, vu ma position dans les affaires, témoin de certains phénomènes que je dénonçais mais « c’est comme ça », me répondait-on, le « Fait nous fait » ivoirien. Le phénomène s’est répandu jusqu’au Niger quand j’y étais.

A mon retour au pays, au début, je n’avais pas constaté la corruption. La preuve est que personnellement à l’époque j’avais des loyers importants que l’Etat me devait. J’ai mis peut-être du temps à les récupérer mais jamais un fonctionnaire ne m’a demandé une contrepartie.

J’ai été parfois humilié devant des fonctionnaires parce que je réclamais mon dû avec force. Les gens m’ont dit que si j’avais avancé quelque chose, j’aurais eu gain de cause plus tôt. Personnellement, je ne l’ai pas senti, ce n’est que maintenant que je le ressens. J’ai été victime de temps en temps dans une mairie pour un papier d’attendre longtemps, très longtemps. Je résiste toujours, jamais je ne me permettrai de corrompre un fonctionnaire pour avoir quelque chose. Je suis content que la Haute autorité de lutte contre la corruption mobilise que tous les Burkinabè pour lutter ensemble contre la corruption.

S. : Pensez-vous que 2007 sera l’année du retour de la paix en Côte d’Ivoire ?

M.O. : Je l’espère et le souhaite de tout cœur. Bien sûr, la crise ivoirienne préoccupe chacun. Nous devons faire tout ce qui est en notre possibilité pour aider nos frères ivoiriens à retrouver leur équilibre. Le tout est d’arriver à commencer, les audiences foraines. Elles débutent en principe le 18 décembre, encore faut-il qu’elles se poursuivent bien.

Malheureusement, le président Laurent Gbagbo est en train de mettre les bâtons dans les roues du processus en demandant et en réclamant le désarmement des Forces nouvelles. Si nous arrivons avec ce processus aux élections en 2007, les dirigeants seront bien obligés d’accepter le verdict des urnes. Ce sera le début d’une paix à reconstruire parce que, je dis bien : un vase fêlé se recolle difficilement.

S. : A côté de la Côte d’Ivoire, il y a le Tchad, le Soudan. D’après vous, pourquoi tant de foyers de tension en Afrique ?

M.O. : Les crises ont souvent pour origine les oppositions tribales : les nomades contre les sédentaires, ceux du Nord contre ceux du Sud, etc. Mais elles ont aussi des origines politiques qui se régionalisent. La Libye et le Tchad sont intervenus dans la crise du Darfour : Idriss Déby, président du Tchad, a quitté le Darfour pour entrer à N’Djaména en 1990 comme l’a d’ailleurs fait Hissène Habré, son prédécesseur. Le politique est très souvent à l’origine de ces crises.

La véritable cause de ces crises demeure les intérêts économiques. On a découvert du pétrole au Darfour, en République Centrafricaine, au Tchad. Toutes les puissances économiques (française, américaine, chinoise), se deversent dans ces pays, sous couvert de l’humanitaire. En fait, le pétrole est l’appât essentiel.

S. : Que pensez-vous des bases militaires françaises en Afrique ?

M.O. : Il faut respecter le droit ou la constitution de chaque pays abritant une base militaire. On ne peut pas à leur place dire oui ou non. Concernant le Burkina, nous avons applaudi le président Maurice Yaméogo lorsqu’il y a eu le bras de fer entre lui et le général Massom. Le président lui a demandé de lever la base de Bobo-Dioulasso. On ne peut pas se sentir autonome si sur le plan défense on n’est pas indépendant.

Certes on peut signer des accords militaires, on peut aménager des termes permettant des relations militaires comme nous l’avons fait pour la formation de nos militaires et la fourniture de logistiques. Les accords entre la Haute-Volta (Burkina Faso aujourd’hui) et la France prévoient cette situation. Pour ou contre les bases militaires, je constate simplement que là où elles existent, elles sont prises à partie. Cela veut dire qu’en cas de tension entre les populations il ne faut pas qu’elles se mêlent de facto. Il faut plutôt les laisser régler leur différend.

Au départ en fait, les bases militaires étaient érigées surtout contre l’extérieur. Eventuellement pour asseoir les dirigeants politiques qui sont sur place. Je pense que les Etats eux-mêmes sont capables de garder l’intangibilité de leur frontière et de respecter leur constitution. A-t-on besoin absolument de bases militaires ? Les accords existent, il faut en prendre acte.

S. : Comment jugez-vous l’attitude du candidat malheureux Jean-Pierre Bemba en RD-Congo qui a reconnu sa défaite ?

M.O. : Il a respecté sa logique. Pendant la campagne, il a dit ouvertement vouloir respecter le verdict des urnes. Je crois qu’il a condamné le vandalisme qui s’est produit à l’issue du premier tour de l’élection. C’est dire que véritablement il est un démocrate même s’il est chef de guerre. N’oubliez pas non plus que pour M. Jean-Pierre Bemba, l’aspect politique est fondamental, vital même car c’est encore mieux de féliciter le vainqueur mais aussi de se préparer pour les prochaines échéances. M. Bemba a été habile en cela. Il a fait preuve d’un vrai démocrate, qu’il faut féliciter.

S. : Tantôt, vous avez dit que le pétrole était à l’origine de pas mal de guerre en Afrique. Doit-on alors redouter ou s’abstenir de faire toute prospection pétrolière chez nous ?

M.O. : (Rires !). Nos voisins nigériens ont du pétrole. Est-ce que vous le savez ? Pour savoir s’il y a du pétrole, il faut creuser trois puits et si le 3e a du pétrole, cela confirme l’existence de l’or noir. Cela a été fait au Niger de façon concluante, ils ont du pétrole même si aujourd’hui on n’en parle pas. Pourquoi y en aurait-il pas chez nous ? Si on a les moyens de prospecter, on peut le faire. Je pense que nous avons beaucoup d’autres choses à faire de plus important. Si au plan économique, on se met sérieusement à l’œuvre pour ce pays, on peut arriver à résoudre pas mal de nos difficultés sans recourir au pétrole. Ceci est mon point de vue personnel.

S. : Des organisations au Burkina Faso supportent le président ivoirien même quand celui-ci piétine les accords de paix ou les résolutions de l’ONU. Qu’en dites-vous ?

M.O. : Je vous renvoie la question. Pourquoi ? Sur le plan politique, il y a toujours des intérêts. Les liens qui ont été tissés avec M. Laurent Gbagbo ne sont pas seulement personnels, il peut y avoir également des liens d’intérêts. Je ne peux pas aller plus loin dans cette analyse mais je suis certain que si vous épluchez soigneusement toute cette cabale ou ces soutiens à Gbagbo, il y a quelque chose d’interne, de personnel ou de communautaire qui est d’abord l’intérêt. Pourquoi y a-t-il eu ce drame de déchets toxiques ?

Vous savez que des gens étaient favorables à cela uniquement pour des intérêts financiers. Est-ce qu’une telle attitude est soutenable ? Toutes ces organisations ou personnes qui soutiennent M. Gbagbo malgré son attitude vis-à-vis de l’ONU, de la constitution de son pays et du Burkina Faso, le font parce qu’il y a des intérêts en dessous, avoués ou inavoués.

S. : En Afrique du Sud, la situation des homosexuels a été légalisée. Peut-on mettre cela au compte de l’évolution ?

M.O. : Alors là, mes mots vont être durs. (rires !). J’ai appris douloureusement la légalisation de l’homosexualité dans ce pays. C’est la conséquence logique d’une longue colonisation qui a fait perdre à l’Afrique du Sud ses repères, ses valeurs Africaines. Il y a quelques années, on ne parlait jamais d’homosexualité en Afrique noire. Cette légalisation est même désapprouvée par les Noirs. Je peux dire que l’homosexualité rendue à grande échelle à ce niveau, est quelque chose d’inadmissible. Elle est même rentrée chez nous. Une journaliste NDLR : notre consœur Ramata Soré de l’Evénement, a eu, je crois, un prix dans l’analyse de ce phénomène.

Je pense également à la force de la clandestinité. L’homosexualité entre comme un clandestin, j’allais dire comme le cancer qui ronge. Quand on s’aperçoit, c’est trop tard. Elle est en train de faire son chemin chez nous. Je me demande comme beaucoup d’autres, s’il n’y a pas lieu d’arrêter ce processus. Il faut que tous ceux qui croient encore en nos valeurs morales s’unissent pour qu’on arrive à réclamer au besoin une loi interdisant la légalisation de l’homosexualité au Burkina.

Il semble qu’il y a des homosexuels de naissance, il s’agit là d’un dérèglement physique et psychique, je le concède. C’est donc une maladie qui les déséquilibre, si on peut les soigner, il faut le faire. Autrement, je dis non. Voyez-vous, ça me fait penser à la Rome décadente (NDLR : Parlant de la Rome antique) avec cette orgie où les gens passaient le temps à manger quitte à aller vomir au vomitorium pour revenir se mettre de nouveau à table. L’homosexualité est au monde contemporain ce qu’a été l’orgie pour la Rome antique.

Par conséquent, je trouve qu’elle est regrettable. Elle est l’expression de la dépravation des mœurs. Or, nous savons qu’ici des lois répriment le vagabondage sexuel, la pédophilie. Il faudrait ranger l’homosexualité dans cette dynamique répressive.

S. : Pensez-vous qu’une loi seule suffirait pour enrayer l’homosexualité, vu l’expérience au Cameroun ?

M.O. : Je suis d’accord avec vous. C’est pourquoi, je dis que l’homosexualité est à l’image d’un cancer. Il faudrait envisager le phénomène sur le plan de la répression. Il faut arriver à déterminer si les homosexuels sont des malades, alors, il faut les soigner. Mais, s’il ne sont pas malades, alors, je suis pour la répression.
Par effet de mimétisme, on risque de faire comme d’autres pays au détriment de la perte de nos valeurs.

S. : Le Pape Benoît XVI a effectué son premier voyage en Turquie en terre d’islam sans accrocs. Pensez-vous que l’œcuménisme tant souhaité est en marche ?

M.O. : Le Pape est un chef d’Etat d’un petit pays, le Vatican. A ce titre, il a le droit de sortir et de rendre visite à des pays musulmans. Le Pape Jean Paul II l’a fait surtout. Benoît XVI, lui a été invité et il a décidé d’aller en Turquie bien avant l’événement que vous connaissez. Je dois dire que, quand on parle d’œcuménisme au sens strict, cela signifie l’effort consenti dans la famille chrétienne divisée en deux (catholique et protestant) pour se rassembler.

En 1910 à Edimbourg s’est tenue une grande rencontre missionnaire des églises protestantes dans le dessein de s’unir, de se rapprocher. C’est à ce moment qu’il y a eu également des efforts en direction de l’église catholique ; mais c’est surtout avec le Concile Vatican II qui a accepté d’accueillir comme observateurs, les non catholiques qu’on observe une certaine avancée de l’œcuménisme. Maintenant au sens large, l’œcuménisme peut concerner les non chrétiens, les musulmans dans la mesure où on pense que les croyants sont appelés à une unique famille qu’est l’Eglise.

A ce titre, on peut dire que l’œcuménisme est en marche. C’est surtout Jean-Paul II durant son ministère qui a vraiment fait des efforts très importants pour rapprocher les musulmans des chrétiens en allant les visiter chez eux. Les musulmans en ont fait en se rendant en Italie. Alors, naturellement son successeur Benoît XVI est obligé de continuer dans le même sens.

Pour son voyage en Turquie, il a même fait mieux en rentrant prier dans une mosquée avec les fidèles musulmans. Cela, je pense est un appel pour tous les croyants afin qu’ils recherchent la cohésion, la communion. Cependant, l’œcuménisme doit être vécu aussi par la population, la base et non pas seulement au sommet. Je vous donne un exemple très récent. Hier à Zekougan (NDR, village rattaché à la commune de Ouagadougou), il y avait une fête à l’honneur de Saint Daniel, le papa du journaliste Joachim Zongo, un monsieur très en vue dans ce village mais malheureusement décédé. Et bien, les chrétiens, les musulmans étaient tous réunis pour fêter. Cela démontre que la tolérance peut cheminer vers une cohésion pour des actions communes.

S. : En 1963, vous avez quitté le grand séminaire pour une vie active au moment où on vous attendait comme curé. Pourquoi ?

M. O. : Non. Non, quand je quittais le grand séminaire, je n’étais pas prêtre. Il y a des étapes pour être prêtre. Et je devais être ordonné sous-diacre, l’avant dernière étape. Mais je suis tombé malade (1960-1963). Je faisais la navette Koumi-Ouagadougou pour me soigner. Etant un garçon dynamique, très actif, tout le monde le sait, cette maladie me rongerait lentement. Mais le cardinal voulait m’ordonner prêtre, j’ai préféré refuser parce que je ne pouvais pas être un prêtre malade.

Ainsi, ma mère s’est proposée de me soigner dans mon village à Mané. J’ai été soigné par un tradipraticien. Il a regardé ma main et a identifié le mal. Il m’a donné une potion à boire et à me doucher. Ensuite il m’a dit : « Quand tu iras aux selles regarde ce qui va sortir » ; ce que j’ai vu est innombrable, et après j’ai recouvré la santé. Ce sont des événements qui me restent dans la vie, dûs au fait que là où la médecine européenne a échoué, la médecine traditionnelle a réussi 6 mois après. J’ai dit à mon cardinal, (paix à son âme) que je pense être utile ailleurs.

Ainsi, je suis parti du séminaire et j’ai été employé à la Banque nationale de développement en (1963) avec pour directeur et cadres supérieurs des expatriés. J’y ai fait des mois de stages. Je me suis dit pour qu’il y ait un changement au profit du peuple, il faut aller très loin. Alors malgré mes 28 ans et après mes études philosophiques et théologiques, j’ai été admis en stage en France et là j’ai profité m’inscrire à l’université. Et, dès la première année j’ai eu mon 1er certificat de licence. Selon les textes à l’époque, si un stagiaire est admis à la licence, il doit bénéficier d’une bourse pour continuer ses études. Ainsi, j’ai pu terminer mes études universitaires.

S. : Comment êtes-vous venu en politique ?

M.O. : Je suis venu en politique pour plusieurs raisons. En quittant le séminaire, j’ai décidé de travailler dans la banque pour éviter la politique. En 1970 j’ai travaillé à la BIAO (BIB) Bobo-Dioulasso avant d’être appelé à la tête de la Banque nationale de développement de la Haute-Volta (BND-HV) sur la demande de mon ami, M. Emmanuel Zoma, ex-directeur de la BND-HV nommé ministre du Commerce. J’ai essayé de redresser cette banque en lui donnant toute sa verdeur. Ainsi pendant ce temps, j’ai davantage approché le milieu politique. Et dans les années 77, comme tout Burkinabè, j’ai vécu le drame socioéconomique. Il y avait léthargie sur le plan économique.

Les grèves étaient terribles et humainement révoltantes : des changements étaient devenues nécessaires Aussi en 1977, j’étais approché à mon tour par beaucoup de partis politiques et d’hommes politiques, dont le président Maurice Yaméogo. Il était difficile pour moi de me décider. Je suis allé sur la tombe de mon papa ; c’est là que j’ai pu avoir une réponse. Le changement était nécessaire pour l’intérêt général. Ce sont ces raisons qui m’ont amené dans la politique. A l’époque, une fois dans la politique et suivant les textes en vigueur je devais démissionner de mon poste de directeur général. Beaucoup de gens m’ont traité « d’idiot », d’avoir démissionné de mon poste de directeur de banque en faveur de la politique, un domaine plein d’incertitudes.

S. : Mais avant cet engagement dans la politique, vous aviez dit que vous avez côtoyé le Pr Joseph Ki-Zerbo. Pourquoi à cette époque vous n’aviez pas fait la politique ?

M.O. : Non. Lorsque vous êtes affiché banquier, vous ne pouvez pas faire la politique. Donc, j’ai dit au Pr Ki-Zerbo que je me retirerai du MLN, son parti. Ceci a été mal accepté, mais cela m’a permis de mener mes activités dans la banque et à la Chambre de commerce de Bobo.

S. : Aujourd’hui avec le recul, si on vous demandait d’expliquer ce qui s’est passé en 1978, que diriez-vous ?

M.O. : Oui ! lorsqu’il m’arrive de dérouler l’histoire de la Haute-Volta, à l’époque je constate que beaucoup d’erreurs et même des fautes ont été commises à cause souvent de l’ignorance, de l’individualisme, du goût effréné du pouvoir, etc. Ma formation au séminaire, orientée vers la justice sociale, confortée par celle laïque dans les universités en France m’ont donné une hauteur de vue du sens de l’intérêt général. Ainsi, devant le bien commun et l’intérêt général, nos individualités et intérêts purement personnels doivent se ranger, sans qu’on ait besoin de brandir le fusil où tout autre arme dissuasive.

Je pense que le Burkina en 1978 avait les forces pour une démocratie véritable. La défense de la démocratie à l’époque m’a séduit. Ainsi, j’ai accepté d’adhérer à l’Union nationale pour la défense de la démocratie (UNDD). Au sein de ce parti, j’occupais le poste de responsable aux affaires économiques et financières. Mais j’avais une vue suffisamment large au sein du bureau exécutif me permettant de faire des analyses politiques. A l’époque, grâce à la formation du MLN, j’étais capable de faire des analyses politiques.

Je tire mon chapeau au professeur Joseph Ki-Zerbo, président de ce parti. Dans mon analyse politique, le parti (NDLR : UNDD) à peine né le 6 novembre 1977 devait affronter les élections législatives et présidentielle sous peine de disparaître. En effet, la constitution votée le 11 novembre 1977 limitait les partis à trois (3) sur la base de leur score aux élections législatives. Aussi, de surcroît, on a lié la présidentielle aux législatives. Un parti qui n’a pas suffisamment de députés est éliminé. A l ‘époque, j’ai dit à mon parti qu’il faut un candidat solide, de poids à la présidentielle pour nous apporter beaucoup de députés. Ce qui a été acepté. Malheureusement nous avons trouvé des gens de poids non fichés qui ont décliné l’offre.

S. : Comme qui ?

M. O. : Vous voulez que je les nomme ?

S. : Oui pour l’histoire.

M. O. : Pour l’histoire ? Monsieur Bila Charles Kaboré, monsieur Edouard Yaméogo ont été approchés. Des gens de grande envergure pouvant donner à l’UNDD plus de poids que moi.
Le président Maurice Yaméogo à qui le pouvoir du président Lamizana a toujours refusé la restitution de ses droits civiques était à écarter, car il est simplement martyr de sa popularité grandissante. Le deuxième candidat possible, c’était Me Hermann Yaméogo, notre secrétaire général, mais il ne remplissait pas les conditions d’âge (il fallait 40 ans révolus ; il en avait 36).

Au sein du bureau exécutif du parti, des têtes ont été désignées, mais c’était la débandade. Le président Maurice Yaméogo est revenu à la charge sur ma personne en me disant de sauver le parti. Encore avant d’accepter, je suis allé sur la tombe de mon père. C’est ainsi que je me suis présenté. J’étais l’inconnu, celui qui n’avait pas d’envergure face au Pr Ki-Zerbo, candidat de l’UPV (Union progressiste voltaïque) ; au président Joseph Ouédraogo, candidat du Front de refus RDA et le président candidat, El Hadj Sangoulé Lamizana au pouvoir depuis 1966, soit 12 ans, soutenu par le RDA et des partis alliés (PRA, UNI, MPRA, GAP, PRN).

Moi, Macaire Ouédraogo, candidat de l’UNDD, le moins illustre était pratiquement considéré comme le perdant dans cette élection présidentielle. Donc, parmi les trois (3) civils, les gens s’attendaient à l’un des Joseph (NDLR : Ki-Zerbo ou Ouédraogo), mais pas Macaire Ouédraogo. 28 ans après, les choses peuvent être jugées avec clarté. Ainsi, je pense qu’on a vraiment combattu pour la démocratie parce qu’on y croyait fermement.

S. : D’aucuns soutiennent que s’il n’y avait pas eu fraudes, vous auriez remporté l’élection.

M. O. : Je n’aimerai pas rentrer dans ce débat. (rires).

S. : Vous êtes d’abord parti de cette fibre progressiste avec le MLN, vous aviez décidé entretemps de ne plus faire la politique et à un moment donné vous êtes reparti à l’UNDD, un parti de droite. Est-ce parce que le MLN devenu après UPV n’a pas cru être trahie ?

M.O. : Personnellement, je n’ai pas ressenti cela. Les gens ont classé trop tôt l’UNDD à droite, pourtant non. Au sein de l’UNDD, nous étions des jeunes comme le G12. L’UNDD ne se dit pas officiellement progressiste mais le contenu renferme des éléments d’un parti progressiste, à telle enseigne que je me suis senti fier au moment de la Révolution. La plupart des adeptes de la Révolution venaient de l’UNDD. Nous n’étions pas un parti de droite libérale comme d’aucuns le pensaient, mais un parti profondément démocratique aspirant à la réhabilitation des droits du peuple.

S. : Quelles étaient les clauses entre vous les 3 candidats civils ?

M.O. : Au départ, les clauses étaient verbales. Pour déranger le général, les trois civils accepteraient de soutenir au 2e tour celui d’entre eux qui serait le mieux placé ; c’était toute la problématique. Les résultats du 1er tour donnaient à Lamizana 42%, Joseph Ouédraogo 17%, Joseph Ki-Zerbo 16% et Macaire Ouédraogo 25%. Mon parti me trouvait mieux placé mais les autres disaient que j’étais jeune et sans poids international.

Le grand JO. Ouéder (NDLR : Joseph Ouédraogo) m’a accordé son appui. Le Pr Ki-Zerbo, malgré l’accord verbal a opté pour l’abstention en se justifiant que l’UNDD tenait absolument à son candidat. Les autres raisons inavouées, je ne saurai vous expliquer.

S. : Les gens disaient que vous étiez un faire - valoir et que le pouvoir serait remis à Maurice Yaméogo aussitôt ?

M.O. : Attention ! Même au niveau du parti, beaucoup ne me connaissaient pas. Il a fallu ma conférence de presse au domicile familial à Paspanga pour convaincre les militants de l’UNDD, les journalistes et les électeurs que je n’étais pas une paille ou une marionnette. A ce titre, même si j’allais donner les droits civiques au président Maurice Yaméogo, il n’était pas question de lui recéder le pouvoir, cela serait contraire à la constitution. Connaissez-vous le score final ?

Pendant la campagne présidentielle c’était à la fois une course hippique et un combat de gladiateurs. A l’époque, les coups se rendaient visiblement. Je crois que le parti adverse a eu peur, en voyant l’UNDD soulever les masses et exceller en initiatives. J’ai demandé un face-à-face télévisé avec mon adversaire, le président Lamizana ou l’un de ses experts.

Naturellement, il a rejeté l’offre en essayant même de la dénigrer. A ce moment la fougue du président Joseph Ouédraogo était telle, que Lamizana a véritablement eu peur. La tension était forte. Au meeting de Manga, le fief du RDA mais aussi de Joseph Ouédraogo, en pleine tribune, j’ai échappé à un assassinat. Les gens ne le savent pas.

S. : Comment ça ?

M.O. : Ils ont commencé à tirer. J’ai eu la délicatesse de tourner ma tête vers mon collègue, cela m’a permis d’échapper à un tir. Mes gardes de corps m’ont automatiquement enveloppé ; il y a eu des blessés graves dans nos rangs. Mais à Doulougou, un jeune militant UNDD a trouvé la mort à la suite des coups et blessures.

S. : Est-ce que l’auteur de ces tirs a été arrêté ?

M.O. : Des enquêtes nous ont permis de comprendre que les auteurs étaient couverts. Etant sain et sauf, nous avons convenu de ne pas porter plainte. Nous avons continué notre chemin. Le pouvoir était dérangé. Score final, le général Sangoulé Lamizana 56% et Macaire Ouédraogo 44%. C’était le 28 mai 1978. J’ai des témoignages de personnes bien placées comme de petites gens qui affirment que le score de l’UNDD pouvait être mieux.

Les voix ont-elles été volées ? Le gagnant, c’était Lamizana. Et, le lendemain de l’élection dans un message à la Nation, je disais en substance ceci : dans la mesure où l’élection s’est déroulée démocratiquement, je reconnais le verdict des urnes et présente mes chaleureuses félicitations au général de corps d’Armée Sangoulé Lamizana. Mais j’aimerai attirer l’attention des uns et des autres sur le fait que le pouvoir n’est pas une fin en soi, ce n’est qu’un moyen et c’est maintenant que les changements promis au peuple doivent s’opérer ; et j’espère que le président tiendra compte des 44% de la population qui a voté pour un changement radical.
J’ai insisté qu’il faudrait tenir compte de ces pourcentages (56% et 44%) pour gouverner dans la mesure où la constitution de 1977 recommandait un gouvernement d’union nationale.

S. : Deux ans après, il y a eu le putsch dit des colonels avec l’avènement du CMRPN. Votre message n’a-t-il pas été entendu ?

M.O. : Très honnêtement, un gouvernement d’union nationale, intégrant les 44% nous aurait permis d’éviter des erreurs. En 1980, quand il y a eu des remous, nous avons à plusieurs reprises intervenu à l’hémicycle pour demander qu’il y ait une négociation pour une cohésion. Joseph Ki-Zerbo intervenait aussi dans le même sens. Hélas, nous n’avons pas été écoutés. Pendant la grande crise avec les grèves des syndicats, je me suis donné la peine au cours d’une mission au Canada, d’approcher le président de l’Assemblée nationale, Gérard Kango Ouédraogo, pour lui demander d’enterrer la hache de guerre avec le président Maurice Yaméogo, Joseph Ouédraogo et Joseph Ki-Zerbo afin de sauver la Haute-Volta. J’ai eu l’assurance qu’à son retour, il organiserait une rencontre.

Malheureusement à notre retour, la trêve sociale était rompue. Il était dans la fournaise ; il n’a pas eu le temps de nous rassembler. Et le 25 novembre 1980, est arrivé (NDLR : le coup d’Etat mettant en place le Comité militaire de redressement pour le progrès national-CMPRN dirigé par le colonel Saye Zerbo).

S. : Aujourd’hui avec le recul et les informations en votre possession, pouvez-vous dire qu’on a volé votre victoire en 1978 ?

M.O. : Ah ! L’UNDD peut tirer cette conclusion. L’histoire de 1978 reflétait une commune vision de la démocratie, du pouvoir du peuple pour le peuple. S’il y avait justement la poursuite de cette vision commune, l’histoire n’aurait pas été comme elle l’a été. La victoire de la IIIe République aurait été sans doute retentissante. Pourquoi cette volonté de ne pas faire un gouvernement d’union nationale ? Pourquoi ?...

Ensuite au niveau de toute l’opposition, les actions menées visaient à sauver la IIIe République et non de la déstabiliser. Nous avions eu des problèmes au niveau de l’élection du président de l’Assemblée nationale (28 députés contre 29). Cela s’ajoute au problème du député des Hauts-Bassins, Zoumana Traoré et les grèves, etc. La IIIe République était fortement ballottée à telle enseigne qu’on n’a pas eu un regard suffisant vers le peuple.
L’UNDD pense que si elle était dans le gouvernement, la IIIe République aurait connu certainement un autre visage.

S. : Au Burkina, le jeu politique aujourd’hui a-t-il tiré des leçons des périodes de 1978 et 1980 ?

M.O. : Personnellement, je pense que la classe politique aurait dû prendre davantage des leçons. Car, il ne sert à rien de dominer sans penser aux autres. Il ne faut pas oublier que le verdict des urnes ne reflète pas totalement la situation réelle d’un pays. Les urnes peuvent être manipulées. Et, grand parti soit-il, il faut être humble. Aussi, une opposition pour opposition ne veut absolument rien dire, elle est même dangereuse.

Les partis de l’opposition doivent se dire qu’ils sont au bénéfice de la Nation et par conséquent, ils ne sont pas aussi les seuls à détenir le vrai peuple. A mon avis, chacun doit mettre de l’eau dans son vin. Je me demande si l’ensemble de la classe politique actuelle a tiré des leçons des années 1978-1980.

S. : En Afrique vous êtes le premier candidat à mettre un président-candidat en ballottage. Qu’est-ce que cela vous a valu comme renommée sur le plan international ?

M.O. : La vision internationale ne m’intéresse pas. Cette renommée extérieure, je ne la recherchais pas. Car, ceux qui ont connu mon père, l’ont toujours dans la gorge comme résistant au colonisateur et que le fils ferait autant. Alors ils ont sorti toutes les batteries de manœuvre de pressions et de relations nationales et internationales pour barrer absolument par tous les moyens la route présidentielle à ce « tocard » qui vient déranger l’ordre établi. La vision extérieure n’était pas ma préoccupation. Celle-ci était de comprendre, et de rassembler et de réaliser les objectifs internes. L’objectif de l’UNDD était de faire comprendre au peuple ses programmes de développement afin d’impliquer tout le monde. C’est dommage !

S. : Et sur le plan professionnel qu’est-ce que cela vous a coûté ?

M.O. : J’ai perdu le « gâteau » (rires) en quittant la direction de la BND (Banque nationale de développement). J’ai perdu ma tranquillité. Mais surtout avec mon parti, je n’ai pas pu opérer les changements souhaités.

S. : Regrettez-vous d’avoir embrassé une carrière politique ?

M.O. : Non. C’était un engagement à ma manière pour opérer un changement au profit de l’intérêt général. Après mon retour d’exil, j’ai voulu revenir dans la politique mais après analyse je me suis relancé d’abord dans l’économie pour enfin faire de l’humanitaire.

S. Quels sont vos rapports avec Hermann Yaméogo, un homme politique avec qui vous avez collaboré dans l’UNDD d’antan ?

M.O. : Hermann Yaméogo est avant tout un petit frère. Il a été mon secrétaire général en 1978. Durant mon exil en Côte d’Ivoire, pendant la Révolution, j’étais en contact souvent avec son père qui était lui aussi en Côte d’Ivoire.
J’apportais des conseils au président Hermann Yaméogo quand je suis rentré en 1991. Depuis un certain temps on est moins en contact. Le président Hermann continue de mener ses activités politiques sans que je ne sois tout le temps son conseiller.

S. Quels ont été vos rapports avec le défunt président Maurice Yaméogo ?

M.O. : C’était un homme qui malgré ses limites s’est profondément donné à ce pays avec vérité et conviction. En 1966 (NDLR : soulèvement des syndicats aboutissant à sa démission), il a eu le courage que d’aucuns présidents n’auraient pu avoir. Dans nos échanges, il n’a jamais manifesté son intention de revenir aux affaires, mais plutôt être mon conseiller. Je garde de lui un souvenir très vivace. C’est un père au plan spirituel. Il est le pure produit de mon papa en politique.

S. En tant que démocrate, comment vous avez ressenti l’avènement du 4-Août 1983 ?

M.O. : Au sein de l’UNDD, j’étais certainement celui qui croyait le moins à la Révolution de 1983. Mais avec le mot Révolution, j’ai compris que j’étais en erreur dans mon analyse politique. Au départ franchement, j’ai boudé la Révolution. Ensuite, j’ai fait savoir aux dirigeants de la Révolution ma vision, Henri Zongo, Thomas Sankara, Lingani. La seule personne que je ne connaissais pas était Blaise Compaoré. Il faut savoir qu’on a organisé à Kaya une marche de rejet contre Macaire Ouédraogo. J’ai compris que le monde avait changé. Et grâce aux conseils d’un ami béninois, je me suis exilé en Côte d’Ivoire.

S. La Révolution a-t-elle confisqué certains de vos biens ?

M.O. : Oui. Mais, je préfère dire simplement que je ne suis pas attaché aux biens. Jusqu’à présent je n’ai rien réclamé et je ne réclamerai pas.

S. : Pourquoi ? ces biens n’appartiennent-ils pas à vous et à votre famille ?

M.O. : Ces biens sont entre les mains d’autres personnes. Je ne vais plus revenir là-dessus.

S. : Vous aviez été le secrétaire général du groupe Valentin Kinda en Côte d’Ivoire. La Révolution a été accusée de l’avoir assassiné. Qu’en pensez-vous ?

M.O. : Je me suis toujours refusé de donner des réponses claires. Car, dans la réalité il y a des situations qu’il faut comprendre. Quand vous êtes exposé au soleil vous cherchez l’ombre. Dans l’affaire Valentin, il y a toujours des situations chaudes, presque brûlantes qui m’obligent à rester dans l’ombre. J’espère qu’un jour il y aurait plus de lumière. Dans ce drame, tout le monde sait que j’étais impliqué.

S. : Comment ?

M.O. : Dans la mesure où je devais être dans la même situation que lui. Valentin avait dit ceci à celui qui allait le tuer : « Vous cherchez M. Macaire Ouédraogo, il n’est pas là » ; alors que j’étais à trois (3) mètres de lui. Caché seulement par une vitre). « Si vous voulez le voir, revenez demain », et, lui il n’a pas atteint demain.

S. : Comment avez-vous vécu la fin de la Révolution ?

M.O. : Oui, j’étais heureux que la Révolution finisse, mais il faut comprendre la Révolution dans un certain sens. Elle n’a pas été en soi mauvaise. Les acquis de la Révolution nous édifient. Moi, j’ai admiré cette détermination du peuple dans un idéal voulu. Aujourd’hui je suis très content, en tant que démocrate, que tout se redessine comme nous le souhaitions. Fini la Révolution, fini les armes et vive le peuple.

S. : Vous avez dirigé la Banque nationale de développement de la Haute-Volta (BND-HV), une banque aujourd’hui en déroute. Comment est-on arrivé à une telle faillite au cœur du développement du monde rural ?

M.O. : J’ai quitté la Banque en 1978 en la laissant efficiente et prospère. Elle est tombée en faillite en 1995, soit près de 16 ans après. Je ne suis pas impliqué dans cette faillite. La gestion d’une banque de développement est complexe, différente d’une banque commerciale, et nécessite une formation. Nous étions un certain nombre à être formés au Centre d’études financières, économiques et bancaires (CEFEB) de la Caisse française de Développement (CFD).

Ensuite, j’ai eu la chance de poursuivre un stage pratique durant toute une année dans une banque commerciale la BIAO Bordeaux, Marseille, Paris ; un stage excellent qui a émerveillé mes directeurs parce que je damais le pion aux jeunes français. Après mes stages, j’ai préféré travailler à la BIAO Bobo-Dioulasso, succursale de la BIAO France devenue quelques années plus tard BIB.

J’y ai été respectivement attaché de direction, contrôleur des services et directeur adjoint. Quand je suis venu à la BND-HV en 1974, je me suis mis à propulser cette Banque en impliquant tout le personnel. Dès la 1re année, la Banque a commencé à générer des bénéfices importants.

La deuxième année, nous avons revisé le statut du personnel et augmenté le salaire catégoriel des agents et octroyé des primes au personnel afin qu’il profite des fruits de leur travail. Ensemble, nous avons lancé la Banque comme Banque des affaires. Nous avons poussé les commerçants, les entrepreneurs, les hommes d’affaires vers des projets bancables, la commercialisation des produits du cru (sésame, arachide...). Aussi, nous avons relancé les activités agricoles avec les ORD (Organismes régionaux de développement) et le financement des fermes privées agricoles. En somme, la BND-HV était vraiment la banque des agriculteurs, des affaires, des salariés, des commerçants et de l’habitat.

Alors comment se fait-il que 16 ans après, la Banque tombe en faillite ? Y a-t-il eu mauvaise gestion, est-ce qu’il n’était pas possible vraiment de la sauver en la restructurant ?

Etait-ce une décision dictée par les maîtres de l’ajustement structurel et du désengagement de l’Etat du secteur bancaire ? Est-ce qu’on ne pouvait pas la restructurer comme d’autres banques l’ont été ? Ce sont des questions que je me pose, d’autant qu’il a fallu attendre dix ans après pour créer une banque de l’habitat (2005). C’est regrettable qu’on n’aie pas pu restructurer cette banque afin de garder sa vision de développement.

S. : Que pensez-vous de la politique bancaire au Burkina ?

M.O. : Ayant quitté le système bancaire depuis 1978, il m’est difficile de donner des aspects très précis. Mais, je constate que sur le plan externe les banques d’aujourd’hui ont des atouts importants. Nos banques regorgent maintenant de liquidités. Elles n’ont presque pas besoin de nos petits placements et c’est pourquoi les taux d’intérêt servis sont très faibles. Les banques disposent d’expertises solides dans tous les domaines, ce qui les rend fortes.

Cependant, les expertises locales ne sont pas bien utilisées. Du point de vue externe, on peut relever aussi des faiblesses. La représentation géographique des banques est déséquilibrée. Toutes les banques sont concentrées à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso et pas suffisamment dans les provinces. A Kaya, par exemple, il n’y a qu’une seule banque commerciale. Une autre faiblesse, les produits de banque ne sont pas suffisamment orientés vers la promotion de nos PME. Or les PME sont des leviers pour notre développement. Un pays comme l’Inde s’est développé à partir des PME.

Enfin, nos banques n’ont pas un lien solide avec les microfinances qui sont très développées du point de vue densité. Sur le plan interne, nos banques ne sont pas encore burkinabè.

Le capital des banques n’est pas encore burkinabè. C’est vrai que l’Etat, depuis la libéralisation de l’économie imposée par la Banque mondiale avec l’ajustement structurel, s’est désengagé de la direction des
banques en cédant une bonne partie de son capital aux privés, mais les Burkinabè ne détiennent pas la majorité du capital.

Moi, je rêve d’une banque burkinabè. Enfin, il faut démystifier la banque qui est un commerce ; elle achète de l’argent et le revend.
Je souhaiterai que ce produit soit davantage burkinabè. Les Banques doivent s’orienter davantage vers les PME. Car, le crédit est un risque mais un risque calculé où intervient la prudence du banquier.
Il faudra qu’on sente davantage ce risque de payer le développement. Tout en respectant les règles de gestion. Est-ce que cela est bien assuré ? La grande question ?

S. : On ne vous voit pas, on ne vous entend plus. Pourquoi ce silence ?

M.O. : (rires). Vous ne me voyez pas, vous ne m’entendez pas, parce que nous ne travaillons pas dans la même sphère d’activité. Vous aimez voir ce qui bouge, ce qui se remue : les hommes politiques, les hommes publics.

S. : Vous êtes un homme politique ?

M.O. : Eh. Les gens ne le pensent plus. Dans ce pays on n’aime voir ceux qui gesticulent et qui font du bruit. Alors que c’est dans les décorations qu’on aimerait voir décorer la pauvre vieille qui s’occupe des malades quelque part, mais c’est rarement fait. Dans l’humanitaire je suis resté le même Macaire, dynamique, très actif mais ouvert.
Mon silence ressemble à celui du cinéaste : « Silence ! on tourne »...

S. : Dans votre vie politique qu’est-ce qui vous a marqué négativement ?

M.O. : Le 25 novembre 1980 (NDLR : avènement du CMRPN). Car à cette date on arrêtait toute cette construction déjà amorcée par la IIIe République.

S. : Il semble que le peuple burkinabè a beaucoup soutenu cette vision nouvelle ?

M.O. : Oui. Mais est-ce que le CMRPN avait cette vision et cette construction de la IIIe République. Je doute fort. Le 7 novembre 1982, c’était la même chose pour eux. La constitution de 1978 avait tout pour faire réussir notre pays si elle était respectée. Le 25 novembre 1980 a sonné le glas. Toutes les grandes entreprises internationales qui voulaient s’installer dans le pays et faire de la Haute-Volta un Etat émergent, ont révisé leur position.

S. : Le plus grand camp militaire du Burkina porte le nom de votre papa « Camp Guillaume-Ouédraogo ». Qu’est-ce que cela vous fait ?

M.O. : Bien ! je suis très fier que ce camp porte le nom de mon père. Mais au Burkina, beaucoup ne le connaissent pas. Nous nous sommes rendus compte de cela lors du 25e anniversaire de son décès en 1976. Je suis en train de rassembler certains documents pour retracer la biographie de ce grand homme. Il a été l’un des artisans les plus dynamiques dans la reconstitution de la Haute-Volta en 1947. Le papa n’avait pas peur du colon, il était le résistant de la colonisation. Il était l’homme de confiance de Sa Majesté le Moro Naaba Saaga après l’avoir été avec son prédécesseur le Moro Naaba Koom. Ses amis politiques et compagnons de lutte l’appelaient Cromwel (1599-1658) du nom de ce général anglais connu pour sa rigueur, chef de l’opposition à l’arbitraire du roi Charles 1er qu’il condamnât à mort. Il instaure un pouvoir militaire et fît de l’Angleterre une grande puissance navale.

Au lendemain des indépendances, c’est en hommage à cet homme exceptionnel qui a bravé les foudres du colon que le président Maurice en 1960 baptisa l’unique camp de notre jeune armée nationale, basée près de la place de la Nation, le camp Guillaume-Ouédraogo, parce que pour eux, il fut leur général qui les a amenés au combat dont l’indépendance est la victoire. Le camp Guillaume-Ouédraogo peut être considéré comme le premier camp militaire de la Haute-Volta. En 1950, mon papa fut élu président de l’Assemblée territoriale. Et à l’époque, une des visions, c’était de faire venir le chemin de fer Abidjan-Niger de Bobo à Ouaga. Il en a fait son cheval de bataille.

Pour les traverses des rails, il était décidé de les faire non en fer mais en ciment. Avec un expert sénégalais, il s’est rendu à Bobo pour y constater la solidité de ces traverses afin d’informer ses conseillers territoriaux, dans la recherche de la sécurité des usagers.
Au retour de cette mission, il a été victime d’un accident de la circulation. Alwata Diarra, cousin du général Lamizana est mort sur place, l’expert sénégalais a eu l’œil crevé. Le papa est mort le 21 février 1957 à l’hôpital de Dédougou.

S. : Que pensez-vous de la presse burkinabè ?

M.O. : Nous avons toujours lu Sidwaya avant. Mais le Sidwaya d’aujourd’hui, attention ! C’est un journal franchement complet, on doit vous féliciter, on peut être fier de vous à l’intérieur comme à l’extérieur car vous donnez des informations objectives. Les autres journaux également sont à féliciter. Je fais l’effort d’acheter un journal tous les jours, soit Sidwaya, l’Observateur Paalga ou Le Pays.

Je remercie profondément les Editions Sidwaya et toute sa rédaction pour les efforts déployés et souhaite de beaux jours au journal et heureuse année 2007.

Sidwaya

Vos commentaires

  • Le 8 janvier 2007 à 18:29, par Stephane En réponse à : > Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique : “J’ai perdu et le gâteau, et ma tranquillité”

    Comment peut-on tenir de tels propos sur l’homosexualité ?
    Comme celle-ci n’est pas une maladie et que contrairement à ce que croit ce cher monsieur elle n’est pas l’apanage des "ex-colonisateurs", que propose t-il comme méthodes répressives ? Des camps, des castrations obligatoires, le port d’un triangle rose ... ? Lorsqu’on lit ce genre de théorie en 2007, on se dit que l’Afrique a décidément encore beaucoup de chemin à parcourir dans tous les domaines... Si Monsieur Macaire Ouédraogo pense que ses concitoyens sont tellement influençables qu’ils pourraient par mimétisme "attraper le cancer" de l’homosexualité, c’est leur montrer bien peu d’égards. L’homosexualité existe et a toujours existé ! A quoi bon légiférer sur le sujet ? C’est comme si on interdisait par décret aux individus d’aimer les fraises, un beau coucher de soleil ou la couleur bleu. Pour ma part le vrai cancer à combattre dans notre monde actuel est celui qui ronge les esprits.

    Répondre à ce message

    • Le 8 janvier 2007 à 22:14, par Désiré En réponse à : > Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique : “J’ai perdu et le gâteau, et ma tranquillité”

      Tu es un RIGOLO !
      Soigne toi

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      • Le 9 janvier 2007 à 14:57, par Stephane En réponse à : > Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique : “J’ai perdu et le gâteau, et ma tranquillité”

        Ce sont vos seuls arguments ? Je ne sais pas quel est le plus tristement rigolo de nous deux...
        En tout cas merci car par votre éclair de génie vous confirmez tout a fait ce que je dis dans mon précédent
        message !

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        • Le 9 janvier 2007 à 19:55, par Peace and Love En réponse à : > Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique : “J’ai perdu et le gâteau, et ma tranquillité”

          Laissez Mr Ouedraogo s’exprimer comme vous avez le droit d’en faire autant ;il a donne son point de vue que vous devez respecter et non le juger ;si vous etes homosexuel tant mieux ou tant pis pour vous mais ne prenez pas le fait de l’ existence depuis belles lurettes de l’homosexualite pour la normaliser ;de plus les assinats les guerres la prostitution ....sont vieilles de plusieurs siecles ce n’est pas pour autant qu’il faut les legaliser un peu de retenue et d’objectivite dans vos propos.J’aimerai dire pour terminer que jusqu’a preuve du contraire que meme chez les animaux (qui sont sans conscience et classes inferieurs a l’espece humaine) l’accouplement se fait toujours entre un male et une femelle et non le contraire que vous (Mr desire et stephane semblez soutenir).
          Bref Mr Ouedraogo merci a vous pour ces eclairsissements sur l’histoire de notre cher Burkina Faso que nous aimont tant.
          "Que Dieu benisse le Burkina avec ses fils et filles et benisse le reste du monde"

          Peace and Love

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          • Le 14 janvier 2007 à 13:41, par Tiga En réponse à : > Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique : “J’ai perdu et le gâteau, et ma tranquillité”

            Merci à Monsieur Macaire pour ce retour au passé qui est très instructif pour nous jeunes n’ayant pas bien connu cette période. Je lui suggererai d’ailleurs d’écrire un livre sur son parcours pour laisser à la postérité car il a été un témoin important d’un pan de notre histoire. J’ai particulièrement été touché par cette évocation des élections de 1978 qui montre que le Burkina a été à l’époque très démocratique et n’avait rien à envier à certains pays. Cette partie de notre histoire est méconnu à l’extérieur ou l’on ne connais que la succession des coups d’état qui ont suivi le 25 Novembre 80. C’est dommage ! Longue vie à Mr Ouédraogo et à sa famille.
            Quand à Stephane, Mr MO a donner son avis sur l’homosexualité et c’est son droit absolu. Et beaucoup de gens pensent comme lui. Alors donnez votre avis et arreter de vouloir le dénigrer.

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          • Le 4 février 2007 à 01:07, par Nicolas En réponse à : > Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique : “J’ai perdu et le gâteau, et ma tranquillité”

            L’homosexualité peut être dans certains cas selon ce Monsieur Macaire Ouédraogo une maladie qu’il conviendrait de soigner dans l’autre un vice qu’il conviendrait de réprimer.... En France, Monsieur Vanneste a dit sensiblement la même chose... Ce Monsieur Macaire Ouédraogo assimile pédophilie et homosexualité, d’autres voix en Afrique reprochent aux gays d’être à l’origine de la propagation du SIDA, d’autres assimilent l’homosexualité à un fait colonial étranger à l’Arique... Tous préconisent des solutions radicales qui vont dans le meilleur des cas à des droits inférieurs à ceux des hétérosexuels jusqu’à la peine de mort... Et on devrait considérer ces propos comme des opinions dignes de respect, se sentir honteux de notre condition et baisser la tête et approuver... Etre homosexuel n’est pas un choix... C’est une composante de l’identité identique au fait d’être hétérosexuel... Un hétérosexuel ne se pose pas la question de savoir si son hétérosexualité est un choix, si elle est normale, si elle est naturelle... Que diriez vous cher "Peace & Love" si quelqu’un disait que vous étiez malade en raison d’une couleur de cheveux différente de la majorité des gens ? Que diriez vous si on vous faisait des remarques désobligeantes ou si vous aviez des droits différents en raison de la couleur de votre peau ? Où si le fait d’avoir du désir et des sentiments amoureux pour une personne d’un sexe différent du votre mériterait que vous alliez en prison ? Tout cela n’est pas un choix. Cela n’est certes pas le comportement naturel qui permet la reproduction mais la sexualité ne se limite pas à la reproduction de l’espèce... et les sentiments amoureux non plus.... Quand à évoquer les espèces animales qui n’auraient jamais de rapports homosexuels... visiblement vous ignorez ce qui se passe dans le monde animal ... Visiblement vous avez accès à inernet alors procédez vous même à des recherches et vous vous apercevrez que plusieurs espèces animales se livrent à des rapports homosexuels : bonobos, dauphins, orques, giraphes, chiens....
            Tout cela n’a pas grande importance au fond... même s’il n’y avait que les humains, majeurs et responsables, qui se livraient à des rapports homosexuels, ça ne justifiraient pas que des autres humains se permettent de vouloir les enfermer dans des hôpitaux ou des prisons ou leur nient le droit de vivre leur sexualité de façon épanouie....
            Vaneste et Ouédraogo de tous les pays, enlevez vos oeillères et ouvrez vos coeurs....

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  • Le 9 janvier 2007 à 19:46, par liptako En réponse à : > Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique : “J’ai perdu et le gâteau, et ma tranquillité”

    mes amis aviez vous bien decortiquer le recit de monsieur macaire ouedraogo ? drole de banquier dommage il ne sait meme pas calcule’`:remarque ;il dit qu`il avait 25ans en 1960,28ans en 1963 correct, et en 1978 il avait 36 ou 38 alors faite vous meme le calcul,et a cette allure vous aviez voulu devenir president de la haute volta ? no way.en ce qui concerne vos biens que la revolution a confisques l` aviez vous euent en coulant la sueur de votre front no no ,le bien acquis sur le dos du peuple ou le bien du peuple ne vous appartiennent pas,alors reste cool.
    2eme point vous dite que maurice fut un martyr ou quelque chose de ce genre dommage pour vous peut etre a koudougou car il n`a jamais realiser quelque chose de positive pour la haute volta,je regrette que le palais de koudougou soit remit a hermann ,car sa ete construit avec l`argent du peuple.et en ce qui concerne le prof ki zerbo paix en son ame,je sais qu`il fut le premier agrege` en histoir en afrique ok mais qu`es ce qu`il a fait pour la Haute volta ou le burkina moi personnellement je n`ai jamais vu ou entendu parler de realisation du prof KI-Z pour notre patrie.
    3eme point.vous dite un jour que la verite sortira sur la mort de Norbert zongo on le souhaite tous,mais pourquoi ne faite vous pas la lumiere sur la mort de valentin kinda
    car vous etiez a 3 metre dans la meme piece oü il a ete assassine alors monsieur macaire il es temps de devoiler car vous n`etes plus un gamins, aviez vous peur de mort ?
    N B:maurice yameogo, lamizana ,.saye zerbo, ont semer le vent en haute volta et le burkina recolte la tempete.et que dieu protege` le faso de ceux qui veulent recevoir la politique comme heritage.

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  • Le 13 janvier 2007 à 15:22 En réponse à : > Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique : “J’ai perdu et le gâteau, et ma tranquillité”

    Monsieur M.O étant un être humain, il a à son actif de bonnes et de mauvaises actions. Je suis convaincu que quelques soient ses actions ( bonnes ou mauvaises), on peut tirer des léçons, ou mêmes s’inspirer pour aller de l’avant. A mon sens, M.O est un grand homme, il fait parti de ceux qui ont leur pierre dans l’édifice de construction de notre pays. Des gens comme M.O ont le mérite d’avoir fait ou essayé de faire quelque chose pour son pays. Ces propos, nous interpellent et nous rappellent que nous devons tous faire quelques choses pour notre pays.
    Merci à M.O et à sa famille.

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