Décès Joseph Ki-Zerbo : Témoignages de quelques proches

samedi 9 décembre 2006 à 09h12min

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Jean-Baptiste Ki-Zerbo, petit-frère du défunt

Léon Guy Ky , enseignant à la retraite, ancien militant du MLN

Le professeur, c’est une personnalité. Il est illustre sur le plan national, international et encore plus au Nayala. Ici il était respecté. Dans sa vie politique, il a eu beaucoup d’emprise sur la région.

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Les gens l’ont beaucoup respecté pour cela. Moi personnellement, je ne lui reproche rien sauf qu’il n’a pas fait la politique comme les politiciens. Il était très humain dans la politique.

J’ai milité avec lui depuis 1962 au MLN. A l’avènement du MPS, j’ai été déçu et j’ai rejoint le MPS que dirigeait mon beau-père. Sans quoi, ici, tout ce qui se passera lors de ses obsèques, les gens le feront d’abord parce que c’est un père, un protecteur. Aujourd’hui à Toma, on ne le considère plus comme le politicien d’hier. Sa disparition révèle que c’est un fils, un valeureux fils qui s’en est allé.

Jean-Baptiste Ki-Zerbo, 3e petit frère du défunt

Je regrette la perte de mon grand frère. J’aurais aimé qu’il soit toujours là pour me donner des conseils. Il m’aidait surtout avec ses conseils mais aujourd’hui je dirai que je n’ai presque plus personne pour le faire.

C’est cela qui m’inquiète. Je n’ai rien aujourd’hui à lui reprocher parce que simplement c’est mon grand frère. A part cela, toute personne d’ailleurs mérite des reproches. Je l’ai toujours trouvé trop timide, il était trop doux. Il ressemblait à une poubelle qui contient tout. Il ne se fâchait pas, était trop calme. Si vous lui faisiez du mal, cela ne lui disait rien et moi ça m’énervait.

Joseph est devenu politicien depuis fort longtemps. Une fois je lui ai demandé d’abandonner la politique pour faire ses propres affaires. Il m’a répondu que je ne connaissais rien de la politique. Il m’avait dit que lorsqu’on y entre, on ne peut en ressortir aussi facilement.

Il a continué jusqu’à sa mort. Cependant il est resté très fervent, attaché à sa religion catholique. Lorsque tout dernièrement il est tombé malade, je suis allé le voir pour lui proposer de venir au village pour des soins. Il m’a prié de l’épargner des médicaments de sorcier. Je lui ai simplement rappelé qu’il n’était pas plus catholique que moi. Il est catholique à 100%.

Jean-Gualbert Ki-Zerbo, avant-dernier de la famille du défunt

De son vivant, j’ai toujours aimé sa compagnie. Il m’aidait beaucoup lorsque j’avais des problèmes. Moi je suis régulièrement malade et il m’a toujours soutenu. Il m’a même déjà amené à Abidjan pour des soins. J’aurais toujours aimé le voir vivant. Sa disparition m’est très difficile à supporter.

Etant un homme politique, il n’a jamais fait de différence entre les gens. Il recevait, écoutait et aidait tout le monde. Il respectait tout le monde et ici tout le monde l’aime. Il n’y a pas eu un décès dont il est au courant et que de passage à Toma, il ne soit passé saluer la famille du défunt.

Rassemblés par Ismaël BICABA à Toma


Témoignage d’un historien

"Tout d’abord, je tiens à exprimer toute ma compassion à la famille Zerbo que je connais bien. L’annonce du décès du professeur Ki-Zerbo m’est tombée comme une massue sur la tête. Je le savais souffrant mais je ne m’attendais pas à ce que ça vienne aussi tôt. C’est dans la douleur que j’ai appris ce décès et je n’ai pas de mot pour qualifier ce départ. C’est un monument qui s’en va.

On ne peut pas accuser la mort. Ki-Zerbo m’a accueilli comme son fils parmi les historiens. Je crois qu’il nous revient maintenant de célébrer sa vie que de pleurer sa mort. J’ai approché Joseph Ki-Zerbo pour la première fois en 1992. C’était dans le cadre de la politique. Déjà en 1991, alors jeune, j’avais beaucoup de penchant pour la social-démocratie. Je l’ai suivi aux premières heures de la 4ème république mais nous nous sommes vraiment côtoyés dans le cadre des recherches scientifiques, à travers les colloques et c’est surtout quand nous étions à l’extérieur que nous échangions véritablement.

Il m’a beaucoup appris sur mon métier d’historien. Et sans mentir, je dirai que le professeur Albert Davet de l’Université catholique de Louvain qui est une sommité et le professeur Joseph Ki- Zerbo sont les deux qui ont approfondi en moi le goût de l’histoire, de la recherche. Ce goût d’aller puiser à travers des siècles, voire des millénaires pour comprendre le présent.

Il m’a adopté comme son fils. Je me rappelle encore le symposium des historiens africains à Bamako où je participais pour la première fois à une rencontre de très haut niveau avec les sommités de l’histoire mondiale, sous la présidence du président Alpha Oumar Konaré. Je le revois face à un problème à l’époque, concernant l’association des historiens africains. Il m’a saisi et m’a dit que je pouvais l’aider.

Il avait une certaine confiance en moi et le problème s’est résolu par la suite et depuis lors, à chaque fois que nous étions ensemble, il ne manquait pas de me conseiller. Je pressentais qu’il annonçait son départ. Je me souviens encore en septembre 2001 au congrès des historiens africains à Bamako toujours, où il a clôturé son discours d’ouverture par "ultima verba" (la dernière parole). Effectivement, c’est comme s’il laissait un message. Il traçait une voie pour les jeunes historiens que nous étions. Je le revois encore à Bobo-Dioulasso lors de la dédicace de son ouvre "A quand l’Afrique ?". Durant son séjour, il tenait à ce qu’on partage les repas ensemble. La meilleure reconnaissance à son égard, c’est de continuer son ouvre.

C’est de continuer d’interpeller les dirigeants sur cette nécessité de trouver notre voie de développement. Il faut que nous revisitions régulièrement le passé pour proposer aux générations présentes, le futur. Les historiens doivent prendre leurs responsabilités dans le devenir des nations. Ils y sont trop absents.

Le professeur Ki-Zerbo s’est battu pour cela durant toute sa vie et notre devoir c’est de poursuivre son ouvre. Les grands hommes, on ne les reconnaît généralement qu’après leur mort. Je mets Ki-Zerbo au même rang que Nelson Mandela, Kwamé N’Krumah, Daniel Ouezzin Coulibaly, Patrice Lumumba. C’était un éclaireur et il est temps de reprendre son flambeau. J’espère que les historiens sauront prendre leurs responsabilités à partir de maintenant.

Ce que Ki-Zerbo défendait dans sa doctrine sociale et aussi dans sa philosophie de développement endogène, c’est ce que le monde recherche aujourd’hui mais en vain parce que les puissances économiques et financières et les puissances politiques n’arrivent pas à se débarrasser des vieilles traditions de développement ".

Synthèse de Frédéric OUEDRAOGO

Sidwaya

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