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Exploitation artisanale de l’or du Sud-Ouest : Difficile cohabitation entre orpailleurs et autochtones

Accueil > Actualités > Economie • • lundi 18 septembre 2006 à 07h33min

La région du Sud-Ouest du Burkina Faso attire de plus en plus de jeunes Burkinabè. Plusieurs sites aurifères y ont été ouverts mais la cohabitation entre orpailleurs et populations autochtones est par moments difficile.
Une atmosphère de méfiance et de prudence prévaut sur certains sites.

Le Ioba, la Bougouriba, le Poni et le Noumbiel forment la région du Sud-Ouest. Région aux multiples collines, le Sud-Ouest est le terroir des communautés Lobi, Dagara, Birifor, Pougouli etc. L’exploitation artisanale de l’or dans cette partie du Burkina et particulièrement dans la province du Poni est devenue une préoccupation de la population autochtone.

Au nombre des sites d’or actifs de la province du Poni on cite, Fofora, Mamena, Kuékuéra, Malba, Gbomblora, Gaoua, Djikando, Holly, Sampoli, Youmpi, etc. Environ une vingtaine de sites aurifères seraient actuellement artisanalement exploités dans les collines du Sud-Ouest par de milliers de jeunes Burkinabè venus des quatre coins du pays.

En juillet dernier des affrontements ont opposé les orpailleurs exploitant le site de Fofora à la population autochtone en majorité lobi. Le bilan de ces affrontements est de un mort, des blessés et de nombreux dégâts matériels. Tout serait parti d’une histoire banale. Un boucher qui exerce sur le site serait allé se soulager à un endroit inapproprié (le champ d’un Lobi selon une certaine source, touffe sacrée, à en croire une autre source). Pris en flagrant délit, il aurait été copieusement battu par un Lobi.

Ses camarades orpailleurs qui auraient tenté de l’évacuer dans le Centre sanitaire de Kampti se seraient vus opposer le refus d’un groupe de Lobi. Ce qui aurait provoqué les affrontements au cours desquels un Lobi a perdu la vie. « C’est mon frère qu’ils ont tué. Il était parti au champ et il y a eu une bagarre entre les Lobi et les orpailleurs », raconte le vieux Bihthé Hien chef de terre de Kampti. « Cette bagarre a été très rude mais aujourd’hui nous avons pardonné. Grâce à la police, à la gendarmerie, aux autorités administratives et moi-même, nous avons apaisé le climat », a poursuivi le vieux Hien.

Situation de méfiance à Fofora

Bien que le chef de terre de Kampti ait appelé à la cohabitation paisible entre orpailleurs et population autochtone, nombreux sont les chercheurs de métal jaune qui se méfient de la communauté lobi. « Les Lobis sont très difficiles. Ici, même pour se soulager ou pour cracher c’était compliqué pour nous orpailleurs. Il a fallu ces affrontements pour que nous ayions un peu de liberté » estime un jeune orpailleur (Mossi). Chez les Lobi, seules les femmes cherchaient l’or. Les hommes, selon le chef de terre de Kampti, ne menaient pas cette activité.

Mais aujourd’hui, nombreux sont les jeunes orpailleurs Lobi à avoir envahi les différents sites aurifères du Poni. « Il n’est pas interdit à un Lobi de toucher à l’or mais l’exploitation de l’or a toujours été une activité féminine en pays lobi », explique Bihthé Hien.

Les autochtones reprochent aux orpailleurs de pratiquer un déboisement intensif, d’avoir des mœurs volages, de manquer de respect aux autochtones et à leurs lieux sacrés, et enfin de voler des volailles. De Fofora à Gbomblora en passant par Gaoua, les orpailleurs sont accusés de viols de coutumes lobi. « Nous pouvons tolérer que les hommes fassent la cour à nos jeunes filles mais il est inacceptable qu’ils commettent l’adultère avec nos femmes. C’est interdit en terre lobi », affirme le vieux Hien.

Les services de l’Action sociale et de la Solidarité nationale de Gaoua et de Kampti notent la multiplication des cas de viol, de trafics des enfants, de conflits de famille. Dans la commune rurale de Kampti par exemple, pour le seul mois de juillet 2006, le service social a été sollicité pour la résolution de cinq (5) cas de viol, six (6) de drogue et onze (11) cas de conflits conjugaux.

« On a constaté que les grossesses indésirées sont devenus de plus en plus nombreuses, les problèmes de paternités contestées sont devenus recurrents. Nous nous sommes dit que certainement avec la présence des orpailleurs qu’on qualifie de bons payeurs c’est une des raisons de la multiplication des problèmes », déclare Mme Aïssatou Traoré directrice provinciale de l’Action sociale du Poni.

L’exploitation artisanale de l’or du Sud-Ouest produit en outre un effet d’attraction et d’entraînement du côté des lycées et collèges. Un professeur du lycée municipal de Gaoua, Inyinibon Da témoigne que plusieurs élèves ont abandonné les classes pour les sites avec tous les risques que cela comporte pour les enfants (exploitations, viol, délinquance, drogue).

A Gbomblora, un habitant qui a requis l’anonymat déclare avoir déjà vu un orpailleur pratiquer un sacrifice sur un autel lobi. Pour la purification, les Lobi auraient réclamé 100 000 F CFA à cet orpailleur. « Nous ne pouvons pas pardonner cela. C’est la terre de nos ancêtres et il n’est pas permis aux orpailleurs de faire des sacrifices ici », dit le vieil homme de Gbomblora.

Site du secteur n°1 de Gaoua, un siteà problème

Dans la ville de Gaoua, un nouveau site aurifère fait des gorges chaudes. Le site situé sur une colline sacrée, à en croire les autochtones, est entouré de bâtiments administratifs que sont la direction régionale de l’Environnement et du Cadre de vie, celle de la Promotion de la femme, le service des Travaux publics, la Maison de la femme, les infrastructures de l’autogare, le site du gouvernorat, l’école communale du secteur n°1, la Caisse nationale de sécurité sociale etc.

Le 29 août dernier, des manifestants gaoualais avaient protesté contre l’exploitation clandestine de ce site. Depuis quelques jours, les autorités communales diffusent un communiqué interdisant l’exploitation artisanale du site. Mais ce communiqué ne semble pas être entendu par certains orpailleurs qui continuent d’abandonner les collines de Kampti et de Djikando pour le site du secteur n°1 de Gaoua.

Autochtone de Gaoua et protecteur du site, Diémi Kambou tout en insistant sur le caractère sacré de celui-ci, lance un appel aux autorités afin que des explorations sérieuses se fassent sur les sites aurifères du Sud-Ouest. L’exploitation artisanale des sites aurifères ne pourrait, à ses yeux, être profitable aux communes rurales de la région. Elle crée selon lui des problèmes sanitaires, environnementaux, d’insécurité et d’éducation des enfants.

Les vigiles qui avaient été commis à la garde du site depuis sa fermeture le 23 avril 2006 sont aujourd’hui partis. Une autorisation a été accordée aux responsables terriens et coutumiers pour assurer la garde du site. « Le cite est maintenu fermé jusqu’à nouvel ordre. Il y a une commission adhoc qui est en train de réfléchir sur les sites aurifères de façon générale de la commune de Gaoua afin de présenter un cahier des charges pour l’exploitation de tous ces sites », a indiqué le maire de Gaoua, Faréyéry Frédéric Da.

Si à Gaoua les autochtones opposent un refus catégorique à l’exploitation du site du secteur n°1, à Kuékuéra par contre c’est l’entente entre orpailleurs et population locale. « C’est nous qui avons autorisé les orpailleurs à s’installer ici. Depuis qu’ils sont là, ils n’ont pas causé de problèmes. Nos frères, nos enfants et nos femmes viennent vendre sur le site et en tirent profit. Nous étions très pauvres mais aujourd’hui nos conditions de vie se sont améliorées », soutient Kapouré Hien, le fils du responsable administratif villageois de Kuékuéra.

Tiadjalté Sib est un septuagénaire de ce village. Il apprécie la qualité des relations entre autochtones et orpailleurs : « depuis que les orpailleurs se sont installés chez nous, ils n’ont rien fait de mal. Nous nous entendons bien. Quand ils ont été déguerpis de leur ancien site, c’est moi qui leur ai donné l’autorisation de s’installer ici ». Filsianté Sib, jeune orpailleur autochtone se réjouit lui aussi de l’excellence des relations entre orpailleurs et autochtones. « Grâce à ce site, j’ai eu près de 7 millions de F CFA. Ce qui m’a permis de m’acheter une motocyclette, de me soigner et de payer 42 tôles pour la construction prochaine de ma maison », dit-il.

Un nouveau déguerpissement en vue

Les orpailleurs de Kuékuéra ne savent plus à quel saint se vouer. Installés sur le site actuel il y a environ six mois, une décision du gouvernorat de la région du Sud-Ouest exige le départ des orpailleurs vers le site de Mamena-Fofora.

Cette décision aurait été prise au cours d’une réunion à laquelle a pris part la société d’exploitation Windworld, détentrice du permis d’exploration du site de Kuékuéra. « Nous demandons aux autorités et à la société Windworld d’être plus compréhensifs. En cette saison pluvieuse, où pourrons-nous trouver de la paille pour construire nos habitations » ? , s’est interrogé Saïdou Ouédraogo de Tasséré, délégué des orpailleurs de Kuékuéra.

Sur le site aurifère, nombreuses sont effectivement les habitations en paille et l’ultimatum de déguerpissement lancé aux mineurs suscite beaucoup d’inquiétude. Les commerçants craignent de ne plus jamais recouvrer leurs crédits octroyés orpailleurs en cas de départ brusqué, les meuniers, eux, estiment colossaux les coûts de déplacement des moulins, des autochtones pensent déjà à des lendemains sombres. « Ici, vous trouverez des ressortissants des 45 provinces du Burkina qui se battent chaque jour pour ne pas mourir de faim et pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles.

C’est pourquoi nous demandons la clémence de ceux qui veulent nous déguerpir », a lancé Halidou Zida commerçant au yaar de Kuékuéra. Mais cette requête recevra-t-elle un agrément ?

Enok KINDO

Sidwaya

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