Restitution de l’histoire : A la recherche de Diouf, Issa et Santoura, enfants de troupe en 1955

lundi 14 août 2006 à 07h24min

Dans le cadre du tournage d’un film sur la colonisation et la construction de l’image de l’autre, le réalisateur belgo-américain Vincent Meessen et son association « Normal » recherchent Diouf, Issa et Santoura, enfants de troupe de l’Afrique occidentale française (AOF) venus de Ouagadougou à Paris en France en juin 1955 pour un défilé militaire.

Cinquante et un ans (juin 1955) après leur défilé militaire à Paris avec l’armée française, les enfants de troupe Diouf, Issa et Santoura jadis pensionnaires du prytanée militaire de Ouagadougou sont activement recherchés par le photographe réalisateur belgo-américain, Vincent Messen et son association « Normal » pour le tournage d’un film. « C’est une idée de recherche historique. Elle vise à rendre à ces enfants la parole qui leur a été confisquée à l’époque », explique M. Meessen.

En effet en 1955, le prytanée militaire situé là où se trouve actuellement le lycée Marien-N’Gouabi de Ouagadougou regroupait des enfants de troupe venus des différents Etats de l’Afrique occidentale française (AOF). Ainsi Diouf, Issa et Santoura âgés entre 12 et 13 ans ont fait partie de la délégation invitée en France pour un défilé militaire au Palais des sports à Paris.

Lors de ce séjour français, l’un de ces trois enfants, Diouf, occupe la Une du célèbre hebdomadaire « Paris Match » n°326 du 25 juin au 2 juillet 1955. « Nuit de l’armée : le petit Diouf est venu de Ouagadougou avec ses camarades, enfants de troupes d’AOF pour ouvrir le fantastique spectacle que l’armée française présente au Palais des sports cette semaine » écrit le magazine au bas du poster de Diouf au garde-à-vous. Les 3/4 du journal parlent de colonisation : Indochine, Congo-belge, Mali. Le reportage sur les enfants de troupe porte sur Diouf, Issa et Santoura sans pour autant leur donner la parole. Vincent Meessen estime qu’une voix a manqué au puzzle.

Il entend donc retrouver soit les trois enfants de troupe ou l’un d’entre eux, soit ceux qui les ont connus ou fréquenté le prythanée à cette époque. Ceux-ci pourront ainsi témoigner des conditions de vie de l’enfant de troupe en 1955, raconter l’expérience du défilé de Paris, évoquer l’organisation des écoles militaires sous la colonisation. « La parole de ces enfants de troupe a été confisquée. Il n’ont pas été interviewés.

Seule leur image est mise en exergue et utilisée dans le journal. Elle peut être fabriquée ou maquillée, » indique Meessen. Son œuvre veut restituer l’histoire à travers des témoignages d’une part et mener la réflexion de la construction de l’autre, notamment du colonisé d’une part. S’ils sont toujours en vie, Diouf, Issa et Santoura devraient avoir autour de 60 à 65 ans. Seules leurs appellations sus-citées sont connues du réalisateur. Toute personne susceptible de l’aider participe ainsi à rendre à l’histoire de la colonisation une de ses faces voilées.

Jolivet EMMAÜS
joliv_et@yahoo.fr


« Aidez-nous à retrouver Diouf... »

Pourquoi s’intéresser à cette image coloniale plutôt qu’à une autre ? D’abord parce qu’elle constitue presque un modèle de fabrication et de banalisation de l’imagerie coloniale. Et c’est bien comme telle que l’a débusquée et commentée le sémiologue français Roland Barthes, un des penseurs français qui annonce bien avant l’heure le mouvement de mai 68.

Rappelons qu’en 1957 paraît « Mythologies » , un des grands classiques de cet auteur. Par son analyse des signes (langue, image,...), Barthes montre alors comment la vie quotidienne en Occident se nourrit de mythes : publicité, presse, sport, tourisme,... Il décortique minutieusement l’idéologie de la culture de masse et livre bataille à ce qu’il appelle le « naturel », soit tout ce qui est considéré par la société comme allant-de-soi.

Le projet de Vincent Meessen participe pourrait-on dire d’une « seconde lecture » informée par les changements historiques et les mouvements de la pensée critique. En tenant à retrouver Diouf, Issa et Santoura (les deux autres enfants apparaissant dans le reportage publié en 1955 par Paris Match), l’artiste poursuit un double objectif. Il s’agit d’abord de rendre une parole aux principaux intéressés.

En d’autres mots de lester le document d’époque d’une parole confisquée. Ce travail sur l’archive et la mémoire (c’est le côté « documentaire ») se double d’un travail de création qui consiste à « réactiver cette image fantôme » et à l’enrichir d’un récit multiple (habité par la parole des divers intervenants qui participent à l’enquête de l’artiste). Car au jour d’aujourd’hui, nul ne sait si ces enfants d’alors sont toujours en vie. Peut-être sont-ils tombés au « champ d’honneur » en Indochine ou en Algérie, au nom de la France ? Seule alors la parole de ceux qui les ont connus pourra alors faire enfin vivre autrement ces images figées dans une époque révolue.

J.E

Sidwaya

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