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Problématique du développement littéraire au Burkina Faso

Accueil > Actualités > Culture • Point de vue • mercredi 14 juin 2006 à 07h23min

S’il y a un élément très important qui n’a pas réussi à se faire embarquer dans le train du développement culturel que connaît actuellement notre pays, c’est bien la littérature écrite. Cette activité qu’on ne présente d’ailleurs plus au public, parce que n’étant pas un élément nouveau dans le paysage burkinabé, continue de tirer la queue du diable.

Longtemps ignorée et délaissée comme une activité sans importance, la littérature écrite demeure encore en marge des préoccupations de la grande majorité des citoyens burkinabé. En un mot, elle est très peu connue et est considérée comme le parent pauvre de la culture qui bat son plein actuellement dans le pays. S’il est bien vrai que le savoir est la base du développement, on est alors en droit de se demander pourquoi la littérature qui est censée détenir ce savoir reste t- elle toujours en arrière plan. Sans doute ignore t- on encore l’intérêt profond et réel de cette noble activité ?

La genèse de la littérature burkinabé

Pourtant l’expérience du Burkina Faso dans le domaine de la littérature écrite ne date pas d’hier. Les tous premiers écrits littéraires burkinabé sont apparus bien avant même les indépendances. Comme l’atteste cet ouvrage publié en 1932 du regretté Dim Delobsom « l’empire du Mogho Naba, coutumes des mossis de la Haute Volta ». Ce livre, rien qu’à voir son titre fort éloquent, traduit sans ambages le souci de l’auteur de peindre les rites et coutumes de la société traditionnelle de son peuple d’autan pour les générations futures.

Et bien que le destin nous le faucha hélas prématurément en 1940, non sans qu’il ne nous gratifia d’un second ouvrage sorti en 1934 sous le titre « les secrets noirs des sorciers » juste deux ans après le premier- ce qui témoignait de la richesse intellectuelle de l’homme -, la littérature écrite burkinabé a continué de faire son petit bonhomme de chemin. Chemin au cours duquel elle s’est même remarquablement illustrée, et ce 28 ans après - plus précisément en 1962 - avec la sorti du célèbre roman de Nazi Boni « Crépuscule des temps anciens ». Un véritable chef d’œuvre qui a fait presque le tour du monde et a servi de modèle d’éducation dans nos établissements primaires secondaires et supérieurs.

Qui a lu cet ouvrage ne peut s’empêcher de dire à la fin : « Comme c’est pathétique, l’Afrique a vraiment perdu ses vraies valeurs ! » . Car l’œuvre témoigne de la grande sagesse de nos vaillants prédécesseurs que la civilisation occidentale est venu nous amputer avec ses mœurs dissolues.

Toutefois, l’homme ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Très inspiré de sa propre culture, il nous dépeindra encore certains aspects de la civilisation traditionnelle africaine à travers d’autres ouvrages dont « Fondements traditionnels et modernes des pouvoirs en Afrique », (1969) et « Histoire de l’Afrique, résistante réaction des peuples africains aux influences extérieures » (1971). Sa disparition intervenue en 1969, quoique ayant affectée toute l’Afrique et une partie de l’Europe, ne freinera pas non plus l’élan déjà avancé de l’écriture littéraire au Faso. Aussi, d’autres écrivains à leur image se feront- ils également remarqué à travers leurs œuvres diverses de grandes valeurs.
Je citerai notamment le cas de Maître Titinga Frédéric Pacéré. Non parce qu’il est le seul écrivain burkinabé que je connaisse, mais parce qu’il s’est le plus illustré dans ce domaine en publiant une quantité énorme de livres traitant sur des thèmes variés et riches d’enseignement dont le plus célèbre est son mythique ouvrage sur la « Bendrologie » ou science du langage tambouriné sorti en 1984 et publié en six volumes. Un sacré bouquin qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive aux premières heures de son apparition sur le marché du livre et qui continu encore de faire tâche d’huile dans certains milieu, vu la profondeur des textes relevant du mystère de l’expression des tambours que l’auteur a su relever avec pertinence pour traduire à ses fidèles lecteurs.
La littérature Constitue le miroir de la société

Ainsi tous ces grands écrivains ont fait de leur mieux pour porter haut le flambeau de la littérature burkinabé. Et bon nombre continu encore de faire leur entrée solennelle dans le milieu malgré les grosses difficultés rencontrées pour favoriser sa survie. Combien sont ils de nos jours sur l’échiquier littéraire national ? En tout cas plus d’une centaine. Et chacun essaye à sa manière, à travers son œuvre personnelle, d’apporter sa petite pierre de contribution à l’édification d’une nation prospère.

Les œuvres sont pléthore et les idées divergentes et pertinentes, fortement ancrées dans les profondeurs de nos racines. C’est pourquoi on peut dire que la littérature est le messager de la culture ou encore le miroir de la société. Car on perçoit à travers elle toutes nos réalités culturelles existentielles comme un homme peut se voir dans son miroir et se porter un jugement de valeur. N’est ce pas que la littérature aide à préserver la morale sociale en luttant contre certains maux qui minent la société et à sauvegarder nos coutumes traditionnelles.

En somme, la littérature nous permet de toucher du doigt nos réalités quotidiennes, de vivre nos valeurs culturelles intrinsèques, de mieux nous en imprégner pour nous identifier aux autres et de les préserver comme héritage au bénéfice des générations futures.
On sait par exemple que c’est grâce au mouvement de la négritude fondé sur la littérature négro- africaine dont les pères fondateurs furent Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon Gontrand Damas que l’Afrique a réussi à affirmer son identité culturelle en occident au cours des années d’indépendances. Grâce à eux, la littérature africaine est entrée dans l’histoire parce que porteuse d’un enseignement fécond sur le continent et même sur le reste du monde. Dès lors, on ne parlera plus que de littérature africaine d’expression française. Cette langue d’emprunt servant uniquement de support pour pouvoir la véhiculer à travers le monde.

Voilà dans quel domaine se situe exactement l’intérêt de la littérature. En un mot, elle est destinée à nous renseigner sur nos modes de vies passées, présentes et futures. Chose qui vous le savez tous très bien, est d’une nécessité absolue pour l’homme qui envisage aller toujours de l’avant. Comme dirait l’autre, il est toujours mieux de connaître le passé pour mieux cerner le présent et engendrer le futur.

La littérature, un atout majeur à promouvoir

Vu cet intérêt capital, il est évident de reconnaître que la littérature apparaît comme un atout majeur à valoriser et à promouvoir pour le bien être de l’individu et de la société.

Dans ce cas, il est inutile de vous dire qu’ignorer la littérature c’est ignorer ses propres valeurs. C’est faire preuve de mépris tout simplement à l’égard de ses propres racines, témoins de son identité. Toute littérature (c’est-à-dire orale et écrite) ne constitue t- elle pas les fondements de la culture d’une société ? C’est pourquoi la littérature occupe une place prépondérante dans les programmes d’enseignement à tous les niveaux d’études.

Aussi doit- on poursuivre cette action même en dehors des cadres scolaires, c’est- à- dire interpeller la conscience des uns et des autres sur la nécessité d’exploiter cette matière riche de sagesse profonde qui reste la seule garantie du progrès de toute nation. Une chose est certaine, l’acculturation est la mère des échecs.

Bien sûr l’analphabétisme de la grande majorité de la population et l’absence des moyens financiers rendent les productions littéraires très précaires. Néanmoins si la volonté de se cultiver des citoyens était aussi manifeste ajouté à la volonté politique des gouvernants, des partenaires sociaux et des hommes de culture, l’on verrait ces problèmes diminués, voire disparaître à jamais pour céder au bonheur de la culture burkinabé en général.

Comme l’a su bien dire Louis Ferdinand Céline : « Un homme qui connaît son alphabet est un auteur qu’il ne faut pas négliger. Cela veut dire aussi que c’est un lecteur qu’on ne peut plus ne pas respecter ». Et le grand écrivain Voltaire de renchérir : « Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié ».

Armand Ouedraogo,
Ecrivain poète, romancier, nouvelliste en herbe
Tel(cel) : (+226) 70 35 42 18
apolaburkina@yahoo.fr

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