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Ciné Neerwaya : Le Fespaco lui doit sa survie

Accueil > Actualités > Culture • LEFASO.NET • mardi 27 septembre 2022 à 23h00min
Ciné Neerwaya : Le Fespaco lui doit sa survie

Saviez-vous que des pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont essayé, sous la révolution, de « voler » le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), au Burkina Faso ? N’eût été la construction du ciné Neerwaya voulu par les autorités d’alors afin de combler le manque d’infrastructure, la grand-messe du cinéma africain aurait échappé des mains du pays des hommes intègres. Ce pan de l’histoire est relaté par le propriétaire du ciné Neerwaya, Franck Alain Kaboré dans l’émission « Au fond des archives » diffusée sur les antennes de la télévision nationale.

Parmi les archives de la télévision nationale qui ont émerveillé les internautes sur les réseaux sociaux, l’on retrouve ce reportage de Célestin Zongo sur la construction du ciné Neerwaya en 1986. Ce pan de l’histoire du cinéma burkinabè méconnu de certains a été publié pour la première fois sur Facebook, le 7 février 2021. Le reportage a été diffusé pendant l’émission « Au fond des archives » qui recevait le propriétaire du ciné Neerwaya Frank-Alain Kaboré.

« Au fond des archives », qui a déjà consacré un numéro aux tribunaux populaires de la révolution, doit être suivi par les Burkinabè en quête de sens. Surtout dans un contexte où le secteur des arts est menacé par l’insécurité et dans un contexte où il est nécessaire de préserver le peu de salles de ciné qui nous reste. Sinon, l’on risque de perdre un jour le FESPACO.

Frank-Alain Kaboré a été contraint par les militaires au pouvoir à construire le ciné Neerwaya

Une volonté révolutionnaire

Selon Frank Alain Kaboré, le ciné Neerwaya a été voulu par les leaders de la révolution d’août 83 conduite par le président Thomas Sankara, qui a un jour débarqué chez lui en 1986 en compagnie d’autres militaires dont Blaise Compaoré et Henri Zongo. Les jeunes officiers lui ont demandé de construire une salle de ciné en l’espace d’une année afin de contrecarrer les plans des pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal qui convoitaient le FESPACO. Pour les militaires, Franck-Alain Kaboré était le seul capable de relever le défi vu que l’autre entrepreneur des BTP, le richissime Oumarou Kanazoé, était à l’œuvre sur un autre chantier.

Face aux doléances aux allures d’injonction, Frank Alain Kaboré leur dit qu’il n’a pas les moyens nécessaires pour réaliser le projet. Mais contre toute attente, l’un des militaires brandit son relevé bancaire, histoire de lui montrer qu’il avait bel et bien les moyens de construire la salle de ciné pour accueillir le FESPACO. N’ayant donc pas le choix, il décide de contracter des crédits à la banque et de se rendre en Europe pour l’achat de matériel.

Le président Thomas Sankara lors de la célébration du deuxième anniversaire de la révolution burkinabè (crédit-photo - DANIEL LAINÉ AFP)

Exploitant de salle de ciné par la force des choses

Le joyau sorti de terre, Frank Alain Kaboré envoie une facture d’un demi-milliard de francs CFA au président Sankara. Mais ce dernier lui fait savoir que l’Etat n’a pas les moyens de lui rembourser. Il dit alors à l’entrepreneur de garder la salle de ciné, de l’exploiter afin de récupérer l’argent investi. Frank Alain Kaboré devient dès l’instant un entrepreneur culturel par la force des choses. L’ancien ministre Laurent Dona Fologo lui demandera même de construire un « Neerwaya bis » en Côte d’Ivoire avec l’assurance qu’il sera payé cash. Mais, le Burkinabè refuse.

D’une cinquantaine de salles à six salles de ciné à Ouagadougou

A l’époque, le ciné Neerwaya se heurtait à un mastodonte : la Société nationale d’exploitation cinématographique du Burkina (SONACIB) qui détenait les salles de cinéma dans les quartiers. Les débuts n’étaient donc pas faciles, mais les choses vont commencer à se décanter après la faillite de la SONACIB.

Malgré tout, 35 ans après, Frank Alain Kaboré, qui a confié la gestion du ciné à son fils Rodrigue, confie n’avoir toujours pas rentabilisé, même si le pays est passé d’une cinquantaine de salles à six salles en 2022 dont deux salles nationales fonctionnant à plein régime (Ciné Burkina et Neerwaya).

Les présidents Kaboré et Kagamé remettant l’Etalon d’or au réalisateur de « The mercy of the jungle » au Fespaco 2019

Confier l’organisation du Fespaco aux professionnels du domaine

Bien qu’il travaille à perte, le propriétaire du ciné Neerwaya ambitionne de construire deux nouvelles salles de ciné : une aux 1200 logements et une autre au quartier Saaba. Contrairement au ciné Neerwaya, ces deux salles devraient comprendre en plus des salles de réunion et de conférence.

Pour la capitale du cinéma, ces deux salles seront une bouffée d’oxygène à l’heure où les autorités ont besoin d’être touchées dans leur orgueil pour ne pas laisser filer le Fespaco dans des pays qui savent se vendre à l’international, même si ceux-là n’ont techniquement rien de plus que le Burkina. Pour redonner au Fespaco ses lettres de noblesse, Frank-Alain Kaboré suggère que le pays tente l’expérience de confier l’organisation du festival à des acteurs du domaine qui seront jugés au résultat plutôt qu’à des fonctionnaires qui n’ont pas toujours cette obligation de résultats.

HFB
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 28 septembre à 12:46, par DU BON En réponse à : Ciné Neerwaya : Le Fespaco lui doit sa survie

    Culture de résultat : pauvre fonctionnaire. avoir une vision clair de la G.A.R et une ferme volonté de la réussir ne dépend pas de ta souche ou couche socio-professionnelle.
    Aux fonctionnaires de montrer le contraire de cet allégation y compris le PF S.P.H D et son derrière (expression empruntée).

    Répondre à ce message

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